Dans une correspondance adressée au directeur général d’Eneo, le distributeur exclusif de l’énergie électrique au Cameroun, le gouvernement, par le biais du ministère de l’Eau et de l’énergie (Minee) a demandé à cette entreprise de mettre à contribution les centrales thermiques afin de réduire l’impact des délestages sur les ménages et les entreprises. Cette demande, qui avait plutôt l’air d’une injonction, a été formulée afin de prévenir tout mouvement d’humeur qui résulterait de cette politique de rationnement mise en œuvre depuis le mois de janvier, en raison du déficit de production au niveau du barrage de Memve’ele. «Il est important de vous rappeler que ces délestages répétés pourraient donner lieu à des troubles sociaux, et pour lesquels votre responsabilité sera engagée » peut-on lire dans la lettre susmentionnée. D’après des confessions obtenues auprès du top management d’Eneo, ces infrastructures ont été relancées bien avant la sortie du Minee, conformément au plan d’atténuation annoncé en janvier 2024 par l’entreprise. Ce dernier prévoyait non seulement la mise à contribution des centrales thermiques, mais également celle des industriels qu’on invitait par ailleurs, à réduire leur consommation à des heures spécifiques pour satisfaire la demande des ménages.
Annoncé implicitement comme une sorte de solide alternative aux délestages par le gouvernement, la mise en service des centrales thermiques est loin d’être une panacée. C’est du moins ce que semble indiquer Eneo, contacté par votre bihebdomadaire. En effet, gourmandes en fuel, leur fonctionnement va nécessiter le déblocage d’une somme de 18 milliards de Fcfa entre les mois de février et mars pour l’achat de carburant. Soit 10 milliards en février et 8 milliards en mars. « Ça coûte beaucoup d’argent de produire de l’électricité avec de l’énergie thermique donc du fuel. Aujourd’hui on estime que simplement pour le mois de février, le surcoût lié à cet engagement des installations thermiques c’est 10 milliards de Fcfa. Pour le mois de mars, ça va être à peu près 8 milliards de FCFA. Ça veut dire qu’en deux mois, ça va coûter 18 milliards de FCFA. Qui va supporter ces 18 milliards ? Eneo dans un premier temps, mais in fine, c’est l’Etat qui va supporter», indique Eneo.
Malheureusement ces investissements colossaux consentis pour la mise en route des centrales thermiques pourraient se révéler improductifs en raison de plusieurs détails qui, semble-t-il, n’ont pas été pris en compte par le gouvernement. « Nous avons relancé les centrales thermiques à la demande de M. le ministre de l’Eau et de l’énergie pour pouvoir se substituer à ce déficit de production de Memve’ele. Sauf que malgré la mise en route de ces centrales d’appoint, ça ne permet pas de couvrir la totalité. Ensuite les centrales thermiques ne sont pas au même endroit que les centrales de production hydroélectrique. Donc on n’injecte pas au même endroit. Ce qui veut dire qu’on peut vouloir ce qu’on veut, mais on ne peut injecter plus dans un tuyau que ce qu’il est capable de faire transiter. Donc on est aussi limité par les infrastructures de transport», souligne Eneo