Alerte : des gendarmes « suspects » aux trousses de François Mbocke

Des hommes présentés comme appartenant à ce corps ont débarqué dans les locaux du journal Diapason.

« Le DP de Diapason échappe à un enlèvement». L’alerte est donnée par Emmanuel Ekouli, représentant de Reporters sans frontières (RSF) au Cameroun. Les événements se déroulent le 29 avril 2024. « Hier, 29 avril 2024, aux environs de 14h, des gendarmes en ténue ont fait irruption dans les locaux du journal Diapason», écrit le représentant de RSF. A un moment où le propriétaire des lieux est à une conférence à l’Institut supérieur de traduction et d’interprétariat du Cameroun (Istic), et que ses collaborateurs assistent à un événement dont le journal est partenaire.

« J’étais à une conférence, ils sont arrivés vers 14h, certains étaient même déjà à avant et se sont plantés dans le bistrot d’en face. Quelques temps après ils sont entrés et se sont dirigés chez le voisin puisque la plaque portant le nom de mon entreprise se trouve sur le mur du voisin, et ont demandé ‘’où est François Mbocké ?’’. On leur a répondu que ce n’est pas son bureau. Ils ne l’ont pas entendu de cette oreille et ont demandé ‘’mais ce n’est pas son bureau ici ?’’ », rapporte François Mbocke. C’est là que, « on leur a demandé ‘’vous le cherchez pourquoi ?’’. Ils ont été conduits à mon bureau et ils ont sonné, personne n’était là. On leur a montré mon numéro sur la plaque, et leur ont demandé de m’appeler», poursuit-il. En passant, « le voisin leur a demandé de quelle unité ils viennent et s’ils ne m’ont pas appelé avant d’arriver». L’homme rapporte que « les gars leur ont répondu que ‘’ce n’est pas votre problème’’».

C’est sur ces entrefaites que les voisins ont haussé le ton. « Ils sont sortis et ont fondu dans la nature». Entre temps le Directeur de publication du journal Diapason, occupé par la conférence qui se tient à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, ne répond pas aux multiples appels. « Mes interlocuteurs ont laissé des messages voices. Quand je finis donc la conférence, j’écoute les messages et je rappelle pour en savoir davantage», poursuit-il le récit.

Martinez Zogo

Depuis deux jours, le journaliste attend la suite de cette visite inopinée de gendarmes non identifiés. « Depuis avant-hier on attend, ils n’ont pas toujours appelé. Hier on s’est dit que durant la journée ils passeraient laisser la convocation, ils n’ont rien fait. C’est donc là qu’on est inquiets », conclut François Mbocke. D’autant plus que « s’ils avaient laissé une convocation, on ne se serait pas inquiets ». Surtout que, « on n’a jamais vu des gendarmes ici. Du moins pas ce genre de gendarmes car de par les explications que j’ai reçues, c’étaient des gens qui n’avaient pas l’air d’être mes amis», rigole-t-il. Essayant de dissiper la peur.

Cela survient dans un contexte marqué par le démarrage du procès de Martinez Zogo. Celui qui était encore chef de chaîne d’Amplitude FM, une radio privée de Yaoundé jusqu’en janvier 2023, a été enlevé nuitamment devant une gendarmerie en plein cœur de la ville de Yaoundé, par des hommes armés. Son corps inerte et portant des traces de tortures a été retrouvé dans une banlieue de la ville universitaire de Soa cinq jours après. Les suspects qui ont pour certains, avoué au cours de l’enquête préliminaire, l’enlèvement puis la torture de l’animateur radio, sont des éléments des forces de défense et de sécurité. Bref 13 des 17 personnes poursuivies dans le cadre de cette affaire sont des éléments des services de renseignement camerounais. Autant dire que dans un contexte comme celui-ci, l’appartenance aux forces de défense et de sécurité ne rassure plus toujours. François Mbocke dit ne rien se reprocher dans le cadre de l’exercice de sa profession de journaliste. Le président du Réseau des patrons de presse du Cameroun (Repac) qui produit un hebdomadaire d’informations économiques et financières. Mais la visite inopinée qu’il vient de recevoir est de nature à susciter à peur.

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