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112 milliards FCFA de la BAD pour étendre la fibre nigériane vers le Cameroun

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La Banque africaine de développement engage 200 millions de dollars, soit environ 122 milliards de FCFA, dans le déploiement d’un réseau de fibre optique au Nigeria. Baptisé Bridge, ce projet dépasse le seul cadre national et dessine une nouvelle architecture de connectivité en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, avec des retombées attendues pour le Cameroun.

Selon les données publiées par la BAD, le programme prévoit la mise en place de 90 000 kilomètres de fibre optique et l’extension du backbone nigérian à près de 120 000 kilomètres, contre environ 30 000 actuellement. L’infrastructure doit relier l’ensemble des 774 collectivités locales du pays, renforçant ainsi la couverture numérique et l’accès aux services.

Au-delà de son envergure nationale, l’un des aspects déterminants du projet réside dans ses extensions vers les pays frontaliers. D’après la BAD, les connexions prévues avec le Cameroun, le Niger ou encore le Tchad doivent favoriser la circulation des données à l’échelle sous-régionale et améliorer l’interconnexion des réseaux.

Pour le Cameroun, cette ouverture offre la possibilité de diversifier ses points d’accès au trafic international, aujourd’hui largement dépendants des câbles sous-marins et de quelques corridors terrestres. Une telle interconnexion pourrait ainsi renforcer la résilience du réseau national en cas de rupture sur un axe principal.

Dans le même temps, cette nouvelle architecture régionale est susceptible de faire baisser les coûts de transit de la data, sous l’effet d’une concurrence accrue entre routes numériques. Elle constitue également un levier pour accélérer l’intégration des marchés numériques dans une zone où la connectivité transfrontalière demeure encore incomplètement développée.

Cette dynamique régionale intervient alors que le Cameroun poursuit lui-même l’extension de son infrastructure. Un décret présidentiel signé le 6 mars 2026 autorise la mobilisation de 1,35 milliard de yuans auprès d’Eximbank China, soit environ 108,4 milliards de FCFA, selon le ministère de l’Économie, pour financer la quatrième phase du backbone national.

D’après les données du Minepat, le réseau camerounais avoisine déjà 10 000 kilomètres après plusieurs phases de déploiement, contre environ 6 000 kilomètres au milieu des années 2010. Les autorités visent désormais les zones encore peu couvertes, notamment dans les régions enclavées et le long des frontières, dans une logique de complémentarité avec les futurs corridors numériques régionaux.

Restauration des sites extractifs: La BEAC résiste aux pressions de Washington sur la gestion des réserves

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Le siège de la BEAC

La délégation de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), conduite par son gouverneur Yvon Sana Bangui, a pris part aux Réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, tenues à Washington D.C. du 13 au 17 avril 2026. En marge des débats officiels, placés sous le thème « Créer de la prospérité grâce aux politiques publiques », un point sensible a dominé les échanges entre la banque centrale et les acteurs du secteur extractif : le régime d’immunité dévolu à l’institution commune aux six pays de la CEMAC (Cameroun, Gabon, Tchad, Congo, Centrafrique et Guinée équatoriale), dans le cadre de la gestion des fonds de restauration des sites pétroliers et miniers (RES).

Cette immunité signifie concrètement qu’aucune juridiction étrangère ne peut saisir, geler ou contraindre les comptes et réserves de la banque centrale, y compris en cas de litige commercial ou financier. La BEAC considère cette protection comme absolue et non négociable, au même titre que celle d’un État souverain. À l’inverse, les autorités américaines estiment que ce principe constitue un obstacle à toute enquête indépendante sur l’utilisation des réserves de change de la CEMAC, en particulier celles liées aux fonds RES.

Au terme des discussions, la BEAC affirme avoir obtenu le maintien de cette prérogative. C’est du moins ce qu’indique le communiqué publié à l’issue des échanges : « Le gouverneur de la BEAC a réaffirmé le caractère immuable de l’immunité d’exécution de la Banque centrale, conformément aux orientations de la Conférence des chefs d’État de la CEMAC ». Le document précise par ailleurs que « les négociations sur les fonds de restauration des sites pétroliers et miniers (RES) se poursuivront désormais au niveau bilatéral, entre les États et les entreprises concernées, avec l’appui technique de la Banque centrale ».

Ce positionnement intervient alors que les tensions avec les États-Unis restent vives sur ce dossier. En effet, un projet de loi déposé au Congrès américain en 2025, à l’initiative du représentant républicain Bill Huizenga, propose de suspendre le soutien des États-Unis aux programmes du FMI en faveur des pays de la CEMAC tant qu’un audit complet de leurs réserves de change n’aura pas été réalisé. Au cœur des préoccupations américaines figure le refus de la BEAC de renoncer à son immunité souveraine, y compris en cas de défaillance dans la gestion des fonds, alors même qu’elle en assure la conservation.

Les promoteurs du texte jugent cette position arbitraire et reprochent au FMI son absence de clarification. Pour appuyer leur argumentaire, ils s’appuient sur les manuels du Fonds, selon lesquels seules peuvent être comptabilisées comme réserves de change des ressources « rapidement disponibles » et « effectivement contrôlées » par un pays. Or, selon eux, les fonds de restauration ne répondent pas à ces critères.

Ce différend trouve son origine dans le dispositif réglementaire mis en place par la BEAC depuis 2018. Celui-ci impose aux compagnies extractives de constituer des provisions destinées à la réhabilitation des sites après exploitation. La banque centrale avait fixé au 30 avril 2025 la date limite pour la signature des accords correspondants, assortie de pénalités pouvant atteindre 150 % des montants dus en cas de non-respect, selon des sources internes à l’institution.

Cependant, au 25 avril 2026, aucun accord n’avait encore été signé dans le cadre de ce mécanisme piloté par la BEAC. Face à cette impasse, l’institution semble désormais privilégier une approche plus flexible, en orientant les négociations vers un cadre bilatéral entre États et compagnies extractives. Une inflexion qui s’explique en partie par l’exemple du Gabon, où des négociations directes menées au niveau de la présidence ont permis d’obtenir le rapatriement d’une partie des fonds RES.

Colfini 2 : La CEMAC cherche les clés du financement structuré des projets d’infrastructures à Yaoundé

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« Le déficit en infrastructures constitue un lourd handicap pour la mobilité, même pour le peu que nos économies produisent, qu’il s’agisse de la mobilité interne ou de la mobilité externe. Il suffit de voir ce qu’il en coûte à notre agriculture pour assurer l’approvisionnement des marchés intérieurs, d’autant que les difficultés de communication aggravent les pertes de récoltes, du fait des problèmes de conservation. » a déclaré le Pr Bruno Bekolo Ebe, président du comité scientifique du Colfini 2.

Une déclaration qui résume, mieux que n’importe quel indicateur, ce que coûte concrètement l’absence d’infrastructures aux économies des pays d’Afrique centrale. Le constat n’est pas nouveau. Mais le Colfini 2, placé sous le patronage du ministre des Finances, Louis Paul Motaze et présidé le 23 avril 2026 en son nom par Gilbert Didier Edoa, Secrétaire général du Minfi, entendait cette fois aller plus loin que le diagnostic. Le thème retenu pour ces deux jours de travaux — « Marché financier régional et ingénierie des financements structurés pour les projets d’infrastructures dans la CEMAC » — dit clairement où se situe le verrou. Ce n’est pas le manque de projets. Ce n’est pas non plus l’absence de liquidités dans la sous-région. C’est l’ingénierie qui fait défaut.

DES RESSOURCES DISPONIBLES, MAIS MAL MOBILISÉES

Le paradoxe saute aux yeux. La CEMAC dispose d’un marché financier régional structuré, de liquidités locales et d’une base d’investisseurs institutionnels et non institutionnels. Pourtant, les projets d’infrastructures — énergie, transport, eau, télécommunications, équipements publics — peinent à se concrétiser. Faute de montages financiers adaptés, faute de projets suffisamment bancables, faute de mécanismes capables d’allouer correctement les risques entre les parties prenantes. C’est précisément cet angle mort que la première édition du Colfini, en 2025, avait mis en lumière.

La deuxième édition se voulait donc une étape de passage à l’action. Paul Onono, Directeur général de Contacturer Capital SA et porte-parole des organisateurs, l’a dit sans détour lors de la cérémonie d’ouverture : cette rencontre doit permettre « de nouer des partenariats concrets afin de concrétiser les engagements des uns et des autres ». Gilbert Didier Edoa a formulé la même attente. Il a souhaité que des conférences plénières, panels d’experts, ateliers techniques et séances de réseautage qui ont structuré les deux jours de travaux fassent émerger « des idées concrètes et applicables qui permettront de mieux structurer les ressources à mobiliser pour les infrastructures ». Et que le marché financier régional « gagne en profondeur et en innovation ».

 UN MARCHÉ QUI PROGRESSE, MAIS RESTE INSUFFISANT

Sur l’état du marché financier sousrégional, Adolphe Noah Ndongo, Directeur général de la Caisse autonome d’amortissement, a livré une analyse à la fois honnête et préoccupante. « Au cours des dernières années, le marché financier de la CEMAC a montré des signes d’amélioration avec des avancées notables dans certains segments, notamment dans le cadre des émissions souveraines », a-t-il reconnu.

De nouveaux acteurs ont émergé, de nouveaux instruments ont été introduits, et le marché a « progressivement fourni aux États une liquidité croissante, permettant de financer des projets d’investissement structurants, mais également de répondre à leurs besoins de trésorerie ». Mais ce tableau encourageant a une face sombre. La pression croissante des besoins de financement publics a engendré un renchérissement du coût de l’argent, sans allongement des maturités. Or c’est précisément là que le bât blesse pour les infrastructures. « Les maturités offertes, généralement comprises entre 3 et 5 ans, restent insuffisantes pour accompagner des investissements publics dont les retours s’inscrivent sur des horizons beaucoup plus longs », a souligné Adolphe Noah Ndongo.

 Résultat mécanique : une bonne partie des ressources levées sur le marché sert à refinancer la dette existante, et non à financer de nouveaux projets productifs ou sociaux. « Une telle dynamique n’est pas soutenable à long terme, ni pour les États, ni pour le secteur privé, qui fait face aux mêmes contraintes de coût et de maturité, impactant sa compétitivité », a-t-il averti.

L’INGÉNIERIE FINANCIÈRE, PARENT PAUVRE DE LA CEMAC

Derrière ces contraintes de maturité et de coût se cache un problème plus profond. Les États de la CEMAC restent largement dépendants des instruments classiques — bons et obligations du Trésor — pour financer leurs besoins. Ces outils, conçus pour des horizons courts, ne correspondent pas à la nature des projets d’infrastructures, dont les retours économiques se déploient sur quinze, vingt ou trente ans. Les mécanismes alternatifs existent pourtant. Les partenariats public-privé permettent de partager les risques et de mobiliser des capitaux privés sur le long terme. La titrisation peut transformer des actifs illiquides en instruments négociables. Le blended finance — combinaison de financements publics, concessionnels et privés — permet d’abaisser le profil de risque d’un projet pour attirer des investisseurs institutionnels.

Mais ces outils supposent une expertise technique, des cadres réglementaires adaptés et des équipes capables de monter des dossiers bancables. C’est là que la sous-région accuse son retard. La première édition du Colfini avait d’ailleurs formulé une recommandation claire en ce sens, appelant à diversifier les sources de financement pour « réduire la dépendance excessive à l’égard des créanciers traditionnels » et à explorer des « mécanismes de financement innovants, mieux adaptés aux réalités économiques et institutionnelles des pays de la sous-région ».

METTRE LA FINANCE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT

Pour Adolphe Noah Ndongo, l’enjeu de ce colloque dépasse la technique financière. Il touche à la trajectoire de développement de toute la sousrégion. « Aucune économie n’a atteint un niveau de développement avancé sans s’appuyer sur un marché financier profond, liquide et structuré au service de la croissance », a-t-il rappelé. L’objectif n’est pas seulement de répondre aux besoins de financement des États, ce que le marché fait déjà partiellement. C’est de faire du marché financier sous-régional « un véritable levier de transformation économique, en adéquation avec les contraintes et les ambitions de nos économies ». Le Colfini 2 s’est fixé des résultats précis. Une compréhension approfondie des problématiques financières de la zone CEMAC.

Des recommandations concrètes pour résoudre les difficultés de financement des infrastructures des États membres. Et une valorisation des expertises locales, trop souvent tenues à l’écart des grands montages financiers au profit d’acteurs extérieurs. Sur ce dernier point, le message des organisateurs est net. La sous-région dispose de compétences. Ce qui lui manque, c’est un cadre pour les mobiliser et les mettre au service de projets structurants. C’est, en définitive, tout ce que ce colloque cherchait à construire.

Statistiques : L’INS fête ses 25 ans et entre dans l’ère de la donnée intelligente

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Le jeudi 23 avril 2026, l’Institut national de la statistique (Ins) a célébré un quart de siècle de production, de traitement et de diffusion de données sur l’économie et la société. PIB, inflation, emploi, démographie, agriculture ou encore secteur informel, l’institution revendique un rôle devenu stratégique dans la lecture des dynamiques nationales et dans l’orientation des politiques publiques. La cérémonie, organisée au Palais des Congrès de Yaoundé, a été placée sous le patronage du chef de l’État et présidée par Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, représentant Paul Biya. « La donnée statistique est un bien d’utilité publique au cœur de toute décision », a indiqué Joseph Tedou, directeur général de l’Ins.

À l’observation, un message s’impose tout au long de la célébration. L’INS affiche son ambition de s’inscrire dans la nouvelle économie de la donnée. L’institution ne parle plus seulement de collecte et de diffusion, mais aussi de big data, d’intelligence artificielle et d’analyses plus réactives, plus fines et plus territorialisées. L’objectif est de rendre la statistique « vivante et accessible », en rappelant que derrière chaque indicateur se trouvent désormais des enquêteurs, des méthodologues et des algorithmes.

Dans cette logique, l’INS mise sur une montée en gamme de son modèle de production. L’enjeu n’est plus seulement de disposer de chiffres, mais de produire une information utile, fiable et rapide pour accompagner la décision publique. C’est ce glissement qui place l’institution dans une logique de compétitivité informationnelle, au moment où les administrations, les partenaires techniques et les décideurs attendent des données de plus en plus précises et exploitables.

Une boussole pour les politiques publiques

Créé en 2001 pour centraliser et harmoniser la production des données officielles, l’INS s’est imposé comme un instrument de pilotage économique. Le ministre de l’Économie l’a rappelé en saluant un travail mené « avec rigueur et professionnalisme » au service de la production et de la diffusion de données économiques, sociales et environnementales indispensables à l’élaboration et à l’évaluation des politiques publiques. Il a souligné d’ailleurs que ces données participent à une prise de décision mieux informée et à l’information des citoyens.

L’institution occupe ainsi une place centrale dans la gouvernance publique. Ses productions permettent de lire les tendances économiques, de mesurer les progrès, d’évaluer les écarts et d’ajuster les politiques. Dans un contexte où le Cameroun affine sa stratégie de développement à l’aune des Objectifs de Développement durable, la demande de données s’élargit, notamment selon le genre, la région et le secteur informel.

Un anniversaire au seuil de nouvelles opérations

Cette célébration intervient à la veille de deux chantiers lourds pour le système statistique national, le recensement général de la population et de l’habitat, ainsi que le recensement général de l’agriculture et de l’élevage entamés le 24 avril 2026. Cette vaste campagne se déroulera sur l’ensemble du territoire national jusqu’au 29 mai, soit 35 jours, avec le concours de plus de 32.000 agents recenseurs déployés sur le terrain, selon l’Ins. Le gouvernement a indiqué que l’opération, financée à hauteur de plus de 13,5 milliards FCFA. Ces opérations mobilisent des moyens importants pour fournir des bases de lecture essentielles pour la planification économique et sociale. Elles confirment que l’information statistique n’est pas un simple produit administratif, mais une matière première de la décision publique.

Le directeur général de l’INS, Joseph Tedou, a replacé ce cap dans une lecture institutionnelle. Pour lui, célébrer 25 ans revient à « rendre compte, consolider les acquis et préparer l’avenir ». Il a insisté sur la nécessité pour un institut placé au cœur du système national d’information statistique de présenter ses résultats, ses progrès et ses limites, tout en préservant la rigueur, la neutralité, la transparence et la comparabilité des données.

Une modernisation déjà engagée

L’INS ne part pas de zéro. En 2020, l’inauguration de son siège moderne à Yaoundé a marqué une étape symbolique de sa modernisation institutionnelle et infrastructurelle. L’édifice a été présenté comme un outil au service d’un environnement de travail mieux adapté aux exigences contemporaines, avec de meilleures conditions de production et de traitement des données, un renforcement des capacités humaines et techniques, ainsi qu’une intégration progressive des outils numériques dans les processus statistiques.

Cette trajectoire donne à l’institution un socle pour la suite. L’INS dit vouloir moderniser ses outils de collecte et d’analyse, intégrer pleinement les technologies innovantes, améliorer l’accessibilité des données et contribuer à une gouvernance plus transparente et plus efficace. À l’horizon 2035, le pari est clair. Faire de la statistique un levier de transformation structurelle et un appui direct à l’ambition du Cameroun d’atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur.

Une histoire devenue ressource stratégique

Au-delà de la commémoration, l’INS présente ses 25 ans comme une ressource stratégique. L’institution revendique une progression marquée par la structuration des cycles d’enquêtes, le renforcement de la coordination avec les administrations sectorielles, la formation des compétences et l’élévation des standards de qualité. Dans un environnement où la donnée devient un actif économique à part entière, cette évolution prend une portée qui dépasse le seul cadre administratif.

Joseph Tedou, directeur général de l’Institut national de la statistique

« L’INS doit s’adapter à l’évolution sans renoncer à la transparence et la comparabilité des données »

Pourquoi célébrer 25 ans ? La réponse tient en une formule simple : rendre compte, consolider les acquis et préparer l’avenir. Rendre compte, parce qu’un institut placé au cœur du système national d’information statistique a l’obligation de présenter ses résultats, ses progrès, mais aussi ses limites, dans un souci d’utilité et de responsabilité. Consolider les acquis, car les facteurs de risque liés à la perte de qualité demeurent élevés. Mais aussi, et surtout, dans un contexte de mutations profondes qui transforment les comportements économiques et sociaux, dont les impacts exigent une information fiable pour éclairer la décision publique. Préparer l’avenir, parce que le monde des données évolue rapidement et que l’action publique doit s’y adapter sans renoncer à ses principes fondamentaux : rigueur, neutralité, transparence et comparabilité des données.

Dès l’origine, l’Institut s’est vu confier des missions institutionnelles structurantes : assurer la coordination statistique, garantir la conservation des bases de données issues des enquêtes, contribuer au développement des sciences statistiques et de la recherche économique, et former les compétences indispensables à l’évolution du système. Ces 25 années ont été marquées par la structuration des cycles d’enquêtes et de production, le renforcement de la coordination avec les administrations sectorielles, ainsi que par l’élévation progressive des standards de qualité, en cohérence avec les exigences des systèmes de certification.

Gouvernance : L’INS s’installe au cœur de la décision économique de l’Etat


Au Cameroun, la statistique sort de son rôle descriptif pour s’installer au cœur de la décision économique. L’Institut national de la statistique accélère une mutation qui vise à ancrer une culture de la donnée dans l’action publique, le secteur privé et la société, avec des effets attendus sur la performance des politiques et l’allocation des ressources.

L’évolution est progressive mais structurante. La statistique ne se limite plus à produire des chiffres. Elle devient un instrument de pilotage du développement. En fournissant des données fiables et pertinentes, l’Institut national de la statistique oriente les choix stratégiques de l’État, améliore l’allocation des ressources publiques et permet de suivre les performances économiques et sociales. L’évaluation des politiques publiques s’appuie désormais sur des indicateurs objectivés, dans une logique de résultats.

Cette bascule marque un changement de paradigme. Les approches empiriques cèdent progressivement la place à des décisions fondées sur des données probantes, vérifiables et comparables. La statistique s’impose comme un outil central de gouvernance, avec une exigence accrue de transparence et d’efficacité.

Une culture statistique en construction

L’enjeu ne se limite pas à la production de données. Il concerne leur appropriation. L’INS cherche à diffuser une véritable culture statistique au sein de l’administration, du secteur privé et de la société civile. L’objectif consiste à faire évoluer les pratiques décisionnelles en instaurant un réflexe d’utilisation systématique des données avant toute décision stratégique.

Ce mouvement suppose un changement de comportement. Il passe par la formation des acteurs, la vulgarisation des données et leur mise à disposition dans des formats accessibles. À terme, la donnée doit devenir un bien public compréhensible et exploitable par tous les utilisateurs, au-delà du cercle des experts.

Le numérique comme accélérateur

Cette transformation s’appuie sur une modernisation technologique. L’INS intègre progressivement des outils numériques dans ses processus, avec l’utilisation de technologies mobiles pour la collecte, l’exploitation de sources innovantes comme le big data ou les données géospatiales, et le développement de plateformes de diffusion interactives.

L’institution renforce également ses capacités en analyse avancée, en mobilisant l’intelligence artificielle et la science des données. L’objectif consiste à produire des informations en temps réel et à répondre plus rapidement aux besoins des décideurs. Ce repositionnement vise à rendre le système statistique plus réactif, plus intégré et davantage orienté vers l’utilisateur.

Un enjeu de performance économique

Derrière cette évolution se joue un enjeu de performance. La capacité à produire, analyser et exploiter l’information devient un facteur déterminant de compétitivité entre les économies. La donnée s’impose comme un actif stratégique, au même titre que les infrastructures ou le capital humain.

L’INS se positionne ainsi comme un acteur clé de la transformation économique du Cameroun. En contribuant à une gouvernance éclairée, fondée sur des données fiables, il participe à la création de valeur économique et sociale, tout en renforçant la capacité du pays à anticiper les risques et à saisir les opportunités.

Modernisation et ambitions structurelles

La mutation engagée dépasse le cadre technologique. Elle implique un renforcement de la gouvernance du système statistique, une meilleure coordination entre producteurs de données et une ouverture accrue vers les utilisateurs. L’INS ambitionne également de consolider son leadership au niveau national et international, en s’alignant sur les standards globaux et en valorisant son expertise.

Cette trajectoire repose sur des investissements structurants. La mise en place d’infrastructures de données, la digitalisation des processus et le développement de capacités avancées en analyse nécessitent des financements importants. L’institution entend mobiliser des ressources et renforcer ses partenariats avec des organisations internationales, des centres de recherche et des entreprises technologiques.

Vers une économie pilotée par la donnée

À terme, l’objectif est explicite. Installer durablement une gouvernance fondée sur la donnée. Cette évolution vise à améliorer la transparence, renforcer la redevabilité des institutions et optimiser l’allocation des ressources. Elle doit aussi favoriser une meilleure anticipation des dynamiques économiques et sociales.

La statistique cesse ainsi d’être un outil technique en périphérie de l’action publique. Elle devient un levier central de transformation, au service d’un développement économique plus structuré, plus inclusif et davantage orienté vers les résultats.

Réaction

Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire

« I’INS permet d’éclairer les décisions publiques et d’orienter les investissements »

Les activités de l’INS sont pleinement intégrées dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030. L’Institut fournit les indicateurs nécessaires au suivi des objectifs stratégiques du Gouvernement, qu’il s’agisse de la transformation structurelle de l’économie, de la réduction de la pauvreté ou encore de l’inclusion sociale. En produisant des données fiables et actualisées, I’INS permet d’éclairer les décisions publiques, d’orienter les investissements et d’évaluer l’impact des politiques mises en œuvre. Il constitue ainsi un levier essentiel de la gouvernance basée sur les résultats. L’INS fait face à des défis d’ordre structurel et conjoncturel. Sur le plan structurel, il s’agit notamment du renforcement des capacités humaines, de la modernisation des outils de production statistique et de l’adaptation aux nouvelles exigences liées aux données massives.  Sur le plan financier, la mobilisation de ressources suffisantes et durables demeure un enjeu majeur. Pour répondre, le Minepat œuvre à sécuriser les dotations budgétaires, tout en favorisant la mobilisation de financements extérieurs auprès des partenaires techniques et financiers. Par ailleurs, des efforts sont engagés pour renforcer la coordination du Système National d’Information Statistique et améliorer la synergie entre les différents producteurs de données.

Patrice Yantho : l’architecte discret des grands projets industriels

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Dans le paysage économique camerounais, certains visages sont médiatiques, d’autres stratégiques. Patrice Yantho appartient à la seconde catégorie. Peu visible sur le devant de la scène, mais omniprésent dans les coulisses des grands projets, il s’est imposé au fil des années comme l’un des spécialistes les plus sollicités en matière de structuration financière et d’ingénierie de l’investissement.


Financier de formation, il a forgé ses premières armes dans la banque d’affaires, notamment au sein d’Afriland First Bank, ainsi que dans le conseil international. Son passage au sein du cabinet mondial KPMG, en qualité de Directeur Afrique francophone, marque une étape décisive. En charge de dossiers d’infrastructures et de montages complexes, il affine une expertise pointue en financement de projets, négociation institutionnelle et structuration de partenariats public-privé. Une école de rigueur et de méthode qui façonnera durablement son approche.


Mais c’est en fondant JMJ Africa, après avoir décliné un poste de Directeur Afrique chez Ernst & Young ainsi qu’un fauteuil de directeur général de banque commerciale dans son pays, qu’il franchit un cap entrepreneurial. Le cabinet JMJ Africa, spécialisé dans le conseil en investissement et la maturation de projets industriels, s’impose progressivement comme un acteur central de l’écosystème. Son positionnement est clair : accompagner les porteurs de projets dans la transformation d’idées ambitieuses en opérations financièrement viables et bancables. Agro-industrie, transformation locale, infrastructures commerciales, chaînes de valeur stratégiques… JMJ intervient là où la structuration financière conditionne la réussite.

|Défis Actuels| Au Cameroun, des secteurs tels que le cacao, l’acier, l’aluminium et l’huile de palme ont connu une poussée d’industrialisation grâce à JMJ Africa, qui s’est également déployé dans plusieurs pays d’Afrique centrale et de l’Ouest (Gabon, Guinée, Côte d’Ivoire, etc.). Cette capacité à « parler le langage des investisseurs » tout en comprenant les contraintes locales explique en partie son influence et la réussite des projets industriels dont il structure la faisabilité.

Dans un contexte où l’industrialisation demeure un impératif national, Patrice Yantho défend une vision orientée vers la création de valeur ajoutée locale et la réduction de la dépendance structurelle aux importations. Un positionnement qui lui vaut aujourd’hui d’être le coordonnateur de l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (Ocitram), qui regroupe cinq grandes industries de l’acier et des métaux, représentant 95 % du marché, 500 milliards de FCFA d’investissements et environ 5 000 emplois.


Au sein du Gecam, où il a occupé la vice-présidence de la Commission industrie, il a contribué aux réflexions stratégiques sur la politique industrielle, la gouvernance des entreprises publiques et la place du capital privé dans la transformation économique, s’affirmant ainsi comme un acteur du plaidoyer économique.


En 2024, JMJ Africa a été distingué comme meilleur cabinet-conseil en investissement au Cameroun lors du Cameroon Investment Forum, une récompense attribuée par l’Agence de promotion des investissements. |Défis Actuels| Si le prix honore l’entreprise, il conforte surtout le choix du promoteur de privilégier le conseil en investissement au conseil en placement financier. Car si la seconde option est plus commode et plus lucrative, elle est moins structurante pour l’économie et moins impactante en matière d’emploi et de réduction de la pauvreté. Cette orientation lui a d’ailleurs valu d’être décoré par la Nation au grade de chevalier de l’Ordre national de la Valeur.


Ce qui frappe chez Patrice Yantho, c’est la cohérence de la trajectoire. Du conseil international à l’entrepreneuriat local, du montage financier à l’influence patronale, il évolue sur une ligne constante : structurer pour transformer l’écosystème. À l’heure où le Cameroun cherche à consolider son tissu industriel dans le cadre de la SND30 et à attirer des capitaux durables, des profils comme le sien illustrent l’émergence d’une génération de financiers africains capables de conjuguer standards internationaux et ancrage territorial, et de mettre leur ingénierie au service de la transformation structurelle du continent.


Dans les salles de négociation comme dans les commissions techniques, il cultive une posture de stratège. Et si son nom reste moins exposé que celui de certains grands industriels, il demeure, pour nombre d’investisseurs, l’un de ceux qui savent rendre possible ce qui, sans ingénierie solide, resterait à l’état de projet.

Les grands chantiers au Port de Douala

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Amélioration des voies d’accès des marchandises, construction de silos de stockage, extension du Terminal à conteneurs ; modernisation des équipements ; sécurité incendie, rénovation du réseau ferroviaire…la place portuaire de Douala Bonabéri est en pleine mutation depuis 2017, afin de fluidifier son trafic et de renforcer son attractivité et sa compétitivité.

Au port de Douala Bonabéri, un vaste chantier est en cours pour répondre aux exigences du schéma directeur de développement à l’horizon 2050 fixé par le Port Autonome de Douala (PAD). Ce document boussole prévoit notamment la modernisation des infrastructures, la rénovation des équipements existants (innovation dans les procédures de gestion et d’exploitation, ainsi que le développement de nouvelles capacités logistiques et opérationnelles). Les objectifs visés sont en l’occurrence de faire passer les volumes de 11,8 millions de tonnes de marchandises traités par an en 2018 à presque 21 millions de tonnes par an en 2030. Ceci, en renforçant les capacités du port évaluées à moins de 13.5 millions de tonnes maximum par an. Les chantiers sont divers et variés.

Le quai pétrolier renait 20 ans après

Attendu depuis plus de 20 ans, après des accidents sur le précédent ouvrage de déchargement du Port en 2001, l’approvisionnement en produits pétroliers du territoire national et des pays voisins était dès lors assuré via le quai conventionnel n°1 aménagé comme solution palliative, avec des risques d’explosion ou d’incendie. Finalement, l ’appontement pétrolier sur Duc d’Albe du Port de Douala Bonabéri a été mis en service le 28 avril 2021. Cette infrastructure a été dimensionnée pour accueillir des navires de la taille du Tanker MJT Cape Limbol, avec des tirants d’eau de l’ordre de 8.5 mètres. Il peut donc recevoir des bateaux de 20.000 tonnes métriques au lieu des 14.000 tonnes du quai provisoire. Cette plateforme est dotée de bras de déchargement modernes et de dernière génération, d’une nappe de cinq tuyauteries de 5 à 10 pouces de diamètre, partant de la plateforme pétrolière à la chambre à vannes de la SCOP. Avec ce dispositif, le débit de pompage est évalué à environ 600 m3/h, soit une réduction de temps d’environ 30%. Ce qui contribue à diminuer le délai de séjour des navires à quai, et par ricochet les coûts des surestaries. Le nouvel appontement est non seulement moderne mais répond également aux normes environnementales et sécuritaires. Il a été à ce titre élaboré un plan d’urgence maritime pour la gestion de l’ensemble des scénarios d’accidents en pollution ou en incendie. Ce qui comprend la mise en place des kits de matériels antipollution pour lutter contre une éventuelle pollution ainsi que des moyens de défense contre incendie pour le circonscrire dans un éventuel sinistre. En termes de prévention, des équipements de protection individuelle et collective sont prévus. Et pendant que des opérations s’effectuent, des mesures d’explosivité sont prises en continue sur le site pour éviter de réunir des conditions de survenue d’un incendie.

Le terminal à conteneurs en pleine mutations

La Régie du Terminal à Conteneurs (RTC), l’un des symboles de la nationalisation de certaines activités au port de Douala connait une transformation spectaculaire et son chiffre d’affaires est passé de 49 milliards en 2020 à environ 60 milliards en 2024. Une performance soutenue par divers investissements, notamment l’acquisition de nouveaux équipements de manutention pour remplacer ceux laissés par l’ancien concessionnaire. L’installation de technologies de pointe a aussi permis de moderniser et d’augmenter les capacités et les performances. Le Terminal est désormais opéré en RTG Huit RTG neufs sont entrés en service en 2024, portant le nombre total à 12. Deux grues mobiles de quai neuves ont été acquises, ainsi que des TERBERG et des Reachstalkers. Parallèlement, des travaux de rénovation et de développement de la plateforme des opérations et d’entreposage sont exécutés au pas de charge dans le but de l’arrimer aux normes internationales reconnues dans le secteur. Les aires de stockage sont entièrement pavées.

Par ailleurs , le projet d’extension de ce terminal est en cours depuis juillet 2025. Le projet évalué à 55 milliards de FCFA TTC, vise la construction de 250 mètres linéaires de quai supplémentaires. Cet aménagement de 7.9 hectares de terre-plein arrière et la création de 1.200 mètres linéaires de voies de RTG (portique automatisé sur Pneu. Les travaux sont en train d’être exécutés en trois phases et la mise en exploitation du quai dénommé quai 17 est prévue en 2027. Ces aménagements porteront la longueur totale du terminal à un peu plus de 1.000 mètres linéaires et permettront à la RTC d’améliorer ses capacités en passant d’un traitement de 380.000 tonnes EVP en 2024, à un million de conteneurs d’ici 2030.

Aménagement d’une zone logistique et de parking pour camions

Sur deux sites d’une superficie totale de 15 ha au port de Douala, il est prévu l’aménagement d’une zone logistique sur 5 ha et d’un parking de camions sur 10 ha. Actuellement, 3 ha ont déjà été construits, et bientôt 5 ha, soit 50.000 m2 sur les 100.000 envisagés. Cet aménagement en zone aval du domaine portuaire fait partie des projets prioritaires retenus par le Schéma Directeur de Développement du Port de Douala-Bonabéri à l’horizon 2050. Il est question de mettre en place des espaces commodes et sécurisés pour le stationnement des camions destinés aux opérations logistiques portuaires et pour la gestion logistique de certaines marchandises à l’importation et à l’exportation. Ce projet va générer 250 emplois directs et plus de 800 emplois indirects.

Dans la même perspective de fluidification du trafic à l’intérieur de la place portuaire, plusieurs kilomètres de routes et de dessertes en pavés sont réalisés. Un chantier structurant de construction et de réhabilitation de dessertes internes est engagé. Le point d’orgue, un chantier d’une une voie de contournement visant à séparer les flux portuaires des circulations urbaines sensibles en zone aval, au lieu-dit Essengue. Le projet porte sur environ 10 km d’infrastructures routières comprenant 5 km de voie de contournement et 5 km de voies de desserte. Plusieurs kilomètres de routes et de voirie ont été réhabilités, rendant la circulation fluide tout en contribuant à la sécurisation des marchandises lors des opérations de transfert. Les travaux routiers concernent aussi l’agrandissement d’une voie de circulation sur la Nationale N°3, au niveau du monument du Soldat du cinquantenaire, à l’entrée de Youpwe o une nouvelle guérite d’accès est en cours de construction.

Un quai pour saisir les opportunités de la ZLECAF

Les autorités du port de Douala viennent de lancer le projet de réhabilitation et de modernisation du Terminal Régional du Port de Douala-Bonabéri couramment appelé Quai Boscam. L’opération prévoit la réhabilitation du site actuel, la création d’une nouvelle plateforme de 20 hectares et, dans une phase d’investissement optionnelle, la construction d’un nouveau quai de 700 mètres. Dédiée historiquement au traitement du trafic marchandise en provenance ou à destination des pays de la sous-région CEMAC, cette infrastructure construite dans une configuration technique ancienne a montré ses limites. Une importante opération d’enlèvement des épaves de navires y est en cours pour libérer la darse. Le Port autonome de Douala (PAD) et Douala Terre-Port ont signé, le 10 avril 2026, un partenariat public-privé à cet effet d’un montant global de 126,3 milliards de FCFA, entièrement financé par le partenaire privé dans le cadre d’une concession de 30 ans. L’objectif de cette réhabilitation est d’améliorer les performances du Terminal régional par l’augmentation de la capacité d’accueil des navires, l’amélioration de la productivité des opérations, la modernisation de la chaîne logistique et le renforcement de l’impact régional du Port de Douala Bonabéri. Le projet va ainsi relancer le trafic régional par le cabotage de marchandises et de passagers entre Douala et les ports de la Cemac dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).

Modernisation du réseau ferroviaire

Dans le but de faciliter le transport des marchandises, améliorer la fluidité du trafic portuaire et préserver des infrastructures historiques, un contrat de concession a été signé le 19 mars dernier par le Directeur Général du Port Autonome de Douala et la Douala Port Railway Investment Company (DPRIC). Ce partenariat vise à moderniser et étendre le réseau ferroviaire de la zone portuaire de Douala-Bonabéri. Concrètement, il est question de la réalisation des études, la conception, la construction, la modernisation ainsi que l’exploitation d’un réseau ferroviaire performant et intégrant des technologies innovantes. Il vise à renforcer la performance, l’attractivité et la compétitivité du Port de Douala. Car, le partenaire privé devra mettre en place un réseau ferroviaire performant qui intègre des technologies innovantes pour répondre efficacement aux besoins d’un trafic portuaire croissant. Cette modernisation permettra d’optimiser le transport des marchandises et de mieux connecter le port à son hinterland, renforçant ainsi son rôle stratégique dans la chaîne logistique régionale. L’accord sous la forme d’un partenariat public-privé de type Design-Build-Finance-Maintain, porte sur une période de 25 ans. Le coût global de cet investissement est de 40 milliards de FCFA, entièrement financé par le partenaire privé qui doit réaliser toutes les phases, depuis les études et la conception jusqu’à la maintenance, avant la rétrocession des infrastructures au PAD. 120 emplois directs et 360 emplois indirects sont attendus. Ceci à côté d’un programme conjoint annuel de formation et d’insertion professionnelle des jeunes diplômés camerounais qui sera mis en œuvre par les deux parties.

Une zone industrialo portuaire à Dibamba

quelques kilomètres de Douala, le port a lancé depuis l’année dernière, un projet d’aménagement d’une zone industrielle et logistique portuaire sur les berges de la Dibamba. Le site de 500 hectares va abriter une zone industrialo portuaire de 350 hectares ; une zone logistique attenante sur 100 hectares et les 50 hectares restants vont constituer un espace de vie, notamment d’hébergement des travailleurs de la zone. Le projet vise en partie à décongestionner la pénétrante est de Douala. Car le hub logistique du site sera interconnecté au port de Douala et à l’hinterland par voie d’eau. Du coup, la pénétrante sera délestée du trafic de plusieurs centaines de camions par jour grâce à cette liaison directe entre le port et la Dibamba. Cette voie va plus tard rejoindre l’autoroute Douala Yaoundé et même, le réseau ferroviaire national. Pour la mise en œuvre de ce projet, c’est le partenariat public privé qui a été choisi. Le port a déjà signé un mémorandum avec le groupe Arise Integrated Industrial Platforms (IIP) connu pour avoir construit des plateformes industrielles dans plusieurs pays d’Afrique. Environ 500 000 emplois directs et indirects pourraient être générés par la zone industrialo portuaire où seront installées des industries de transformation.

Réaction

Ronny MINKOS, ingénieur d’études à la DAPC, PAD

« La zone industrialo portuaire de Dibamba va booster notre commerce extérieur et la transformation locale de nos matières premières »

« Le projet d’aménagement d’une zone d’activité industrialo portuaire sur les Berges de la Dibamba, au lieu-dit Missole s’inscrit déjà dans notre shéma directeur de développement qui envisage l’extension du domaine portuaire de Douala Bonabéri. Vous savez que nous sommes le principal port du Cameroun, mais en même temps, nous faisons face à la contrainte foncière, vu que nous sommes un port attenant à la ville de Douala. Alors, ce projet est principalement destiné aux marchandises de l’Hinterland, nos pays voisins qui n’ont donc pas de littoral et qui utilisent le Cameroun en général et le port de Douala au Bonabéri en particulier comme façade maritime. Il s’agit donc de délester le port de Douala au Bonabéri de ce trafic-là, de le conduire sur la Dibamba. Il s’agit aussi donc de répondre aux exigences de performance. Au-delà des partenaires de l’Hinterland, notamment la Centrafrique, le Tchad, le Niger, le Nord du Congo et en perspective le Soudan du Sud et puis la République démocratique du Congo, ce projet vient répondre de manière directe à l’implémentation ou à la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement. Il est une réponse directe à la politique d’import-substitution du gouvernement parce que sur ce site-là, sur le site du projet qui a une emprise foncière de 522 hectares avec 350 hectares dédiés à la zone industrielle et 120 dédiés à la zone logistique, ce projet va permettre l’installation des industries, ces industries-là qui auront pour vocation de transformer les matières premières. Les neufs sous-secteurs impliqués ou ciblés dans la stratégie nationale de développement sont concernés, notamment la filière bois, la filière coton, la filière pharmaceutique, l’énergie et bien d’autres encore. Il est important de souligner que ce projet est un partenariat stratégique avec le partenaire Arise IIP qui a déjà un large écosystème en Afrique. Il est installé dans 12 pays et il est reconnu comme aménageur et développeur de ce type d’infrastructure. En réalité, il s’agit d’un projet qui est suivi au niveau stratégique de la coordination du Gouvernement. En réalité, ce projet va venir répondre et booster de manière significative notre commerce extérieur et la transformation locale de nos matières premières. C’est ainsi la vision du top management du Port Autonome de Douala et la vision du cher président de la République, chef de l’État. Après la pose de la première pierre et les études, actuellement je vous invite à visiter le site où les terrassements sont déjà effectifs, la voie d’accès en phase de construction, la construction du quai même, les travaux sur le quai au niveau de la base de la zone logistique seront engagés à brève échéance. »

Journée internationale des vétérinaires 2026 : Les vétérinaires, sentinelles invisibles de notre santé, de notre alimentation et de notre avenir.

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Dr Zéphyrin Fotso Kamnga, Responsable national One Health, FAO Cameroun

Chaque jour, sans toujours en avoir conscience, des millions de camerounais confient leur santé et celle de leurs familles à des professionnels qu’ils rencontrent rarement: les vétérinaires. À l’abattoir, sur les marchés, dans les élevages, aux frontières ou dans les zones les plus reculées du pays, ils œuvrent discrètement pour prévenir les risques sanitaires, protéger les populations et garantir la qualité des aliments. Derrière chaque morceau de viande consommé sans danger, chaque verre de lait sain ou chaque marché approvisionné, se cache le travail rigoureux de ces sentinelles essentielles de la santé publique et de la sécurité alimentaire.

Pourtant, au Cameroun, le rôle des vétérinaires demeure largement méconnu. Trop souvent réduits à l’image de simples soignants d’animaux, ils exercent en réalité un métier désormais au carrefour de la santé publique, de la protection de l’environnement et de la sécurité alimentaire. Les vétérinaires sont aujourd’hui des acteurs clés des grands enjeux contemporains notamment l’approche Une seule santé (One Health), la sécurité sanitaire des aliments, le bien-être animal et l’éthique, la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, l’accès aux soins en milieu rural, l’adaptation aux changements climatiques et la préservation de la biodiversité. Dans un contexte de crises multidimensionnelles, sous-estimer leur rôle stratégique revient à fragiliser les fondements mêmes du développement durable.

Quand la santé animale conditionne la santé humaine

La santé humaine, animale et environnementale est intrinsèquement liée. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la majorité des maladies infectieuses humaines provient des animaux. Sur les 1 415 maladies infectieuses connues chez l’homme, près de 60 pourcents — soit environ 868 — sont d’origine zoonotique. Des maladies telles que la rage, la grippe aviaire, la brucellose, la tuberculose bovine ou encore Ebola en sont des illustrations frappantes.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant que près de 75 pourcents des zoonoses émergentes trouvent leur origine dans la faune sauvage, et que trois maladies infectieuses émergentes sur quatre sont issues du monde animal. Ces chiffres rappellent avec force que la frontière entre santé animale et santé humaine est particulièrement ténue, notamment dans des contextes où la cohabitation entre populations humaines, animaux domestiques et faune sauvage est étroite.

Le vétérinaire est souvent le premier à détecter un signal d’alerte: un foyer inhabituel, une mortalité anormale, un comportement animal suspect. En intervenant à la source, il empêche la maladie de franchir la barrière des espèces. C’est tout le sens de l’approche «Une seule santé», que le Cameroun a progressivement intégrée dans son dispositif institutionnel. Aux côtés du gouvernement, la FAO Cameroun accompagne cette dynamique en participant au renforcement de la coordination entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale, afin de prévenir plutôt que de subir les crises sanitaires.

Sécurité alimentaire : la garantie commence avant l’assiette

L’élevage constitue un pilier de l’économie camerounaise et une source essentielle de protéines pour des millions de ménages. Mais une maladie animale peut rapidement se transformer en choc économique : perte brutale des revenus des éleveurs, diminution de l’offre alimentaire, hausse des prix et aggravation de la malnutrition, notamment chez les enfants.

Dans ce contexte, le rôle des vétérinaires est essentiel. Ils préviennent les épizooties, limitent les pertes, accompagnent les bonnes pratiques d’élevage durables et garantissent l’inspection sanitaire des produits d’origine animale. L’estampille vétérinaire n’est pas une formalité : elle est une promesse de sécurité, de confiance et de santé pour le consommateur.

Lorsque les contrôles sont insuffisants ou contournés, les risques sont immédiats : intoxications alimentaires, zoonoses, présence des résidus de médicaments dans les aliments et perte de confiance des consommateurs. La santé publique commence donc bien avant l’hôpital ; elle commence à l’étable, au marché et à l’abattoir.

Antibiorésistance : un combat silencieux pour l’avenir

L’usage inapproprié des antibiotiques en élevage constitue aujourd’hui l’une des menaces pour la santé mondiale. Résidus dans les aliments, bactéries résistantes, traitements humains de moins en moins efficaces : sans encadrement vétérinaire, les conséquences sont profondes et durables.

Au Cameroun, les vétérinaires sont en première ligne pour promouvoir la prévention plutôt que la surmédication: vaccination, biosécurité, usage raisonné des antimicrobiens, sensibilisation des éleveurs et lutte contre les circuits informels.

La FAO Cameroun soutient activement ces efforts, notamment à travers l’implémentation de l’approche One Health et l’appui aux politiques nationales de lutte contre la résistance aux antimicrobiens.

Investir dans les vétérinaires, investir dans la résilience

À l’occasion de la Journée internationale des vétérinaires 2026, le message est sans équivoque: les vétérinaires ne sont pas des acteurs périphériques du développement, mais des piliers de la santé publique, de la sécurité alimentaire et de la stabilité sociale. Aux côtés des autorités nationales et des partenaires, la FAO Cameroun accompagne le renforcement de leurs capacités, la professionnalisation des services vétérinaires et la promotion de la prévention comme choix stratégique.

Les protéger, les reconnaître et investir durablement dans leurs compétences, c’est protéger la vie humaine contre les zoonoses et les pandémies, garantir une alimentation saine et sûre pour tous, sécuriser les moyens de subsistance des éleveurs, renforcer la souveraineté alimentaire et préparer le Cameroun à affronter les crises de demain.

Par Dr Zéphyrin Fotso Kamnga, Responsable national One Health, FAO Cameroun

Le MINRESI scelle un partenariat avec une Ecole d’ingénierie du Burkina Faso pour soutenir la productivité nationale

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Le 21 avril 2026 à Yaoundé, le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation (Minresi) et Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement ont officialisé la signature d’un accord-cadre de coopération. Paraphé au cabinet du ministère, le texte s’inscrit dans une démarche de structuration de la recherche autour de filières jugées stratégiques pour l’économie réelle, notamment l’eau, l’énergie et l’ingénierie.

 Autour de la ministre Madeleine Tchuinte, les responsables de l’administration centrale, les organismes sous tutelle et la délégation de 2iE conduite par El Hadji Bamba Diaw ont posé les bases d’un partenariat présenté comme opérationnel. L’enjeu est, en effet, de relier la production scientifique aux besoins concrets du pays, notamment dans l’eau, l’énergie, l’habitat et l’environnement.

Dans son intervention, la ministre a situé le cadre. Elle rappelle que « l’avenir scientifique de l’Afrique ne saurait se construire dans l’isolement », insistant sur la nécessité de mutualiser les compétences à l’échelle du continent. Derrière cette approche, une lecture économique s’impose. Les secteurs ciblés sont décrits comme des conditions directes de productivité et de stabilité. « Ce ne sont pas des secteurs. Ce sont des conditions de bienêtre, de paix sociale, de productivité et de souveraineté », affirme-t-elle.

L’accord est également présenté comme un outil de gouvernance. La responsable du portefeuille de la recherche évoque un instrument de « diplomatie scientifique et de transformation structurelle ». Dans un environnement où les États cherchent à capter des ressources, des compétences et des investissements, le partenariat est conçu comme un levier de positionnement. Elle insiste sur la nécessité d’éviter les accords sans suite. L’exigence est posée en termes de résultats, avec des « livrables mesurables », une gouvernance clarifiée et une redevabilité assumée. Cette orientation traduit une inflexion vers une recherche plus directement connectée aux chaînes de valeur.

L’objectif implicite est de renforcer l’ingénierie locale, d’accompagner la formation de profils techniques et de favoriser le transfert de technologies. La présence de 2iE, institution panafricaine ancrée dans les domaines de l’eau et de l’environnement, est perçue comme un accélérateur de cette dynamique.

Le directeur général de l’institut souligne que ce partenariat consolide l’ancrage de 2iE au Cameroun. Il évoque un renforcement de l’encadrement institutionnel et scientifique en cohérence avec les priorités nationales. Une manière d’aligner les programmes de formation et de recherche sur les besoins des politiques publiques. En amont de la signature, un atelier technique a permis de baliser les contours de la mise en œuvre. Eddy Léonard Ngonkeu, chef de la division de la coopération scientifique et technique au ministère, en a restitué les conclusions.

 Les recommandations portent sur les mécanismes de suivi, l’opérationnalisation des projets et la coordination entre les acteurs. La séquence institutionnelle s’est achevée par des échanges protocolaires. Mais l’enjeu se situe ailleurs. L’accord est attendu sur sa capacité à produire des effets économiques tangibles, dans un contexte où la recherche est appelée à devenir un outil d’industrialisation et de souveraineté.

Réunions de printemps FMI–Banque mondiale 2026 : À Washington, le Cameroun rassure ses partenaires et promeut ses projets de développement

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La capitale fédérale américaine a servi de théâtre, du 13 au 18 avril 2026, aux Réunions de printemps du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale. Le Cameroun y était représenté par une délégation de premier plan : le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, et l’ambassadeur du Cameroun aux États-Unis, S.E. Henri Etoundi Essomba, accompagnés d’experts nationaux en finances et en économie ainsi que dautres hauts responsables de l’administration e charge de ́ dossiers financierset économiques.

DES PROJETS PHARES EN BONNE VOIE

 Louis Paul Motaze a pris part à la 53e réunion du Comité monétaire et financier international (CMFI), l’organe directeur du FMI. Sa présence à cette instance témoigne du rôle que joue le Cameroun au sein des mécanismes de gouvernance économique mondiale.

Devant les investisseurs et partenaires, il a exprimé sa « confiance dans la capacité du Cameroun à naviguer dans les incertitudes économiques mondiales en cours, soulignant la résilience de l’économie nationale » et a insisté sur la nécessité d’un effort soutenu, notamment grâce au soutien technique continu des partenaires internationaux.

Au cœur des discussions avec les institutions de Bretton Woods figuraient plusieurs initiatives structurantes pour l’avenir du Cameroun. Le corridor Douala–Bangui, épine dorsale des échanges commerciaux en Afrique centrale, a occupé une place de choix dans les échanges. La Banque mondiale envisage d’y contribuer à hauteur d’environ 350 millions de dollars américains, soit près de 210 milliards de FCFA, pour la modernisation de l’axe Douala–Yaoundé– Bonis.

Une mission de pré-évaluation conduite du 6 au 10 avril 2026 constitue une étape déterminante avant la présentation du dossier aux instances de l’institution en juin prochain. À Washington, le ministre Alamine Ousmane Mey a tenu à souligner l’impact économique majeur de ce projet sur la croissance et l’intégration régionale. Autre dossier de taille, le Compact national sur l’énergie, aligné sur le programme Mission 300 de la Banque mondiale, qui vise à étendre l’accès à l’électricité à travers l’Afrique.

Le Cameroun Water Compact et le programme AgriConnect figuraient également à l’ordre du jour, témoignant de la diversité et de l’ambition de l’agenda camerounais porté devant les partenaires multilatéraux.

MOTAZE : FINANCES PUBLIQUES, EMPLOI ET ANCRAGE RÉGIONAL

 En sa qualité de ministre des Finances, Louis Paul Motaze a joué un rôle central dans les consultations menées à Washington. Face aux investisseurs et aux représentants des institutions internationales, il a mis en avant les avancées du Cameroun en matière de gestion des finances publiques, de transparence de la dette et de stabilité macroéconomique, autant de chantiers menés dans le cadre du programme conclu avec le FMI et arrivé à son terme en juillet 2025.

Le ministre a exprimé une confiance affichée dans la capacité du pays à naviguer dans un environnement mondial incertain, tout en plaidant pour un partenariat renouvelé et mieux adapté aux priorités nationales du nouveau septennat. Louis Paul Motaze a notamment insisté sur la dimension régionale des discussions, rappelant que le Cameroun représente pratiquement la moitié des réserves et du PIB de la CEMAC, ce qui confère au pays un rôle pivot dans la stabilité financière de la sous-région.

Il a également plaidé pour un futur accord avec le FMI qui intègre les attentes sociales exprimées lors de la récente élection présidentielle : « Un futur programme devra tenir compte de la nécessité d’investir davantage pour créer des emplois, notamment pour les jeunes, et accélérer la réalisation des infrastructures », indiquait-t-il lors de précédentes discussions à Washington. Une position qui traduit la volonté du gouvernement d’articuler rigueur budgétaire et impératifs de développement humain.

STABILITÉ MACROÉCONOMIQUE RECONNUE, RÉFORMES ATTENDUES

Les institutions financières internationales n’ont pas manqué de saluer les efforts du pays. Le FMI a souligné que « l’économie camerounaise a fait preuve d’une résilience considérable ces dernières années, malgré une succession de chocs externes », tout en appelant à une accélération des réformes structurelles.

Le FMI prévoit une progression modérée de l’économie camerounaise en 2026, avec une croissance estimée à 3,3 %, après un ralentissement à 3,1 % en 2025 lié aux perturbations du contexte post-électoral. À moyen terme, les projections sont plus optimistes, avec une croissance attendue à 3,8 % en 2027 et à 4,6 % à l’horizon du plan, sous réserve d’une mise en œuvre rigoureuse des réformes engagées.

UN AGENDA MULTILATÉRAL DENSE

Au-delà des rendez-vous bilatéraux avec le FMI et la Banque mondiale, la délégation camerounaise a élargi son carnet d’adresses. Des échanges ont eu lieu avec des organismes régionaux, des investisseurs privés et des experts techniques, dans le but de consolider les partenariats existants et d’explorer de nouvelles pistes de financement — en particulier dans les domaines de l’énergie, de l’infrastructure et de la protection des populations vulnérables.

Alamine Ousmane Mey, qui préside les Groupes consultatifs africains (ACG) du FMI et du Groupe de la Banque mondiale, a mis à profit cette double casquette pour porter la voix du Cameroun et du continent dans les débats de fond sur le financement du développement.

 Au terme de cette semaine de diplomatie économique intense, la délégation est rentrée à Yaoundé avec des engagements renouvelés de ses partenaires et la conviction que les efforts de réforme du pays sont reconnus sur la scène internationale.

Engrais : l’urgence de produire localement face aux tensions extérieures

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Engrais camerounais

«Il serait souhaitable de prendre des mesures en vue d’assurer la disponibilité d’engrais, essentielle pour notre secteur agricole », indique le Ministère des Finances dans une récente note qui traite les impacts du conflit iranien sur l’économie camerounaise. Les tensions dans cette zone stratégique du commerce mondial, avec le blocus du détroit d’Ormuz par laquelle transitent pétrole, gaz naturel liquéfié et intrants agricoles, ont immédiatement renchéri les coûts du transport maritime et accru les risques sur les marchés de l’énergie.

Cette situation affecte directement le Cameroun, dont l’agriculture reste dépendante des importations d’engrais. Selon les dernières données publiées le 1er avril 2026 par l’Institut national de la statistique, le pays a importé 227 372 tonnes d’engrais en 2025 pour une facture de 65,2 milliards de FCFA, contre 225 343 tonnes et 62,2 milliards de FCFA en 2024.

Ce poste reste déterminant pour les rendements, la compétitivité des exploitations et les revenus agricoles. Sur la période 2020-2025, la valeur moyenne annuelle des importations s’établit à 56 milliards de FCFA.

Les dépenses ont atteint 66,5 milliards en 2022 puis 71 milliards en 2023, sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie liée à la crise ukrainienne. L’Arabie saoudite figure parmi les fournisseurs du Cameroun.

Le Moyen-Orient occupe d’ailleurs une place qui dépasse le seul marché de l’énergie. La région pèse aussi lourd dans l’industrie des engrais grâce à ses capacités gazières. Or le gaz naturel représente environ 70% du coût de production des engrais azotés, ce qui expose directement les prix à toute tension sur cette ressource.

UNE PREMIÈRE UNITÉ EN ACTIVITÉ À DOUALA

Face à cette dépendance, le Cameroun a commencé à bâtir une réponse industrielle. Le 7 mai 2025, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobé, a mis en service une unité de production d’engrais chimiques à Bonabéri, à Douala. L’infrastructure, réalisée par Hydrochem Cameroun, filiale du groupe Noutchogouin Jean Samuel, dispose d’une capacité de 120 000 tonnes par an, extensible à 150 000 tonnes.

Son coût n’a pas été rendu public. Selon le membre du gouvernement, cette unité devrait permettre au Cameroun de réduire de moitié ses importations annuelles, actuellement estimées à 300 000 tonnes.

L’INS précise pour sa part que le pays a dépensé 173,9 milliards de FCFA en importations d’engrais entre 2021 et 2023. En 2023 seulement, le Cameroun a importé 228 326 tonnes, en hausse de 76,2 %, pour une facture de 70,9 milliards de FCFA.

DES PROJETS ANNONCÉS, MAIS ENCORE SUSPENDUS À LEUR RÉALISATION

L’État affiche par ailleurs des ambitions plus larges. Le Document de programmation budgétaire et économique à moyen terme 2026-2028 fait apparaître un projet d’usine d’engrais chimiques estimé à 500 milliards de FCFA. Développée dans le cadre d’un partenariat public privé, cette unité devrait être lancée en 2028 puis mise en service en 2030.

Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique en assurera la maîtrise d’ouvrage. Ce projet rejoint, sur le principe et sur le montant, une annonce faite en 2024 par Fuh Calistus Gentry, ministre de l’Industrie par intérim.

Devant les députés, il avait évoqué un investissement de 500 milliards de FCFA porté par Vision Global et un partenaire américain pour la construction de deux usines à Limbé et à Yaoundé. L’objectif affiché portait sur une production annuelle de 230 000 tonnes d’ammoniac et 400 000 tonnes d’urée.

Le gaz, point de blocage majeur L’histoire industrielle des engrais au Cameroun montre cependant des lenteurs récurrentes. Depuis 2013, un préaccord commercial portant sur l’approvisionnement en gaz naturel d’une future usine à Limbé avait été signé entre la Société nationale des hydrocarbures, Ferrostaal et EurOil Limited. Mais les négociations ont stagné, freinant le projet. Son investissement est estimé à 1 250 milliards de FCFA pour une capacité annuelle de 600 000 tonnes d’ammoniac et 700 000 tonnes d’urée.

Au ministère de l’Économie, on explique que les discussions butent sur le prix du gaz, jugé non rentable, et que le dossier se trouve à la SNH. Fuh Calistus Gentry avait également cité, le 30 juin 2023 à l’Assemblée nationale, trois autres projets dans le secteur.

Deux d’entre eux concernent Vision Global, qui veut construire des usines d’engrais chimiques et organiques à Limbé et à Yaoundé avec un partenaire américain. L’entreprise prévoit d’y injecter environ 500 milliards de FCFA pour produire 230 000 tonnes d’ammoniac et 400 000 tonnes d’urée par an. Le gouvernement prépare aussi une usine à Douala.

Gaz du Cameroun, filiale locale du groupe britannique Victoria & Gas, exploitant les champs gaziers de Logbaba, a déjà donné son accord pour approvisionner cette future installation.

UNE URGENCE DEVENUE STRUCTURELLE

La crise d’Ormuz agit comme un test de résistance pour la politique agricole camerounaise. Elle montre que l’approvisionnement en engrais ne relève plus seulement d’une question de prix, mais d’un enjeu de sécurité économique. Tant que la production locale ne prendra pas une place plus importante, le pays restera exposé aux variations des marchés extérieurs, aux coûts du fret maritime et aux tensions géopolitiques qui renchérissent l’intrant au moment même où la productivité agricole en dépend le plus.

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