Crise: qui pour reconcilier le MRC et sa coalition?

De plus en plus, des dissensions se font entendre entre Maurice Kamto et ses principaux soutiens, signe d’une implosion présumée de son parti.

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Le MRC et sa coalition jouent les prolongations. Après 9 mois de bataille judiciaire, au cours desquels Maurice Kamto a finalement été sorti de prison, le principal rival de Paul Biya à la dernière élection présidentielle et ses alliés livrent désormais un combat ouvert entre médias interposés. Visiblement les murs de la prison centrale de Kondengui ont joué un sale tour dans les relations entre candidat du MRC et sa coalition, au point où cette adversité menace de faire imploser le parti. Car ce n’est pas seulement l’alliance du MRC et des autres partis qui est encline à un éclatement. Même au sein du MRC, les rapports entre les militants ne sont pas de nature à préserver l’entente.

Feu sur les « talibans ».
Vêtu de son lin blanc habituel et affichant un sourire qu’on lui sait, Paul Eric Kingue ne manque plus une occasion pour lancer des philippiques contre Maurice Kamto et ses militants. « Les militants du MRC sont des talibans, ils n’acceptent pas la contradiction », avait-il déclaré sur les ondes de la Radio ABK à Douala, avant d’accuser Maurice Kamto d’être à l’origine du discours tribal qui précédait les élections présidentielles. « Dès que vous parlez de Kamto, vous recevez les flèches, j’en ai moi-même été victime… l’attitude des talibans du MRC prouve que s’ils prennent le pouvoir, ils vont charcuter et massacrer tous les Camerounais ».

  Le mea culpa de Valsero et Ndocki
Depuis leur sortie de prison, les deux compagnons d’infortune de Maurice Kamto ne se sont pas faits voir. L’artiste Valsero est devenu un bon moine qui se contente de prêcher l’amour sur sa page Facebook. « Amour, Pardon, Tolérance, compassion, empathie, ces valeurs qui ne coûtent rien mais qui nous font cruellement défaut. Frère camerounais comment peux-tu parler de paix si ton cœur est vide d’amour. Frère camerounais qu’as-tu fais de ton humanité ? À quelle moment la haine t’as envahi. La solution est là frère. Elle est dans le pardon, mais pour pardonner faut avoir de l’amour. Cherchez l’amour dans vos cœurs la famille », écrit-il. Maitre Michelle Ndocki de son côté est portée disparue et se retrouverait en France selon certaines confidences. Même si cette information n’est pas confirmée, il est évident que depuis sa sortie de prison, l’avocate a fait très peu d’apparition publique.  C’est d’ailleurs la seule qui ne s’était pas rendue dans le domicile dans le Maurice Kamto après leur libération. Des sources internes au MRC indiquent que l’avocate reprocherait à Maurice Kamto depuis la prison centrale de Kondengui d’avoir une ligne dure et de ne pas prendre en compte les points de vue de ses collaborateurs.

   Le hold-up électoral ménacé
A peine sorti de prison, Maurice Kamto a annoncé que le « Non au hold-up électoral n’est pas terminé ». Il a ensuite promis de rendre public, dans les prochains jours le calendrier du mouvement de résistance qui doit se poursuivre. Si le leader du MRC s’obstine à poursuivre son mouvement de résistance, plusieurs de ses partisans pensent que l’élection présidentielle est derrière et qu’il est temps de se concentrer vers les élections à venir. Au mois de février dernier, l’avocat Akere Muna, principal soutien de Maurice Kamto l’avait définitivement lâché. « Je suis un républicain je pense que le contentieux électoral est passé. Le bâtonnier Akere Muna que j’ai accompagné le pense aussi. Notre position était qu’une fois l’organe en charge de proclamer les résultats le ferait, quelques soit les cas, même si nous ne sommes pas d’accord. Nous prenons acte de cela et nous continuons », avait déclaré Paul Mahel, son porte-parole lors d’une émission Canal Presse.
A en croire certaines confidences au sein du MRC, l’avocate Michelle Ndocki aurait emboité le pas à son ainé Akere Muna. Derrière les barreaux, la juriste de la quarantaine aurait fait savoir à son mentor que le combat contre le hold-up électoral menait le MRC dans un cul de sac . Pour elle, il faut passer à autre chose. C’est pourquoi à la suite du communiqué du MRC, indiquant au gouvernement qu’il ne participera pas aux assises du Grand Dialogue National, la dame de 46ans s’est empressée de publier à son tour une déclaration sur le Grand Dialogue National, qui présentait celui-ci comme une opportunité pour la paix.
De même l’activiste Modestine Carole Tchatchouang Younzou, connu pour son soutien à Maurice Kamto avait estimé en aout dernier que la stratégie utilisée par le MRC, était un échec et qu’il fallait la revoir. « Il est temps d’acter notre échec et revoir notre stratégie pour faire libérer le Pr Kamto et les membres de la coalition de prison. Il n’y a aucune honte à admettre qu’on a échoué, tout au contraire, ça demande beaucoup de force et de courage », écrivait-elle, avant de se couverte d’injures par plusieurs des partisans de Maurice Kamto .

  Le dilemme des élections municipales et législatives.
Il y’a une semaine, Maurice Kamto n’avait pas encore dit ouvertement si son parti va participer aux élections ou pas. Mais depuis mercredi 30 aout dernier, le leader du MRC a annoncé devant les militantes de son parti, dans le siège de cette formation politique a Odza que son parti ira aux élections. Seulement, une bonne franche de ses partisans est opposée à la participation du MRC à ce scrutin. L’aile dure du MRC, partisane du Mouvement de Résistance Nationale, pense qu’il serait incohérent pour eux de participer à une élection convoquée par un « président illégitime qui a volé leur victoire ». Pour eux, « pas question d’élection pour le MRC tant que Biya est au pouvoir ».
A côté d’eux, d’autres partisans opposés eux aussi à la participation du MRC aux législatives et municipales menacent de claquer la porte, si celui-ci prend part aux élections alors que certains de ses militants sont encore derrière les barreaux. « Participer aux élections se révèle être pire que de la filouterie politique, et arrache le cœur à chacun ! Mamadou Mota est encore en prison, et il y est allé parce que justement il demandait à tout un chacun les 1ers et 8 juin de marcher pour libérer Maurice Kamto qui, libre, ne lui rendrait pas la balance », analyse Patrice Nganang. Paule Sylvie Yonke, une activiste de la BAS aux Etats-Unis  ne transige pas. Maurice Kamto est un menteur, un poltron et un démagogue. Pour elle, « les jeunes doivent laisser ces vieilles arnaques électorales à Kamto et faire la révolution pour libérer le Cameroun ». Dans tous les cas,  l’image du leader du MRC a déjà pris un coup. Désormais il est donc pris entre deux feux, et doit faire le choix, entre continuer son combat contre le hold-up électoral, aller aux élections et renégocier avec ses alliés de la présidentielle. Mais quel que soit son choix, Maurice Kamto doit s’attendre à perdre une bonne partie de ses militants.
Joseph Essama

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