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Le cacao : un levier contre l’émigration des jeunes

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Derrière la richesse aromatique du cacao et du café camerounais se cache un enjeu bien plus vaste, celui de la survie économique, de la souveraineté commerciale, et surtout, de la dignité humaine. À l’occasion de la clôture du Cocoa & Coffee Festival, organisé par Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café, Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce a sonné l’alerte de transformer localement pour se développer durablement afin de lutter contre l’immigration des jeunes. « Si nous ne permettons pas à nos jeunes de vivre décemment en cultivant le cacao et le café, alors toutes les lois anti-immigration, tous les murs qu’on pourra ériger, ne serviront à rien », a lancé le ministre camerounais du Commerce, dans une déclaration forte adressée à la communauté internationale. Un cri du cœur qui résonne alors que le pays fait face à une véritable fuite des cerveaux.

 UNE HÉMORRAGIE SILENCIEUSE

 En seulement quatre mois, entre janvier et avril 2024, près de 6 000 Camerounais ont quitté le pays pour le Canada, selon le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM). En toile de fond, un chiffre plus inquiétant encore : 23 000 professionnels qualifiés perdus en 2020, selon un rapport de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Soit plus de 2 % de la population active. Une saignée continue qui menace la stabilité et le potentiel de développement du pays. Pour contrer cette tendance, le membre du gouvernement propose une approche structurelle adossée sur la filière cacao et par extension celle du café. Pour lui, il faut produire, transformer et consommer localement. Reprenant les orientations du président Paul Biya, le ministre du Commerce a défendu une vision que « le développement passe par la valeur ajoutée locale ».

Les résultats sont là. À fin 2023, le Cameroun a exporté plus de 180 000 tonnes de fèves de cacao, générant 360 milliards de FCFA de recettes, selon l’Institut national de la statistique (INS). Mais ce qui retient l’attention, c’est la progression de la transformation locale. Le pays a également exporté 49 411 tonnes de pâte de cacao pour une enveloppe de plus de 97,4 milliards de FCFA et 23 825 tonnes de beurre de cacao pour un peu plus de 55,5 milliards de FCFA. Un tournant économique et industriel encourageant. Autre signal fort : les prix du cacao sur le marché local ont atteint des sommets. Dans certains bassins de production, le kilogramme s’est échangé à 6 000 FCFA, du jamais vu. De nombreux producteurs touchent désormais plus de 5 000 FCFA/kg. Cette hausse spectaculaire des prix constitue un véritable levier de motivation pour les cacaoculteurs, qui voient enfin leur travail reconnu à sa juste valeur.

Dans les coulisses des discussions de la 111ᵉ session du Conseil international du cacao, l’un des enjeux majeurs abordés à Yaoundé était la gestion de l’offre. L’objectif était de garantir un équilibre entre l’offre et la demande, de stabiliser les prix actuels et d’assurer aux producteurs une part équitable de la valeur générée par la filière.

UNE JEUNESSE QUI RÉPOND PRÉSENTE

À travers des programmes comme New Generation, une nouvelle vague de jeunes Camerounais s’engagent résolument dans la transformation du cacao et du café. Ces initiatives, portées par le Conseil Interprofessionnel du cacao et du café (CICC), offrent des formations, des outils, et surtout une vision d’avenir à une jeunesse souvent tentée par l’exil. Le Cocoa & Coffee Festival n’est donc pas qu’une vitrine de produits. C’est un acte politique, une déclaration d’intention : celle de bâtir un commerce international plus équitable, où les pays producteurs ne sont plus de simples fournisseurs de matières premières, mais des acteurs clés de la transformation et du développement. Alors que le Cameroun s’apprête à accueillir, en mars 2026, la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, le pays entend poser les bases d’un « New Deal » du commerce mondial, axé sur la justice économique, la souveraineté des nations et la coopération Sud-Sud.

Le Cameroun, voix des pays producteurs de cacao face aux puissances consommatrices

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« Nous devons procéder, et je fais le lien avec cette cérémonie, à ce que j’appelle aggiornamento : un retour aux sources, où la production, la transformation et la consommation se font localement », a lancé Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce alors qu’il procédait à la clôture du Cocoa & Coffee Festival qui s’est tenu du 10 au 12 avril en marge de la 111ème session Conseil international du cacao (Icco) qu’a accueillie Yaoundé. Le président en exercice de l’Icco appelle la communauté internationale à un retour à une logique de commerce fondée sur le développement des États producteurs, et non plus seulement sur les parts de marché dominées par les puissances consommatrices. « Le vrai commerce, c’est celui qui promeut le développement », a-t-il martelé, en rappelant les idéaux du Kennedy-Round, ancêtre des grands cycles de négociation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Cérémonie de clôture de la 10ème édition du Cocoa and Coffee Festival lancé le 10 avril 2025.

 En accueillant ces assises internationales, le Cameroun ne parle pas que pour lui-même. Le Ministre l’a souligné d’entrée : « Quand je dis le Cameroun, ce n’est pas uniquement le Cameroun, c’est l’ensemble des pays producteurs ». Cette solidarité Sud-Sud transparaît dans les nombreux stands du festival, où les savoir-faire locaux, les produits transformés et les initiatives jeunes ont montré que l’Afrique sait faire, et entend faire localement. « Nous sommes un marché, une force. L’Afrique compte 1,3 milliard de consommateurs, ce qui constitue un marché considérable. Imaginez : entre la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun, nous produisons environ 3 millions de tonnes de cacao. Nous avons la capacité d’absorber notre propre production, tout en exportant une partie. C’est ainsi que nous renforcerons notre position commerciale », a précisé Luc Magloire Mbarga Atangana.

VERS UNE RÉVOLUTION DU COMMERCE MONDIAL ?

À quelques mois de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, prévue en mars 2026 à Yaoundé, le Cameroun entend bien imprimer une nouvelle vision du commerce mondial. Le Ministre l’affirme : « Nous sommes peut-être à la croisée des chemins ». Et cette croisée, selon lui, doit se traduire par une réinvention du système commercial international, en remettant le développement au cœur des échanges. Il appelle ainsi à une harmonisation des politiques de mise en marché entre pays producteurs de cacao, et à une coopération renforcée pour créer un véritable rapport de force en leur faveur. « Nous devons apprendre à travailler ensemble, à être transparents entre nous, à partager les expériences », a-t-il insisté, reprenant une idée chère à l’Organisation internationale du cacao.

LUC MAGLOIRE MBARGA ATANGANA : « Avec 1,3 milliard de consommateurs, l’Afrique peut absorber sa production de cacao »

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Comment les pays producteurs de cacao et de café peuvent-ils aller au-delà de l’événementiel, notamment le Cocoa & Coffee Festival qui s’est déroulé du 10 au 12 avril 2025, et les travaux de la 111ème session du Conseil international du cacao qui se sont déroulés du 7 au 10 avril dernier à Yaoundé, pour inscrire durablement leur production et leur transformation dans une logique de développement économique et social ?

Je crois qu’il faut aller au-delà de l’événementiel. Le Conseil international du cacao est une réunion statutaire qui intervient dans un contexte particulier. Le Cocoa & Coffee Festival relève également du registre événementiel. Cependant, il faut savoir lire le temps. Ces deux événements, d’une grande importance, interviennent à un moment spécial, où on s’interroge sur l’avenir du commerce, notamment celui du cacao et du café. Organiser des événements est une bonne chose, mais cela ne suffit pas si l’on ne s’inscrit pas dans une perspective durable.

C’est à ce titre que je fais le lien avec l’actualité récente, qui ébranle les fondements du commerce mondial. Qu’il s’agisse du cacao, du café, du bois ou d’autres matières, y compris les services, nous devons saisir ces instants pour nous projeter vers un avenir nouveau et novateur, où ces activités deviennent des leviers de développement. Quand je parle de développement, je veux dire que ces activités doivent être bénéfiques aux producteurs, qu’ils soient individuels ou organisés, mais aussi aux pays producteurs. J’aime à rappeler que le multilatéralisme commercial reposait à l’origine sur ce principe : le commerce devait servir le développement des États. On ne faisait pas du commerce pour qu’un chocolatier s’octroie la plus grande part du marché, ni pour qu’un industriel ou un agent économique domine. Ce n’était pas non plus pour que certains États accaparent des parts de marché, mais plutôt pour promouvoir le développement. Ces remises en question et ces événements sont donc l’occasion de repenser l’intérêt et la substance de la production et de la transformation du cacao et du café. Je salue, bien sûr, Cacao & Coffee festival, qui nous encourage à transformer localement, à être capable nous-même d’être les premiers consommateurs et les premiers promoteurs de nos produits.

Mais si nous nous contentons de produire uniquement pour les autres, je crains que pour nos paysans, les choses soient davantage compliquées avec la fluctuation des marchés et les exigences toujours plus nombreuses des acheteurs. Certains invoquent la lutte contre la déforestation comme critère d’accès au marché, d’autres imposent des droits de douane exorbitants. Si on avance dans cette direction, il est évident que l’avenir peut se lire en noir. Je ne suis pas pessimiste, mais réaliste et il faut savoir tirer les leçons de ce qui nous arrive et il faut aussi savoir tirer avantages de ceux que nous représentons. Nous sommes un marché, une force. L’Afrique compte 1,3 milliard de consommateurs, ce qui constitue un marché considérable. Imaginez : entre la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Cameroun, nous produisons environ 3 millions de tonnes de cacao. Nous avons la capacité d’absorber notre propre production, tout en exportant une partie. C’est ainsi que nous renforcerons notre position commerciale. Fondamentalement, il est impératif de dépasser l’émotion et la logique événementielle pour réfléchir, pour repenser les choses.

Le Cameroun aura bientôt l’honneur d’accueillir la 14ᵉ conférence ministérielle de l’OMC. De retour de Genève, j’ai évoqué cette opportunité avec la directrice générale de l’Organisation mondiale du Commerce. Nous devons susciter un New Deal à Yaoundé, un nouveau départ du commerce mondial. Nous devons rendre au peuple ce qui lui appartient. Les premiers acteurs du commerce sont les producteurs, et non ceux qui achètent nos produits. Nous devons repenser notre modèle et revenir aux sources.

Pendant votre disposition de l’ouverture de ces assises, vous avez insisté sur la transparence. Pourquoi est-ce simple dans ces produits-là ?

 La transparence est essentielle, c’est le maître mot. Elle commence d’abord entre les pays producteurs. Comme on dit, « comptezvous d’abord » avant de vous confronter aux autres. Il est impératif de savoir qui nous sommes et ce que nous représentons en tant que pays producteurs. Imaginez qu’on annonce prochainement un excédent de production. Vous savez ce que cela signifie : rien que cette annonce peut bouleverser les marchés boursiers. Un marché est à la fois mécanique, basé sur les volumes, et psychologique, influencé par les informations et les annonces. Ainsi, une fausse annonce a un impact dévastateur. Elle peut signifier que l’on cherche à empêcher une amélioration de la situation des producteurs, notamment en termes de rémunération. Cette transparence doit donc être une obligation entre nous, producteurs. Mais elle doit également s’étendre au marché et à l’industrie.

Les informations concernant la production sont souvent publiques, bien qu’elles puissent parfois être biaisées. Malgré cela, on dispose d’une certaine idée des prévisions de production. En revanche, concernant l’industrie, nous sommes dans l’obscurité totale. Nous ignorons l’état des stocks, la capacité de broyage ou encore les nouvelles capacités de broyage dans les pays consommateurs. Cette absence de données déséquilibre et fausse le jeu dès le départ. Si on nous dit qu’il existe des stocks trop importants, cela entraîne automatiquement une baisse des prix. À l’inverse, disposer d’informations fiables nous permettrait d’adapter nos politiques de production et de mise en marché. C’est précisément ce défi que le directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao cherche à relever. Actuellement, le marché manque de transparence et, par conséquent, de justice. Il est clair que cela doit changer.

Agriculture: l’Afrique se mobilise pour faire face aux défis de la filière coton

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Revenu décent pour les producteurs, chute des prix mondiaux, aléas climatiques, respect des normes environnementales… les acteurs de la filière en conclave à Douala ont souligné l’importance d’une réponse concertée.

Les défis sont grands et nécessitent l’union des producteurs, des chercheurs et des  Etats  africains pour une filière cotonnière durable, résiliente et prospère. C’est une déclaration dite  à l’unisson par les institutionnels et les acteurs de lafilière cotonnière africaine à Douala.  Ils étaient mobilisés à l’occasion de la 17ème réunion bilan du Programme de Production Intégrée du Coton en Afrique (PR-PICA), qui s’est tenu du 8 au 11 avril  dernier.  Une rencontre qui a vu la participation de huit pays. Le Bénin,  le Burkina Faso,  le Cameroun,  la Côte d’Ivoire, le Mali,  le Sénégal, le Tchad et  le Togo.

Les défis de la production cotonnière sur le continent sont nombreux selon les participants.  En plus de la chute des prix mondiaux et la fluctuation du dollar américain, des enjeux au niveau local sont divers.  Le défi économique porte notamment sur la nécessité de garantir un revenu décent aux producteurs tout en renforçant la compétitivité du coton africain sur le marché mondial. Il faut par exemple améliorer la productivité, réduire les coûts de production ou encore diversifier les marchés. Il y a aussi un défi climatique.  La sécheresse,  les inondations,  les variations de température perturbent les calendriers agricoles, affectent les rendements et compliquent la gestion de l’eau.  Au plan environnemental, il faut aussi promouvoir une culture du coton respectueuse des écosystèmes. Ce qui implique l’adoption de pratiques agricoles durables, la réduction de l’utilisation des intrants chimiques et la préservation de la biodiversité.  Le défi phytosanitaire est aussi de taille.  La recrudescence de ravageurs tels que les jassides inquiète. Ces insectes se nourrissent de la sève des plants de coton, causent des dommages considérables aux feuilles, réduisant la photosynthèse et affectant le développement des capsules.  Ce qui occasionne une baisse des rendements.

Ces défis nécessitent des réponses coordonnées à l’échelle régionale. D’où le PR-PICA qui se veut être un cadre de concertation, de coopération et de partage d’expériences entre les pays producteurs. Les assises de Douala ont permis d’analyser les  menaces et de tracer des perspectives communes pour la filière en Afrique centrale et de l’Ouest.

Réactions

Gabriel MBAIROBE, ministre de l’Agriculture et du Développement rural

« Le développement de l’industrie textile locale est une priorité »

 «  La filière coton africaine joue un rôle essentiel dans l’économie et le développement de nombreux pays africains. Elle constitue l’une des principales sources de revenu pour des millions de producteurs et leurs familles, contribuant ainsi à réduire la pauvreté et à améliorer les conditions de vie dans les communautés rurales. Toutefois, depuis quelques temps, cette filière est confrontée à de nombreux défis, notamment la fluctuation des prix sur le marché mondial, les impacts de changement climatique, les infestations parasitaires, l’accès au financement et la concurrence avec des matières synthétiques. Face à ces défis, le Gouvernement camerounais, sous la haute impulsion du Président Paul Biya, réaffirme son engagement à œuvrer avec les pays membres du PR-PICA pour renforcer la recherche agronomique régionale. Il est crucial d’investir dans la recherche pour développer des variétés résistantes aux ravageurs et adaptées aux conditions climatiques locales, ainsi que pour mettre au point des méthodes de lutte intégrée efficaces et respectueuses de l’environnement. Le partage des résultats de la recherche est également essentiel pour accélérer l’adoption de ces innovations par les producteurs. Une gestion raisonnée des intrants, combinée à des pratiques culturales adaptées, est indispensable pour limiter l’impact des ravageurs sur les cultures de coton. Les producteurs doivent être formés aux bonnes pratiques agricoles et accompagnés dans l’adoption de nouvelles technologies. Un appui technique de qualité est essentiel pour améliorer la productivité, réduire les coûts et préserver l’environnement.  Nous engageons aussi à encourager la transformation locale du coton: la transformation de la fibre de coton en produits finis (tissus, vêtements, etc.) permet d’augmenter la valeur ajoutée au sein des économies africaines et de créer des emplois. Le développement de l’industrie textile locale est donc une priorité pour assurer la prospérité de la filière cotonnière. »

Mohamadou BAYERO, DG SODECOTON 

«Nous devons repenser nos stratégies de marché »

« La baisse continue des cours mondiaux du coton a exacerbé les difficultés économiques pour nos filières. Depuis trois ans, les prix du coton ont chuté de manière significative, en grande partie en raison d’une offre excédentaire et d’une demande mondiale stagnante. Cette situation nous oblige à repenser nos stratégies de marché et à explorer de nouvelles opportunités pour maintenir la viabilité de notre industrie. Je pense ici à la transformation locale de fibre. Enfin, la fluctuation du dollar américain a également entraîné des répercussions sur notre secteur. Les variations de la valeur du dollar influencent directement les coûts d’importation des intrants et les revenus d’exportation, créant une incertitude supplémentaire pour nos producteurs et nos entreprises. Il est essentiel que nous restions vigilants et résilients face à ces fluctuations pour minimiser leur impact sur nos filières. Malgré ces défis, je suis convaincu que notre résilience et notre détermination nous permettront de surmonter ces obstacles. Ensemble, nous pouvons continuer à renforcer notre secteur cotonnier et à assurer un avenir prospère pour tous nos acteurs. »

Prix Castel 2025 : les dotations financières revues à la hausse

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 Au lieu de  10 millions de FCFA,  les lauréats recevront chacun 16,3 millions de FCFA. La récompense introduit également  le prix de super lauréat panafricain d’une dotation de 22,9 millions de FCFA.

Les  candidatures pour l’édition 2025 du Prix Pierre Castel sont ouvertes dès ce 14 avril.  Le prix qui  depuis près de 10 ans, récompense les jeunes entrepreneurs africains innove cette année. Déjà, sur les conditions de participation, la compétition met un accès  sur les nouvelles technologies appliquées à l’agriculture et à l’agroalimentaire. Notamment les méthodes durables et résilientes  sur  l’agro-écologie,  la bio conservation, la gestion de l’eau, énergies renouvelables ou encore des solutions digitales facilitant l’accès au marché, la traçabilité et la logistique.

 Bien plus, les lauréats auront des dotations financières plus importantes que celles des précédentes éditions. Chacun percevra  25 000 euros, soit 16,3 millions de FCFA, au lieu de 15 000 euros (10 millions de FCFA) offerts par le passé. Ceci, en plus des programmes d’accompagnement habituels, combinant formation, mentorat et mise en réseau.

Une autre innovation cette année, est l’introduction du prix de super lauréat panafricain, dont la récompense est fixée  à 35 000 euros, soit 22,9 millions de FCFA.   Celui-ci bénéficiera d’un an d’accompagnement en tant qu’ambassadeur panafricain du Prix Pierre Castel.  Le comité va également prendre en charge ses frais d’adhésion au Patronat de son pays. Il bénéficiera aussi d’une mise en lien avec de potentiels partenaires, des investisseurs ; la participation à des Master Class dispensées par des collaborateurs des filiales du fonds Castel sur des thématiques telles que la communication, les ventes, le marketing, qualité produit, et la  sécurité sanitaire des aliments etc.

 Pour participer au prix Castel, le candidat doit présenter un  CV, un bilan comptable ou compte d’exploitation de l’exercice 2024, un document officiel certifiant l’existence légale de son entreprise, un dossier de présentation de l’entreprise, une présentation détaillée du projet de développement à soutenir (business plan, création de valeur et impact prévu).  Pour être éligible, il faut être de nationalité camerounaise et résider au Cameroun, être âgé de 18 et 45 ans, avoir une entreprise ayant au moins une année d’activité,  et jouir d’une existence légale.

Le prix est ouvert dans d’autres pays où le fonds Castel est présent notamment en Algérie, en RDC.

Le Cameroun négocie avec Bloomfield Investment Corporation pour sa notation financière

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Le Cameroun pourrait bientôt rejoindre la liste des pays notés par Bloomfield Investment Corporation, première agence de notation financière d’Afrique francophone. C’est ce qu’a annoncé Eloi Tiigribe, sous-directeur du Plan de trésorerie à la Direction générale du Trésor du ministère des Finances, lors du colloque sur la dette souveraine des États de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) qui s’est tenu à Yaoundé du 10 au 11 avril 2025. « Nous avons actuellement des discussions en cours avec une agence de notation locale, Bloomfield Investment, qui se propose de noter les États de la CEMAC, et le Cameroun a entamé des discussions avec cette agence de notation », a déclaré le responsable du Trésor public.

Pour lui, l’idée de se faire évaluer par une agence locale s’inscrit dans une démarche d’émulation régionale. « Je crois que si nous avons une notation locale et que l’évaluation est faite sur ces notations faites par les agences de notation locale, ce serait une bonne solution. Cet idéal est déjà en pratique en zone UEMOA. Nous cherchons juste à copier ce qu’il se fait de mieux ailleurs », a-t-il déclaré.

UN PRÉCÉDENT EN GUINÉE ÉQUATORIALE

L’annonce du responsable camerounais intervient quelques heures seulement après la présentation officielle, le 11 avril 2025 au Palais du Peuple à Malabo, du rapport de notation financière de la Guinée équatoriale par Bloomfield Investment Corporation. Ce pays d’Afrique centrale a obtenu pour la première fois une notation financière auprès de l’agence ivoirienne. La note attribuée est de « BBB » à long terme et « A2 » à court terme, toutes deux en monnaie locale et assorties de perspectives stables. Selon les autorités équato-guinéennes, il s’agit des notes les plus élevées dans la zone CEMAC parmi les pays notés par cette agence.

Le processus de notation a été conduit à partir des données financières de l’année 2023, fournies par l’État. L’opération a bénéficié de l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et du Fonds monétaire international (FMI). « La collecte d’informations a inclus des entretiens avec l’ensemble des institutions financières nationales », a précisé Stanislas Zézé, directeur général de Bloomfield Investment Corporation. Cette méthodologie illustre la rigueur et la proximité de l’agence dans l’analyse du risque souverain africain.

UNE AGENCE ENRACINÉE EN AFRIQUE FRANCOPHONE

 Créée il y a 16 ans, Bloomfield Investment Corporation est la première agence de notation financière implantée en Afrique francophone. Basée à Abidjan, en Côte d’Ivoire, elle dispose également d’une représentation au Cameroun. En un peu plus d’une décennie et demie d’activité, elle a attribué plus de 2 000 notations financières à des États, des entreprises, des institutions financières ou encore des collectivités locales. L’agence se distingue par une approche adaptée aux réalités économiques, sociales et politiques africaines.

Elle évalue le risque de crédit des émetteurs d’obligations, qu’il s’agisse de pays, de banques ou d’entreprises, en tenant compte de leurs spécificités. Les notes qu’elle délivre traduisent le risque de défaillance de ces acteurs, permettant ainsi aux prêteurs – banques et investisseurs obligataires – d’ajuster les marges d’intérêt ou les primes de risque qu’ils appliquent.

Cette capacité d’adaptation aux environnements complexes des marchés africains a fait d’Abidjan une capitale pionnière en matière de notation financière en Afrique francophone. Aujourd’hui, Bloomfield Investment est en pleine phase d’expansion à la fois sur le continent africain et en Europe, avec une expertise de plus en plus sollicitée par les États et les institutions. VERS UNE

SOUVERAINETÉ EN MATIÈRE DE NOTATION ?

Au-delà de la simple volonté de multiplier les sources d’évaluation du risque, le Cameroun cherche aussi à se prémunir contre les effets déstabilisateurs d’une notation extérieure jugée parfois inadaptée. En août 2023, l’agence américaine Standard & Poor’s (S&P) avait dégradé de six crans la note souveraine du Cameroun, plaçant le pays dans la catégorie « SD/SD » (défaut sélectif) en raison de retards de paiement sur des obligations envers Deutsche Bank Spain entre janvier et novembre 2022.

Selon S&P, ces retards, de deux semaines à dix-huit jours sur certains paiements, constituaient un défaut technique. « Pour éviter tout défaut, les paiements doivent être effectués dans les cinq jours ouvrables suivant la date d’échéance », rappelait alors l’agence. Cette décision avait provoqué une vive réaction au sein de l’administration camerounaise, qui affirmait au même moment que le pays n’accusait aucun retard sur sa dette extérieure. Le ministère des Finances soulignait notamment que 256 milliards de FCFA avaient été remboursés sur la seule période de juin-juillet 2023, portant à 647 milliards de FCFA le montant global des paiements extérieurs réalisés entre janvier et juillet.

Deux jours plus tard, le 16 août 2023, Standard & Poor’s révisait sa position, relevant la note du Cameroun à CCC+/C, soit le premier niveau de la catégorie dite « extrêmement spéculative », située quatre crans au-dessus du défaut de paiement. Malgré ce réajustement, l’épisode avait laissé des traces, relançant un débat de fond sur la pertinence des approches de notation internationales en Afrique. Un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), publié en mai 2024, indiquait d’ailleurs que les méthodes utilisées par les trois grandes agences occidentales – S&P, Moody’s et Fitch – ne sont pas toujours adaptées aux spécificités des pays africains.

 POUR UNE NOTATION CRÉDIBLE ET INDÉPENDANTE

Dans ce contexte, le recours à une agence africaine telle que Bloomfield s’impose comme une réponse stratégique. Mais la question de la crédibilité des agences locales se pose également, reconnaît Eloi Tiigribe. « La question peut être posée dans la mesure où, partout dans le monde, la tendance pour les agences de notation internationales, c’est de faire des agences de notation locales leurs filiales pour essayer d’avoir le contrôle sur elles»,a-t-il expliqué.

Pour être crédibles, selon lui, les agences africaines doivent démontrer une indépendance vis-à-vis des États, tout en assurant une communication régulière de leurs travaux. « Il n’y a que l’indépendance et la communication régulière de ces agences qui pourraient leur donner plus de crédibilité », estime-t-il.

Et de citer l’exemple de la Chine, où une agence de notation locale est aujourd’hui largement consultée par les investisseurs dans l’évaluation du risque souverain. « Il faudrait tout simplement que nous développions cette culture de notation au niveau local, je crois que les Africains en ont la capacité », conclut-il.

Rdpc : Brouillard autour d’un mouvement en faveur de Paul Biya

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Dans un communiqué rendu publique ces derniers jours, Boukar Abdourahim, directeur du cabinet de Cavaye Yeguie Djibril, président de l’Assemblée nationale (PAN), annonce le lancement le 10 mai prochain à Maroua, du mouvement « 100 000 jeunes unis derrière le président Paul Biya en 2025 ». Le coordonnateur de ce mouvement entend ainsi lancer « une mobilisation de soutien indéfectible à la candidature et à la victoire de Son excellence Paul Biya »à la prochaine élection présidentielle prévue en octobre prochain. « Eu égard à la dimension politique, cette grande manifestation connaîtra la participation de plus de 100 000 jeunes issus des 47 arrondissements que compte la région de l’Extrême-Nord, la présence de tous est vivement attendue», souhaite-t-il.

Mais l’appel ne passe pas vraiment. Un communiqué portant la signature de Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), s’y oppose. Dans le communiqué, feignant d’ignorer l’organisateur, « un certain Elhadj Boukar Abdourahim », il est indiqué que « le Rdpc porte à la connaissance de l’opinion que cette initiative n’a, en aucun cas, été approuvée, ni par les organes compétents du parti au niveau régional, ni par les hautes instances du Comité central». Et d’ajouter que « Le Rdpc rappelle avec toute la clarté, que toute entreprise de mobilisation politique menée en son nom doit rigoureusement respecter les canaux institutionnels établis et faire l’objet d’une validation préalable par les cadres compétents du parti ». Alors « il est formellement demandé à M. Elhadj Boukar Abdourahim de surseoir immédiatement à ladite initiative qui ne relève nullement de sa compétence», embraie-t-il.

Sur ses plateformes numériques et celles de ses proches, Jacques Fame Ndongo dément avoir signé un tel document. De quoi en rajouter une couche de brouillard sur cet événement initié par un homme qui ne détient aucun poste officiel au sein de l’appareil du parti au pouvoir. Et la personne de Boukar Abdouram est très controversée au sein même du Rdpc. Le protégé de Cavaye Yeguie Djibril est un homme clé dans le cercle proche du président de l’Assemblée nationale (PAN). Cela survient au moment où le parti vit des toussotements en interne,en prélude à la prochaine élection présidentielle.

Quoi qu’il en soit, cette interdiction de manifestation interne, si elle n’est pas authentique, pourrait trahir s’il en était encore besoin, des luttes internes, au moment où la question de la tenue d’un congrès divise. Officiellement tous ont les regards rivés vers Paul Biya qui reste muet mais a déjà nommé des membres au Comité central comme le prévoient les textes du parti, en complément de ceux élus au congrès. La vraie fausse interdiction de manifestation sonne ainsi comme un coup dans la guerre de positionnement que se livrent les créatures de Paul Biya. Un parti qui multiplie les initiatives depuis des années, pour maintenir allumée la flame d’un parti de plus en plus contesté, y compris dans ses propres fiefs, comme dans la région de l’Extrême-Nord en proie à une guerre de redistribution des cartes. Avec non seulement un maillage territorial du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto dont le premier vice-président, Mamadou Mota, monte en popularité depuis la dernière présidentielle, mais aussi, des alliés politiques tels le Front de salut national du Cameroun (Fsnc) d’Issa Tchiroma Bakari.

Un homme puissant désormais craint en interne

Boukar Abdourahim n’est autre que le directeur du cabinet de Cavaye Yeguie Djibril, président de l’Assemblée nationale. C’est un homme sulfureux devenu incontournable auprès de la 3ème personnalité du pays. Appartenant au clan familial du PAN comme, Boukar Abdourahim a été au centre d’une crise en novembre 2023. Le tout puissant directeur du cabinet de Cavaye Yeguie Djibril avait été limogé par un arrêté de son patron, le 8 novembre de cette année-là, en même temps que Djibrilla Maliki, le secrétaire particulier. Tsunami au Palais des verres de Ngoa-Ekelle. L’homme qui trône à la tête du cabinet du PAN depuis huit ans, conteste son limogeage et organise la résistance, convaincu qu’il s’agit de « faux documents ». Parlant avec autorité, tant, il est de notoriété publique que Boukar Abdourahim veille sur tout document qui passe par le cabinet de son patron. Retranché dans son bureau, l’homme refuse de libérer les lieux, autant que Djibrilla Maliki. Ils auront gain de cause car l’arrêté lu sur les antennes du poste national de la Crtv, la radio publique nationale ne prendra jamais effet. Jusqu’à nos jours.

Diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) et de l’Ecole nationale d’Administration de Paris, Boukar Abdourahim est un allié de longue date de Cavaye Yeguie Djibril qui l’a appelé à ses côtés dès son élection au perchoir en 1992. Secrétaire particulier pendant quatre ans, l’homme sera promu chargé d’études, et plus tard l’homme sera fait conseiller spécial, hit années durant. Le directeur du cabinet de Cavaye Yeguie Djibril est un homme qui a su bâtir sa force dans son obstination à défendre son mentor, bec et ongle, quel qu’en soit le prix. N’hésitant pas à encaisser les coups destinés à celui-ci. C’est donc ce personnage devenu incontournable auprès du patron politique du Mayo-Sava, et même de la région de l’Extrême-Nord, qui est au centre de ce mouvement que semble redouter le sommet du parti. Dans la région de l’Extrême-Nord, Boukar Abdourahim commenc à prendre du volume, et se positionne comme un des hommes qui pourraient jouer dans le leadership du parti au pouvoir dans les prochaines années. On le voit gagner en popularité, notamment à travers le championnat de vacances qu’il organise annuellement à Tokombéré, dans le département du Mayo-Sava.

JEAN-MARC CHÂTAIGNER :« Le Cameroun a une balance commerciale excédentaire avec l’Union Européenne»

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JEAN-MARC CHÂTAIGNER, Ambassadeur de l’Union Européenne au Cameroun

Vous avez pris part au début de l’année (le 19 février 2025) à une discussion avec la GIZ et les autorités Camerounaises sur « la coopération dans un monde en mutations ». Ce débat est-il déclenché par le chamboulement géopolitique qui bouscule les positions de l’Europe sur le continent africain ? Comment analysez-vous ces évolutions ?

Les positions européennes n’ont pas à être bousculées sur le continent africain. L’Europe et l’Afrique sont des partenaires de longue date et le resteront, dans le cadre d’une relation qui évolue naturellement avec le temps et qui tient compte de l’évolution des relations internationales. Nos deux continents sont en train de réinventer leur relation et leur coopération, pour mieux l’adapter à ce que vous qualifiez justement de « chamboulement géopolitique », de sorte à définir un avenir commun et prospère dans l’intérêt foncier de nos peuples. Plus que jamais, nous travaillons ensemble dans l’écoute et le respect mutuel, loin des solutions de force et des diktats que d’autres cherchent à imposer unilatéralement. Nous sommes deux grands ensembles, deux grands marchés, deux unions avec une seule et même vision : la construction d’un monde plus prospère, plus juste, plus pacifique pour nos enfants et nos petits-enfants.

Redoutez-vous un recul de l’influence de l’Europe au Cameroun particulièrement ? Quelles stratégies mettez-vous en œuvre pour contrer les nouvelles puissances qui prennent pied en Afrique et plus particulièrement au Cameroun ?

L’Europe ne considère par l’Afrique comme une partie du monde qui a besoin de l’influence de qui que ce soit pour s’affirmer. L’Europe voit avant tout le continent africain comme un partenaire fiable avec lequel elle peut échanger d’égal à égal, pour mieux affronter des défis globaux comme la lutte contre la pauvreté et les inégalités ou encore le changement climatique, dans le respect bien évidemment de nos valeurs et de nos différences. En dépit des grandes mutations que connait le monde, l’Union européenne et ses Etats membres sont encore aujourd’hui le premier partenaire économique et commercial du Cameroun. Nous ne voyons pas d’un mauvais œil la diversification des partenariats qui est une bonne option choisie par le gouvernement camerounais. Nous y voyons la possibilité d’une complémentarité positive tant les besoins en développement et particulièrement en infrastructures sont considérables. Plusieurs crises internationales majeures ces dernières années comme celle du COVID-19 ou encore l’invasion de l’Ukraine par la Russie nous ont rappelé la nécessité d’accroitre le dialogue et d’être davantage à l’écoute les uns des autres.

Presentations des lettres de creances devant le chef de l’Etat le president de la Republique SEM Paul Biya de six nouveaux ambassadeurs et haut-commissaires accredites au Cameroun vendredi, 29 decembre 2023 au Palais de l’Unite

L’année 2025 au Cameroun est lourde d’enjeux électoraux. Quelles sont vos appréhensions par rapport à l’échéance majeure qu’est la présidentielle ?

Tout d’abord, l’Union européenne ne s’ingère pas dans les affaires politiques internes du Cameroun. Le peuple camerounais élit ses dirigeants en toute souveraineté et n’a besoin de personne pour lui donner de quelconques conseils. En tant que partenaire et ami du Cameroun, dans le cadre des principes démocratiques que nous partageons à travers l’accord de Samoa, nous souhaitons, tout comme le peuple camerounais, des élections présidentielles et régionales en 2025, puis législatives et municipales en 2026, libres, équitables, transparentes et inclusives.

Quelles sont les retombées de la Cameroon – EU Business Week organisée l’année dernière ?

La visite de Nachtigal l’an dernier pendant la Cameroon – EU Business Week par les responsables des banques européennes de développement, notamment ceux de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), les a définitivement convaincus de s’engager pour une centrale hydroélectrique et un barrage encore plus grands, à savoir celui de KIKOT (une puissance de 500 MW). Nous sommes en train de travailler étroitement avec les autorités camerounaises et nos Etats membres à la maturation définitive de ce projet afin que les travaux puissent être lancés. Des milliers d’emplois seront créés. Il s’agit à l’évidence d’une première retombée significative de la Cameroon – EU Business Week. Les visites de la BEI et de la Facilité Européenne AGRIFI (pour le financement de l’agriculture) ont aussi permis de sécuriser un financement de 50 millions d’euros (soit près de 33 milliards de FCFA) pour le financement des chaînes de valeurs agricoles à travers les banques locales. La possibilité de création d’une fenêtre nationale de la Facilité AGRIFI, avec une enveloppe de 9 millions d’euros (environ 6 milliards de FCFA) pour le secteur de l’agriculture, est par ailleurs étudiée et envisagée.

Concernant particulièrement la Team Europe Initiative – Investing in Young Businesses in Africa (en sigle TEI-IYBA), où en est sa mise en oeuvre ? Y a-t-il déjà quelques acquis ?

Il s’agit d’un instrument novateur qui offre à la jeunesse camerounaise l’assistance technique dont elle a besoin en termes d’encadrement, de préparation et d’élaboration des documents de projets (Business Plan). Cet instrument peut aussi fournir une assistance financière à travers des dons en phase de démarrage des activités et un accompagnement vers des financements commerciaux. Le lancement de la Team Europe Initiative – Investing in Young Businesses in Africa (TEI-IYBA), ainsi que du projet Women Entrepreneurship for Africa (WE4A) qui en fait partie, a permis dans une première opération pilote d’appuyer 110 femmes entrepreneures camerounaises qui bénéficient de subventions d’amorçage pour leurs activités. Et nous irons rapidement plus fort et plus loin en élargissant l’accès aux jeunes hommes et femmes qui ont des initiatives dans les différents secteurs d’activités prioritaires pour le développement du pays comme le digital, l’agro-industrie, les services et les infrastructures. .

Dans un entretien il y a un an avec Défis Actuels, vous indiquiez que certaines possibilités de financement offertes par les institutions financières européennes sont souvent méconnues. Quelles sont-elles et comment saisir ces opportunités ?

C’est une question très ouverte. Les réponses peuvent en effet varier selon le domaines d’intervention. L’Union européenne a un portefeuille de projets et programmes très diversifié. Elle est aussi représentée par plusieurs institutions et agences de coopération qui interviennent pour son compte. Donc, j’invite vos nombreux lecteurs à visiter nos sites et nos plateformes de communication digitale, pour mieux comprendre ce que nous faisons et quelles opportunités nous offrons en lien toujours avec les priorités du Cameroun, en termes d’investissement, de développement durable et de promotion de l’emploi.

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Un des projets les plus attendus de l’UE au Cameroun est celui du BRT de Yaoundé. Quelles sont les avancées dans ce projet qui devrait changer le visage de la capitale Camerounaise ?

Le programme « Yaoundé Move » de l’Agence Française de Développement (AFD), avec notre appui financier, est en pleine phase de recrutement de personnel camerounais qui sera amené à suivre le développement du bus à transit rapide (BRT), en partant bien sûr des indispensables études de faisabilité et consultations des usagers jusqu’à la mise en service définitive de ce nouveau moyen de transport. Alors que les études sont en cours, les formations pour les personnels, pour assurer un meilleur suivi du projet, se mettent en place.  Comme tous les autres partenaires engagés dans ce processus, nous sommes enthousiastes à l’idée de voir ce projet passer du rêve à la réalité. Les exemples développés dans d’autres pays, comme la Colombie et le Sénégal, sont très encourageants. Il s’agit très concrètement de créer un système de transport répondant aux besoins des usagers locaux, diminuant à la fois les embouteillages de la ville de Yaoundé et les impacts environnementaux du transport urbain, tout en améliorant la qualité de vie des citoyens.

Dans le cadre du développement des infrastructures et de la stratégie d’investissement ‘‘Global Gateway’’, quels sont les autres projets mis en place ou envisagés par l’Union Européenne au Cameroun ?

Il faut déjà d’abord expliquer que le « Global Gateway », ou « portail mondial » en bon français, est une initiative européenne qui ambitionne de connecter les pays et les peuples à travers le monde, avec des projets innovants et structurants dans des domaines clés comme ceux des infrastructures, de l’énergie, du transport, du digital… Nous croyons en effet à la force de projets communs, qui nous rapprochent et qui nous permettent de tirer ensemble des bénéfices économiques et commerciaux plus importants. Le protectionnisme, les barrières douanières et l’unilatéralisme n’ont jamais constitué, nulle part, des moteurs de développement. Ils sont au contraire des freins et des facteurs d’isolement. Pour la mise en œuvre de « Global Gateway » au Cameroun, outre les projets que j’ai déjà évoqués, comme ceux des barrages de Nachtigal et demain Kikot, ou encore le BRT dans le cadre du programme « Yaoundé Move », nous avons défini avec le Gouvernement un portefeuille ambitieux d’investissements. Je ne vous en citerai que trois exemples qui répondent au développement de corridors commerciaux stratégiques entre le Cameroun et les pays de la région : la construction déjà achevée du pont sur le fleuve Logone avec le Tchad reliant Yagoua à Bongor, la construction de la voie de contournement de Yaoundé et enfin la construction du pont sur le Ntem pour faciliter l’accès à la partie continentale de la Guinée Equatoriale.

Avez-vous mené avec vos partenaires du Cameroun une évaluation de la mise en œuvre de l’APE ? Quels sont les indicateurs et les impressions de part et d’autres ?

Chaque année, les parties européennes et camerounaises élaborent un rapport de suivi basé sur les informations et les statistiques de leurs services respectifs. Le rapport se base sur une quarantaine d’indicateurs qui vont de l’évaluation de la mise en œuvre jusqu’au climat des investissements, en passant par la coopération au développement, le commerce général, les parts de marché, l’impact de la libéralisation, l’impact fiscal, l’impact socio-économique et la diversification. Je note pour ma part que le Cameroun a une balance commerciale excédentaire avec l’Union européenne, c’est-à-dire que le niveau de ses exportations dépasse celui de ses importations. L’Accord de Partenariat Economique (APE) est un véritable atout pour certaines filières agricoles du pays comme la banane ou le cacao. Alors que nous risquons une guerre commerciale mondiale, l’APE permet au Cameroun d’exporter vers l’Europe sans verser un seul franc CFA de droits de douane. Vers les Etats Unis, depuis quelques jours, c’est 11%. L’APE est donc un avantage pour le Cameroun, comme pour la Cote d’Ivoire et plus récemment le Kenya.

L’Union européenne soutenait un mécanisme de mise à niveau des industries camerounaises pour qu’elles ne s’effondrent pas avec l’arrivée des produits plus compétitifs de l’industrie européenne. Où en est ce processus ?

L’APE Union européenne-Cameroun est ce qu’on appelle un accord asymétrique qui exclut plus de 20% des marchandises européenne du bénéfice de l’Accord. Cette exclusion est basée sur le fait que ces marchandises sont produites ou bien susceptibles d’être produites au Cameroun. En cela, l’Accord ne crée pas de stress compétitif et il n’y devrait pas y avoir de raison particulière de soutenir les entreprises camerounaises en raison de l’Accord. D’ailleurs, l’effondrement annoncé par certains n’a jamais eu lieu. Aussi, l’Union européenne représente 50% des exportations camerounaises à qui l’APE permet de rester compétitives sur le marché européen grâce aux droits de douanes nuls et à l’absence de quotas. Notre coopération met par ailleurs l’accent sur le soutien au secteur privé camerounais, la mise en place de facilités de crédits dans le système bancaire pour le financement des PME, la mise à niveau qualitative des chaînes de production.

Vous êtes probablement très attentif à l’évolution de la situation politico-militaire en République démocratique du Congo où vous avez servi précédemment comme ambassadeur. On y assiste à une progression du M23 appuyé par les forces Rwandaises. Quelle solution selon vous ? L’Union Européenne va-t-elle voler au secours de la RDC ?

C’est une situation profondément regrettable, qui ne peut laisser indifférent ou insensible. Les populations civiles congolaises sont les premières victimes de cette agression, dont on ne peut trouver, pas plus que pour l’Ukraine, aucune justification dans le droit international. La souveraineté, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique de la République démocratique du Congo (RDC) ne doivent souffrir d’aucun compromis. Nous appelons toutes les parties concernées à reprendre le chemin de la discussion et de la négociation pour trouver une solution pacifique à ce conflit. Ceux qui s’opposent à l’ouverture d’un dialogue sincère sur cette crise vont devoir faire face aux sanctions européennes, telles que celles prises le 17 mars dernier contre plusieurs dirigeants rebelles et contre des généraux de l’armée rwandaise.

Cameroun: Un faux rapport du GAFI indexe Motaze et Ngoh Ngoh, une manipulation grossière

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Faux rapport du GAFI
Cover et Fake cover GAFI

Le Groupe d’Action Financière (GAFI), organisme international chargé de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, se trouve malgré lui au cœur d’une affaire de falsification documentaire aux relents de manipulation politique. Un prétendu « Rapport 2024 », largement partagé sur les réseaux sociaux et certains médias, tente d’imiter les publications officielles de l’institution. À y regarder de près, pourtant, le document s’avère truffé d’incohérences et d’éléments apocryphes.

Une fausse signature du GAFI

Dès la couverture et les premières pages, le document donne le ton : une mise en page désuète, des tournures maladroites, des fautes de style et des erreurs factuelles (telles qu’un rapport d’évaluation mutuelle daté de 2021 mais présenté comme un rapport 2024) sèment le doute sur l’authenticité du texte. Plus troublant encore, à la page 53, le document liste nommément des personnalités camerounaises prétendument « placées sur liste noire » — une pratique formellement exclue des méthodes et principes du GAFI.

Le GAFI ne cible jamais les individus

Comme le rappelle son site officiel, le GAFI travaille exclusivement sur les juridictions étatiques et ne publie jamais de listes nominatives d’individus. Ses évaluations mutuelles, ses listes grises ou noires, ainsi que ses plans d’action, ne concernent que les États et sont rédigés selon une méthodologie rigoureuse et standardisée, validée en plénière par ses membres. Aucune mention de personnes physiques ou de soupçons individuels n’y figure jamais, pour éviter toute forme d’arbitraire ou de diffamation.

Une manipulation ciblée et dangereuse

Le passage incriminé du faux rapport évoque une prétendue traque de fonds publics détournés, transitant par une « valise diplomatique » ou vers la ville israélienne de Herzliya, et accuse même un haut fonctionnaire proche du président Paul Biya d’avoir utilisé la signature présidentielle pour des opérations de blanchiment. De telles allégations, formulées sans preuve et en marge de tout cadre judiciaire ou institutionnel, relèvent clairement d’une entreprise de déstabilisation.

Le vrai rapport est accessible au public

Le véritable rapport du GAFI sur le Cameroun, fruit d’une évaluation mutuelle menée en 2021 et publié via le GABAC, est librement consultable sur le site www.fatf-gafi.org. Il ne comporte aucune accusation nominative, ni évocation de valises diplomatiques, encore moins de « personnalités ciblées ». Le document officiel se contente d’analyser la conformité technique du Cameroun aux 40 recommandations du GAFI, et d’indiquer les axes d’amélioration attendus.

La vigilance s’impose

La diffusion de ce faux rapport est une tentative manifeste de manipulation de l’opinion publique et de discrédit de certaines figures publiques, sous le couvert d’un rapport international. Elle démontre l’urgence d’un travail de vérification rigoureux face aux documents circulant en ligne. À l’heure de la désinformation numérique, il est vital de rappeler que seule la consultation des sources officielles garantit l’intégrité de l’information.

Les producteurs touchent 7 % de la valeur générée par l’industrie du cacao

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C’est un discours ferme, empreint de responsabilité et d’engagement, que Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce a prononcé ce mardi 8 avril 2025 à l’occasion des travaux de la 111ᵉ session du Conseil International du Cacao, accueillie par Yaoundé. Face à des enjeux économiques, sociaux et environnementaux majeurs, le président en exercice du Conseil a vigoureusement pris la défense des cacaoculteurs, appelant à une refonte profonde de la chaîne de valeur mondiale du cacao. « Nous n’avons pas le droit de décevoir », a-t-il lancé, s’adressant à l’ensemble des parties prenantes de la filière. Le ton est donné : il est temps d’agir, et l’histoire jugera ceux qui n’auront pas su écouter les attentes légitimes des producteurs.

Le Ministre n’a pas mâché ses mots. Selon les chiffres partagés, les producteurs de cacao ne perçoivent en moyenne que 7 % de la valeur générée par l’industrie du cacao. « C’est trop peu, reconnaissons-le. Au demeurant, les producteurs ne sont plus les seuls à s’en plaindre », a-t-il déclaré. Une réalité « indéniablement trop faible », qui soulève l’indignation croissante bien au-delà des seuls milieux agricoles. Il a notamment rappelé les mots forts de la Reine Mathilde de Belgique, prononcés lors de la 5ᵉ Conférence Mondiale du Cacao à Bruxelles en avril 2024 : « Lutter contre la pauvreté des petits producteurs de cacao […] est un impératif répondant à de nombreux Objectifs de Développement Durable. » Un appel clair à une redistribution plus équitable de la richesse créée par la filière. Le Ministre a tenu à souligner que si la durabilité environnementale reste un enjeu clé, elle ne saurait éclipser les urgences économiques et sociales. Les cacaoculteurs, a-t-il rappelé, sont attachés à une filière responsable mais demandent en retour transparence, prévisibilité des marchés, et prix justes.

Face à eux, industriels et consommateurs expriment d’autres inquiétudes : réduction des marges d’un côté, pouvoir d’achat en berne de l’autre. Le Ministre a reconnu la légitimité de ces préoccupations, tout en appelant à un dialogue équilibré, pour que l’équité ne soit pas un slogan, mais une réalité partagée. Autre point critique soulevé : le manque de fiabilité des données statistiques sur le cacao. « Les incohérences flagrantes d’une année sur l’autre nuisent à notre crédibilité », a reconnu le président du Conseil. Il a plaidé pour une réforme en profondeur des outils de suivi et d’évaluation, estimant que la transparence doit devenir le pilier central de la gouvernance de la filière. Les mécanismes existent Comité économique, groupes de travail mais doivent être renforcés pour aller au-delà de la seule gestion de l’offre.

Les travaux de cette session qui s’est achevé ce jeudi 10 avril ont été ainsi présentés comme un tournant stratégique. Le Ministre appelle à bâtir une filière économiquement viable, socialement juste et écologiquement durable, reposant sur une profitabilité partagée entre tous les acteurs du petit producteur à l’industriel, en passant par le consommateur. Un message fort, qui pourrait marquer un changement de cap décisif dans un secteur longtemps miné par les inégalités et le manque de dialogue.

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