lundi 21 août 2017
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Daniel Ruben Um Nyobe : Porter le nom de mon père était très lourd Spécial

Le fils unique du Mpodol est apparu lors des 69 ans du parti historique et parle.

On vous découvre subitement à cet anniversaire, fils de Um Nyobe. Qui êtes-vous et que faites-vous ?


Je suis né le 25 avril 1957 dans le maquis. Après l’assassinat de mon père, je suis resté à peu près une semaine au maquis avec ma mère, on était très inquiets. Une fois sortis de là, il y avait un bataillon de l’armée française dans le village Libél Li Ngoi (près de Boumnyebel, Ndlr) est venu nous chercher, ma mère et moi, j’avais un an et demi. Nous sommes passés devant une cour martiale où il y avait des militaires français. Ils étaient divisés : il y en a qui disaient qu’il faut qu’on m’assassine, puisque si on me laisse on me racontera ce qu’a fait mon père et je risquerai de prendre le relai. D’autres ont dit non on le laisse en vie, mais on le confie à une tierce personne. Ce qu’ils ont fait et m’ont confié à une personne qui n’avait pas d’enfant, avec cette recommandation de ne jamais me parler de mon père. Heureusement, c’était une personne qui était une connaissance de ma mère et qui, plus tard, m’a remis à ma mère. On a passé des moments difficiles parce que, il faut savoir que la plupart des compagnons de mon père, ceux qui ne sont pas morts, n’ont pas eu beaucoup de reconnaissance envers nous. Certains m’ont même conseillé de changer de nom, mais j’ai préféré laisser. La vie au Cameroun était très difficile. A un moment donné, la solution était de sortir du pays, mais je n’avais pas de passeport. Mais personne ne voulait me faire le passeport. Heureusement, j’avais une tante qui travaillait à la BEAC. Elle est allée voir le délégué général à la sûreté nationale pour se porter garante ; et il lui dit ‘’je vais lui donner le passeport, mais si à l’étranger il crée un mouvement d’insurrection ou posait des troubles au Cameroun, vous serez responsable’’. C’est comme ça que j’ai pu quitter le Cameroun. Je suis allé en France où j’ai été accueilli par une connaissance de la famille. J’y ai poursuivi mes études dans le domaine de l’informatique. Aujourd’hui je travaille, je suis marié à une Camerounaise et père de 3 enfants. Trois filles.


La vie a-t-elle été facile en France ?


Pas du tout ! J’ai été menacé d’expulsion cinq fois. Heureusement pour moi des organisations internationales comme Amnesty International, le journal Le monde et quelques compagnons de lutte de mon père m’ont beaucoup aidé. J’ai été plusieurs fois auditionné par les services secrets français sur les combats de mon père, ce que je fais en France,... Malgré ses tribulations, ma présence en France m’a permis de faire un travail de deuil car c’est quand même en France qu’il y a le plus de documents sur l’histoire du Cameroun. J’ai notamment parcouru le rapport sur l’assassinat de mon père. Un dossier encore classé secret défense. Ça m’a vraiment aidé parce que j’ai été traumatisé par l’assassinat de mon père parce que ma mère était très gênée. Ma grand-mère avait dit à ma mère ‘’ma fille est encore très jeune’’ parce que dans la tradition des Bassa, c’est la mère qui forme la fille. Elle lui avait dit, ‘’comme elle est très jeune, je viens au maquis avec vous’’. Même ceux qui étaient proches de mon père, ils se sont éloignés de nous. Porter le nom de mon père était très lourd.


Avez-vous gardé des contacts avec les dirigeants de l’Upc ?


Je suis parti du principe selon lequel comme mon père a refusé l’exil, je ne ferai non plus de la politique à partir de l’étranger. Quand je viens au pays, je suis en contact avec la base. Je suis plus en contact avec la base d’ici que celle de l’étranger. C’est comme ça que j’ai pu avoir des gens qui ont connu mon père au maquis et qui m’ont raconté beaucoup de chose sur lui, sa vie, ce qu’il faisait. L’Upc n’est pas u parti de l’étranger, mais un parti de masse, de la base ; je n’ai jamais faire de la politique depuis la France. En étant le fils de mon père, j’ai le devoir de veiller à tout ce qui concerne sa mémoire et essayer de la reconstituer et de faire que tout ce qu’il a fait puisse être reconnu un jour.


Avez-vous une quelconque ambition politique ?


Quand on a été le fils de Ruben Um Nyobe, la politique fait partie de votre ADN. Mais il ne suffit pas d’être son fils pour être certain d’occuper une place de choix au sein du parti. ça ne se décrète pas ; il faut être accepté par la base. Si mon père est aujourd’hui considéré comme la figure emblématique de l’Upc c’est parce qu’il a été unanimement accepté par la base. Et je prendrai mes responsabilités si un jour la base décidait de me confier des responsabilités.


Quand vous êtes en France, nourrissez-vous de la haine ou de la rancœur en écoutant ce qui s’est passé ?


Je suis passé par deux étapes. L’âge a beaucoup aidé. Au départ je ressentais de la haine. Mais après avoir écouté les histoires que m’a racontées, et j’ai beaucoup lu les récits de certains de ses camarades de lutte, j’ai compris que mon père était un homme de paix, un homme qui n’aimait pas la violence et progressivement la haine que je ressentais s’est estompée. Je me suis demandé comment un homme qui n’avait que le stylo comme arme, je me suis demandé comment se fait-il qu’il ait pu être traité de la sorte ? Et il y a eu beaucoup de trahison interne. Je ne comprenais pas. J’ai même rencontré ceux qui à l’époque étaient chargés de la répression. Tous s’accordent sur le fait qu’il était un homme de paix. Ça m’a réconforté et je me suis dit, au moins il est reconnu. Et il est plus reconnu à l’étranger que dans son propre pays. J’ai même voulu ramener ses restes à Boumnyebel, j’ai eu des gens qui venaient de la Guinée équatoriale, de la Guinée, de Côte d’ivoire qui me disaient, ‘’comme il était un homme de toute l’Afrique, c’est mieux de transférer dans un autre pays un jour’’. Et je me suis dit dans ce pays les choses ont changé. Il y avait des moments où la seule possession de documents faisant référence à Um Nyobe t’envoyait dans de prisons tristement célèbres comme Mantum, Tcholiré, il y a eu la réhabilitation. Il y a encore beaucoup de chose à faire, mais … J’ai quand même été invité par le couple présidentiel. Je pense aussi que c’est à chacun de nous de faire quelque chose pour la reconnaissance puisse être effective, non seulement pour lui-même, mais pour tous ceux qui ont donné de leur sang pour que nous soyons aujourd’hui.

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