« Le service électrique s’est largement amélioré au Cameroun »

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Eric Mansuy, Directeur Général Sortant d’ENEO Cameron

Eneo Cameroun nourrit de grandes ambitions articulées autour de la normalisation, la modernisation, l’extension et l’optimisation de l’offre et des ouvrages de production électrique. L’amélioration de son assise financière, et de ses relations avec l’état et le public devrait y contribuer fortement. avant de quitter le Cameroun, son dg sortant, Eric Mansuy, en donne les contours.

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Le secteur énergétique camerounais fait face à un double défi de la quantité et de la qualité de l’énergie produite et distribuée. Quel est l’état des lieux ?

Dans l’ensemble, le service électrique s’est largement amélioré grâce aux investissements de ces dernières années. Un progrès dans la distribution, de l’ordre de 18% à fin 2021, par rapport à 2020. Nous sommes encouragés notamment par des retours positifs des autorités dans diverses régions et certains leaders associatifs. Cette évolution démontre que le principal défi de notre secteur est la mobilisation des financements et des investissements substantiels dans le renforcement des ouvrages existants et la création de nouveaux ouvrages. Nous travaillons dans cette dynamique. Nous venons de recevoir un signal très positif du gouvernement quia renforcé la confiance des investisseurs en restructurant sa dette envers le secteur électrique, aidant ainsi à catalyser la mobilisation des prêteurs internationaux des financements nécessaires à Eneo, pour les prochaines années. Cela nous permettra de répondre de manière durable à la demande d’amélioration de la qualité de service, dans les segments qui concernent Eneo (production, distribution et commercialisation de l’électricité). Pour cela, il faut doter le système d’un niveau suffisant de réserve et de redondance, rendre le système plus moderne et plus automatisé. Notre plan prend également en compte les enjeux suivants :a Restreindre l’importation des matériaux utilisés pour l’entretien et la construction du réseau de distribution, en impulsant la mise en place des filières d’assemblage ou de production locales ; a Faire la maintenance du réseau dans les zones rurales difficiles d’accès ;a Développer des réseaux dans des zones où l’urbanisation n’est pas toujours maîtrisée ;a Arrimer le plan Eneo sur les programmes de construction des lignes de transport et des postes sources dont les délais restent à maîtriser ;a Lutter contre la fraude électrique, le volet le vandalisme sur les ouvrages ;a Impulser la cohérence des actions, des normes et des politiques entre les multiples acteurs nationaux impliqués dans la construction des ouvrages électriques. De façon très concrète par exemple, Eneo travaille à satisfaire toutes les puissances sollicitées par le public et les industriels. À ce jour, le potentiel de puissance des projets industriels à développer dépasse 340MW, principalement pour les industries sidérurgiques et cimentières. Eneo a communiqué ces opportunités de développement industriel à la Société nationale de transport de l’Énergie (Sonatrel) et au ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee). En effet, raccorder ces grands clients industriels, c’est alimenter des clients solvables qui peuvent garantir la stabilité financière du secteur électrique. C’est aussi l’occasion d’améliorer l’accès à l’électricité pour les ménages situés en zones périurbaines. C’est aussi lutter activement contre le réchauffement climatique en privilégiant le recours à des moyens de production renouvelables comme l’hydraulique et le solaire. Pour satisfaire la demande industrielle en raccordement au réseau électrique, il y a en effet un besoin d’amélioration conséquente de l’offre de production et de construction de nouveaux ouvrages de transport pour le transit de l’énergie en direction des foyers identifiés.

Concernant la gouvernance de l’entreprise, quelles améliorations ont été apportées ?

Si nous voulons réussir à mobiliser les financements, investir aussi massivement et efficacement que nous le souhaitons, nous n’avons d’autre choix que d’améliorer notre système de gouvernance. Eneo est une entreprise aux fondamentaux solides. La vision est claire, les valeurs sont déclinées et les procédures sont en place. La question aujourd’hui est de s’assurer que nos actes sont alignés sur ces fondamentaux. D’où la lutte acharnée contre les réseaux de fraude, tant en interne qu’en e externe. Nous renforçons aussi, de façon préventive, notre système de contrôle interne. Nous avons amélioré l’indice de maturité du contrôle. Un résultat porté par : a Des ajustements organisationnels et des formations internes ;a L’amélioration de l’allocation des ressources pour la gestion des investissements ; a Le suivi des actions au travers des instances de gouvernance (comités de direction, comités de pilotage des projets…) ;a Un dispositif de suivi et d’auto contrôle dans les structures clés telles que les achats, les finances, la gestion des projets; a L’implémentation des process traçant les installations comme les compteurs et transformateurs ; a La réalisation permanente des audits et le suivi strict de la mise en œuvre des recommandations ;a Un dispositif de pilotage de la Politique diversité.

En matière de développement des énergies renouvelables, quelles sont vos réalisation et ambitions à moyen et à long terme ?

L’un des symboles de l’engagement d’Eneo dans le développement des énergies renouvelables est la double centrale solaire de Guider et de Maroua qui est en train de sortir de terre dans le Septentrion : 30 MW de solaire à mettre en service progressivement entre janvier et mi-2022. C’est le tout premier projet solaire de grande capacité du pays. C’est la suite d’une démarche de transition écologique dans la production, au cœur de laquelle Eneo a développé un projet d’hybridation des centrales thermiques isolées. Ainsi, des parcs solaires de moins de 0,8 MW ont été installés à Djoum
(2018), Lomié (2020) et Garoua Boulai(2021). En 2022, Eneo prévoit de construire de nouveaux parcs à Banyo, Poli, Yoko et Touboro. Il faut dire que, soucieux d’accompagner le gouvernement dans son plan de développement des énergies renouvelables et la réduction des gaz à effet de serre, Eneo s’est engagé à :a Mener des études sur des possibilités de développement des projets d’énergies renouvelables dans le pays. Des études sont en cours pour déterminer la faisabilité de projets solaires, éoliens, hydroélectriques ; a Développer des projets issus de ses études, avec des promoteurs indépendants ; a Rallonger la durée de vie (en cours) des grands aménagements hydroélectriques du Cameroun (Songloulou, Lagdo, Edéa). L’énergie hydroélectrique est l’énergie renouvelable par excellence au Cameroun, qui est fortement arrosé ; a Accompagner les promoteurs indépendants dans la construction des petites et grandes centrales hydroélectriques. C’est le cas de l’implication d’Eneo dans les projets Nachtigal (420 MW) et Mbakou (1,4MW).

Où en est la restauration de l’équilibre financier du secteur de l’énergie?

L’État du Cameroun vient de prendre des mesures fortes et inédites au profit de l’assainissement partiel des finances du secteur. L’État s’est engagé à injecter 182 milliards de francs CFA pour restructurer les dettes croisées du secteur entre les acteurs majeurs. Cette opération prendra plusieurs formes : a Une levée de fonds par l’État de 118 milliards de FCFA sur les marchés monétaires de la Cemac qui sera versé intégralement à Eneo pour l’apurement de dettes croisées dans le secteur ; a Le bouclage du paiement de 39 milliards de FCFA dus par l’État à Eneo au travers d’un financement par des banques locales pour lequel un accord avait été trouvé depuis juillet 2021 ; a Le transfert de 25 milliards de dette SNH vers l’État ; a Une levée de fonds complémentaire qui devra être formalisée au premier semestre 2022. En outre, avec ces décisions financières, des dossiers de fond du secteur seront réglés d’ici la fin de l’année 2022. Par ailleurs, d’autres mesures plus structurelles devant mener à un meilleur fonctionnement du secteur sont attendues à partir de fin janvier 2022.Une quasi remise à zéro des compteurs qui apporte une vraie bouffée d’oxygène à Eneo, ainsi qu’aux autres (Kpdc, Dpdc, EDC, Sonatrel, fournisseurs de combustible, sous-traitants).Le sens qu’il faut donner à ce geste de l’État est que : a L’électricité est un secteur névralgique et l’État met tout en œuvre pour qu’il se porte bien ; a L’État a confiance au projet Eneo ; a Les investisseurs locaux croient en Eneo; a Les bailleurs de fonds internationaux voient en cela des signaux positifs. Ainsi, ils se penchent sur le projet Eneo, dans le cadre des négociations en cours pour mobiliser davantage de ressources pour soutenir notre projet. Soit environ 520 milliards de francs CFA dans les segments Production, Distribution et Commercialisation de l’électricité, sur la période 2021-2031.Les finances de l’entreprise semblent durement affectées tant par la fraude que par les arriérés de l’état.

Quelle est l’ampleur du problème et quelle solution ?

Eneo est sur une pente positive. Sur les impayés de l’État et de ses démembrements, un grand pas a été fait avec les derniers accords en cours d’implémentation portant sur un total de 182 milliards de francs CFA. Sur la lutte contre la fraude, nous appelons de tous nos vœux la mobilisation de toutes les énergies. C’est nécessaire si l’entreprise doit continuer d’envoyer des signaux positifs aux bailleurs de fonds dont l’engagement permet de garder le cap des investissements pour l’amélioration de la qualité de service et de l’accès à l’électricité. C’est nécessaire pour réduire ces pertes financières énormes pour tous les acteurs du secteur de l’électricité (60 milliards de CFA environ). Et l’on ne citera jamais assez les autres problèmes tout aussi graves imputés à la fraude sur les réseaux électriques : sécurité (incendies, blessés et décès…) ; le sentiment d’injustice sociale (les clients en règle paient pour les fraudeurs) et l’inconfort (baisses de tension dues aux surcharges des équipements). Sur ce front, nous attendons une plus grande implication des pouvoirs publics, qui devront sans plus tarder décréter cette lutte contre la fraude comme une grande cause nationale. Les contrôles des installations se sont renforcés et le seront davantage. L’entreprise travaille sous l’encadrement du régulateur et écoute particulièrement les associations des consommateurs afin que les actions menées le soient dans le plein respect du règlement du service. C’est tout le sens des nombreux échanges que nous avons eus avec ces acteurs en 2021. Quelques fois houleux mais très utiles, puisque Eneo a pris des directives qui ont trouvé l’assentiment de l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL). Eneo entretient des cadres de concertations avec les consommateurs et les situations remontées à nos équipes sont prises en charge. À ce jour, nous enregistrons un progrès (plus de 5 points entre 2019 et 2021) d’un des principaux indicateurs de l’activité, à savoir le rendement de distribution. La lutte contre la fraude y contribue beaucoup.

Eneo a également trouvé un réseau de distribution à la fois délabré et insuffisant. Comment le problème a-t-il été pris en charge ?

Eneo a mis en œuvre des actions rapides et des actions de moyen ou long terme. D’où le programme de remplacement des poteaux avec introduction des types béton et métallique, le programme de réhabilitation des postes de distribution saturés ou encore des lignes souterraines, l’ouverture au bulldozer des couloirs des grandes lignes rurales vieilles parfois de 30 ans afin de les protéger durablement contre la végétation. ? Et puis nous avons le grand chantier de modernisation, qui repose notamment sur des actions visant à multiplier les voies d’alimentation des localités et quartiers et de faciliter les interventions sur les réseaux avec des solutions technologiques. Je vais citer ici quelques projets qui sont en cours de mise en œuvre. a Automatisation de l’exploitation et de la conduite des réseaux de distribution avec la mise en place d’un Scada à Douala et Yaoundé et sur les principales lignes HTA rurales ; a Mise à niveau et optimisation des réseaux de distribution dans les villes de Douala et Yaoundé avec la définition et l’implémentation d’un plan directeur ; a L’extension des réseaux en zones périurbaines et rurales ; a Réorganisation des réseaux et changement de tension dans plusieurs villes. L’un des piliers de la mise en œuvre de ces projets est la valorisation des compétences locales. Nous avons stimulé et poussé le secteur industriel local à produire des poteaux en béton. Nous sommes en train d’impulser une filière locale de production ou d’assemblage des intrants de base (compteurs, câbles, transformateurs, etc.). Nous nous sommes associés à des Groupes d’initiative commune (GIC) pour lutter contre la végétation sur les lignesaériennes. La relation clientèle a souvent été un sujet de grande préoccupation.

Quelles améliorations dans ce domaine ?

Nous l’admettons. La gestion clientèle est un point faible. Nous avons pris le problème à bras le corps, en désignant 2021 l’année de la relation clientèle. Pas que d’un coup de baguette magique en 2021, on transforme subitement la qualité de service commercial. Mais simplement que nous avons mis en place un train de réformes qui, à terme, vont générer les changements attendus. Nous avons ainsi créé un cadre d’implémentation appelé « Etats généraux du commercial », où une réflexion de base a été menée, et les grands axes de réformes et d’actions déterminés. La mise en œuvre est suivie régulièrement et nous mesurons les progrès au fur et à mesure. Par exemple, pour améliorer la relève et la distribution des factures, la principale réforme est la professionnalisation et l’encadrement des entreprises sous-traitantes pour améliorer la prise en charge de leurs employés. Il y a également eu une meilleure organisation des équipes. En fin 2021, nous avons gagné des points dans les taux de bonne relève et de distribution effective des factures. Dans le même temps, Eneo continue de proposer aux clients des solutions technologiques améliorées en sollicitant leur implication. La popularité de la solution prépayée et des paiements à distance, les solutions digitales de visualisation des factures ou de demande de branchement, vont dans ce sens. Nous continuons de dire à nos clients qu’ils méritent un traitement de qualité. Quand ce n’est pas le cas, ils ont le droit de remonter l’information.

Les différends entre Eneo et Arsel au sujet de la facturation sont-ils désormais aplanis ?

Il y a eu des malentendus en 2020 sur l’approche de relève et facturation. La question a été réglée. Pour l’heure avec l’Arsel, Eneo Cameroon travaille plus à encadrer les actions de lutte contre la fraude, dans le respect des intérêts de toutes les parties. De nombreuses rencontres et échanges en 2021 ont permis de trouver de nombreux accords sur le mode opératoire. Par ailleurs, nous nous réjouissons de la dernière visite du Directeur Général d’Arsel au Laboratoire d’Etalonnage des compteurs d’énergie électrique d’Eneo. Il a commandé plusieurs tests dont les résultats attestent de la conformité et l’intégrité des compteurs achetés et installés par Eneo chez le client. Ceci renforce les principes qui guident l’ensemble du processus de facturation d’Eneo. A savoir, ne faire payer au client que ce qu’il a consommé. En cas de doute, nous recommandons aux clients de faire des requêtes. Nos équipes sont obligées de faire les vérifications nécessaires et les corrections quand cela s’impose.

Comment sont aujourd’hui les relations d’Eneo avec ses sous-traitants et les associations consuméristes du secteur ?

Le dialogue permanent est instauré avec la corporation des sous-traitants majeurs du secteur, à travers Aseelec. Il a permis de pacifier nos relations et de lever les malentendus. Dans le même temps, ce contact permanent est un moyen de veille sur la mise en œuvre conforme des procédures parles collaborateurs d’Eneo. Nous travaillons désormais ensemble dans la mise en place de nos nouvelles orientations : par exemple, prix des poteaux béton, prix de mise en œuvre des poteaux, nouveau contrat de branchement en basse tension. En ce qui concerne les rapports avec les associations de consommateurs, le principe de l’entreprise est l’ouverture et l’intégrité (une de nos valeurs phare). Ce qui permet à ces leaders, quand ils sont de bonne foi, d’être édifiés sur les solutions et le service, et par conséquent, de prendre la parole de manière véridique. Eneo n’a pas de problème à recevoir de ces associations des critiques quand elles sont formulées, une fois de plus, de bonne foi. Nous voyons en cela des opportunités d’amélioration. Nous sommes heureux de constater que la majorité des associations partenaires le comprennent. Il y a quelques marginaux qui œuvrent par la manipulation. Nous avons attiré l’attention sur ces attitudes. L’ouverture aux associations des consommateurs a souvent permis de jauger le niveau de progrès du service. C’est ainsi que nous pouvons noter la baisse de plus de 30% des alertes de celles-ci entre le premier trimestre de l’année et les trois derniers de 2021. Ce qui peut témoigner d’une amélioration.

Quels sont les grands projets d’Eneo Cameroon pour les années à venir ?

Nous avons détaillé plus haut les grands axes des projets de modernisation de la distribution et de la commercialisation de l’énergie électrique. L’entreprise est aussi orientée vers la normalisation, la modernisation, l’extension et l’optimisation des ouvrages de production dont Eneo a la charge (70% de la capacité installée du pays en 2021). C’est la consistance du grand projet d’investissements d’Eneo étalé sur la période 2021-2031, pour un volume financier de 520 milliards de francs CFA.

Propos recueillis par François Bambou

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