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Manassé Aboya Endong : '' En matière électorale, l'Afrique centrale est une zone sismique" Spécial

  • mardi, 06 septembre 2016 10:15
  • Écrit par  Chamberline Moko et Michel Ange Nga
Manassé Aboya Endong : '' En matière électorale, l'Afrique centrale est une zone sismique" @newsducamer.com

Le professeur de science politique et par ailleurs président de la société africaine de géopolitique et d'études stratégiques (Sages) revient sur les enjeux de la crise postélectorale au Gabon.

 

Les résultats officiels de la dernière présidentielle au Gabon donnent Ali Bongo Ondimba vainqueur, alors que son challenger Jean Ping crie à la fraude. Faut-il craindre que la situation débouche sur une crise politique grave ? 

La crise politique est déjà là, si tant est qu’elle était déjà planifiée et axée sur quatre ingrédients potentiellement explosifs, sources de rancœurs et annonciateurs d’une tempête politique postélectorale. Il s’agit entre autres d’une campagne présidentielle cristallisée sur la personne d’Ali Bongo et sur la critique virulente du régime de son père ; d’une alliance inattendue avec l’idéologue Zacharie Myboto, metteur en scène du rassemblement autour de Jean Ping ; d’un ralliement vicieux de la quasi-totalité des leaders politiques de l’ethnie Fang, considérée comme majoritaires au Gabon et d’une mobilisation des ethnies sur fond de rejet de l’hégémonisme de la dynastie Bongo, issue d’une ethnie minoritaire, en l’occurrence les Batéké, originaire du Haut-Ogoué. A la faveur de la proclamation des résultats contestés, la descente dans la rue des partisans de Jean Ping n’a fait que compléter le tableau d’une crise politique qui couvait dans sa phase préélectorale et qui n’a connu qu’un ajustement postélectoral explosif.

La France a demandé un nouveau décompte des votes. Une idée approuvée par Jean Ping. Sauf que ce dernier, alors qu'il était président de la Commission de l'Union africaine, avait refusé le recomptage des voix au profit de Laurent Gbagbo…. 

La déclaration des officiels français est plus subtile que çà. Si elle suggère l’éventuel décompte des votes, elle ne manque pas de condamner l’usage de la violence, de par son incompatibilité avec la démocratie. Non sans préconiser l’utilisation des voies de recours en vigueur, en cas de contestation des élections. En clair, la France n’a pris position pour personne. Toutefois, si Jean Ping a approuvé cette idée qu’il avait pourtant rejeté pendant la crise ivoirienne, il y a lieu d’éviter de faire un amalgame entre les deux postures. En effet, il y a une différence fondamentale entre Jean Ping, diplomate gabonais, jouant en faveur de quelque allié et utilisant une posture continentale pour tenter d’apaiser, et Jean Ping Okoka, politicien gabonais de mère Myène, qui joue cyniquement sa dernière carte biologique lui permettant de réaliser son rêve présidentiel, et d’être considéré comme l’homme qui aura mis fin à la dynastie Bongo.

La publication des résultats bureau par bureau apaisera-t-elle les tensions?

Si cette éventualité est prévue par la loi électorale gabonaise, elle n’a pas besoin d’être suggérée de l’extérieur. Elle devrait se mettre en place sans négociations, à partir des voies de recours prévues par la loi gabonaise. Mais si elle est convoquée en marge des lois gabonaises, elle accentuera davantage les clivages politiques et reproduira les mêmes effets que ceux vécus actuellement, si tant est qu’aucun des candidats ne s’est préparé à perdre l’élection présidentielle.

Quoiqu’il en soit, des Gabonais qui fuient des affrontements ont commencé à déferler vers la frontière camerounaise. Les autorités de Yaoundé ne devraient-elles pas craindre un effet boule de neige ?

C’est le contraire qui aurait été catastrophique, à cause des violences  généralement mobilisées contre les camerounais par les gabonais. C’est justement une occasion pour les camerounais de les ramener à la fraternité sous-régionale en les accueillant sans condition. Surtout que le HCR a déjà commencé à se mobiliser de ce côté de la frontière camerounaise.

La sous-région peut-elle s’accommoder d’un nouveau foyer de tension après la Centrafrique ?

L’exemple gabonais vient simplement se greffer à la lecture de la géopolitique de la sous-région d’Afrique centrale, déjà considérée comme une zone sismique dans les relations internationales. Aussi, au-delà des questions d’insécurité liées au terrorisme, à la criminalité transfrontalière, au trafic d’armes légères et de petit calibre, le cas gabonais est-il illustratif, comme la RCA, le RDC ou le Congo-Brazzaville, des états de la sous-région qui risquent de sombrer dans l’instabilité politique à cause de l’impératif démocratique. 

 A l’heure actuelle, aucune capitale de la sous-région Afrique centrale ne s’est prononcée sur la crise gabonaise. Qu’est ce qui peut expliquer cette atonie ?

Les capitales de la sous-région n’ont pas coutume de se prononcer individuellement sur les crises politiques ambiantes. Elles le font généralement à la faveur des rencontres de la CEMAC. Toutefois, des actions discrètes sont menées ici et là pour éviter que cela ne soit assimilé à l’ingérence. Le limogeage du Conseiller du président ivoirien a contribué à refroidir les velléités d’action dans cette perspective.

 Pour Jean Ping, la solution ne peut venir que de la communauté internationale. C’est la preuve d’un manque de leadership dans la sous-région depuis la mort d’Omar Bongo ?

L’appel à la communauté internationale par Jean Ping ne signifie en rien qu’il y aurait un manque de leadership sous-régional, mais davantage qu’il faut une action diplomatique permettant d’encadrer les discussions, notamment là où les deux protagonistes ont sombré dans un cycle de violences et de répressions. Cet appel a visiblement été entendu, si tant est qu’il a permis l’entrée en scène du Représentant spécial de l’ONU dans la sous-région qui a œuvré favorablement à la libération des leaders de l’opposition qui étaient retenus au siège de l’Union Nationale. A partir de cette action, le dialogue est possible malgré la persistance d’un acteur à s’autoproclamer Président élu.

 Etes-vous d'avis avec le journaliste et écrivain Antoine Glaser qui indiquait sur Europe 1 que la situation gabonaise découle ''d'une affaire psychologique, familiale et de rancœurs personnelles?"

La situation gabonaise rassemble effectivement tous ces ingrédients. Mais elle est aussi illustrative des difficultés à s’émanciper de l’emprise du pouvoir et des réseaux tissés autour d’un Etat-gâteau qu’a hérité Ali Bongo. Pris dans ce sens, l’âpreté des dissensions cache à peine la volonté des uns et des autres de demeurer dans les couloirs d’un Etat-gâteau violent et quasiment porté aux exclusions. A défaut de le confisquer !

Dans la même logique, journaliste ivoirien Venance Konan croit savoir que cette crise est, comme celle qui a déchiré la Côte d’ivoire en 2010, en réalité une bataille ethnique sous fond de haine. Comment en est-on arrivé là ?

Il y a effectivement eu une mobilisation des ethnies, mais également une convocation de la « gabonité », sur fond de xénophobie et de haine intra-gabonaise. Cette construction a été légitimée de l’extérieur, à la faveur des coups de semonce de certains journalistes français qui se sont arrogés le droit de quereller la nationalité d’un président en fonction. La coalition contre ce dernier s’est ainsi construite à partir de ces ressentiments haineux teintés de cannibalisme politique.

 Selon une première évaluation, les dégâts sont chiffrés à près de 100 milliards de francs CFA. A qui profitent ces émeutes?

Les émeutes n’ont jamais profité à personne. Au contraire, elles suggèrent une spécificité insurrectionnelle et légitiment l’inaptitude de l’Afrique à la culture démocratique. Surtout lorsqu’elles interviennent dans un contexte postélectoral comme celui du Gabon, consécutif au refus du verdict des urnes par un des candidats.

 Le Cameroun qui va bientôt connaître une élection présidentielle. A-t-il à craindre des germes de la crise gabonaise ?

Il n’y a aucune similitude entre le Gabon et le Cameroun. En effet, il n’y a ni ethnie majoritaire, ni divergences sur la nationalité des uns et des autres, ni d’ingérence étrangère en faveur de tel ou tel autre candidat, etc. Mieux, il y une sorte d’inégalité structurelle entre les forces en présence, avec un parti au pouvoir ultra dominant, face à une opposition écartelée et dépourvus des moyens de déploiement. Pour illustration, en dehors de l’épisode querellé de 1992, le parti au pouvoir a gagné toutes les consultations électorales sans aucun suspense. Par contre, le Cameroun a ses propres contradictions et ses propres faiblesses qui se résument en la nécessité de diminuer le nombre des pauvres et des sans emplois. C’est de ce coté que l’explosion est le plus à craindre, non émanant d’un quelconque leadership politique ou ethnique qui pourrait amener le Cameroun à basculer dans la violence, mais de l’expression de mal vivre ambiant pourrait être exploité.

 

 

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