mercredi, juillet 24, 2024
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Ni John Fru Ndi : Le dernier combat perdu de l’éternel second

Retour sur la vie d’un homme qui aura porté l’espoir d’un changement de régime, avant de s’essouffler dans un contexte de suspicion.

Ni John Fru Ndi a été élevé au titre de Grand cordon du mérite camerounais à titre posthume par le président de la République, lors des obsèques officielles qui ont été décrétées à son honneur. En reconnaissance au combat de l’homme pour la démocratie. Le « courage » unanimement salué chez le premier président du Social democratic front (SDF) dans le retour du multipartisme en 1990. Se mettant au-devant d’une marche des fondateurs de son parti à Bamenda le 26 mai de cette année-là, pour forcer le régime à accepter la création de partis politiques pour challenger le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc).

Mais John Fru Ndi quitte la scène déçu. Sans donner une fin au Suffer don finisf, concept se confondant à la dénomination du parti, et qui traduisait l’objectif et la mission que le jeune leader se donnait dans la conquête du pouvoir. Et pourtant, le Chairman était tout proche d’y arriver. L’homme porté par une coalition de partis d’opposition et de mouvements de la société civile passa à côté du fauteuil présidentiel en 1992. Au terme de la première élection présidentielle pluraliste, Ni John Fru Ndi obtint 36,9%, derrière Paul Biya (39,3%). Dans un cafouillage où la Cour suprême reconnaît des fraudes multiples, mais estime n’avoir pas de preuves nécessaires pour annuler le scrutin. Du côté de l’opposition, on est convaincu d’avoir gagné l’élection. Il se dit que les résultats ont simplement été permutés. L’opposition engagea une campagne de contestation à travers des marches et l’opération « Villes mortes ». Le pays est paralysé, l’homme du Renouveau plia sans rompre ; et réussit à redonner au pays de l’oxygène pour revivre. Alors que ses partisans veulent une marche vers le palais présidentiel, Fru Ndi qui a été assigné à résidence deux mois durant, se rétracta face à un pouvoir qui a sorti la soldatesque. « Je ne marcherai pas sur les cadavres des Camerounais pour prendre le pouvoir», abdiqua le candidat de l’opposition. Fin de combat.

Alors que des espoirs reposaient sur lui, jusqu’à l’international. Dans la foulée de ces contestations, les Etats-Unis semblent avoir pris faits et cause pour le leader du SDF. En 1993, le pays de l’Oncle Sam invita le candidat malheureux qui continuait à revendiquer sa victoire volée, à l’investiture de Bill Clinton nouvellement élu à la tête de la Première puissance du monde. Rien ne changera. Ni John Fru Ndi digérera difficilement cette frustration. C’était le début de la fin du mythe Fru Ndi.

Dans la foulée, l’homme qui a échappé plusieurs fois à des assassinats, y compris lors de meetings, engagea son parti le boycott de la présidentielle de 1997. Une erreur fatale, tant l’espoir d’un changement s’éloigna davantage. Lorsqu’il revient en 2004, le Chairman ne put glaner que 17,40% contre 70,92% pour son rival. Aux législatives et aux municipales, le SDF continue de perdre du terrain. La revendication de l’urne transparente trouvera un écho favorable au sein du régime au pouvoir, mais les résultats électoraux ne s’améliorent pas. 2011 est la dernière tentative de diriger le Cameroun. Alors que l’éternel second caresse le rêve de tutoyer un candidat moins coriace, Paul Biya a modifié la constitution en 2008, pour se présenter désormais autant que possible. John Fru Ndi ne récolta que 10,71% alors que son éternel bourreau a grimpé à 77,98%. Sept ans après, ses forces le lâchent et le leader charismatique cède la place à plus jeune : Joshua Osih. Le poulain qui n’a pas le soutien de tous les cadres de la première heure, mord la poussière et pour la première fois, le SDF perd sa deuxième place et se positionne au 4ème rang, derrière Cabral Libi’i et Maurice Kamto, deux nouveaux hommes sur le terrain électoral.

Paul Biya, Jean Nkuété et le SDF

Au moment où il quitte la terre des hommes, Ni John Fru Ndi a perdu de sa verve et de son autorité d’antan. Soupçonné de pactiser avec le pouvoir de Yaoundé, le fondateur du SDF dément, sans convaincre. D’ailleurs des enquêtes dont celles de feu Xavier Luc Deutchoua, journaliste de regrettée mémoire et du Comité catholique contre la faim et pour le développement, concluent à un enrichissement de l’ancien libraire de Bamenda, dont « la fortune est évaluée à plus de 125 millions de dollars dont 70% provient de ses deals avec le chef de l’Etat camerounais». Ce entre 2005 et 2007. Alors que le combattant de la liberté et ses affidés se battent à démentir ces allégations, Léopold Ebene, un ancien commissaire de police en exil, déclare avoir accompagné l’ancien directeur du Cabinet civil de la présidence, Edgard Alain Mebe Ngo’o, pour remettre une mallette contenant une somme de 500 millions Fcfa dans un hôtel de Yaoundé en 2004 au leader de l’opposition, pour « casser la dynamique de l’opposition » qui cherchait un candidat unique pour affronter Paul Biya. Par la suite, Fru Ndi contestera le choix porté sur Adamou Ndam Njoya et se présentera à la présidentielle.

Né le 7 juillet 1941 à Baba II dans le département de la Mezam, Région du Nord-ouest, Ni John Fru Ndi aura d’abord milité au Rdpc, avant de contribuer à fonder le SDF, après avoir perdu les élections internes face à son éternel rival Simon Achidi Achu. Porté par un peuple qui avait soif du changement, l’ancien libraire de l’avenue commercial à Bamenda aura porté l’espoir d’un changement de régime pendant une dizaine d’années, avant de perdre de la côte, essoufflé par un parti au pouvoir qui n’hésite pas user de moyens de l’Etat pour neutraliser ses adversaires. Le SDF affaibli, le Chairman passera ses derniers mois sur terre à préparer sa succession. Tâche ardue. Joshua Osih est combattu par l’aile dure du parti. Et même si le père réussi à nettoyer les écuries d’Augias, l’homme qui décède le 12 juin 2023, laisse un parti miné par des luttes de succession. Le choix porté sur Jean Nkuété secrétaire général du Comité central du Rdpc pour représenter le président de la République aux obsèques du Chairman, a nourri des critiques.

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