Crise anglophone : La solution Dion Ngute

Quatre jours durant à bamenda, le premier ministre Dion ngute a rencontré les principaux acteurs sociaux et politiques de la région du nord-ouest, épicentre de la crise anglophone. Se montrant humble et ouvert, allant à la rencontre des populations dans les marchés et quartiers, il a relancé l'espoir de paix dans cette région qui paie cher le coût humain et socio-économique de la crise.

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Dans le contexte de conflit social qui, sous l’impulsion des partisans de la sécession du Cameroun, agite notre pays depuis deux ans, l’exercice s’annonçait délicat, voire périlleux. Mais Joseph Dion Ngute a bravé la peur et l’atmosphère pesante qui règnent en ces temps de crise dite anglophone, pour se rendre à Bamenda le 9 mai dernier, pour une visite de quatre jours. Dans un décor loin d’être théâtral, le Premier ministre (PM), est allé rencontrer les populations de la capitale de la région du Nord-Ouest, à l’effet de leur transmettre le message du chef de l’Etat Paul Biya. Un message qui se résume en trois mots : paix, espoir, réconciliation. « Le chef de l’Etat m’a envoyé dire à tous ces jeunes qui commettent des actes de violence au sein de la société qu’ils restent des enfants du Cameroun et de ce fait, ils ne doivent pas se priver d’une éducation comme ils le font, ils ne doivent pas infliger des villes mortes à la société, ni organiser des enlèvements et demander des rançons. Le chef de l’Etat m’a envoyé leur dire de déposer les armes », a affirmé le chef du gouvernement. Dion Ngute l’avoue : le gouvernement est déterminé à la relancer l’option du dialogue.

Seulement, les sujets à mettre sur la table pourront toucher tous les points de la vie politique du pays excepté une deux choses : la sécession et le fédéralisme. « Hormis la sécession et la fédération, le président de la République est prêt à organiser un dialogue formel pour résoudre la crise », rassure le Premier ministre. Pour son premier jour à Bamenda [jeudi, Ndlr.], Joseph Dion Ngute est arrivé vêtu d’un « Toghe », un tissu traditionnel de la région du Nord-ouest et tenant dans la main, un arbre de la paix. Une image qui rappelle à la fois son appartenance à la tradition anglophone du pays, mais qui dénote aussi l’objet de sa mission. A son arrivée, le messager de Paul Biya est accueilli par les élites de la région avec à leur tête, l’ex-Premier ministre Philemon Yang. Tout de suite, Joseph Dion Ngute est suivi dans son élan par les forces vives et les populations qui brandissent à leur tour, en signe d’acceptation du message du chef de l’Etat, des arbres de la paix. Le temps d’une descente dans les rues de la ville, le Premier ministre a eu le temps de changer ses atours. Place à une tenue plus sobre : un costume bleu marine (dark blue), une chemise blanche et une sage cravate gris foncé. Sa tenue de travail habituelle…

Consultations

La visite de quatre jours qui venait de démarrer sera alors une succession de rencontres et de séances de discussion. « Je ne suis pas venu dit-il, uniquement pour les institutions ou les élites, mais aussi pour toutes les couches de la population qui peuvent porter le message [du chef de l’Etat, Ndlr.] ». Tour à tour, Joseph Dion Ngute a rencontré des chefs traditionnels, parmi lesquels Fon Angwafor de Mankon, qui a réaffirmé sa position pour l’unité du pays pour lequel il s’est battu dans sa jeunesse. « Même ma propre chefferie, je ne peux pas accepter de la diviser », a déclaré ce dernier. Le PM a aussi consulté des élites, des parlementaires, des maires et conseillers municipaux, les autorités religieuses, administratives, militaires et judiciaires de la région. Un tour au quartier Nkwen, réputé être le plus radical de la ville, a permis au Premier ministre de sensibiliser de nombreux moto-taximen et commerçants. A chaque intervention, le même message : « le président de la République me charge de vous dire que le Cameroun nous appartient à nous tous. Il a dit que si le peuple veut une conférence, nous ferons cette conférence, nous discuterons tous ensemble. Mais nous devons garder à l’esprit que le Cameroun appartient aux Camerounais et qu’il ne peut être divisé. C’est un pays indivisible », a martelé Joseph Dion Ngute devant des riverains réceptifs qui ne manquaient pas d’applaudir. « Nous sommes contents dit l’un d’entre eux, de voir le chef du gouvernement ; cela prouve que le chef de l’Etat sait que nous souffrons. Cette descente sur le terrain est un acte fort que nous devons apprécier. Il faut que la guerre cesse ».

Le Sdf propose Fru Ndi comme médiateur

La visite de l’émissaire de Paul Biya s’est poursuivie par des séances d’échange avec les partis politiques à l’instar du Rdpc, de l’Undp, l’UDB et le SDF. Le PM a notamment rendu visite à Ni John Fru Ndi qui l’a salué des deux mains, en guise de respect et d’humilité. Le chairman du Social Democratic Front qui invite le chef de l’Etat depuis le début de la crise à initier un dialogue avec les partisans de la sécession, espère jouer le rôle de « médiateur » dans cette nouvelle démarche des pouvoirs publics. Ses militants en ont fait la demande auprès du Premier ministre qui a également rencontré les syndicats par qui le mouvement de grève qui a débouché sur la crise a été engagé, mais aussi les étudiants de l’université de Bamenda. Et en a profité pour appeler la responsabilité des hommes et femmes des médias au service de la paix. « Vous possédez un pouvoir énorme. Vos écrits façonnent l’opinion, je vous exhorte à l’utiliser pour la bonne cause », a-t-il lâché aux journalistes.

Le « miracle » est-il possible ?

Au lendemain de sa tournée, une question demeure : Joseph Dion Ngute peut-il produire le « miracle » ? Pour le moment, nul ne sait. Mais le fait est que, sur les visages des différentes personnes qu’il a rencontrées, les crispations qui prévalaient avant sa venue, la première depuis sa nomination le 4 janvier dernier, ont laissé la place à des attitudes nettement plus confiantes et détendues. Le Premier ministre n’a donc pas perdu « son » temps, mais il est évident qu’il semble encore loin d’avoir gagné une véritable bataille ; car les frustrations demeurent vives chez certains concitoyens qui ne cachent pas leur manque d’enthousiasme sur les réseaux sociaux, alors que la colère des partisans de la sécession n’est pas retombée. Peut-être que ça viendra d’ici au dialogue tel qu’annoncé par le chef du gouvernement ? On ose y croire…

Par Arthur Wandji

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