Il était 12h35 quand le général Guy Merlin Chembou Zambou a donné le coup d’envoi du défilé militaire sur le boulevard du 20 mai. Quelques minutes auparavant, les caméras de la télévision nationale avaient capté Paul Biya quittant le Palais de l’Unité. Son cortège ne passait pas inaperçu. Une cinquantaine de voitures, 24 motards et une cavalerie qui prenait le relais pour le dernier kilomètre. Une mise en scène protocolaire rodée, qui dit, avant même que le chef de l’État ne prenne place à la tribune, quelque chose du poids du moment.
Sur le boulevard, la revue des troupes s’est déroulée selon le rituel établi. Depuis le toit ouvrant de sa limousine immatriculée aux couleurs de la présidence de la République, Paul Biya est passé devant les forces armées alignées. Concentré, il n’a pas eu de geste particulier en direction des troupes le long de son itinéraire. Après quelques poignées de mains, le président s’est installé à la tribune officielle.
Deux premières à la tribune
Ce qui a rendu ce 20 Mai 2026 singulier, c’est ce que l’on voyait de part et d’autre du chef de l’État sur cette tribune. Théodore Datouo, président de l’Assemblée nationale, et Aboubakary Abdoulaye, président du Sénat, prenaient place pour la première fois à ce rang de cérémonie dans leurs fonctions respectives. Les deux hommes célébraient leur premier 20 Mai à leurs postes. Une double première qui n’a pas manqué d’être remarquée par les observateurs présents.
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute était également dans les tribunes, aux côtés des membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique et d’autres autorités. Un parterre institutionnel au complet pour une édition qui marquait, à sa manière, une page dans la continuité du pouvoir camerounais.
Un président sans discours
La veille du 20 Mai, Paul Biya n’a pas pris la parole. Une habitude désormais bien installée, qui tranche avec les pratiques d’autres chefs d’État africains qui profitent de ce type d’échéance pour adresser un message à la nation. Au Cameroun, le défilé lui-même tient lieu de discours. Les corps alignés, les pagnes aux couleurs nationales, les carousels culturels et les 7883 défilants civils qui ont battu le pavé pendant 45 minutes disent ce que les mots ne prononcent pas.
Le ministre Monouna Foutou, qui a piloté le Comité national d’organisation des manifestations civiles de la fête nationale 2026, a traduit en mots ce que le défilé était censé exprimer. « Par sa discipline et sa créativité, la jeunesse camerounaise a envoyé un message fort d’unité et d’exploit pour l’avenir du Cameroun », a-t-il déclaré.
L’armée et son invité tchadien
Avant la grande parade civile, le défilé militaire avait ouvert la journée avec ses habituels corps en tenue. La Garde présidentielle, l’Armée de terre, l’Armée de l’air, la Marine nationale et le corps des sapeurs-pompiers ont successivement traversé le boulevard. Mais c’est la présence d’un détachement de l’armée tchadienne, invité spécial de cette édition, qui a retenu l’attention. Une participation saluée par le chef de l’État, qui a adressé plusieurs correspondances aux différents défilants pour les remercier de leur contribution au bon déroulement des festivités.
Le public a réservé à ces soldats tchadiens des moments de sympathie visibles, une chaleur qui dit aussi quelque chose des liens qui unissent les deux pays voisins.
Un rituel qui se renouvelle
Le 20 mai renvoie au référendum constitutionnel de 1972, par lequel Ahmadou Ahidjo avait mis fin au système fédéral pour instituer l’État unitaire. De 1961 à 1972, le Cameroun avait fonctionné comme une République fédérale composée de deux États, l’un issu de la tutelle française, l’autre de la tutelle britannique. C’est cette histoire-là que le boulevard du 20 mai rejoue chaque année, avec des acteurs qui changent et un script qui reste.
Cette année, les acteurs ont changé à la marge mais de façon notable. En soirée, le couple présidentiel a reçu au Palais de l’Unité personnalités de premier rang et invités du jour. Le rituel, lui, s’est déroulé jusqu’à son terme.







