Législatives: vers une élection sans fautes au Nord-Ouest et Sud-Ouest ?

Le Conseil Constitutionnel a annulé le 25 février dernier les élections dans 11 circonscriptions électorales du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Problème, rien n’indique que la situation va changer d’ici la reprise du scrutin.

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Paul Biya votant

167 députés sont définitivement assurés de siéger à l’Assemblée Nationale. Reste 13 sièges à pouvoir. Notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où le Conseil Constitutionnel a décidé le 25 février dernier, de l’annulation des élections dans 11 circonscriptions, en raison d’un certains nombres d’irrégularités” observées dans l’organisation du scrutin dans onze circonscriptions et dénoncées par le Social Democratic Front (SDF). Selon le code électoral, le nouveau scrutin doit avoir lieu dans 20 jours au moins et 40 jours au plus après le verdict d’annulation du scrutin. Si les différents partis concernés par cette élection s’organisent déjà pour repartir aux urnes, certains observateurs craignent que la nouvelle élection soit frappée des mêmes irrégularités que la première. « Les principales entraves ayant motivé la décision du juge constitutionnel sont difficilement corrigeables d’ici 40 jours. L’insécurité dans les localités concernées par ces élections partielles ne pourra pas s’estomper en si peu de temps, parce qu’il s’agit d’une crise profonde qui perdure depuis 2016 malgré les différentes démarches des pouvoirs publics. La crise anglophone, manifestation du problème anglophone exige, au regard des dernières convulsions, un temps et des moyens encore plus importants. Donc les mêmes causes ayant conduit à l’annulation des élections dans les 11 circonscriptions seront encore présentes d’ici 40 jours », estime Aristide Mono, politologue. C’est ce même avis que partage l’analyste David Eboutou : « Cela me semble incongru car je ne vois pas très bien, d’un point de vue opérationnel, comment cela serait possible. La crise sévit toujours dans ces localités et ce n’est pas en 40 jours qu’elle va s’arrêter. Cette mesure est inefficace et inopérante ».
La victoire du SDF pour atténuer les irrégularités.
Le Conseil Constitutionnel a motivé sa décision d’annulation du scrutin dans les 11 circonscriptions estimant qu’à cause des raisons sécuritaires, plusieurs électeurs ne sont pas allés aux urnes. Mais plusieurs observateurs pensent que la principale motivation ayant conduit le Social Democratic Front a exigé cette annulation est plus son échec à cette élection que les raisons sécuritaires. « La sécurité n’est pas réellement la motivation du Social Democratic Front mais son échec au dernier scrutin dans ces circonscriptions comme dans bien d’autres de la zone anglophone. Si ce parti avait réalisé le score escompté, la requête n’aurait pas été introduite et le problème des bureaux de votes jumelés ainsi que la non-participation des inscrits pour cause d’insécurité n’auraient pas été posés. En d’autres termes le nœud de l’annulation n’est pas l’insécurité mais la perte des sièges par le parti plaignant, ce qui est gérable même avant 40 jours et c’est là plutôt l’enjeu », explique Aristide Mono. Au-delà des violences qui continuent de sévir entre les groupes armées et l’armée camerounaise, le SDF pourra jouer sa carte pour que la nouvelle élection « soit jugée plus crédible ». Il faudra donc, pour l’analyse Yvan Issekin, à côté de ces violences, travailler à la mobilisation des électeurs. Et c’est un « SDF contraint d’exister en tant que groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale pour demeurer la première force d’opposition au Cameroun qui pourrait permettre la réussite de ces élections partielles.» Mais une nouvelle défaite du SDF pourrait conduire à une nouvelle demande annulation qui, « sur le plan du droit est possible parce que l’article 15 alinéa 4 de la constitution ne limite pas le temps de la prorogation des mandats des députés. Cependant, dans les faits, cela est difficile parce que l’annulation est avant tout la conséquence d’une démarche politicienne », indique Aristide Mono. Pour qui, « un nouveau report pourra discréditer les résultats dans les autres circonscriptions électorales du Nord-Ouest et du Sud-Ouest soumises aux mêmes motifs à l’origine de la reprise du scrutin dans ces 11 circonscriptions ».
Joseph Essama

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