Economie : les chantiers prioritaires de 2019

Moderniser l’agriculture, transformer les matières premières, maintenir l’équilibre budgétaire. Telles sont les priorités fixés le 31 décembre dernier, par le président de la république Paul Biya, dans son adresse à la nation.

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1. Moderniser l’agriculture

Dans son discours de fin d’année, Paul Biya a présenté la modernisation de l’agriculture comme l’un des axes majeurs capables d’apporter une plus-value au développement économique du Cameroun. Mais comment va-t-il s’opérer sur le terrain ? « En relevant ses objectifs de production et de diversification et en mettant à sa disposition les moyens techniques nécessaires ». Il faut noter dans cette perspective, que les orientations avaient été indiquées lors du Comice Agropastoral d’Ebolowa de 2011. Elles prévoyaient notamment le passage à une agriculture de seconde génération, portée par la mécanisation. Dans ce sens, de sources crédibles, plus de 1000 tracteurs montés dans l’usine éponyme d’Ebolowa, ont été distribués aux coopératives agricoles à travers le pays. Même si les retombées en termes d’augmentation de la production de certains produits demeurent encore peu visibles.

2. Produire plus, réduire les importations

Dans cette rubrique, le diagnostic posé par Paul Biya coule de source : « certains de nos problèmes tiennent au fait que les structures de notre économie nous rendent très dépendants de l’extérieur et en particulier des cours de nos produits de base ». Or, a-t-il renchérit, « nous sommes en situation de produire une grande partie de ce que nous importons, qu’il s’agisse de produits d’origine agricole ou industrielle ». Les chiffres confirment ce constat. Selon l’Institut National de la Statistique (INS), les importations du pays, en fin juin 2018, ont augmenté de 8,3 %, contre une baisse des exportations estimée à 10,8 %. Ce qui contribue à maintenir la balance commerciale déficitaire. Sans oublier, affirment certains experts, les nombreux milliards investis dans les divers programmes agricoles, mais dont l’impact sur les populations et sur l’économie n’est pas encore satisfaisant. Il faudra à cet effet, inverser la tendance.

3. Transformer localement les matières premières

La question de la transformation des matières premières se pose désormais comme un impératif, selon certains économistes. Ils intègrent d’ailleurs dans cette rubrique les produits agricoles, tout comme ceux issus du secteur minier. Selon ces mêmes experts, « quel que soit la quantité de matières premières produites par un pays, lorsque cela ne s’accompagne pas par la transformation de ces ressources, les effets sur l’économie sont dérisoires ». Dans cette logique, l’appel de Paul Biya tombe sous le sens, soulignent certains observateurs. Lorsqu’il invite le gouvernement « appliquer les orientations du Plan Directeur d’Industrialisation, en priorité à la transformation de nos matières premières agricoles afin de gagner en valeur ajoutée et de réduire nos importations de biens et services ». Il convient de souligner que les données officielles indiquent que le pays envisage de porter la contribution du secteur industriel au Produit Intérieur Brut (PIB) de 13 % à 24 % au moins à l’horizon 2035. Alors même qu’il était déjà d’environ 20 % dans les années 1980.

4. Les infrastructures énergétiques

« Nous continuerons à doter notre pays d’infrastructures d’énergie, à la fois pour répondre aux besoins de notre agro-industrie et de nos différents secteurs industriels ainsi que pour satisfaire les demandes de nos populations. Aux barrages hydro-électriques s’ajouteront aussi des centrales solaires destinées à l’électrification des zones rurales ». Ces propos du président Biya dénotent, d’après certaines sources dignes de foi, une insuffisance enregistrée dans ce domaine. Et ce

d’autant plus que les chiffres affichent un taux d’électrification actuel de 40 % au Cameroun. Les pouvoirs publics comptent ainsi le porter à 50 % d’ici 2022. Pour minimiser le déficit, atteindre cet objectif, le gouvernement a mis sur pied le projet d’électrification rurale et d’accès à l’énergie dans les zones sous-desservies au Cameroun (Perace). C’est en tout 132 milliards de francs CFA qui sont mobilisés pour électrifier 687 villages. Soit une couverture de près de 1,7 millions d’habitants correspondant sensiblement à 370 000 ménages.

5. Les infrastructures de transport

« Les efforts considérables qui ont été déjà faits pour développer nos infrastructures de transport (routes, autoroutes, ports, aéroports) seront poursuivis, au bénéfice de notre économie et de la mobilité de nos compatriotes ». Soulignait Paul Biya dans son dernier discours à la Nation. En ce qui concerne ce secteur, des experts pensent que l’urgence doit être accordée à la finalisation des chantiers déjà engagés et de les rendre opérationnels. Ils expliquent d’ailleurs que les ressources mobilisées dans le cadre du dernier emprunt obligataire de 204 milliards devraient être orientées à ces différents chantiers. Notamment l’autoroute Yaoundé-Nsimalen, l’autoroute Yaoundé-Douala, etc.

6. Maintenir léquilibre budgétaire

Pour maintenir l’équilibre budgétaire, Paul Biya recommande « la poursuite de la mise en œuvre des réformes structurelles et à veiller à la soutenabilité de notre dette extérieure ». Ceci suppose expliquent des économistes, le respect des engagements pris dans le cadre du Programme Economique et Financier appuyé sur une « facilité élargie de crédit », signé avec le Fonds Monétaire International en juin 2017. L’un des axes importants consiste à cet effet, à réduire le déficit budgétaire. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, soutenait d’ailleurs récemment que les efforts effectués ont permis de le réduire à 6,5 % en 2016, puis à 4,5 % en 2017. Pour l’exercice 2018, le déficit est projeté à 2,6 %. Cette évolution de la réduction du déficit budgétaire s’inscrit, expliquent le gouvernement, dans la trajectoire définie dans le programme, qui prévoit une réduction du déficit budgétaire de 6,5 % en 2016 à 1,7 % en 2020. Et pour éviter que le pays ne suffoque du fait de la dette, le président de la République martèle, « qu’il nous faudra désormais faire davantage appel aux institutions financières qui pratiquent des taux concessionnels plus accessibles ».

7. Réduire les délais de maturation des projets

S’il est un problème longtemps décrié par la Banque Mondiale dans ses nombreux rapports, c’est bel et bien celui de la maturation des projets. Selon cette institution, certains projets inscrits dans les lois de finances ne sont pas réalisés du fait de leur immaturité. Ou alors à cause du temps mis dans la phase de maturation. Ce constat a été une fois de plus relayé par Paul Biya qui s’en offusque en ces termes : « il est inadmissible que la maturation de nos projets prenne beaucoup plus de temps que dans des pays de niveau comparable ». Aussi a-til à ce propos instruit le gouvernement en indiquant que : « ces délais devront être abrégés ». Etant donné que les projets non matures ou partiellement, contribuent « à la sous consommation du budget d’investissement public, à l’abandon des chantiers, à la multiplication des avenants, à la prolifération des rallonges de délais », selon Isaac Tamba, directeur général de l’Economie et de la Programmation des Investissements Publics au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat).

Par Junior Matock (Défis Actuels) 

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