Crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest : Les évêques catholiques du monde entier renvoient Paul Biya à la médiation suisse

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Les évêques du monde se penchent sur le cas du Cameroun. (C)cathobel.be

L’église catholique romaine vient de servir une lettre* à Paul Biya, l’invitant à opter pour la médiation dans la crise qui secoue les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. « Il n’y aura de victoire militaire pour aucun camp. Une solution durable aux problèmes du Cameroun doit provenir d’un processus de médiation qui intègre les groupes anglo-séparatistes armés ainsi que les dirigeants de la société civile non violente», écrivent des évêques issus de tous les continents. Et la voie que montrent les princes de l’église du Vatican, est celle de la Suisse. Une voie esquissée par le gouvernement camerounais en 2019, avant de se rebiffer, pour se recroqueviller sur des solutions internes. Avec des négociations menées en toute discrétion, pendant que continuaient de crépiter les armes. Pour finalement tenir le Grand dialogue national tant appelé par la société civile et des partis politiques comme le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). Ces assises organisées du 30 septembre au 04 octobre 2019, n’ont visiblement pas tenue la promesse des fleurs que Yaoundé présentait. Et les évêques signataires de la lettre du 17 février, penchent dans le même sens. «Nous saluons le grand dialogue national initié par le gouvernement camerounais il y a plusieurs mois. Cependant, cela n’a pas mis fin à la violence », ont-ils constaté. Alors « nous pensons que les pourparlers menés par la Suisse offrent un meilleur chemin vers une solution politique appropriée grâce à des négociations inclusives », entrevoient-ils. Pour les signataires de la lettre des évêques, « le succès de ces pourparlers sera crucial pour la marche du Cameroun vers la paix et votre héritage en tant que leader efficace dans une région en difficulté ».

Dans leur lettre, les évêques dressent leur bilan de la situation à ce jour, en se refusant d’épargner une quelconque partie. « Les violences et atrocités commises par toutes les parties en conflit ont contraint 656 000 Camerounais anglophones à quitter leurs foyers, gardé 800 000 enfants hors de l’école (dont 400 000 des écoles catholiques), fait fuir 50 000 personnes au Nigeria, détruit des centaines de villages et fait au moins 2 000 morts », relèvent-ils. Une facture socio-économique trop lourde aux yeux des évêques : « Chacune de ces vies est précieuse, et nous pleurons sur leurs souffrances et souhaitons éviter de nouvelles pertes en vies humaines », soulignent-ils. D’où leur insistance à proposer une solution pacifiste, avec un médiateur neutre. « Nous espérons sincèrement que toutes les parties prenantes à ce conflit participeront à ces pourparlers et feront preuve d’un esprit de coopération, de pragmatisme et de réalisme pour que ces négociations aboutissent », écrivent-ils.

Si aucun évêque camerounais ne figure dans la liste des auteurs du document, il reste que les signataires viennent de tous les continents. « Nous soulignons que nous sommes impartiaux. Nous sommes motivés par notre inquiétude face aux souffrances des populations civiles non armées, par le souci de la stabilité et la prospérité du Cameroun », assurent-ils.

Cette lettre arrive au lendemain d’une tuerie qui a suscité de l’émoi jusqu’aux Nations unies. Dans une opération non encore élucidée, une trentaine de personnes ont été tuées et brûlées selon les Nations unies et des organisations de la société civile, dont 22 femmes et enfants. Des Ong accusent les Forces de défense et de sécurité; le ministère de la Défense dément et parle de la conséquence d’une opération de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, armements, amulettes, carburant et autres produits de contrebande, qui a donné lieu à un échange de tirs entre forces armées nationales et séparatistes, ayant abouti à un incendie.

Les signataires
Bishop Siegfried Jwara, Vicariate Apostolic, Ingwavuma, KwaZulu-Natal, South Africa
Bishop John Keenan, diocese of Paisley, Scotland
Bishop Noel Simard, diocese of Valleyfield, Quebec, Canada
The Most Reverend Charles Hammawa Jalingo, diocese of Tabara State, Nigeria
Bishop Mark Davies, diocese of Shrewsbury, England
Archbishop Peter Loy Chong, archdiocese of Suva, Fiji
Bishop Bart van Roijen, diocese of Corner Brook and Labrador, Canada
Bishop Thomas R Zinkula, diocese of Davenport, Iowa, USA
Bishop Terence Drainey, diocese of Middlesborough, England
Bishop Antonio R Tobias, Emeritus of Novaliches, Philippines
Bishop Albert Thevenot, diocese of Prince Albert, Saskatchewan, Canada
Bishop Ray Browne, diocese of Kerry, Ireland
Bishop Jose Cabantan, diocese of Malaybalay, Philippines
Cardinal Soane Patita Mafi, diocese of Tonga, South Pacific
Archbishop Donald Bolen, archdiocese of Regina, Saskatchewan, Canada
Bishop Alphonsus Cullinan, diocese of Waterford et Lismore, Ireland

cc: His Holiness Pope Francis

*La lettre écrite en anglais, a été traduite en Français par le père Ludovic Lado

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