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Nécrologie : Paul Eric Kinguè n’est plus

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Paul-Eric-Kingue a répondu à l'appel du destin ce jour

Paul Eric Kinguè est décédé. La nouvelle est tombée ce matin, donnée par Nana Paul Sabin. Le journaliste d’Equinoxe radio confirmait ce qui s’apparentait encore à une rumeur tant le conditionnel entourait l’information que les uns et les autres essayaient de donner tout en recoupant. On apprend que le maire de Njombe-Penja s’est éteint aux premières heures de ce 22 mars 2021, des suites d’une maladie qui l’avait conduit dans une clinique de Douala il y a quelques jours. Le Covid-19, selon certaines sources. Le domicile de l’opposant a été pris d’assaut dès l’annonce de la nouvelle. Militants, populations et curieux sont venus aux nouvelles, certains inconsolables.

Le Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau (MPCN) dont il était le président, et la commune de Njombe-Penja, sont ainsi orphelins et perdent un défenseur de la cause ses populations locales. PEK, comme l’appelaient les proches, perd un combat qu’il avait pourtant bien engagé : celui de restaurer aux populations leur dignité et surtout leur dû dans l’exploitation du sol et du sous-sol de leur commune. On a d’ailleurs vu le maire fermer l’accès à un site d’exploitation de la pouzzolane, avant que le préfet du Moungo ne prenne le parti des exploitants de ces richesses du sol et du sous-sol, contre le maire. Mais le patron du territoire local n’avait pas encore désarmé. A la faveur de la décentralisation « accélérée », entre autres pour faire taire les armes dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, Paul Eric Kingue a vu les missions et surtout les prérogatives des élus locaux être renforcées. Le Code minier accordant par ailleurs de larges marges de manœuvres aux collectivités territoriales. Le désormais ex maire de Njombe-Penja tenait à faire respecter la réglementation, au bénéfice des populations dont il avait la charge d’administrer la mairie en tant que chef de l’exécutif.

Un combat qu’il menait déjà depuis son premier mandat. Encore sous la bannière du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Paul Eric Kingue s’était attaqué aux grandes firmes agricoles installées dans le département du Moungo, notamment celles implantées sur le territoire de sa commune. Et exigeait aux multinationales installées dans ce territoire de payer régulièrement les taxes et impôts ainsi que le reversement aux communautés riveraines leurs quotes-parts dans l’exploitation des richesses de leur contrée. Ce qui avait causé une brouille entre le maire et nombre d’entreprises étrangères basées dans le territoire de Njombe-Penja. Dans la foulée, l’homme sera accusé d’organiser la destruction de biens pendant les émeutes de 2008, et de détournement de deniers publics. Au terme du procès y relatif, PEK sera condamné à six ans de prison ferme. En compagnie d’un autre leader politique, Lapiro de Mbanga.

Défenseur de la cause communautaire

Sorti à la faveur de moult interventions tant juridiques que politiques et d’organisations internationales, l’homme qui attendait réparation de l’Etat du Cameroun pour le préjudice à lui causé, reprendra le chemin de la prison en 2019. Engagé par Maurice Kamto comme directeur de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle d’octobre 2018, Paul Eric Kinguè sera un des organisateurs des « marches blanches » dans le cadre de la contestation des résultats de cette élection remportée par Paul Biya devant le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). L’homme avouera avoir été de ceux qui encourageaient Maurice Kamto à faire envahir les ambassades du Cameroun à l’étranger pour y installer ses propres ambassadeurs. PEK séjournera huit mois à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui avec des militants et sympathisants du MRC. A sa sortie, l’homme qui s’est brouillé entre temps avec son partenaire politique, claque la porte de la « coalition », pour reprendre son chemin solitaire. Pour reconquérir avec succès la mairie de Njombe-penja, cette fois-ci sous la bannière du MPCN. Il n’aura gouverné qu’un an, avant d’être rappelé par la terre de ses ancêtres, à 55 ans. Sans avoir fait de sa commune « un modèle », comme il envisageait.

Compétitivité : un projet d’appui à l’entrepreneuriat en gestation

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Le Cameroun nourrit de grandes ambitions en matière de compétitivité des entreprises. L’ambition étant de devenir un pays industrialisé d’ici 2030, à travers la transformation structurelle de son économie. Problème ? Les entreprises ne trouvent pas toujours sur le marché du travail, des profils répondant à leurs besoins, et ne peuvent par conséquent pas évoluer en rythme et en qualité de production. La mise en œuvre du Projet d’Appui à la Promotion de l’Entreprenariat, à l’Amélioration des Compétences et la Compétitivité dans les secteurs des Bâtiments et Travaux Publics (BTP), Transport et Energie (Peacc) est de nature à changer la donne. En effet, apprend-on, le Peacc s’inscrit dans les options stratégiques de décentralisation de la formation professionnelle et sera orienté vers les réponses aux besoins de pré-qualification et de qualification reconnue des jeunes et des personnes vivant avec un handicap, aussi bien en milieu urbain que rural.

Un financement de 35 milliards espéré

Pensé en 2016, ce projet, logé au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), prend progressivement corps. Un atelier de pré-validation de l’étude de faisabilité et d’impact environnemental et social dudit projet s’est en effet tenu du 17 au 19 mars 2021 à Ebolowa (région du Sud). Si elles sont concluantes, le Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui accompagne le gouvernement dans ce projet pourrait mettre à la disposition du Cameroun, une enveloppe de près de 35 milliards de francs CFA pour la réalisation dudit projet. «Une fois que nous aurons terminé les études de faisabilité qui sont en cours de réalisation par un Cabinet sénégalais, la Banque Africaine de Développement pourra mettre à la disposition du Cameroun, au moins 35 milliards de francs CFA pour développer ce projet qui vise à permettre à nos jeunes d’avoir des compétences et d’être des entrepreneurs, et à nos entreprises d’être compétitives», a expliqué François Tabi Akono, inspecteur général chargé des formations au Minefop, par ailleurs coordonnateur institutionnel du Peacc. Selon les experts, ledit projet repose sur deux composantes : le renforcement du système national de formation professionnelle et la promotion de l’entrepreneuriat et de l’auto-emploi. L’étude de faisabilité a donc consisté à maîtriser dans les trois secteurs clé que sont le transport, l’énergie et les BTP, les chaînes de valeurs nécessaires, porteuses d’emploi pour le développement de l’économie nationale, en y associant aussi les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). «Nous nous sommes rendus compte qu’il y a un certain nombre de choses qui doivent être fait non seulement au niveau du Minefop, mais aussi au niveau de la coordination avec la totalité des ministères, des secteurs techniques du domaine et aussi avec le secteur privé et les mouvements patronaux», explique Vincent Nkong-Njock, l’expert énergie du cabinet sénégalais chargé de réaliser cette étude de faisabilité. Celle-ci consiste d’ailleurs à créer les conditions de maturation nécessaire du projet et d’élaborer un draft du rapport de pré-validation du Projet d’Appui à la Promotion de l’Entreprenariat, à l’Amélioration des Compétences et la Compétitivité dans les secteurs des Bâtiments et Travaux Publics (BTP), Transport et Energie (Peacc).

De manière spécifique, l’étude devra à terme, permettre de : identifier toutes les chaines de valeur des secteurs porteurs du projet (énergie, transport, BTP, TIC, développement durable) ; montrer les liens entre les secteurs et les TIC, et identifier les métiers qui concourent au renforcement de ces liens ; analyser les filières et métiers identifiés dans les bassins d’emplois en vue de les retenir ou d’infirmer leur pertinence en ce qui concerne leurs potentiels de croissance et de créations d’emplois. Il s’agit également de : réaliser un diagnostic approfondi des besoins en formation dans les secteurs porteurs ciblés ; prendre en compte les nouveaux défis que sont l’utilisation des TIC, l’innovation, l’adoption des normes, l’approche qualité ; évaluer les infrastructures nécessaires pouvant satisfaire adéquatement les besoins identifiés dans les secteurs cibles etc.   

Assemblée nationale : Cavaye Yeguie réélu

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Cavaye Djibril a retrouvé son écharpe tricolore ce 16 2020

Les législatures se suivent et se ressemblent à l’Assemblée nationale du Cameroun. Cavaye Yeguie Djibril vient d’être réélu à la tête de la Chambre basse du Parlement. Au terme du vote pour le renouvellement de l’exécutif de l’instance, le député du Mayo Sava qui concourrait seul, a récolté 147 voix pour et 15 bulletins nuls. Suffisant pur être reconduit à son poste pour la nouvelle année législative. Alors que la santé de l’homme est de plus en plus chancelante depuis bientôt deux années.

Paul Biya dont seul le choix compte dans les deux Chambres du parlement, n’a donc émis aucun signal de changement vers la transition générationnelle qu’il a annoncée lui-même le 10 février 2021 dans son adresse à la jeunesse. En saluant l’engagement des jeunes dans les derniers scrutins organisés au pays, pour le renouvellement de l’Assemblée nationale et les conseils municipaux. Certains y avaient vu un message pour un début de transition dans un régime où les dirigeants principaux n’ont pas changé depuis plus de 60 ans pour la majorité.

Un régime de grabataires

En commençant par Paul Biya lui-même. Agé de 88 ans, le président de la République est engagé dans les hautes affaires depuis 1962, année de son retour au pays après ses études en France. Après un court séjour au ministère de l’éducation nationale, le diplômé en sciences politiques a pris la direction du Premier ministère, avant de rejoindre le Cabinet civil qui sera un pont pour le plus prestigieux des postes de responsabilité au pays qu’il occupe depuis 1982.

La seconde personnalité de la république, Marcel Niat Njifenji, ancien directeur général de la Société national d’électricité du Cameroun (Sonel) et ancien vice-premier ministre, est âgé de 87 ans et cumule une ancienneté similaire dans les hautes sphères de la République. Juste un peu plus ancien que la 3ème personnalité de la République : Cavaye Yeguie Djibril. 2lu pour la première fois député en 1974, l’originaire de Tokombéré est un maître d’éducation physique très tôt piqué par le virus de la politique. Agé aujourd’hui de 81 ans, c’est certainement le plus vieux député du monde, à la tête de l’Assemblée nationale depuis 1992. La 4ème personnalité de la République, Ayang Luc, est le président du Conseil économique et social. Ce natif de la région du Nord est un des derniers mohicans de l’institution qu’il dirige. Nombre de ses collaborateurs sont aujourd’hui décédés, et ne sont pas remplacés.

Alors que le pays sombre vers un avenir incertain du fait d’une instabilité sociale, politique et sécuritaire, Paul Biya continue d’entretenir la gérontocratie avec des grabataires à la tête des plus hautes institutions de la République. La transition générationnelle annoncée par l’Homme-lion n’est pas pour bientôt. Du moins pas tant que son clan d’âge est vivant.

Election de Patrice Motsepe : l’Afrique divisée

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Alain Foka aura combattu en vain

A la suite d’Alain Foka de RFI qui avait déjà ouvert le bal des dénonciations de l’immixtion du président de la FiFA dans l’élection à la tête de la CAF, ce sont surtout les journalistes qui sont montés au front après l’élection par acclamation de Patrice Motsepe à la tête de la CAF. « J’ai été surpris par cette manière de faire. A ma connaissance, ça ne s’est jamais fait comme ça. Même du temps où le Camerounais Issa Hayatou rempilait, il y avait un processus électoral digne de ce nom. Mais cette fois-ci, ça m’a surpris. On parle de nomination par consensus », réagit Mohammed Fofana Dara de BBC Afrique.

«A mon avis, elle est inopportune. Depuis longtemps, on nous a habitués à un processus électoral. Mais cette fois-ci on nous parle de consensus… Y-a-t-il des règles du football que nous n’avons pas encore apprises ? Une équipe peut-elle préparer un match et le lendemain informer ses supporters que l’adversaire a gagné par consensus ? », s’est interrogé le confrère ivoirien. « Chacun des candidats avait son plan et sa priorité. On passera cinq années à harmoniser les priorités », explique-t-il sur le site internet de la radio britannique.

Et pourtant, dans les milieux du football, la mayonnaise du consensus « imposé » à Rabat il y a deux semaines, par Gianni Infantino via Fouzzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine, semble avoir vite pris. « Je crois qu’il sera à la hauteur », pense Moïse Katumbi. Le président du Tout Puissant Mazembe ne s’attarde pas sur la mise à l’écart du président par intérim, son compatriote Constant Omari pour une enquête du comité éthique de la FIFA, mais parle de Motsepe qu’il connaît : « C’est un bon manager, il ne faut pas le sous-estimer. Je l’appuie parce que je sais qu’il y aura un changement, avec lui », se défend-il. Le mot union est servi à toutes les sauces pour justifier le choix dicté par Infantino : « Nous n’avons pas le choix. Nous avons traversé des moments tellement difficiles… Il faut se rendre à la raison. C’est en mettant ensemble toutes les compétences que nous pourrons changer la face de la CAF », estime Augustin Senghor. En référence aux quatre années d’Ahmad Ahmad qui ont vu la maison CAF vivre une instabilité, avec une mise sous tutelle de la FIFA, et une perte de crédibilité due à une situation financière pour le moins moribonde. Pour sortir par des enquêtes d’éthique à l’endroit des deux principaux dirigeants de l’instance : Ahmad Ahmad suspendu deux ans par la FIFA, et Constant Omari son 1er vice-président encore en examen. Toujours pour des problèmes de gouvernance. « Moi, j’ai foi en cet engagement que nous avons tous pris », rassure le désormais 1er vice-président de la CAF. Danny Jordaan, l’ex patron de la fédération sud-africaine, convoque l’histoire pour convaincre les sceptiques : « La CAF a quatre membres fondateurs : l’Égypte, le Soudan, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud. Le premier président de la CAF était égyptien, le second était soudanais et le troisième, était éthiopien. Patrice Motsepe représente le quatrième et dernier pays fondateur. Ça a pris beaucoup de temps parce qu’il y a eu l’apartheid en Afrique du Sud et que notre pays a été exclu de la CAF avant d’y revenir. Nous sommes heureux que, désormais, les quatre nations fondatrices de la CAF aient eu un représentant à sa présidence », se réjouit l’homme qui a porté la candidature de Motsepe. De toutes les façons, « le football africain a besoin de la sagesse collective, mais aussi du talent et de la sagesse exceptionnels de chaque président de chaque pays et de chaque association membre. C’est ce qui me donne confiance », optimisait déjà Motsepe en Mauritanie, après le consensus de Rabat.

La passe de Samuel Eto’o

Certes « il y aura forcément un peu de susceptibilité au départ », relativise Colonel-Major Djibrilla Hima Hamidou, le président de la Fédération nigérienne, « mais si on veut faire preuve de bon sens, il faut dépasser ces petits sentiments pour pouvoir faire éclore l’unité et mettre au premier plan les intérêts de la Confédération Africaine de Football », professe celui qui vient d’être élu au Comité exécutif de l’instance. C’est ce qu’a compris Samuel Eto’o. « Mes félicitations à Patrice Motsepe pour son nouveau rôle de président de la CAF », a salué le quadruple ballon d’or africain sur son compte twitter. Une réaction qui, si elle est sincère, pourrait être un gage de paix pour bientôt. D’autant plus que Samuel Eto’o qui a pris part à l’Assemblée générale de Rabat, est (était ?) le conseiller spécial d’Ahmad Ahmad qu’Infantino a placé dans le fauteuil du président de la CAF il y a quatre ans. Avant de manœuvrer pour l’en évincer. Samuel Eto’o, lui, est resté fidèle à son « ami » Ahmad, mais s’est davantage rapproché d’Infantino. Autant qu’il est le principal défenseur de Séidou Mbombo Njoya qu’il a « placé » à la tête de la Fédération camerounaise. Quoi qu’il en soit, les électeurs africains se sont soumis à une nouvelle épreuve signée Infantino. Le maçon est attendu au pied du mur. Tous ses faits et gestes seront scrutés. Rendez-vous dans quatre ans.

Les nouveaux membres du Comité exécutif :
Zone Nord : Wadii Jarii (Tunisie)
Zone Ouest A : Mustapha Raji
(Liberia)
Zone Ouest B : Djibrilla Hamidou
(Niger)
Zone Centre : Seidou Mbombo Njoya
(Cameroun)
Zone Centre-Est : Souleiman Waberi
(Djibouti)
Zone Sud : Elvis Chetty (Seychelles)
et Maclean Letshwithi (Botswana)
Représentante féminine : Kanizat
Ibrahim (Comores).

Les nouveaux représentants au Conseil de la FIFA :
Francophone : Mathurin de Chacus (Bénin) et Mamoutou Touré (Mali)
Anglophone : Amaju Pinnick (Nigeria)
Arabophone, lusophone, hispanophone : Fouzi Lekjaa (Maroc) ; Hany
Abo Rida (Egypte)
Représentante féminine : Isha Johansen (Sierra Leone).

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CAF : Patrice Motsepe, sans surprise

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Patrice-Motsepe-président-de-la-CAF tel qu'il était écrit depuis Zurich

Les fruits ont tenu la promesse des fleurs. Patrice Motsepe est le nouveau président de la Confédération africaine de football (CAF). Le président de Mamelodi sundowns été élu par acclamation à Rabat ce 12 mars 2021, comme le prévoyait le Consensus obtenu par le président de la Fédération internationale de football association (FIFA) fin février dernier. Et ses trois autres concurrents qui se sont désisté pour lui laisser le passage libre, ont été récompensés aux postes prévus : Le Sénégalais Augustin Senghor occupe le poste de 1er vice-président, son voisin mauritanien Ahmed Yahya celui de 2ème vice-président et l’Ivoirien Jacques Anouma devient le conseiller spécial du président. Le Djiboutien Suleïman Waberi passe en 3ème position. Pour compléter le tableau des vice-présidents passé à cinq désormais, deux surprises : le Camerounais Seidou Mbombo Njoya et la Comorienne Kanizat Ibrahim occupent respectivement les deux derniers postes. Séidou Mbombo Njoya dont la candidature au Comité exécutif de la CAF a été invalidée au départ du fait de l’annulation de son élection à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), a vite capitalisé l’état de grâce à lui accordée par le Tribunal arbitral du sport (TAS) qu’il avait saisi et qui a réhabilité sa candidature. L’homme ayant été maintenu à la tête de la Fécafoot à titre intérimaire par la FIFA, et adoubé par le gouvernement camerounais. La Comorienne Kanizat Ibrahim est récompensée pour sa gestion du Comité de normalisation du football de son pays. C’est la seule femme du groupe.

L’une des grosses récompenses est la nomination du Congolais Veron Mosengo-Omba comme secrétaire général de l’instance faitière du football africain. L’homme qui occupait jusqu’ici le poste de Directeur de la division Associations membres de la FIFA remplace le Marocain Abdelmounaïm Bah qui assurait l’intérim depuis plusieurs mois. C’est certainement l’œil discret d’Infantino au Caire. Le Suisso-congolais a travaillé à l’UEFA aux côtés de Gianni Infantino, du temps ou le Suisse occupait les fonctions de secrétaire général, et qui l’a par la suite ramené à Zurich. Veron Mosengo est un fin connaisseur des arcanes du football africain. Lui qui était le porte-voix de la FIFA dans la gestion des nombreux comités de normalisation installés ces dernières années à la tête de fédérations africaines.

Pour mieux gérer les équilibres et contenter le maximum de personnes, la redistribution des cartes s’est poursuivie au niveau du conseil de la FIFA, l’instance gouvernante du football mondial. Ainsi, l’Egyptien Hany Abo Rida et le Marocain Fouzi Lekjaa y ont accès. Une grande première pour le Maroc. Au détriment de l’Algérien Kheïreddine Zetchi qui a dû se désister nuitamment après d’âpres tractations. Patrice Motsepe, lui, sera un des vice-présidents de la FIFA.

Le Comité exécutif de la CAF
Président : Patrice Motsepe (Afrique du sud)
1er vice-président : Augustin Senghor (Sénégal)
2eme vice-président : Ahmed Yahya (Mauritanie)
3eme vice-président : Souleiman Waberi (Djibouti)
4eme vice-président : Seidou Mbombo Njoya (Cameroun)
5eme vice-président : Kanizat Ibrahim (Comore)
Secrétaire général : Veron Mosengo-Omba

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Gianni Infantino tient à contrôler la CAF

Sauf miracle, Patrice Motsepe sera le prochain président de la Confédération africaine de football (Caf). Ils sont officiellement quatre candidats à la succession d’Ahmad Ahmad, mais le Sud-Africain a presque toutes les chances réunies pour le poste. Suite au deal scellé dimanche soir à Rabat entre les différents candidats. Lequel prévoit le Sénégalais Me Augustin Senghor comme 1er vice-président et le Mauritanien Ahmed Yahya, 2ème vice-président. L’Ivoirien Jacques Anouma, lui, se contente du poste de conseiller spécial du président de la Caf. Ce consensus dit « Protocole de Rabat » a été obtenu au terme de concertations organisées officiellement par Fouzi Lekjaa le président de la Fédération royale marocaine de football, mais en réalité une commande de Gianni Infantino, le président de la FIFA. Le patron du football mondial qui vient de faire une tournée africaine au moment où les candidats à la présidence de la CAF eux-mêmes restaient casaniers pour certains, et muets pour d’autres, avait des yeux à Rabat. Le « Protocole de Rabat » a été signé en présence de Veron Mosengo-Omba, le directeur de la division Associations membres de la Fifa, et du principal assistant du président de la Fifa, le Suédois Mattias Grafström. Des personnalités qui trahissent la main noire d’Infantino dans ces assises non annoncées à l’avance.

Rien n’a filtré des discussions. On sait simplement que les travaux étaient supervisés par le Faouzi Lekjaa, jadis réputé être un protégé d’Ahmad Ahmad. Un signe de la distance entre le président en sursis de la CAF et son allié d’hier? Rien n’est moins sûr. Olivier Pron de Radio France International (RFI) indique que « la confirmation de ces clauses se fera après consultation de leurs présidents respectifs ». Gianni Infantino avait déjà au préalable rencontré la plupart de ces chefs d’Etats lors de sa tournée de janvier dernier, sans que le menu de leurs échanges ne soit divulgué.

Le clan Ahmad phagocyté

Il règne un froid entre Infantino et Ahmad Ahmad qu’il avait placé à la tête de la CAF en mars 2017 par le même procédé. En un seul mandat, les relations se sont détériorées. La CAF a même été placée sous tutelle de la Fifa pendant six mois. Le temps pour le «normalisateur» de faire un audit des comptes de la maison. Audit qui a constaté des failles dans la gestion. De quoi fonder le Comité d’éthique de la Fifa à suspendre le président de la CAF pour une durée de cinq ans. L’éliminant du coup de la course pour sa propre succession. Mais le Malgache a attaqué avec succès la décision auprès du TAS. D’où son retour au siège de l’instance au Caire. Aussi, le TAS a suspendu les effets de sa suspension par la FIFA. Le relançant provisoirement dans la course pour sa succession. Même si une décision du TAS reste attendue avant l’élection prévue le 12 mars prochain. Mais Ahmad Ahmad qui a tenu à présider en personne la finale du Championnat d’Afrique des nations (Chan) à Yaoundé le 16 février dernier, n’a plus manifesté officiellement son engagement de concourir. Alors qu’Augustin Senghor et Ahmed Yahya avaient déclaré s’être présentés uniquement en raison de la mise à l’écart de leur candidat Ahmad Ahmad. Sauf que depuis, aucun des deux ne s’est désisté. Ahmad Ahmad le réformateur a-t-il jeté l’éponge?

En attendant, le plus déterminé dans cette élection reste Gianni Infantino. Une ingérence mal vue en Afrique, surtout que sous Ahmad Ahmad, le visage colonisateur de l’ancien secrétaire général de l’Union Européene de Football Association (Uefa) s’est vite dévoilé. « Nulle part dans ces statuts (de la Fifa) il est dit qu’il appartenait à la FIFA de désigner les candidats à la présidence d’une Confédération. Le contrôle d’éligibilité que fait la Commission de la Gouvernance de la Fifa pour les candidats à un siège dans ses propres organes (article 40.4) ne peut être un obstacle pour le droit de chaque confédération d’élire son président, même s’il est prévu que ce dernier sera d’office vice-président du Conseil de la Fifa», a dénoncé le Pr Abdoulaye Sakho, spécialiste du droit du sport. Le successeur de Sepp Blatter a un agenda caché. Lui qui avait déjà dicté la réforme de la CAF, en essayant de faire sauter les verrous placés par Issa Hayatou en son temps sur la CAN. Avec le décalage de la CAN en juin-juillet comme le souhaitait l’Uefa et la Fifa depuis des lustres. La périodicité de la CAN n’a pas (encore) prospéré car la plupart des Africains s’accordent sur deux ans, contre quatre « proposés » par l’Uefa et soutenu par la Fifa. Et même Motsepe que l’on voit comme le candidat d’Infantino, s’est clairement prononcé pour le statuquo. Tout en promettant d’autres réformes tant à la CAF qu’au niveau de la CAN. Sans être explicite.

L’Afrique, un vivier électoral

Le journaliste Alain Foka s’est inquiété de la campagne que menait Infantino pour l’élection à la CAF, en affichant l’illusion d’un accompagnement. « Ne nous aimez plus, s’il vous plait, respectez-nous en nous disant la vérité sur vos réelles motivations. Si c’est échange gagnant-gagnant, alors nous ferons affaire en bonne conscience », a lancé le journaliste camerounais de Rfi. En invitant les candidats à « ne pas se laisser manipuler», mais aussi les présidents africains à « ne pas se laisser amadouer ». C’est que, en réalité, Infantino veut avoir sous son contrôle le poids électoral de l’Afrique. La CAF compte 54 fédérations (contre 55 pour l’Uefa). Et le candidat sortant de la Fifa sait que l’Afrique avait failli faire pencher la balance pour le Cheickh Salman en 2016. Au second tour, Infantino avait eu 115 voix (104 étaient nécessaires) contre 88 pour Salman, et 4 voix pour le prince Ali et zéro pour Jérôme Champagne. Au premier tour, Infantino en avait eu 88 contre 85 pour le Saoudien que l’Afrique soutenait.

Pour le Pr Sakho, le nouveau président de la CAF devra s’atteler à « agir dans trois directions entre autres : restaurer la crédibilité de la CAF, rationnaliser la gestion et la gouvernance et instaurer une justice sportive de proximité ». Pour le premier aspect, il est question de « lever toute ambiguïté sur ses rapports vis-à-vis de la FIFA. S’organiser pour ne plus apparaître comme un exécutant de la FIFA ». En ce qui concerne le second point, « le football africain, dans tous ses segments, a souffert et continue de souffrir de la seule gestion par des élus certes légitimes, mais dont les compétences pour la gestion du football moderne ne sont pas évidentes », relève-t-il. Insistant sur le dernier axe d’action, celui qui est vice-président du Jaraaf, club de football le plus titré du Sénégal, et premier président de la Chambre nationale de résolution des litiges de la Fédération sénégalaise de football, souligne que « les observateurs déplorent les difficultés d’accès à la justice sportive pour le football africain (coûts, éloignement. Il est temps de contribuer à ce que le Tribunal arbitral du Sport s’adapte à l’évolution et au progrès du football africain en décentralisant des bureaux et en associant de plus en plus d’arbitres africains aux nombreuses sentences rendues ». L’homme propose qu’« à défaut, la CAF ou le mouvement olympique peuvent créer une structure alternative de résolution des litiges du football ou du sport en général en Afrique». Un aspect qui peut bien intéresser le Cameroun.

Lions indomptables : Près d’un milliard versé aux sélectionneurs virés en 5 ans

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Les Lions indomptables, très souvent insolvables

Le plus brutal : Clarence Seedorf

Ils ont été plus stars qu’entraîneurs

C’est au soir de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2019 que la nouvelle de son limogeage a été donnée par le ministre camerounais des Sports. C’était en direct sur les antennes de la télévision nationale. Sans avis de la Fédération nationale de football. Eliminé en huitièmes de finale du tournoi qui se tenait en Egypte, Seedorf avait ensuite snobé les autorités camerounaises. Au lieu de retourner à Yaoundé avec ses joueurs, le Néerlandais avait pris une destination inconnue. Une attitude qui fut considérée comme un argument de plus pour le virer, quatre mois avant la fin de son contrat. Seulement, Seedorf a saisi la FIFA pour «licenciement abusif» et a eu gain de cause. Le Cameroun va devoir lui verser 207 millions de francs CFA. Idem pour son adjoint Patrick Kluivert, qui avait lui-aussi signé un contrat personnel avec le Cameroun. A eux deux, ils empocheront près de 400 millions de FCFA

Le plus surprenant : Hugo Broos

Accusé de tâtonnement, Broos a offert au Cameroun soin 5ème titre continental

Hugo Broos n’était pas le premier choix pour succéder au Camerounais Alexandre Bélinga. Le Belge ne faisait même pas partie de la shortlist des trois derniers candidats en étude. Mais c’est lui qui a été recruté en février 2016 au grand dam des médias camerounais qui l’ont tout de suite taxé de «looser». Et pourtant, il n’a pas fallu longtemps au sélectionneur belge pour faire taire les critiques. Il remporte la CAN 2017 au Gabon après avoir battu le Sénégal, le Ghana et l’Egypte. Mais la suite de son aventure à la tête de l’encadrement technique des Lions se déroule mal. La bande à Benjamin Moukandjo est éliminée au premier tour de la Coupe des Confédérations (2017). Dans un contexte où des rumeurs de corruption au sein de la sélection persistaient, les hommes de Broos ne parviennent pas à se qualifier ensuite pour le Mondial 2018 en Russie. Au Cameroun, c’est l’échec de trop. Broos est limogé le 4 décembre 2017. Estimant qu’il s’agissait d’une rupture abusive, l’ancien entraîneur d’Anderlecht va porter l’affaire devant la FIFA. Le Belge réclamait 974 millions de francs d’indemnités. Mais il ne touchera que ses arriérés de salaire, soit 115 millions de francs.

Le plus coûteux : Volker Finke

Finke a parfois été plus Camerounais que les Camerounais eux-mêmes

Nommé à la tête des Lions Indomptables en mai 2013, Volker Finke n’a jamais véritablement convaincu. Sa participation à la Coupe du monde 2014 est un fiasco. Les Lions sont éliminés au premier tour, après trois défaites. Volker Finke va alors accuser plusieurs joueurs d’avoir semé la pagaille dans son groupe. Les coupables, huit joueurs au total, seront écartés de la sélection nationale. Les choses semblaient ensuite se remettre en place pour l’entraîneur allemand qui qualifiait le Cameroun à la CAN 2015. Problème ? L’aventure en Guinée-Equatoriale sera très brève. Après deux nuls et une défaite (1-0) face à la Côte d’Ivoire, les Lions sortent encore au premier tour.

Au Cameroun, Volker Finke a tout de suite été vomi par la population qui demandait sa tête. Il sera limogé le 28 septembre 2015 par la Fécafoot. L’Allemand qui accusait un retard de salaire, avait exigé près de 700 millions de francs CFA en guise de réparation à la rupture de son contrat, et de celui de son adjoint, le Ghanéen Ibrahim Tanko. Mais grâce aux diligences de la présidence de la République du Cameroun, l’affaire fut réglée à l’amiable. Finke accepta un arrangement pour 325 millions, contre 125 millions pour son adjoint. Soit environ 450 millions de francs CFA versés aux deux entraîneurs.
Par Arthur Wandji

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Albert-Mbida-élevé puis rabaissé par Biya

La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) a désigné l’exécutif de Séidou Mbombo Njoya comme représentant de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot) devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), dans le litige qui oppose la Fécafoot à la Ligue de Football Professionnel du Cameroun (LFPC). Dans la lettre signée de Miguel Liétard Fernández-Palacios, directeur du département litiges, la FIFA convoque deux lettres qu’elle a déjà connues dans cette même cause : celle du 16 janvier 2021 dans laquelle la secrétaire générale informait son homologue de la Fécafoot que « les organes en place à cette date sont maintenus pour assurer l’intérim…jusqu’aux nouvelles élections…». C’était au lendemain de la sentence du TAS qui annulait l’élection du prince Bamoun. L’autre lettre est celle du 19 février 2021 par laquelle Véron Mosengo, le chef du département Associations membres « confirme qu’est dénuée de tout effet valable l’assemblée générale extraordinaire ayant eu lieu le 2 février 2021 ; et que jusqu’à la tenue d’une nouvelle assemblée générale élective régulière, le président Seidou Mbombo Njoya et son comité exécutif en place depuis 2018 demeurent les dirigeants légitimes de la Fécafoot ».

Cet autre document était adressé au TAS qui requérait l’avis de la FIFA sur le représentant de la Fécafoot entre Seidou Mbombo Njoya et Albert Mbida. Mais les frondeurs avaient contesté la légitimité de Veron Mosengo, attendant plutôt le département juridique. Aussi, l’exécutif du 2 février s’appuyait sur l’article 69 des Statuts de la FIFA qui engage ses membres et licenciés « à reconnaître le TAS comme instance juridictionnelle indépendante…» et «… à prendre les dispositions nécessaires pour que leurs membres ainsi que leurs joueurs et officiels se soumettent à l’arbitrage du TAS». Disposition reprise tant par la Fécafoot que par la loi du 11 juillet 2018 encadrant les activités physiques et sportives au Cameroun.

Yaoundé à la manœuvre ( ?)

Mais le TAS lui-même a favorisé cette situation. Après avoir annulé les textes ayant encadré l’élection à la Fécafoot en 2018, le Tribunal a ouvert une brèche à la FIFA. En proposant de laisser l’équipe en place assurer la transition. Et la FIFA ne s’est pas fait prier pour s’y engouffrer. Elle qui peine depuis 2013 à trouver une solution définitive à la crise de la Fécafoot. La position de la FIFA épouse celle du gouvernement camerounais. Une attitude peut-être même concertée. Gianni Infantino, le président de la FIFA, avait été reçu en audience par Paul Biya quelques heures avant le verdict que le TAS avait déjà reporté deux fois.

Fin de rêve pour Albert Mbida.

Pour l’instant. Mais la partie n’est certainement pas terminée. Abdouraman Hamadou, la figure de proue de la contestation contre les équipes qui se sont succédé à la Fécafoot après Iya Mohammed, n’a pas encore dit son dernier mot. Autant qu’Albert Mbida. Ce dernier a juré qu’il « ne subira aucune pression si elle ne venait pas de la plus haute hiérarchie », à savoir Paul Biya. Le professeur de droit qui a élu ses bureaux au siège de la LFPC au quartier Fouda à Yaoundé, a déjà été reçu en audience par diverses personnalités de la République, dont le secrétaire général des Services du Premier ministre. Pour l‘amener à baisser la garde. En vain. Certes Yaoundé et Zurich savent qu’ils retrouveront bientôt l’Assemblée générale de 2009 qui a nommé le sénateur du parti au pouvoir. En attendant, Mbombo Njoya gouverne.

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Un mouvement de libération du Cameroun vient de produire une vidéo demandant aux camerounais de prendre les armes. Quels commentaires faites-vous de cette actualité?

Depuis à peu près une dizaine d’années, le Cameroun est travaillé par des crises sécuritaires plus ou moins sérieuses et dont l’importance stratégique n’a cessé de croître au fil du temps. La plupart de ces crises aujourd’hui ont d’ailleurs largement dépassé le seuil critique, provoquant un redéploiement beaucoup plus complexe des forces de défense et de sécurité (FDS) même si les résultats restent mitigés. Un tel harcèlement en profondeur et dans le temps du dispositif camerounais de défense et de sécurité, associé à d’autres facteurs a fortement contribué à dégrader la perception de l’identité militaire du pays. Ce qui a donné du zèle et du courage à certains ennemis qui jusque-là, n’avaient encore jamais osé l’affrontement armé. Il faut bien le dire, ces crises qui éclatent aujourd’hui sont pour l’essentiel des conséquences de problèmes sociopolitiques qui couvent depuis plusieurs décennies. La menace d’apparition d’un nouveau front dans un tel contexte n’augure rien de bon  d’où  qu’il  vienne.

Pour motiver ses intentions, le mouvement met en avant des arguments qui tournent autour du mal-être et de la mauvaise gouvernance, pensez-vous que cela suffit pour prendre les armes? N’y voyez vous pas une main politique cachée derrière ce mouvement?

Aucun argument n’est suffisamment fort pour justifier le recours à la violence armée dans le cadre d’une revendication politique. Mais le chercheur en Science en Politique en lui sait pertinemment qu’il s’agit là d’un “idéal naïf”. Depuis que les Hommes peuplent la terre, ceux-ci semblent prendre un vrai plaisir à s’entretuer par tous les moyens possibles et imaginables. Si vous vous intéressez un peu à l’histoire de la guerre, vous découvrirez vite que des conflits armés plus spectaculaires dans le monde ont été déclenchés par beaucoup moins que les arguments dont vous parlez. En fait, il n’existe pas une unité de mesure standard et universelle servant à déterminer un seuil au-delà duquel il faut nécessairement prendre les armes. Néanmoins, la Sociologie des Conflits a permis d’identifier un certain nombre de facteurs qui, mis ensemble, sont susceptibles de cristalliser les antagonismes de manière suffisamment forte pour créer des conditions parfaites pour une conflictualité armée. Et comme je l’ai déjà dit en répondant à votre première question, le Cameroun présente depuis plusieurs années déjà, un concentré de ces éléments. Sur les trois antagonismes constituant la matrice conflictuelle selon Philippe Braud, c’est-à-dire les antagonismes de frustration; les antagonismes de dépendance, et les antagonismes de concurrence, les deux premiers sont très clairement identifiables dans la trajectoire de la crise anglophone par exemple. C’est donc aux autorités publiques et aux leaders politiques d’en tenir compte. Quant au dernier volet de la question, ce qu’il faut savoir c’est que s’attaquer à un régime ou à un pouvoir politique aux fins de le destituer constitue en soi un projet politique et on ne saurait parler de projet politique sans force ou acteur politique derrière. La question n’est donc pas celle de savoir s’il y a une force politique cachée derrière, mais  bien  quelle  force  ou  coalition  de  forces  politiques est  derrière  cette  initiative.

Certains experts ont parlé depuis plusieurs années du coup d’Etat par émiettement,  est-ce  ce  qui  est  en  train  de  se  confirmer?

La formulation de votre question trahit la fixation faite ces dernières années sur la question de l’alternance au sommet de l’Etat camerounais. Bien sûr, la dynamique actuelle tend plus vers un tel scénario, mais il faut bien comprendre que l’enjeu premier n’est pas tant que ça la place de M. Biya à la tête du Cameroun même si c’est ce que le régime de Yaoundé s’emploie à faire croire parce qu’évidemment c’est la version qui l’arrange le mieux. Le problème est davantage celui de l’exaspération d’une population poussée à bout par une gouvernance catastrophique, agressive, inefficace dans plusieurs cas et systématiquement inefficiente. En d’autres termes, ce n’est pas la place du président Biya qui pose problème, mais plutôt ce qu’il a fait et/ou fait de cette dernière. Le niveau de frustration est tel que dans certains coins du pays, il faut avoir les nerfs solides et l’âme vraiment pieuse pour ne pas ressentir des envies de meurtres quand on pense au régime ou qu’on le voit à l’œuvre. Ce sont ces velléités de révolte fortement disséminées au sein de la population camerounaise et particulièrement dans certaines couches sociales et catégories ethno-tribales qui provoquent l’ouverture de fenêtres d’opportunités que tentent de saisir au passage des entrepreneurs politiques souvent opportunistes. Ces derniers étant pour la plupart dépassés sur un terrain politique conventionnel contrôlé de bout en bout par le régime du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) au moyen de plusieurs stratagèmes dont la fraude,  l’intimidation,  la  corruption,  la  violence…

Avec tous les mouvements armés qui opèrent déjà dans plusieurs régions du Cameroun,  le  pays  pourra-t-il  continuer  de  tenir  face à  tout  cela?

La première chose à retenir ici c’est que si tout devait s’arrêter maintenant et qu’on en faisait le bilan, le Cameroun partirait d’ores et déjà grand perdant. Ce qu’il s’agirait davantage de faire, c’est de limiter les dégâts. Est ce que cela est possible? La réponse est sans aucun doute oui! Mais ce serait là une tâche assez complexe car figurez vous que même si par miracle, l’on réussissait à régler nos problèmes politiques dès aujourd’hui, il nous resterait quand même sur les mains d’importants problèmes sécuritaires à gérer. Un défi majeur au regard de l’incapacité de l’État camerounais à revendiquer avec succès une pleine et entière souveraineté sur tout son territoire, dans le sens d’une maîtrise totale des frontières et de l’intérieure de celles-ci. Je ne trahis aucun secret en affirmant que tous les récents conflits armés au Cameroun ont connu ou connaissent l’implication active de mercenaires étrangers. Dans la vidéo qui a motivé cet entretien, vous pouvez voir celui qui apparaît comme le leader du mouvement reconnaître qu’ils ont dans leurs rangs des mercenaires venant d’autres pays africains. Or, un constat pertinent sur le continent révèle que la plupart des secteurs d’activitésgénératrices de revenus connaissent un faible taux de professionnalisation. Ailleurs, un mercenaire professionnel par exemple, lorsque vous mettez fin à son contrat et payez son dû, il disparaît aussitôt et presque sans laisser des traces! Les “mercenaires à la sauvette” recrutés ici et là sur le continent quant à eux, ont souvent beaucoup de mal à lever le camp, trop attachés qu’ils sont aux divers avantages liés à leurs activités sur le théâtre du conflit où ils sont invités (extorsion, raquette, confiscation de biens, viol, adrénaline due aux tueries etc.). Beaucoup se reconvertissent généralement en gangs de brigands transnationaux, véritables entrepreneurs d’insécurité. Il n’y a, dans les faits, aucune garantie que les mercenaires enrôlés aujourd’hui dans les rangs du MLC déposent les armes sans encombre en cas de règlement politique du problème à l’origine de cette nouvelle rébellion. Pas plus qu’il y en ait d’ailleurs pour tous les combattants camerounais au sein du même mouvement. Ce serait donc un challenge de taille dans lequel les populations devraient jouer un rôle capital non seulement en évitant de céder aux sirènes du tribalisme, mais aussi en accompagnant les FDS dans une dynamique de défense populaire renforcée, dans le processus de sécurisation du pays. Mais tout ceci ne pourra se faire que si les problèmes politiques sont effectivement résorbés et la confiance des populations regagnée. Le moins que l’on puisse dire à ce stade, c’est  que  nous  en  sommes  encore  loin.

Interview réalisée par Joseph Essama

Gouvernance : Le Minfi lance un audit des dépenses liées au Covid-19

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Louis Paul Motaze www.newsducamer.com
ministre-des-finances-motaze-veut voir clair dans la gestion des fonds Covid

Le ministre des Finances veut voir clair dans la gestion des dépenses liées à la lutte contre la Covid-19. Il vient de lancer à cet effet un appel d’offres pour la présélection des cabinets de consultants qui devront mener l’audit. Il est attendu du cabinet qui sera sélectionné, une opinion d’audit indépendant sur l’utilisation des fonds mobilisés pour la lutte contre la Covid-19 et ses répercussions économiques et sociales au titre de l’exercice 2020 et ce conformément aux affectations budgétaires prévues.

Les missions de cet audit seront notamment d’émettre une appréciation sur les procédures d’attribution des contrats liés à la Covid-19, les pièces comptables probantes justifiant les dépenses de l’exercice 2020 liées au Covid-19, l’effectivité de la dépense au regard des contrats et montants engagés au profit des adjudicataires des marchés liés à la Covid-19, la pertinence et la transparence des informations publiées sur les attributaires des marchés liés à la covid-19 et sur les bénéficiaires effectifs des attributaires, indique entre autre l’appel à manifestation récemment publié.

Les quatre points concernés sont : l’audit organisationnel et institutionnel dont le but est de questionner la pertinence du dispositif institutionnel, organisationnel et technique mis en place pour la gestion des dépenses liées à la Covid ; l’évaluation de la transparence des mécanismes de passage des marchés liés à la covid-19 et de l’exhaustivité de la publication des résultats de ces marchés, avec la confirmation de la liste des bénéficiaires effectifs ; l’audit de performance qui permettra de questionner la pertinence des actions retenues et l’efficacité dans leur réalisation aussi bien en ce qui concerne les livrables et les résultats et les délais et pour finir l’audit de conformité qui devra s’assurer du respect des lois et règlements notamment dans l’exécution des dépenses, en veillant l’effectivité du service fait conformément aux contrats de service. L’audit demandé par le ministère des Finances est pris en charge par le budget de l’Etat 2021 et va couvrir la période allant de mars à décembre 2020.
Par Canicha Djakba

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