Crise anglophone : La reprise des cours mise à l’épreuve

Avec la condamnation à vie des leaders sécessionnistes le 20 aout dernier, les espoirs nourris par la société civile pour un éventuel retour à l’école dans les zones anglophones s’amenuisent.

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La crise anglophone fait partie d’un quotidien qui ne fait plus la une des journaux. Pourtant ce conflit traverse l’un des pires moments depuis son début. La semaine qui vient de s’achever a été particulièrement violente. Suite à la condamnation à la prison à perpétuité de Ayuk Tabe et 9 autres leaders séparatistes, les combattants acquis à leur cause sont montés d’un cran. Dans la matinée du 21 aout dernier, au lendemain de cette décision de justice, les combattants ambazoniens ont imposé les villes mortes dans la plupart des grandes villes et ont attaqué en début d’après-midi les militaires. Des sources locales indiquent que de violents affrontements, ayant fait plusieurs victimes, ont éclaté à Muyuka entre les militaires et les sécessionnistes. Le lendemain, des tirs ont aussi été entendus au quartier Mankon à Bamenda. Dans un communiqué, signé le 22 août, le gouvernement intérimaire ambazonien annonce 3 semaines de fermeture des activités dans les zones du Nord-Ouest et du Sud- Ouest, et un renforcement du boycott de la campagne de reprise des cours initiée par la société civile. Du fond de leur cellule, Ayuk Tabe et ses pairs, tous condamnés à la prison à vie, ont, dans un autre communiqué, prescrit « aux combattants d’être déterminés, fort et courageux » et pendant ces 3 semaines, les leaders séparatistes annoncent un déploiement massif des hommes armés sur le terrain, afin de veiller à la réussite de l’opération. Cette mesure qui prend effet à partir de ce lundi, vise, comme l’indique le communiqué, à protester contre la décision du tribunal militaire, de condamner à vie, « 10 leaders ambazoniens». Depuis l’annonce de cette opération, les populations
Justice quittent en masse les villes anglophones pour s’enfuir vers l’intérieur du pays. Samedi dernier, les images diffusées dans les réseaux sociaux et reprises par la journaliste Mimi Mefo montraient plusieurs centaines de passagers à la gare routière de Bamenda en partance pour la région de l’Ouest.
Plusieurs parents qui espéraient que les cours vont reprendre en septembre prochain, se disent déçus par la tournure qu’est en train de prendre la situation. « Le niveau de violences est redoutable, aucun parent ne peut plus accepter d’envoyer son enfant à l’école. Nous espérions pourtant que l’école pouvait
recommencer en septembre, mais ça sera très difficile. Je suis obligé d’amener mes trois enfants ici à Yaoundé chez une sœur pour qu’ils puissent retourner à l’école, après avoir passé près de 3ans à la maison. Le temps passe et l’avenir de nos enfants est en train d’être hypothéqué », confie à Défis Actuels, un parent d’élève. L’avocat des droits de l’Homme maitre Agbor Balla, est lui aussi pessimiste quant à la reprise des cours en septembre prochain. Il accuse les autorités de mener une contre-campagne contre l’opération « back to school » qu’il a initié. « Une fois qu’ils ont vu que l’opération « back to school » était en train de gagner du terrain, ils ont envoyé les ministres et les politiciens pou irriter les populations et de s’assurer que les écoles restent fermées. A moins de deux semaines de la rentrée, ils ont condamné Sisuku Ayuk et compagnie à la prison à vie » dénonce-t-il.
C’est près de 600 000 enfants qui ne sont pas scolarisés dans les régions anglophones, selon l’Unicef. Ce chiffre qui risque d’être revu à la hausse, pousse certains acteurs à se demander « si le temps n’est pas enfin venu pour qu’on tienne les enfants hors des batailles politiques ?».
Par Joseph Essama

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