jeudi, juillet 25, 2024
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Sommet Russie-Afrique : un petit détour géostratégique

Toutefois, l’organisation de cette rencontre de Saint-Petersbourg des 27 et 28 juillet 2023 au moment et au plus fort de la guerre en Ukraine autorise quelques enseignements.

L’Afrique est désormais au centre de toutes les convoitises et comme certaines puissances (Japon, France, Chine, États-Unis, Inde entre autres) avant elle, la Russie a son sommet avec l’Afrique. Toutefois, l’organisation de cette rencontre de Saint-Petersbourg des 27 et 28 juillet 2023 au moment et au plus fort de la guerre en Ukraine autorise quelques enseignements.

1- L’Afrique est le centre du monde.

Malgré tous les noms péjoratifs dont elle est accablée dans les instances internationales et les ouvrages sur les politiques de développement, l’Afrique fait l’objet de convoitises. Malgré les drames de l’immigration et les conditions de vie difficile, l’Afrique fait preuve de résilience. Curieusement, l’Afrique est le continent qui a les plus fortes perspectives de croissance économique. En réalité, avec une population jeune et en forte croissance, avec un sol et un sous-sol riche malgré l’exploitation outrancière, l’Afrique sourit toujours selon l’expression de Hamadou Ampaté Ba.

Le sourire est le symbole de la joie, de la vie, de l’avenir. Après avoir subi 5 siècles d’esclavage et 150 ans de colonisation, l’Afrique se relève et avance. L’ Afrique se donne et se laisse saisir dans un monde en pleine mutation. Malmenée et radieuse, affaiblie et rayonnante, l’Afrique est là. Et un sourire attire des prétendants ou des regards envieux.

2- L’Afrique a son mot à dire dans la marche du monde.

Le sommet Russie-Afrique de Saint-Petersbourg donne à voir que le monde se transforme. La guerre en Ukraine a mis évidence l’interprétation des relations internationales à la fois sur le plan politique, militaire et économique.

Dans ce jeu de rôles et bien que ne disposant pas d’un pays comme membre permanent avec droit de de veto au conseil de sécurité des Nations-Unies, l’Afrique est capable de tracer les nouvelles lignes des relations internationales. En effet, depuis le début de la guerre en Ukraine, et malgré la pression des puissances occidentales (surtout la France et les États-Unis), les pays africains n’ont pas pris position contre la Russie. Les votes aux Nations-Unies sont toujours de l’ordre d’une prise de distance.

Les africains ont rapidement saisi le jeu de ce conflit en Ukraine. Sinon comment comprendre que à peine le conflit commencé, les occidentaux ont déversé à l’Ukraine en moins de 2 mois plus d’aide que toute l’Afrique n’a reçu au cours des 20 dernières années ?

D’ailleurs, plus l’occident affiche son soutien à l’Ukraine, plus l’Afrique se rapproche de la Russie. Le Mali d’Assimi Goïta, la RCA de Touedéra, les accords de défense Cameroun Russie et le futur sommet des BRICS en Afrique du Sud témoignent de la considération que l’Afrique accorde à la Russie. Et dire que la France a fait jouer toute sa diplomatie pour s’y faire inviter mais en vain. Colonialisme et néocolonialisme doivent désormais se conjuguer au passé dans un monde qui se veut multipolaire.

3- La Russie n’est pas et ne sera jamais isolée

Contrairement à l’image véhiculée par les médias occidentaux et le réseau otanien, la Russie reste une grande puissance. On n’efface pas 17 millions de km2, un droit de veto au conseil de sécurité des Nations-Unies, les exploits de Youri Gargarine, la construction d’une station spatiale d’un simple revers de la main ou par un commentaire médiatique fusse-t-il sous le couvert de la science. Et cela les pays africains le saisissent très bien.

La Russie est une puissance militaire qui dispose de l’arme atomique. La Russie dispose des réserves de gaz et de pétrole prouvées. Dans l’Eurasie, la Russie dispose des plus grandes forêts et participe par conséquent de la protection de la nature. Un tel pays ne saurait être isolé. Et cela les pays africains l’ont bien compris.

Les délégations des 49 pays annoncés à Saint-Petersbourg avec des représentants au plus sommet sont la preuve d’une prise de conscience collective. Le Africa United de Nkrameh Nkrumah passe certainement par Saint-Petersbourg et une rencontre cosmogonique avec Abraham Hannibal, cet esclave noir devenu général et conseiller du Tsar de Russie.

En effet l’histoire de Abraham Hannibal témoigne de la considération que les russes ont toujours eu pour l’Afrique et les africains. Poutine est dans la lignée des tsars de Russie avec une considération et un respect pour l’Afrique.

Alphonse Bernard Amougou Mbarga est Maître de conférences en science politique au département de science politique à l’Université de Douala.

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