RDPC : Les coulisses du Conseil de discipline

Les auditions menées par la Commission Musonge se déroulent dans un climat marqué par des soupçons de règlement de comptes et de manœuvres visant à écarter toute velléité de candidatures dissidentes aux futures élections régionales.

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L'échafaud est prêt au Rdpc

Ambiance studieuse au siège du Comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc). Éloigné de son bureau de président de la Commission Nationale de Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme (Cnpb), Peter Mafany Musonge a accepté de se mettre au service du parti. Huit jours sur place, pour connaître des cas d’indiscipline relevés au sein du parti au pouvoir, lors des élections législatives et municipales du 9 février dernier. Ils sont une quinzaine à s’être retrouvés autour de l’imposante table de la salle de conférence du Comité central du Rdpc ce lundi 24 août : le président de la Commission de discipline Peter Mafany Musonge, ses quatre vice-présidents, les cinq membres et cinq rapporteurs qui la composent. Les visages sont fermés, le silence pesant. Face à eux, l’un des «accusés» du jour s’apprête à «passer à la barre». Il s’agit de Saint Eloi Bidoung, actuel conseiller municipal à la commune d’arrondissement de Yaoundé VI. L’infortuné avait le droit de se faire accompagner par un Conseil, mais a choisi d’être auditionné seul. Une fois appelé devant la Commission, Peter Mafany Musonge le salue très respectueusement et lui souhaite la bienvenue, avant de lui expliquer en quoi va consister l’audition qui se tient à l’abri des micros et des caméras des journalistes.

Les Choix du président national

La parole est ensuite donnée au ministre chargé de mission à la présidence de la République et rapporteur de la Commission, Benoît Ndong Soumhet qui présente au convoqué, les griefs qui lui sont reprochés. Et pour le cas qui se présente devant la Commission Musonge, il s’agit de «velléités de candidature pour la mairie de Yaoundé, contre celui que le président national du parti a choisi», rapporte une source ayant pris part à l’audition. Une fois les faits exposés, l’impétrant a droit à une vingtaine de minutes pour s’expliquer. Un temps de parole au cours duquel les membres de la Commission n’hésitent pas à lui poser des questions. Si Paul Célestin Ndembiyembe par exemple est resté dans «un rôle de pédagogue», avoue Saint Eloi Bidoung, «cela n’a pas été le cas de la ministre de la Recherche Scientifique [Madeleine Tchuinté, Ndr.] qui s’en est vertement prise à moi». «On me reproche mes prises de position, confie l’ex-adjoint numéro un au maire de Yaoundé VI. On me reproche d’avoir écrit des tribunes douloureuses contre le parti. On m’accuse d’avoir insulté les cadres du parti. On me reproche d’avoir dit que le mandat actuel du président national [Paul Biya, Ndlr.] à la tête de l’Etat est un mandat de trop».

Règlement de comptes

Comme ses prédécesseurs devant la Commission Musonge, Saint Eloi Bidoung assure s’être défendu avec détermination. Et… bravoure. «Je leur ai rappelé que le règlement et les statuts de notre parti ne sauraient être au-dessus des lois de la République qui prônent la démocratie, se souvient l’homme qui n’envisage pas de démissionner. Je leur ai dit que même la démocratie que Paul Biya a donnée au parti nous a été retirée par ceux qui ont décidé d’imposer les maires. Parce que, quand ce n’est pas pour eux, c’est pour leurs poulains ou pour leurs enfants». Et encore se plaint-il : «Il n’est pas possible d’introduire dans les textes d’un parti, des dispositions contraires à la loi et reprocher aux gens d’avoir respecté la loi. Les lois de notre pays me donnent-elles le droit d’être candidat à une élection ? Oui ! Ma candidature était-elle légale au regard de la loi de notre pays ? Oui ! Si ma velléité de candidature est une faute lourde, que la Commission de discipline prenne ses responsabilités». Dans la cours du bâtiment qui abrite le Comité central du Rdpc ce mardi 25 août 2020, des militants, appelés à passer devant la Commission de discipline viennent d’être auditionnés. L’air remontés, certains disent avoir assisté à un simulacre de procès. «Ce n’est pas un conseil de discipline, c’est pratiquement un tribunal, lâche l’un d’eux. Ça sent le règlement de comptes à plein nez. On vous convoque pour un fait précis et on vous pose des questions sur toutes sortes de sujets. J’ai vite compris que le but de cette manœuvre c’est de nous casser, d’en finir avec ceux qui n’acceptent pas de tout avaler au motif que ça vient de la présidence du parti».

Élections régionales et agenda caché

Alors que les auditions se poursuivent dans la salle de conférence du Comité central du parti du «Flambeau ardent», de l’autre côté de la clôture, sous un grand arbre, trois militants convoqués devant la Commission de discipline discutent autour de quelques bouteilles de bière. Les trois hommes ne sont pas préoccupés par le verdict qui les attend, mais par le timing de ces auditions qui se tiennent au moment où l’on annonce avec insistance l’organisation imminente des premières élections régionales du Cameroun. Les trois camarades en sont persuadés : les travaux de la Commission Musonge ne visent qu’un but, décourager les militants qui ambitionnent de se présenter à cet ultime scrutin. «Nous savons pourquoi ce Conseil de discipline se tient maintenant, et ce, malgré le contexte de crise sanitaire. C’est une manœuvre des cadres qui ont pris en otage le parti pour préparer l’installation de leurs amis à la tête des régions. Ils ne veulent pas avoir à faire face à de la rivalité en interne ; parce qu’ils savent que leurs amis sont impopulaires et n’ont pas d’arguments pour convaincre l’électorat», lâche l’un d’eux. Un autre de poursuivre : «c’est pourquoi ils vont se servir de ce Conseil de discipline non seulement pour écarter tous ceux qui nourrissent l’ambition de se porter candidat à ces régionales, mais aussi décourager tous les militants qui comme nous, se sont farouchement opposés aux candidats qui nous ont été imposés lors des précédentes législatives et municipales». D’ailleurs, personne ne sait quand les verdicts des différentes affaires jugées par la Commission Musonge seront rendus. «Cela participe d’un agenda caché en effet, argue encore cet autre militant. Ils vont attendre que le conseil électoral des régionales soit convoqué pour rendre les verdicts et prendre tout le monde de court».

«Le parti bouillonne»

Une situation qui fait dire à un autre que «le parti bouillonne». «Le Rdpc est à l‘épreuve de l’indiscipline, dit-il. Au regard du nombre de personnalités convoquées de la Commission (environ 90, Ndlr.), il apparait clairement qu’il y a une rupture entre les cadres et une partie de la base». Selon certains militants du parti au pouvoir, «les manœuvres» qui seraient mises en place en amont pour écarter certains candidats potentiels aux régionales ne devraient que renforcer cet esprit de défiance visà-vis des directives du parti. Et ce ne sont pas les décisions à venir de la Commission de discipline qui pourraient changer la situation. Notons que les auditions engagées par Peter Mafany Musonge et son équipe s’achèvent le 31 août prochain.

Par Arthur Wandji

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