Présidentielle 2018 : Les couacs de l’élection

Ici, on retrouve la crise anglophone, la domination du Rdpc, les réseaux sociaux avec la propagation des fake news

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Une campagne électorale aux couleurs du Rdpc

Neuf candidats étaient en lice au scrutin du 7 octobre dernier mais les affiches de campagne apposées ça et là dans les villes du Cameroun laissaient, d’emblée, croire qu’on avait affaire à un seul candidat. Puisque, les effigies du candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc), Paul Biya, ont inondé les panneaux publicitaires et autres espaces (illégaux aussi) d’affichages au détriment des autres candidats. Et pourtant, le code électoral dispose à son article 91 alinéa1 et 2 que : « des emplacements sont réservés par les municipalités à la demande d’Elections Cameroon, pour l’apposition des affiches et du matériel de campagne de chaque candidat ou liste de candidats. Tout affichage public, même par affiche timbrée, relatif à l’élection, en dehors de ces emplacements, est interdit, aussi bien pour les candidats que pour tout autre personne ou groupement ».

Mais, bien que le directeur de campagne du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Paul Eric Kingue ait saisi l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun, pour « enlèvement des affiches du candidat du Rdpc, M. Paul Biya, pour violation flagrante des dispositions légales en la matière », Elecam n’a pas pu trouver d’alternatives ni de solutions à ce manquement de la part du parti de la flamme. « Elecam a donné un large avantage au candidat du Rdpc puisqu’il n’a pas pu trouver une solution au problème, malgré notre plainte, des affichages de campagne de M. Paul Biya qui ont occupé la quasi-totalité des panneaux publicitaires en violation à la loi », s’indignait Paul Eric Kingue 48 heures avant l’élection présidentielle. « Cette méthode a favorisé le candidat du Rdpc, Paul Biya parce qu’elle lui accorde plus de visibilité. Elecam devrait réagir», avait fait savoir un membre de l’équipe de campagne de l’Union Démocratie du Cameroun (UDC).

L’abandon de l’électorat anglophone

Nous n’avons aucune garanti de sécurité pour nous rendre dans ces zones. Nous ne pouvons pas prendre des risques ». Ces propos de Koupit Adamou, membre de l’équipe de campagne du candidat Adamou Ndam Njoya de l’UDC, traduit en quelque sorte la psychose qui envahit les candidats quand il s’agit de battre campagne en région anglophone, particulièrement dans le Nord-Ouest. Même si, les neuf candidats à l’élection présidentielle ont chacun un programme bien ficelé pour résoudre la crise anglophone qui sévit dans Nord-Ouest et le Sud-Ouest depuis deux ans, ils n’ont pas ou presque organiser un meeting dans cette zone. Puisque, en dehors du Rdpc, aucun autre candidat n’a tenu un meeting dans la région du Nord- Ouest. Et pourtant, des escales dans ces zones étaient prévues dans leurs agendas de campagne. Tenez, le candidat du MRC, Maurice Kamto, a annulé son meeting à Bamenda après plusieurs reports. « L’Etat n’a pas assuré la sécurité de l’équipe et celle du président donc nous ne pouvions pas prendre les risques », confie un membre de l’équipe de Campagne. « A qui voulez-vous qu’on s’adresse ? Les populations se sont déplacées. Ces régions sont presque vides. Il est difficile de faire foule dans ce contexte d’insécurité », ajoutait Koupit Adamou.

Si les populations du Nord-Ouest n’ont pas pu communier avec les huit candidats de l’opposition, celles du Sud-Ouest ont eu la chance d’écouter les projets politiques des candidats du Social Democratic Front, Joshua Osih et du Front populaire pour le Développement (FPD), Akere Muna. Autant le dire, l’électorat anglophone a été abandonné à lui-même à cause de l’insécurité qui sévit dans cette zone. « Nous sommes conscients du fait que les populations de la zone anglophone se sont massivement déplacées. Donc, nous n’espérons pas un grand nombre d’électeurs dans cette zone », reconnait Paul Eric Kingue, directeur de campagne de Maurice Kamto.

Les intox sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ont fait des « Fakes news » une spécialité pendant l’élection présidentielle. Et pourtant les responsables de Facebook, en séjour au Cameroun en début août 2018, s’étaient donnés pour mission de combattre efficacement l’inflation de fausses nouvelles sur la plateforme en ligne. Mais cet objectif semble ne pas être applicable au contexte camerounais. Durant la campagne électorale qui avait débuté le 22 septembre dernier, des affirmations – souvent des attaques ad hominem – sur les candidats à la présidentielle ont connu une recrudescence incroyable. Et dans cette arène de l’intox tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Alors qu’il est souvent difficile de situer avec autorité l’origine de ces nouvelles en grande partie invraisemblable, il est loisible d’identifier les cibles. Les têtes de gondole ici sont Maurice Kamto et Cabral Libii. Par exemple, l’appartenance de ces deux candidats aux sectes exotériques. On peut également ajouter la coalition imaginaire entre Cabral Libii, Joshua Osih et Serge espoir Matomba ou encore la fameuse lettre de soutien du Rdpc au candidat Cabral Libii. D’avis d’experts, ces intox ont vraisemblablement eu un impact sur l’électorat de ces candidats. « De toute évidence, ces Fake news ont fait changer d’avis à plusieurs électeurs. Par exemple, l’intox selon laquelle Cabral Libii serait un pion du Rdpc. Je vous assure que ce candidat a perdu une bonne partie de son électorat à cause de cette fausse information. Prenez la peine de lire les commentaires sur Facebook vous verrez la déception des Camerounais », explique un homme politique.

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