lundi, juin 1, 2026
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Décès : Jean Baptiste Sipa a cassé sa plume…

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Jean Baptiste Sipa n’est plus de ce monde. La mort s’en est prise au vétéran de la presse. La nouvelle est tombée comme un couperet ce 10 juillet en mi-journée. Même si des sources proches de Le Messager, citant la famille, indiquent que le premier successeur de Pius Njawe à la tête du journal de la Rue des écoles à Douala était souffrant ces derniers temps.

Sur la toile, des hommages fleurissent à l’endroit de celui qui, après s’être retiré de la direction de publication du journal Le Messager, était désormais plus présent sur le terrain des combats pour les droits de l’homme. « Il avait horreur qu’on lui serve du « Dp ». Ça le rendait mal à l’aise au point où il refusait carrément de répondre. Il exigeait qu’on l’appelle « coach » parce que, martelait-il à ses collaborateurs, « Le Messager est d’abord une équipe ». Après avoir hérité du flambeau suite au départ tragique de l’indomptable Pius Njawe en 2010, il a chaussé les crampons pour conduire l’équipe dont beaucoup proclamaient l’élimination, à des phases finales de Can et de Mondial…avec succès. Les trophées sont là pour en témoigner », se souvient Christian Tchapmi, rédacteur-en-chef délégué du journal qui a bénéficié de la signature du Coach de longues années durant. « Il s’en est allé sans crier gare. Il n’a dit ni au revoir à ses jeunes collègues que nous sommes, ni à ses camarades militants des droits de l’homme », regrette Hervé-Villard Njiélé, chef service sport au quotidien La Nouvelle Expression, sur sa page facebook. « Tes enseignements et précieux conseils nous manqueront », ajoute-t-il. « Au moment où tu nous quittes coach, je n’ai pas de mots assez forts pour te traduire mon émotion. Sauf te dire merci et bon voyage. Tu t’en va au moment où nous avions un projet commet de commettre un ouvrage », se lamente sur sa page facebook, Jean François Chanon, actuel directeur de publication du journal qui célèbre cette année ses quarante années d’existence. « Adieu Doyen Jean-Baptiste Sipa. Tu manqueras à ce métier et à tes nombreux filles et fils de la plume et du micro», soupire Godlove Kamwa, journaliste à Bbc Afrique.

…Neuf ans jour pour jour après Pius Njawe

Jean Baptiste Sipa quitte la scène presque neuf ans jour pour jour, après Pius Njawe, son compagnon de route et père fondateur de Le Messager, parti le 12 juillet 2010 dans un accident de la route aux Etats-Unis. « Il s’en va suivre Célestin Lingo (un autre dinosaure) qui l’a précédé trois ans plus tôt dans l’au-delà. Le coach est mort; vive le coach! », souligne Christian Tchapmi. Et l’actuel successeur professionnel de Pius Njawe à la tête de Le Messager, de reprendre : « Va, tu trouveras là où tu vas, ton frère jumeau. Célestin Lingo. Ensemble vous prendrez ce soir un thé avec Mgr Albert Ndongmo», espère Jean François Chanon. « Le banc est vide mais tes joueurs que nous sommes, avec ou sans brassard (de capitaine), avec ou sans primes de participation, vont continuer le match de la liberté de la presse », rassure Christian Tchapmi. Et dans un concert de souhaits, on enregistre des « va en paix doyen !», « Que la terre de Saint Lazare te soit légère!», « Repose en paix Jean Baptiste !», « Bon voyage coach», « A toi l’honneur Jean Baptiste Sipa!»

Par Moussa Njoya,Cameroun-Etats-Unis : entre méfiance et défiance !

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Gouvernance: les paroles s’envolent mais la réalité reste !

La semaine du 1er au 7 juillet qui vient de s’achever a été marquée par la visite d’une délégation du Congrès américain conduite par la démocrate Karen Ruth Bass. Au-delà des formules convenues et diplomatiques au sortir de ses différentes rencontres avec le premier ministre, Joseph Dion Ngute, les membres du gouvernement et ceux de la société civile, cette tournée vient aussi marquer un autre épisode dans les relations plus que délicates entre les autorités camerounaises et ceux du pays de Donald Trump. Et ce depuis belle lurette.

Les Etats-Unis, un soutien permanent aux dissidents Camerounais

L’histoire récente des relations entre le Cameroun et les Etats-Unis fait ressortir un fil conducteur permanent à savoir le soutien permanent des autorités américaines aux dissidents camerounais. En effet, depuis le retour du pays de Paul Biya au multipartisme il est plus que constant que les opposants au gouvernement en place ont toujours eu une oreille plus qu’attentive du côté de Washington. Frisant souvent l’ingérence et l’incident diplomatique. L’on se souvient des prises de positions de l’ancienne ambassadeur Frances Cook au début des années 1990, qui avait pris fait et cause, et ce sans réserve aucune pour le candidat de l’Union pour le changement, Ni John Fru Ndi. Ne ratant pas une seule occasion pour brocarder en dictature sanguinaire le régime de Yaoundé, elle se fera le chantre du « changement » allant jusqu’à publier devant les services de son ambassade des résultats alternatifs de l’élection présidentielle d’octobre 1992 et qui donnaient Paul Biya perdant. Ces comportements et ses séjours récurrents à Ntarikon avaient même fait subodorer à d’aucuns des relations plus intimes avec certains hauts responsables du Social Democratic Front (Sdf). Depuis lors, de l’eau a coulé sous le pont, mais la réalité des rapports entres les gouvernants des deux pays n’a pas beaucoup évolué. Et les périodes comme celle du début des années 2000, marquée par un appui américain pour l’accession du Cameroun à l’initiative des pays pauvres et très endettés (Ippte) ou encore dans le cadre de l’accord de Greentree, ne peuvent être interprétées que comme des phases d’accalmie, largement dictées par la nouvelle pétrostratégie américaine au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 et la recherche des soutiens dans le cadre de la guerre en Irak. La preuve, tout juste après, l’on a noté un activisme tous azimuts de l’ancien ambassadeur des Etats-Unis Niels Marquardt, qui avait largement contribué à vulgariser l’image d’un Cameroun extrêmement corrompu, et travailler avec fort enthousiasme pour l’avènement de l’alternance au Cameroun. Ainsi, les propos de l’actuel ambassadeur Peter Barlerin, appelant Paul Biya à la veille de la récente élection présidentielle à « penser à son héritage et à la façon dont il souhaite que les livres d’Histoire, qui seront lus par les générations futures, se souviennent de lui » en passant la main, n’ont rien d’innovant.

Des ONG américaines plus portées sur la condamnation que l’action sur le terrain

Ces pressions gouvernementales sont complétées par les actions des organisations non gouvernementales (Ong) américaines. En effet, en droite ligne de leur gouvernement, les Ong américaines sont constamment dans une posture de défiance vis-à-vis du gouvernement camerounais. Ainsi, tous les rapports de celles-ci, à l’instar de ceux de Transparency International, d’International Crisis Group, Human Rigths Watch et autre Open Society in West Africa (qui sont bel et bien américaines en dépit de leurs pays d’établissement) condamnent systématiquement le Cameroun, quel qu’en soit le sujet traité. Le plus notable dans ces rapports est qu’ils sont presqu’exclusivement élaborés sur la base des témoignages à charge des opposants au gouvernement de Yaoundé. Résultat, ils font souvent état des chiffres assez impressionnants et dont la vérification laisse plus que perplexe. Il en est ainsi des 1850 morts en 20 mois, allégués par International Crisis Group dans le cadre de la crise anglophone, que tout le monde semble avoir entériné sans ses poser des questions méthodologiques de base qui, indubitablement auraient amené à les relativiser très largement. L’autre aspect de ces Ong est que leurs activités se limitent le plus souvent à la condamnation sans que l’on ne perçoive des véritables actions sur le terrain. Le cas le plus illustratif étant celui du National Democratic Institut (Ndi) dont le département Afrique est dirigé par le camerounais Christopher Fomunyoh qui, en dehors de ses grandes déclarations dans les médias internationaux, n’a apporté aucun soutien substantiel à l’opposition camerounaise et n’a posé aucun acte fondamental pour le renforcement du processus de démocratisation au Cameroun depuis près de 30 ans. Situant ainsi les Etats-Unis aux antipodes de l’Union Européenne.

Rôle trouble dans La Crise anglophone

La crise qui prévaut depuis plus de trois ans dans les régions anglophones n’échappe pas à cette logique américaine au Cameroun. En effet, tout porte à croire que depuis le début, les autorités américaines ont pris fait et cause pour les mouvements indépendantistes. Tout d’abord, une rapide observation permet de constater que la très grande majorité des leaders et financiers des groupes sécessionnistes résident aux Etats-Unis, certains en possédant la nationalité. Et il est assez curieux qu’en dépit de la législation américaine sur le financement du terrorisme, et qui est souvent source de tracasseries pour les transferts de fonds pour les hommes d’affaires, ceux-ci mènent de manière plus que paisible leurs activités. Ensuite, bien que l’on puisse comprendre la préoccupation des américains pour le respect des droits de l’Homme dans le cadre de ce conflit, tout porte à croire que le pays de l’Oncle Sam tant à réduire les marges de manoeuvre des forces de défense et de sécurité. C’est ainsi que dans un premier temps, suite à l’activisme de certains parlementaires américains tel que Dick Durbin, les Etats-Unis ont décidé en février 2019 de réduire drastiquement leur aide militaire au Cameroun, et dont le fait le plus symbolique aura été le retrait des 300 soldats engagés au grand Nord dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Cette « sanction » est d’autant plus questionnable si l’on la met en parallèle avec ce qui se passe en Arabie Saoudite, au Yémen ou en Israël qui bénéficient d’un très large soutien militaire américain. Enfin, la résolution No H. res 358/ S1/116e Congres du sénat américain portée par Karen Bass déclare en substance que, « Résolu, que la Chambre des représentants : (1) condamne fermement les exactions commises dans les régions anglophones du Cameroun par les forces de sécurité et les groupes armés du gouvernement camerounais, notamment les exécutions extrajudiciaires et les détentions, l’utilisation de la force contre des civils et des manifestants non violents, ainsi que la violation des libertés de la presse, de l’expression Assemblée; (2) affirme que les États-Unis continuent de tenir le gouvernement du Cameroun pour responsable du respect des droits de tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions ou convictions politiques ou la région dans laquelle ils résident, conformément aux obligations internationales du Cameroun et à la propre Constitution du Cameroun; (3) exhorte toutes les parties, y compris les groupes d’opposition politique, à faire preuve de retenue et à veiller à ce que les manifestations restent pacifiques; (4) exhorte le gouvernement du Cameroun à: (A) engager un dialogue élargi sans conditions préalables et faire un effort de foi crédible pour travailler avec les chefs religieux et communautaires de la région anglophone afin de régler les griefs et de rechercher des solutions non violentes pour résoudre les conflits et des réformes constitutionnelles susceptibles de protéger les préoccupations des minorités, telles que reconstitution d’un système fédéral; (B) donner suite aux initiatives élaborées pour régler les griefs, y compris la Commission du bilinguisme et du multiculturalisme, le Ministère de la décentralisation et la Commission nationale pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration, qui n’offrent actuellement aucune preuve visible de leur rôle constructif pour résoudre la crise; (C) respecter les droits fondamentaux de tous les citoyens camerounais, y compris les militants politiques et les journalistes; (D) veiller à ce que toutes les opérations de sécurité soient menées conformément aux normes internationales des droits de l’Homme, notamment pour faire en sorte que les forces de sécurité n’utilisent la force que dans des circonstances appropriées; (E) enquêter de manière transparente sur toutes les allégations de violations des droits de l’Homme commises dans les régions anglophones et prendre les mesures nécessaires pour prévenir les détentions arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les morts en détention et les conditions inhumaines des prisons; (F) inculper ou libérer rapidement toutes les personnes détenues dans le contexte de la crise anglophone, y compris les Camerounais renvoyés de force du Nigéria, et veiller à ce que tous les futurs détenus soient traités comme prévu, conformément au code pénal camerounais; (G) permettre un accès sans entrave aux travailleurs humanitaires et aux professionnels de la santé conformément aux principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance; (H) libérer les dirigeants et les membres du parti du Mouvement de la Renaissance pour le Cameroun arrêtés à la suite de leurs manifestations pacifiques et veiller à ce que ce parti, comme les autres, puisse participer pleinement aux prochaines élections municipales, parlementaires et régionales; (I) libérer les défenseurs des droits de l’homme, les militants de la société civile, les prisonniers politiques, les journalistes, les syndicalistes, les enseignants et tout autre citoyen qui a été arrêté arbitrairement et détenu sans procès ni accusation; (J) veiller à ce que les détenus soient traités équitablement et humainement, dans le cadre de procédures judiciaires appropriées, notamment d’un registre des personnes détenues par les forces de sécurité camerounaises, et d’un accès sans restriction aux ressources judiciaires; et (K) veiller à ce que la législation antiterroriste du Cameroun ne soit utilisée que pour poursuivre des infractions qui seraient considérées comme des actes de terrorisme au regard des normes juridiques internationales, et cesser de recourir à cette législation pour sanctionner des activités protégées par des garanties nationales et internationales de la liberté d’expression, de réunion pacifique et association avec d’autres; et(5) exhorte les groupes séparatistes à: (A) engager un dialogue large, sans conditions préalables, avec les représentants du gouvernement camerounais, ainsi que la société civile et les chefs religieux, afin d’exprimer pacifiquement leurs griefs et de s’engager de manière crédible dans des efforts non-violents pour résoudre le conflit; (B) cesser immédiatement de commettre des violations des droits de l’Homme, notamment des meurtres de civils, l’utilisation d’enfants soldats, la torture, les enlèvements et l’extorsion de fonds; (C) mettre immédiatement fin au boycott de l’école et cesser les attaques contre les écoles, les enseignants et les responsables de l’éducation, et permettre le retour en toute sécurité de tous les élèves en classe; (D) mettre fin à l’incitation à la violence et aux discours de haine de la part de la diaspora; et (E) libérer immédiatement tous les civils illégalement détenus ou kidnappés dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud- Ouest. ». Une lecture, même rapide, de celle-ci permet de faire deux constats majeurs évidents : d’un côté l’incrimination systématique et drastique du gouvernement du Cameroun, et de l’autre, la quasi-protection des séparatistes qui sont mis sur le même pied d’égalité que les forces de défense et de sécurité du Cameroun. Ce qui traduit à suffisance la démarche globale américaine dans le cadre de cette crise et qui laisse quelque peu interloqué!

Par Moussa Njoya, politologue ( Défis Actuels No 400)

Egypte : drame national au Caire

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Coup de tonnerre ! Les deux finalistes de la dernière Coupe d’Afrique des Nations (CAN) sont tombés samedi dernier, au stade des huitièmes de finale de l’édition en cours. Comme le Cameroun, champion en titre, battu quelques heures plus tôt par le Nigeria (2-3) en Alexandrie, l’Egypte s’est inclinée 0-1 devant son public, face à une équipe d’Afrique du Sud joueuse. Les Bafana Bafana qui obtiennent leur billet pour les quarts de finale grâce notamment à un but inscrit en fin de rencontre réussissent l’exploit d’éliminer le pays organisateur de cette 32e édition de la grand-messe du football continental. Grosse déception donc pour Mohammed Salah et ses coéquipiers qui avaient pourtant la maîtrise du ballon, face à une équipe sud-africaine accrocheuse. Plusieurs fois à l’abordage lors de ce match très rythmé, les deux équipes ne se sont faits aucun cadeau sur les plans offensif et défensif.

Mais alors qu’on entamait les cinq dernières minutes de la rencontre, les Bafana Bafana réalisent le hold-up parfait à la 88e minute. Sur un contre savamment mené sur le côté droit, Percy Tau parvient à trouver Lebo Mothiba, tout seul dans l’axe. Ce dernier n’a aucune peine à tromper Mohamed Elshenawy, sortit pour le contrer (0- 1). Un but, et c’est suffisant pour faire plier les Pharaons, malgré les dernières tentatives de Mohamed Salah. Une défaite salée pour le président de la Fédération égyptienne de Football qui, quelques minutes après l’élimination des Pharaons, a limogé tout le staff technique de la sélection sept fois championne d’Afrique avant de démissionner de son poste.

A.W, avec cafonline.com

Maurice Ebanga : un photographe de sport au palmarès inédit

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Le doyen des photo-reportres en action

Quand il doit faire une photo, Maurice Ebanga retient presque son souffle. A chaque fois. Pour le photographe de sport qu’il est, chaque prise de vue est un moment magique. « Tous les domaines de la photographie requièrent un niveau de concentration particulière, dit-il. Mais la photo de sport telle que je la conçois, est un cran au-dessus en terme d’exigences ». Parce qu’il faut « non seulement surveiller les actions de jeu, mais aussi les joueurs sur le terrain, le staff technique et les remplaçants sur le banc, les arbitres ainsi que le public », explique l’homme qui va fêter ses 55 ans le 7 octobre 2019. « Avec le temps j’ai appris une chose, et c’est un peu devenu mon leitmotiv : un moment de sport ne se reproduit jamais deux fois de la même façon. Alors il faut rester très concentré pour réussir à faire de belles photos ». Et c’est quoi une belle photo ? « C’est une photo qui fascine ceux qui la regardent, répond-il. Les spectateurs doivent pouvoir lire l’émotion de la personne photographiée. Et pour réussir une belle photo, il faut être concentré et trouver les bons angles. Parfois, il faut faire 50 photos pour en avoir une belle ». Toutes ces notions, Maurice Ebanga les enseigne aux plus jeunes, lors de certains séminaires.

Un palmarès hors pair

C’est que, de par son expérience, le natif de Yaoundé, région du Centre est de loin le photographe de sport le plus « capé » dans l’histoire du Cameroun. Son palmarès est hors pair. Tenez, depuis qu’il s’est lancé dans la photographie de sport en 1990, il a rarement manqué une compétition d’envergure. L’homme a couvert au total sept Coupes du monde, trois Jeux olympiques et deux Coupes des Confédérations. Actuellement au Caire en Egypte, Maurice Ebanga couvre la quinzième Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de son histoire. Ce dernier a connu plusieurs générations de joueurs de l’équipe nationale fanion de football. Au point de devenir le « chouchou » des Lions Indomptables actuels. « Certains joueurs de l’équipe nationale me considèrent aujourd’hui comme un père, d’autres comme leur grand-père, dit-il, le sourire au coin des lèvres. Ça fait longtemps que je les côtoie et Dieu sait que j’en ai vu passer des joueurs au sein de cette sélection ; que ce soit la génération de Roger Milla, celle des Patrick Mboma – Marc Vivien Foe, ou encore la génération Eto’o – Njitap – Kameni, jusqu’à celle qui est à cette CAN 2019. Ils m’ont tous respecté et ils continuent de le faire ; parce qu’au fil des années et des compétitions, nous sommes devenus une famille ».

Il existe pourtant de nombreux professionnels de la photographie dans le domaine du sport. Mais au Cameroun, Maurice Ebanga est un cas exceptionnel. Son entourage le décrit comme un « vrai passionné » de la photographie. Et cet amour pour la photo commence très tôt, dès le bas âge. A l’époque, celui que ses amis ont baptisé « Nyamoro » [Le grand-frère en langue Ewondo, Ndlr.] faisait des prises de vue de tout ou presque : les arbres, les oiseaux, les papillons, les monuments, les voitures etc. Avant d’en faire une activité rentable à l’âge de 12 ans, dès son entrée en classe de sixième au Lycée Général Leclerc de Yaoundé où il a notamment fait les bancs avec l’actuel président de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot), Seidou Mbombo Njoya.

Devenu très vite indépendant grâce à la vente des photos, Maurice Ebanga va s’acheter un véhicule personnel quatre ans plus tard en classe de 3e. Lentement mais sûrement, le jeune passionné de photo va se frayer son bout de chemin au milieu de professionnels jusqu’à ce qu’il obtienne une bourse qui va lui permettre de se perfectionner à l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille en France en 1990. Date à laquelle celui qui est aujourd’hui marié et père de huit enfants, s’est résolument lancer dans la couverture médiatique des grandes compétitions continentales et internationales de football.

Par Arthur Wandji, envoyé spécial en Egypte

Dr Nabil Aman Ndikeu Njoya: « Accentuer la compétitivité des produits d’exportation »

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« Accentuer la compétitivité des produits d’exportation »

Il se pose depuis quelques temps, un problème de rareté de devises au Cameroun et en Afrique centrale. Quelles sont les causes structurelles et conjoncturelles de cette pénurie ?

 Les explications à la pénurie de devises observée dans la sous-région Cemac en général et au Cameroun en particulier, se trouvent tout d’abord dans le mécanisme de fonctionnement de la zone Franc, à laquelle appartiennent ces pays. Les clauses régissant le fonctionnement de cette zone exigent la conservation de 50 % des devises d’exportation de ces pays sur un compte dit compte d’opération ouvert dans les livres du Trésor Public français, afin de garantir la convertibilité du franc CFA. Cette épargne obligatoire, réduit structurellement la marge de manœuvre des pays de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac) en cas de choc exogène, les privant ainsi de réserves de devises pouvant potentiellement permettre de réduire le déficit de devises actuellement observé. Toujours d’un point de vue structurel, le fonctionnement du compte d’opération suppose la mise en commun des devises de l’ensemble des pays membres. Cela suppose que chaque pays tire profit des excédents commerciaux réalisés par l’ensemble des pays de la sous-région, mais également, subit, les déficits, et donc la réduction des devises, enregistré par l’ensemble des pays de la sousrégion. Cela nous amène à l’explication conjoncturelle car avec la chute des cours du pétrole, et la réduction de la demande de plusieurs produits d’exportation observées, les pays de la Cemac dans leur ensemble, ont vu leurs recettes d’exportation diminuer drastiquement ces trois dernières années, et de fait, leurs quantités de devise. Le volume de devises disponible dans le panier commun s’en trouve réduit, sans toutefois que la demande de devises pour les importations diminue au même rythme, d’où la rareté. En ce qui concerne particulièrement le Cameroun, on a observé une plus grande résilience du niveau des exportations du fait d’une diversification plus marquée. Cependant, du fait du mécanisme de solidarité précédemment évoqué, ce pays subit également les déficits commerciaux de ses partenaires de la zone Cemac.

Quels peuvent être, à votre avis, les effets de cette crise de devises à la fois pour les banques et les opérateurs économiques ?

En ce qui concerne les banques commerciales, la pénurie de devises réduit leurs opérations de change et de fait, les commissions et autres frais bancaires qu’elles en tirent. Il s’agit donc là d’un manque à gagner non négligeable pour le secteur bancaire. En ce qui concerne la sphère réelle, la rareté des devises entrave la capacité d’importation. D’une part, cela peut être une opportunité pour les politiques de substituts aux importations, notamment en encourageant les productions locales à même de remplacer les importations de produits étrangers. Les producteurs agro-alimentaires ainsi que les producteurs de textiles pourraient tout particulièrement en tirer profit. D’autre part, et à l’opposé, cette réduction des devises est aussi une entrave pour les importations d’équipements, de technologies de pointe, freinant ainsi l’augmentation de la productivité des industries locales. La difficulté d’importation des équipements est aussi un frein à la délocalisation des firmes multinationales, et donc à l’attraction des Investissements Directs Etrangers. Ces dernières externalités, constituent donc des menaces pour le tissu industriel et commercial.

Une certaine opinion accuse certains chefs d’entreprises de conserver hors de la Cemac, d’importantes quantités de devises. Ce qui contribuerait à accentuer cette rareté de devises. Partagez-vous ce point de vue ?

Je ne saurais avoir tous les éléments pour apprécier la réalité et l’ampleur de ces comportements. Cependant, d’un point de vue économique, les devises constituent également des actifs, susceptibles d’être placés pour générer des intérêts. Tout comme pour toute autre monnaie, et suivant des motifs de spéculation, un arbitrage s’opère chez l’agent économique, entre le fait d’utiliser ses devises pour des transactions ou le fait de placer ses devises pour en percevoir des intérêts, à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire. De plus, cette détention à l’étranger peut être motivée par une plus grande célérité dans la réalisation des transactions, pour les opérateurs économiques intervenant régulièrement sur les marchés internationaux. Cependant, la détention de devises à l’étranger pour des motifs de spéculation tout comme pour des motifs de transaction à l’internationale est connue et prise en compte par les autorités monétaires, et ses effets doivent pouvoir être anticipés par lesdites autorités.

Le gouverneur de la Beac a indiqué le 4 juillet dernier que la rareté des devises était aussi le fait des banques qui n’acheminent pas à temps, les demandes de transferts de certains importateurs. Comment comprendre cette attitude ?

 Il s’agit là probablement de lourdeurs dans les procédures internes des banques commerciales, qui peuvent être liées à des mesures de contrôle interne.

Quelles peuvent être sur le long terme, les solutions à mettre en oeuvre pour juguler cette crise de devises ?

Les solutions à long terme sont à mon modeste avis, de divers ordres. Premièrement, et d’un point de vue monétaire, il conviendrait, à défaut de remettre totalement en question la zone franc, de rediscuter du mécanisme de fonctionnement du compte d’opération, afin de permettre une plus grande mobilisation des devises qui y sont conservées, notamment en cas de chocs menaçant la stabilité de ses pays membres. Deuxièmement, du point de vue de l’économie réelle, il est souhaitable d’accentuer les efforts de compétitivité des produits d’exportation de la sous-région de manière à stimuler davantage la demande extérieure. Dans la même veine, il devient urgent de concrétiser la mutation de la structure de nos exportations, en y apportant davantage de valeur ajouter, et en insérant à un plus haut niveau dans les chaîne de valeur internationale. Il pourrait ainsi s’en suivre une réduction de l’exposition à la fluctuation des cours et une plus grande force de marché. Enfin, la pénurie de devises est ressentie pour plusieurs comme une crise grave, du fait de notre grande extraversion. Cela pourrait en être tout autrement, si nous consentions à un changement de comportement de consommation et de production. Nous sommes dépendant des devises pour nos importations, et dans bien des cas, des importations de biens qui peuvent être produit localement. Pour reprendre un illustre sage, « nous consommons ce que nous ne produisons pas ». En faisant le contraire, il est fort probable que la dépendance aux devises s’en trouve amoindrie et que les pénuries telles que celle actuellement observée aient moins d’impact sur les économies et les individus.

Par Dr Nabil Aman Ndikeu Njoya et Défis Actuels no 400

Can 2019 : le rêve camerounais brisé

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C’est fini ! L’aventure égyptienne s’est arrêtée pour le Cameroun samedi dernier. Les Lions Indomptables ont défendu leur titre de champions d’Afrique jusqu’aux…huitièmes de finale de cette édition 2019. Meilleurs sur le terrain, Eric-Maxim Choupo-Moting et ses coéquipiers ont été bloqués sur le chemin du sixième sacre continental, par une équipe du Nigeria privée de son leader John Obi Mikel, mais un peu aidée par l’arbitre. Dominateurs (2-1) après avoir été les premiers à être menés, les Camerounais se sont inclinés 2-3, grâce notamment à un but de Jude Ighalo pourtant en position d’hors-jeu claire sur le 2-2 (62e). Après un penalty refusé aux Camerounais.

Bahoken et Njie ouvraient la Voie…

Les Nigérians ont entamé cette rencontre de la meilleure des manières. Après 40 secondes seulement, les hommes de Gernot Rohr créent la sensation dans le camp adverse, même si Ighalo est hors-jeu sur ce face-à-face manqué devant André Onana. Le jeu devient ensuite équilibré avec de bonnes phases offensives dans un camp comme dans l’autre. Et une fois encore, Ighalo se montre dangereux et profite d’un cafouillage dans la surface camerounaise pour ouvrir le score (0-1, 19e). Il aura fallu attendre la 40e pour voir les Lions Indomptables sortir les griffes. Sur un centre de Christian Bassogog, Stéphane Bahoken égalise du plat du pied (1-1, 40e). Quatre minutes plus tard, c’est à Clinton Njie de s’illustrer lui-aussi en buteur. Après un duel remporté au milieu de deux défenseurs nigérians, l’attaquant de l’Olympique de Marseille (OM) envoyait Daniel Akpeyi cueillir des fleurs (2-1, 44e).

…mais Ighalo déroutait Les Lions

Après la pause, les Lions repartent à la chasse avec un Njie très motivé. Le joueur de l’OM multiplie des assauts dans le camp adverse, mais se heurte à la robustesse des défenseurs nigérians. En difficulté, les Super Eagles parviennent néanmoins à égaliser grâce à un Ighalo pourtant en position de hors-jeu (2-2, 62e ). Alexander Iwobi profite d’une inattention de Yaya Banana pour ensuite enfoncer le clou (2-3, 66e ). Ighalo a une nouvelle opportunité, mais sa frappe est repoussée des poings par André Onana (75e ). L’attaquant de Levante est encore tout près de marquer, mais une fois de plus, le gardien camerounais sauve son camp (83e ). Les hommes de Clarence Seedorf ripostent, mais à chaque fois le mur nigérian ne cède pas. Regroupés derrière, les coéquipiers de John Obi Mikel vont maintenir leur avantage jusqu’à la fin. Les Camerounais pourront avoir de gros regrets. Mais on ne leur en voudra pas, tant ils ont beaucoup donné durant cette rencontre.

Par Arthur Wandji, envoyé spécial en Egypte

Cameroun-FMI: le FMi renvoie l’appui budgétaire de 50 milliards

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le FMI renvoie l’appui budgétaire de 50 milliards.

Le calendrier des décaissements des appuis budgétaires du Fonds Monétaire International (FMI) en direction du Cameroun vient de connaître un léger « glissement ». En effet, le déblocage de la 5ème tranche d’un montant de 50 milliards de francs CFA a été renvoyé à ce mois de juillet, alors même qu’il était prévu à l’issue du Conseil d’administration qui devait se tenir le 26 juin 2019. Pour ainsi boucler la 4ème revue du Programme Economique et Financier appuyé par la Facilité Élargie de Crédit. Selon des sources proches du dossier, le décalage de cet appui est putatif au « non payement d’une dette de 540 millions de francs CFA du Cameroun vis-à-vis de l’Espagne ». Une fois informé de cette situation, le FMI a du ajourné son Conseil d’administration. Toutefois, du côté du ministère des Finances, des sources rejettent en bloc cette version des faits et soutiennent plutôt qu’ « il s’agit ni plus ni moins que d’un léger retard dans le payement de nos dettes du fait de la situation économique difficile que connait le pays ». Et à ces mêmes sources d’ajouter, « certains semblent ne pas prendre la peine mesure de l’ampleur de la crise qui secoue le pays, mais il faut se rendre compte qu’elle est pernicieuse ». Mais, rassure un autre haut cadre du Minfi, « tout n’est pas perdu, il y a un autre Conseil d’administration prévue pour juillet, cette contrainte sera résolue » car, martèle-t-il, le « ministre des Finances Louis Paul Motaze, comme à son habitude, tient dur comme fer à faire de ce programme avec le FMI une véritable réussite ». Il convient de rappeler que c’est en juin 2017 que le Cameroun a signé avec l’institution de Bretton Woods un Programme Economique et Financier de trois ans qui prend fin en décembre 2019.

Junior Matock (Défis Actuels)

Filières cacao-café-coton-maïs: les objectifs de production pour 2020 compromis

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Les objectifs de production pour 2020 compromis.

La production des filières cacao, café, coton et maïs ne tiendra résolument pas la promesse des fleurs d’ici 2020. Horizon fixé par le gouvernement dans la Stratégie de Développement du Secteur Rural (Sdsr). C’est en tout cas ce qui ressort du rapport annuel 2018 de cette stratégie rendue public le 20 juin dernier à Yaoundé. Ainsi, calculette en main, le déficit par filière est de 264 150 tonnes pour le cacao, soit 27 582 pour le café arabica et 97 203 pour le café robusta. En ce qui concerne la filière coton, le manque à gagner est de 100.000 tonnes, tandis que le secteur maïs affiche un gap de 2,253 millions de tonnes.

Filière cacao/café : un gap de 124 785 tonnes

Selon les données contenues dans le rapport annuel 2018 de la Sdsr, au début de la mise en œuvre de cette stratégie en 2014, l’Etat avait misé, en ce qui concerne la filière cacao, sur une production de 600 000 tonnes à l’horizon 2020. Sauf que rendu en fin 2018, le volume de production du cacao affiche seulement 335 850 tonnes, soit un gap de 264 150 tonnes à combler d’ici 2020. Ce qui fait dire aux responsables en charge de la Sdsr que « la cible de 600 000 tonnes ne sera visiblement pas atteinte ». Cette contreperformance contraste tout de même avec l’évolution observée depuis 2014, année au cours de laquelle le pays enregistrait une production de 281 000 tonnes et 335 850 tonnes en 2018. Et ce, précise le document, grâce à la « restauration des anciens vergers, l’augmentation des superficies cultivées et la relance de la filière cacao » au travers du Projet National de Relance et de Développement des filières cacao/café issu de la restructuration des projets du ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (Minader). En ce qui concerne le café, le document informe que la production a connu sur la période sous revue, « une légère diminution ». Ainsi, le café arabica est parti d’un volume de 8 000 tonnes en 2014, et le café robusta 37 000 tonnes à 7 400 et 27 800 tonnes respectivement en 2018. Selon la Sdsr, les raisons de cette décote ne sont pas à chercher bien loin. Elles s’expliquent par « la crise sécuritaire et humanitaire » en cours dans les régions du Nord-Ouest et du SudOuest. A cela s’ajoute, précise le document, « le coût des intrants » qui se trouve être un facteur de blocage de la production, spécifiquement pour l’arabica. Du coup, conclu le rapport 2018, les cibles de 35 000 tonnes pour le café arabica et 125 000 tonnes pour le café robusta ne « seront vraisemblablement pas atteintes en 2020 ». Du côté de la filière coton, les nouvelles ne sont pas des plus optimistes.

Filière coton : une production stabilisée à 250 000 tonnes

« La production de coton graine ne pourra pas atteindre les 350 000 tonnes prévues en 2020 ». Tel un couperet sur la tête, c’est de cette manière que le rapport 2018 de la Sdsr a conclu ses enquêtes sur la performance de cette filière. La raison avancée dans ce support repose sur le fait que ce secteur connait de « légères augmentations mais reste globalement stabilisé autour de 250 000 tonnes », selon les données obtenues auprès de la Confédération Nationale des Producteurs de Coton du Cameroun.

Filière maïs : un gap de plus 2 millions de tonnes à combler

De 2014 à 2018, la production nationale de maïs est passée de 1 960 000 tonnes à 2 257 000 tonnes, selon le rapport 2018 de la Sdsr. Sauf que, nuance le document, malgré tous les efforts consentis par le gouvernement, « le gap à atteindre pour la cible 2020 est considérable ». De manière chiffrée, les projections du gouvernement pour la filière étaient de porter la production nationale à 4 millions d’ici à 2020. Cependant, rendu à fin 2018, on en n’est qu’à 2,257 millions de tonnes, ce qui laisse ressortir un gap de 2,253 millions de tonnes à combler.

Junior Matock (Défis Actuels)

Dr Eric Wilson Fofack: « la médiation Suisse pourra connaitre un dénouement heureux »

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« la médiation suisse pourra connaitre un dénouement heureux »

Le Département Fédéral des affaires Etrangères suisse a annoncé le 27 juin dernier qu’il a été mandaté pour jouer un rôle dans la résolution de la crise anglophone. Selon vous quel est le contexte qui a conduit au recours à cette médiation helvétique ?

Lors de la visite du Premier ministre Joseph Dion Ngute dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au début du mois de mai 2019 ; visite au cours de laquelle il avait annoncé que « (…) le Chef de l’Etat était prêt pour un dialogue inclusif qui aborderait tous les sujets, sauf la sécession (…) », l’espoir suscité par son discours apaisant à l’endroit des populations avait très vite cédé la place à quelques inquiétudes lorsque certains membres du gouvernement ont semblé ramer à contre-courant de la volonté du chef de l’Etat exprimée aux populations par le Premier ministre. Il s’agit notamment de la sortie du ministre de l’Administration Territoriale, sur les antennes de la télévision française France 24 et quelques jours après, celle du ministre des Relations Extérieures qui, devant le corps diplomatique à Yaoundé, laissait entendre que « (…) le dialogue est un processus et non un évènement (…) ». Il faut dire que de tels propos ont fait l’objet de diverses interprétations pas du tout rassurantes pour l’opinion qui à son niveau, attendait des actes forts. Néanmoins, l’on a finalement appris, d’abord à travers une rumeur qui sera finalement confirmée le 27 juin par un communiqué du Département Fédéral des Affaires Etrangères (Dfae) que « (…) La Suisse a été mandatée par une majorité des parties pour faciliter un processus de négociation inclusif (…) ». Le même communique précise que « le Dfae s’emploie à trouver une solution pacifique et durable à la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun, en collaboration avec le Centre pour le dialogue humanitaire », une organisation basée à Genève. Même si ce communiqué du gouvernement Helvétique ne laisse transparaitre aucune information ni sur le lieu, ni sur la date, encore moins sur l’identité des acteurs, voire même à propos d’une « première rencontre » qui se serait déjà tenue ; pas de détails non plus quant au contenu des échanges durant les concertations, la Suisse justifiant cela par son désir de privilégier les « principes de stricte neutralité et de discrétion ». Il faut se féliciter de ce que quelque chose soit finalement en train d’être fait dans le sens à l’effet de poser les bases d’un dialogue tel que souhaité, voulu et demandé par tous tant à l’échelle nationale qu’internationale.

A votre avis, qu’est-ce qui a motivé le choix porté sur la Suisse comme médiateur dans la crise anglophone ?

S’agissant de votre question sur les motivations qui ont présidé au choix de ce partenaire du Cameroun qu’est la Suisse, pour mener une médiation entre le gouvernement et les groupes armés indépendantistes des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de notre pays, il faut tout simplement dire que même s’il n’est pas encore possible d’identifier qui a véritablement choisi la Suisse pour cette médiation, il faut retenir que cela ne relève pas d’un hasard car on se souvient que l’offre de médiation suisse s’inscrit dans un processus qui échappe peut être à l’opinion, mais souvenons-nous qu’en 2018 déjà, le chef de l’Etat, Paul Biya avait déjà reçu en audience au palais de l’Unité, Nicoletta Mariolini, Déléguée Fédérale suisse au plurilinguisme, pour un partage d’expérience en matière de gestion de la diversité. Celui-ci avait au cours de son séjour en terre camerounaise rendu visite à de nombreuses autres autorités du pays et même à la Commission Nationale pour le Bilinguisme et le multiculturalisme. A l’époque, l’on parlait d’un « partage d’expérience en matière de gestion de la diversité ». Je précise que la Suisse est un exemple d’organisation fédérale de l’Etat cité dans le monde. En avril 2019, c’est Pietro Lazzeri, Ambassadeur de Suisse au Cameroun qui, au cours d’une audience, que lui a accordée le chef de l’Etat camerounais, avait exprimé la disponibilité de son pays à appuyer le Cameroun dans la résolution de la crise anglophone. De ce fait, on pourrait donc dire qu’il s’agit là d’une manifestation de la solidarité internationale qui voudrait qu’un partenaire du Cameroun se mette à sa disposition pour l’aider à sortir d’une crise qui n’a que trop duré. L’autre motivation pourrait être le statut de la Suisse qui se veut un pays neutre sur la scène internationale et donc pouvant facilement faire l’unanimité des deux parties, surtout que l’on ne lui connaît pas de passé colonial qui pourrait prêter le flanc à une suspicion inutile. Bien plus, la Suisse est le pays de la diplomatie mondiale, la plupart des organisations internationales y ont leur siège ce qui en fait le premier pays au monde où l’on retrouve au km2, le grand nombre de diplomates. C’est un statut qui joue en sa faveur dans les cas de médiation.

Quelles sont les conditions pour parvenir à un dénouement heureux de cette crise ?

D’entrée de jeu et en tant qu’historien des relations internationales, je dirais qu’il faut reconnaitre que toute situation conflictuelle n’est censée pouvoir se dénouer qu’à condition de dialoguer ou, mieux encore, de faire surgir ce qui a été enfoui au plus profond des consciences et des mémoires. Se ressouvenir des malheurs et des injustices, les exposer puis les voir reconnaître semblent autant d’étapes indispensables au retour à la normale. Dans ce contexte, une place cruciale doit être réservée au savoir consacré à la compréhension des événements d’antan, c’est-à-dire l’histoire.

Quelles sont les spécificités des méthodes et techniques utilisées par la Suisse dans la résolution des conflits ?

La Suisse, pays ressuscité par la grâce des grandes puissances au lendemain de la conquête napoléonienne est un assemblage de cantons souverains. Elle passe pour être une démocratie tranquille. Cependant, n’oublions pas qu’elle a enregistré dans son histoire lors de la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreuses crises identitaires. Durant cette période, les Helvètes s’entre-tuèrent au cours d’une courte guerre dite du Sonderbund qui, au mois de novembre 1847, vit se soulever de petits cantons conservateurs contre les prétentions centralisatrices de riches cantons libéraux. Durant les années 1970 et 1980, des mobilisations collectives, à l’image du mouvement séparatiste du Rassemblement Jurassien et du Mouvement des Autonomes Zurichois, d’intensité comparables à ce que nous avons aujourd’hui dans les deux regions anglophones du Cameroun, ont refait surface et ce n’est que par la négociation, le dialogue, le tout dans un esprit de conciliation que le problème fut résolu. Ces négociations ou ce dialogue contribuèrent à reconstruire une unité nationale préfigurant la Suisse d’aujourd’hui. En d’autres termes, la réconciliation helvétique est le résultat d’une histoire qui aménage la vérité et d’une politique mémorielle de vainqueurs laissant une place glorieuse et fondatrice aux vaincus. Jouissant d’un statut de pays neutre consacré par l’ensemble de la communauté internationale, la Suisse a, au fil du temps, développé une politique spécifique de promotion de la paix à travers un programme assez particulier, au regard de ce qui se fait ailleurs, et financé par le Département Fédéral des Affaires Etrangères (Dfea). Globalement, cette spécificité suisse se décline en quelques points notamment les Programmes de promotion de la paix de plusieurs œuvres suisses d’entraide ou de parrainage ; les Programmes et projets de promotion de la paix de quelques organisations, ayant explicitement pour objectifs la promotion de la paix ou la gestion des conflits et conduits en partenariat avec les organisations locales de différents pays du Sud et de l’Est ; les Programmes de développement comprenant des éléments ciblés de promotion de la paix tels que des offres intégrées de médiation ou de formation continue sur la gestion des conflits, de prévention de la violence, mais aussi de défense des droits humains ; le travail de plaidoyer (advocacy) et le lobbying pour la politique et la promotion de la paix. Dans la même logique, les activités tenant compte des conflits (conflict sensitive) et l’approche fondée sur les droits humains (human rights-based approach) jouent un rôle essentiel dans le programme d’action de la majorité des œuvres d’entraide ; c’est cela la spécificité suisse. Des statistiques officielles indiquent que la Suisse a accompagné plus de 30 processus de paix dans près de 20 pays à travers le monde.

Quels sont les pays dans lesquels la république helvétique est intervenue en Afrique, et plus précisément en Afrique centrale ?

La Suisse s’est toujours montrée assez altruiste à l’égard de l’ensemble de la communauté mondiale, surtout au niveau du continent africain. En plus des actions menées par le gouvernement helvétique à travers le Département Fédéral des Affaires étrangères (DFAE) en faveur de la paix et du dialogue, de nombreuses organisations suisses de développement réunies pour certaines dans l’organisation Alliance Sud (notamment Communauté de travail Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas, Eper, etc.) concourent à la résolution des crises dans le monde et même en Afrique. Ces actions ont ainsi déjà bénéficié à des pays comme l’Afrique du Sud où la Suisse était l’un des partenaires privilégiés du processus « Vérité et Réconciliation ». Plus proche de nous en Afrique centrale, on a aussi vu le gouvernement helvétique jouer le rôle de facilitateur dans la crise burundaise, rwandaise, en République Démocratique du Congo (RDC) et en République Centrafricaine (RCA)… Dans ces différentes situations, elle a toujours fait prévaloir son statut de pays neutre pour convaincre les parties en conflit, ceci à l’effet de favoriser un retour à la table des négociations pour un dialogue, socle de paix et de stabilité. De mon point de vue, c’est ce qu’elle entend faire au Cameroun pour faciliter et rapprocher les parties et favoriser le tenue d’un dialoguer qui doit se faire entre Camerounais car, ne l’oublions jamais, la solution à cette crise dans les régions anglophones doit se trouver par les Camerounais et entre Camerounais ; une tierce partie ne doit intervenir que pour la facilitation et pas pour autre chose.

Quels ont été les résultats obtenus pour les cas de médiation dirigé par la Suisse en Afrique ?

En termes de résultats, il faut dire que cela dépend des réalités inhérentes à chaque crise ou conflit qui a vu l’intervention de la Suisse dans son processus résolutif. Aussi, compte tenu du caractère extrêmement discret des médiations ou des interventions suisses, il est assez difficile de quantifier ou de mesurer ces résultats. Néanmoins, l’on peut se réjouir de ce que la plupart des crises en Afrique qui ont connu la médiation suisse ont pu connaitre un terme à ce jour, à l’exception du cas centrafricain qui reste une préoccupation majeure pour l’ensemble de la communauté internationale. Soyons optimistes sur le fait que la médiation suisse sur le cas Cameroun pourra connaitre un dénouement heureux.

A votre avis, quelles sont les chances de réussite de la médiation suisse dans le cadre de la résolution de la crise anglophone ?

Au regard du cas de la crise anglophone qui semble assez complexe du fait de ce que c’est d’abord une crise liée à la gouvernance politique, économique, il y a aussi que sa dimension historique et politique liée à la forme de l’Etat, qui en fait un cas assez particulier. Cependant, ne perdons pas de vue que si la sécession n’est pas envisageable, mais alors pas du tout, l’on pourrait envisager le fédéralisme qui semble admis et accepté par de nombreux Camerounais et même le président de la République Paul Biya, si l’on s’en tient aux propos tenus par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, lors de sa dernière visite dans les deux régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest où il laissait entendre que « (…) le chef de l’Etat était prêt pour un dialogue inclusif qui aborderait tous les sujets, sauf la sécession (…) ». De mon point de vue, les chances de succès sont réelles, à condition que chacune des parties au dialogue y participe en gardant à l’esprit que le Cameroun est le seul bien commun que nous avons et que nous devons protéger. Les actions posées dans le cadre du dialogue suscité par la médiation suisse doivent converger vers l’idéal commun du vivre ensemble dans la justice sociale et d’un avenir commun dans une seule et même patrie qu’est le Cameroun ; quelle que soit la forme de l’Etat qui sera décidée lors du dialogue.

Combien de temps pourra durer cette médiation et en quoi est-ce que le processus de médiation en cours pourra impacter sur l’évolution de la crise ?

En matière de résolution de conflit ou de crise armée, l’on ne saurait déterminer ou décider à l’avance du temps que prendra la médiation car la médiation n’est qu’une étape du processus. Il faut d’abord convaincre les parties de la nécessité de se reconnaitre mutuellement la légitimité de participer aux débats, de se mettre ensemble pour discuter et lorsque cela est acquis, il faut convenir aussi du lieu de la discussion ou du dialogue avant de retenir de façon consensuelle les différents sujets à mettre sur la table des discussions et croyez-moi, ce n’est pas la chose la plus évidente, ni pour le médiateur, ni pour les parties en conflit. Donc pour une issue durable, il serait sage de ne pas se mettre une pression inutile, l’important étant une issue favorable à tous pour notre cher et beau pays. Il faut cependant relever que compte tenu de l’ampleur du drame humain et économique que cette crise anglophone a déjà généré, et du retard pris jusqu’à ce jour pour organiser un dialogue inclusif, il faut éviter des pertes de temps supplémentaires inutiles et aller aussi vite que possible vers une solution de paix durable, car les Camerounais de tous bords n’ont que trop souffert.

Quel devrait être l’attitude des deux parties pendant cette médiation ?

Pendant cette médiation, il est souhaité que les parties, notamment les leaders sécessionnistes et certains faucons ou membres de l’aile dure du gouvernement s’abstiennent de faire des déclarations ou de poser des actes qui pourraient ralentir ou faire échouer la médiation. Nous devons aussi faire confiance à cette médiation suisse et à toutes les bonnes volontés qui pourraient nous aider à trouver une issue heureuse. Car ne l’oublions jamais, le Cameroun est un bien commun et nous devons le préserver et travailler pour son développement.

Interview réalisée par Junior Matock et Joseph Essama ( Par Défis Actuels)

Crise anglophone : un conflit qui s’enlise

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Crise anglophone : un conflit qui s’enlise

La crise sociopolitique qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ne cesse d’être un sujet préoccupant pour le commun des Camerounais. Si elle a éclaté à la suite des mouvements de grèves des enseignants et avocats en novembre 2016, elle a très vite revêtue le manteau de revendications séparatistes, avec à la clé, des conséquences sur le plan humain et économique. Donnant parfois lieu à la guerre des chiffres entre le gouvernement et certaines organisations internationales. En mai dernier par exemple, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, parlait de plus de 400 000 personnes déplacées. Tandis que le gouvernement lui, par la voix du ministre de l’Administration Territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, affirmait mordicus que « le Cameroun ne compte que 152 000 familles déplacées ».

Des pertes économiques sèches

Du point de vue économique, l’activité dans les régions en crise est en quasi extinction. Dans un communiqué rendu public le 14 janvier dernier, le directeur général de la Cameroon Development Corporation (CDC), Benjamin Itoe, parlait de 20 500 emplois menacés. Du côté de la société Telcar Cocoa, des sources indiquaient que du fait de l’insécurité dans la région, on enregistre « une chute de 80 % du commerce de cacao ». A ces effets négatifs se greffe la radicalisation des positions observée de part et d’autre.

Les acteurs

Parmi les acteurs de cette crise, Sisiku Ayuk Tabe et ses affidés figurent parmi ceux qui donnent des insomnies au gouvernement. En restant camper sur leur rêve d’un Etat indépendant. Ils sont néanmoins de plus en plus fragilisés par des guerres intestines qui ont récemment débouché à des querelles de leadership opposant Sisiku Ayuk Tabe et Dr Samuel Sako Ikome, deuxième président de l’Etat imaginaire d’Ambazonie. Ce dernier, profitant de l’absence du premier, écroué à la prison centrale de Kondengui depuis janvier 2018, a mis sur pied un gouvernement, non sans s’autoproclamer président de la République d’Ambazonie, via sa page facebook. Mais mal lui en a pris, car Sisiku Ayuk Tabe, depuis sa geôle de Kondengui, a vertement contesté, à travers un communiqué, le gouvernement de son principal challenger, au point d’annoncer sa dissolution le 2 mai dernier. Du côté du gouvernement, certains « ayatollahs » et autres caciques du régime freinent des quatre pieds la dynamique de résolution de cette crise, au vu des prébendes qu’ils en tirent, soulignent des spécialistes.

La pression des partenaires

En effet, le 16 avril 2019, l’Union Européenne (UE) avait rendu public une résolution en 11 points, dans laquelle elle déplorait la situation politique et sociale au Cameroun. Un fait qui n’a pas manqué de susciter la vive réaction du ministre des Relations Extérieures (Minrex), Lejeune Mbella Mbella. Ce dernier avait ainsi convoqué les chefs de mission diplomatique accrédités à Yaoundé, et leur avait rappelé de « ne pas s’ingérer de quelque manière que ce soit dans les affaires intérieures du Cameroun ». Il relevait cependant à cette occasion la disponibilité de Yaoundé à se « faire accompagner par ses partenaires dans la voie de l’apaisement, de la préservation de son unité, et de son intégrité territoriale ». Cette main-tendue de l’Etat du Cameroun ne viendra que conforter le gouvernement Suisse qui, à travers son ambassadeur Pietro Lazzeri, avait déjà fait part au chef de l’Etat, Paul Biya, le 4 avril 2019, de la « disponibilité de son pays à appuyer le Cameroun dans la résolution de la crise anglophone ». L’on peut donc aisément comprendre pourquoi, selon des sources dignes de foi, la Suisse a arboré dès le mois de mai, la casquette de médiateur dans la crise anglophone.

Junior Matock (Défis Actuels)

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