Le Cameroun apparaît parmi les pays africains les moins exposés au poids de la dette publique. Selon les données du Fonds monétaire international (FMI) d’avril 2025 compilées dans une infographie consacrée à l’endettement public en Afrique, le pays affiche un ratio dette publique brute/PIB de 40,4%. Ce niveau le place parmi les dix États les moins endettés du continent et, plus précisément, au troisième rang parmi les pays présents dans cette catégorie.
À l’échelle continentale, les pays les plus exposés sont le Soudan, avec une dette représentant 187,6% du PIB, suivi du Sénégal (130,2%), du Mozambique (102,5%), du Cap-Vert (101%) et du Congo (96,8%). À l’opposé, plusieurs économies affichent des niveaux relativement faibles, notamment le Botswana (38,6%), la Mauritanie (40,1%), la Guinée équatoriale (40,6%) ou encore la Tanzanie (40,7%). Avec un ratio de 40,4%, le Cameroun se situe ainsi dans un groupe relativement restreint de pays dont l’endettement demeure modéré à l’échelle africaine.
Le ratio dette publique/PIB constitue l’un des principaux indicateurs utilisés par les institutions financières internationales pour mesurer le poids réel des engagements financiers d’un État. Cet indicateur met en relation le volume total des dettes accumulées par un pays avec la richesse produite sur une année. Plus ce ratio est élevé, plus la capacité future de remboursement peut être mise sous pression, notamment lorsque les recettes budgétaires ralentissent ou que les coûts d’emprunt augmentent.
Toutefois, un niveau d’endettement élevé n’est pas automatiquement synonyme de crise financière. Certaines économies développées évoluent durablement avec des ratios nettement supérieurs à leur PIB sans connaître de difficultés majeures. Le risque apparaît davantage lorsque la croissance économique ralentit, que les recettes fiscales deviennent insuffisantes ou que le service de la dette exerce une pression croissante sur les finances publiques.
UNE SITUATION QUI RESTE SOUS LES SEUILS DE VIGILANCE RÉGIONAUX
Les données nationales les plus récentes montrent néanmoins une légère évolution par rapport aux chiffres du FMI, qui portent sur une période antérieure. Selon les statistiques publiées par la Caisse autonome d’amortissement (CAA), organisme public placé sous la tutelle du ministère des Finances et chargé de la gestion de la dette publique, l’encours de la dette du secteur public camerounais atteignait 15 416 milliards de FCFA au 31 mars 2026, soit 44,3% du PIB.
Ce ratio progresse certes par rapport à l’année précédente, dans un contexte de besoins croissants de financement de l’État, mais il reste nettement inférieur au plafond communautaire de 70% du PIB retenu dans les critères de convergence de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). La CAA souligne d’ailleurs que cette évolution demeure compatible avec les orientations nationales de soutenabilité budgétaire.
Ce seuil communautaire de 70% constitue une référence adoptée par les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) afin d’éviter qu’une accumulation excessive de dettes ne fragilise les équilibres macroéconomiques régionaux. Avec un ratio de 44,3% du PIB, le Cameroun reste donc en dessous de cette limite. La progression de la dette n’est d’ailleurs pas inhabituelle pour une économie en développement.
L’endettement peut soutenir l’investissement et accélérer la croissance lorsqu’il permet de financer des projets productifs capables de générer davantage de richesses à terme. À l’inverse, lorsqu’il sert principalement à couvrir des dépenses courantes ou lorsque les conditions de financement deviennent plus coûteuses, il peut renforcer les vulnérabilités budgétaires.
LE RATIO DETTE/PIB
Toutefois, l’évaluation de la situation d’endettement d’un pays ne peut pas se limiter au seul ratio dette/PIB. Cet indicateur fournit une photographie globale, mais il ne permet pas à lui seul d’apprécier l’ensemble des risques associés à la dette publique. La structure même de la dette constitue un facteur déterminant.
La part de dette extérieure, l’importance des prêts concessionnels ou commerciaux, la maturité des emprunts, les taux d’intérêt appliqués ainsi que la devise dans laquelle les remboursements sont effectués peuvent considérablement modifier le niveau réel de risque. Un pays affichant un ratio relativement modéré peut, par exemple, se retrouver sous pression si une part importante de sa dette doit être remboursée à court terme ou si celleci est majoritairement libellée en devises étrangères dans un contexte de tensions sur les réserves de change.
Le poids du service de la dette représente également un indicateur essentiel. Au-delà du stock total de dette, les analystes observent les montants effectivement consacrés chaque année au remboursement du principal et des intérêts. Une dette considérée comme soutenable aujourd’hui peut devenir plus difficile à gérer si les recettes fiscales progressent moins vite que les échéances à honorer.
Enfin, la capacité de l’économie à générer une croissance durable reste un élément central. Une dette qui finance des infrastructures productives, des investissements énergétiques ou des projets améliorant la compétitivité économique peut contribuer à renforcer les capacités futures de remboursement.
À l’inverse, un endettement croissant sans effet significatif sur la création de richesse peut progressivement réduire les marges de manœuvre budgétaires de l’État. Autrement dit, un faible ratio dette/PIB constitue un signal généralement favorable, mais il ne suffit pas, à lui seul, à mesurer la santé financière réelle d’un pays. La soutenabilité de la dette dépend autant de son volume que de sa qualité, de son coût et de la capacité de l’économie à la supporter sur le long terme.







