Election présidentielle : Les gros perdants

On y retrouve notamment Joshua Osih, Adamu Ndam Njoya et les non inscrits. Joshua Osih : le « déchu » de l’opposition.

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Ils n'ont pas pu épouser l'air du temps

Joshua Osih : le « déchu » de l’opposition

Il aura bataillé pour rien?

Le Social Democratic Front (SDF) s’est toujours vanté d’avoir le statut de « leader de l’opposition ». Mais ce que le parti de Ni John Fru Ndi ignorait, c’est que, 36 heures avant l’élection de dimanche dernier, Akere Muna s’est désisté et a rejoint Maurice Kamto, permettant au candidat du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) de s’affirmer comme le principal représentant de l’opposition à ce scrutin. Une alliance qui, selon certains observateurs, a eu le mérite de fragiliser davantage le SDF et son candidat. Mais le parti de Ni John Fru Ndi ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Depuis que l’idée d’une candidature unique de l’opposition a été émise, le parti créé le 26 mai 1990 a toujours clamé que compte-tenu de son « statut », c’est aux autres candidats de s’associer à Joshua Osih qui deviendrait à ce moment le candidat de l’opposition. « J’aimerais ici, dissiper tout doute, que les gens peuvent égrainer, au passage pour l’élection qui arrive. En 1992, John Fru Ndi a gagné l’élection présidentielle, devant les traîtres de l’opposition. Il ne faut pas que l’on vienne vous tromper en vous faisant croire que pour gagner l’élection présidentielle, il faut un candidat unique de l’opposition », a déclaré Joshua Osih, affirmant sa prééminence sur les autres leaders des partis de l’opposition, en meeting le 30 avril dernier à Mbouda, région de l’Ouest. « Le SDF est la principale formation politique de l’opposition et il n’acceptera aucune coalition avec un candidat d’une autre formation politique qui viendrait avec l’intention d’être le candidat de la coalition. Et donc, c’est soit vous vous alliez au SDF et soutenez son candidat, soit vous ne demandez aucune coalition », disent les partisans de Ni John Fru Ndi. Mal leur en a pris.

Son non ralliement à la candidature de Maurice Kamto déjà rejoint par Akere Muna a considérablement contribué à baisser sa cote auprès d’une certaine opinion qui l’a tout de suite peint en noir. « La non alliance du candidat du SDF à la coalition Akere Muna – Maurice Kamto est la preuve que le SDF n’a jamais voulu donner de chance aux Camerounais de vivre une alternance à la tête de l’Etat », tranche William O, étudiant en Science politique. « On est presque tenté de dire que le SDF joue le jeu du parti au pouvoir ; car en refusant la coalition, le SDF réduit les chances de victoire de l’opposition en ce sens que les électeurs qui n’ont pas voté Paul Biya ont dû séparer leurs voix. Les uns ayant voté le SDF, les autres la coalition, et enfin les autres candidats ».

Adamou Ndam Njoya : le candidat invisible

Elle a été plus présente que le candidat

Depuis l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle, Adamou Ndam Njoya a fait son unique apparition publique le jour du vote, dimanche dernier. Alors qu’il n’a même pas été aperçu à un meeting de son propre parti. Et n’a jamais accordé de communication officielle à la presse. Des sources disent que le candidat de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC) a été gravement malade et évacué à l’étranger. Le maire de Foumban n’a donc pas eu l’occasion de convaincre beaucoup de ces Camerounais qu’il espère gouverner. Même si ses partisans soutiennent mordicus qu’il n’a jamais été malade, sans toutefois expliquer les raisons de son absence au-devant de la scène. « Que ceux qui disent que monsieur Ndam Njoya était malade nous le démontrent, documents à la main », clame-t-on au sein du parti créé en avril 1991. « Le président de l’UDC se porte bien. S’il ne s’est pas montré sur le terrain, c’est parce que c’est une stratégie choisie par le parti. Il a un électorat bien précis qu’il a acquis depuis 2004 et il a un arsenal qui a fait le travail à sa place ».

Pourtant, sans Adamou Ndam Njoya comme meneur, l’UDC n’a tenu que quelques « rares » meetings qui, visiblement, n’ont pas atteint le niveau de mobilisation escompté. Le degré de popularité de « l’inamovible » président-fondateur de l’UDC en a d’ailleurs pris un coup. Tantôt, une certaine opinion se moque de ce que ses partisans considèrent être une « stratégie choisie par le parti », tantôt une autre frange de la population le décrie comme un « farceur sans ambition », un « résigné ». Conséquence : il semble impossible de voir son nom à la première ligne des résultats de cette élection présidentielle. Une de perdue, une fois de plus. A la tête de son parti depuis sa création en en effet, Adamou Ndam Njoya n’a qu’un seul adversaire politique : Paul Biya. Cela fait en effet 27 ans qu’il rêve de le déloger à la présidence de la République du Cameroun. Leur précédente confrontation en 2011 a été une humiliation. Paul Biya a été réélu avec un score de 77,99 % contre 1.73 % pour Adamou Ndam Njoya (76 ans). Cette année encore, tous les ingrédients semblent réunis pour que Biya ait plus de voix que lui.

Des non-inscrits, plongés dans les regrets

Ils ne se sont pas intéressés aux élections

Je ne me suis pas inscrit dans les listes électorales. Or en regardant comment certains candidats ont mobilisé les populations durant la campagne électorale, l’envie de voter m’a envahi. Malheureusement, je n’avais pas de carte d’électeur. Et je regrette ». Francis Olivier, aurait aimé voter pour Maurice Kamto. « C’est le seul candidat dont le discours m’a séduit, dit-il. La preuve, c’est qu’il a été rejoint par Akere Muna qui a dû suspendre sa candidature ». Le problème ? C’est que ce jeune étudiant n’a pas eu l’occasion d’apporter sa voix au candidat de son choix.

Et il n’est pas seul dans ce cas. Comme ce jeune homme de 21 ans, beaucoup de Camerounais regrettent de ne s’être pas inscrits à temps, sur les listes électorales. Ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. « Je ne me suis pas inscrit sur une liste électorale, compte tenu du fait que j’ai toujours pensé que c’est Paul Biya qui gagne à chaque fois et que les candidats de l’opposition jouent en fait son jeu », lance Clémence Beto, couturière à Yaoundé. Or, dit-elle, « en voyant la fraîcheur et l’audace de Cabral Libii, le désistement d’Akere Muna et l’engagement de Maurice Kamto, j’ai compris que les choses pouvaient bouger. Seulement, il était trop tard ».

Par Arthur Wandji

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