dimanche, mai 17, 2026
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Partenariats public-privé : L’Etat veut mobiliser 21 000 milliards FCFA pour financer 27 projets

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À l’ouverture de la table ronde des bailleurs, le cadre est fixé. Les projets sont identifiés, les outils de financement définis et les partenaires mobilisés. « Le Cameroun a identifié 27 projets structurants PPP dont 9 prioritaires couvrant le transport, l’énergie, l’agro-industrie, les ports et l’habitat », a indiqué Abdou Samb, président fondateur de FRS Consulting.

L’enjeu est désormais celui de la mobilisation effective des ressources. « Un portefeuille de 21 000 milliards de FCFA, environ 32 milliards d’euros, que nous allons nous atteler à lever pendant les trois prochaines années », précise-t-il, en traçant une trajectoire financière claire. Au-delà de l’affichage, l’objectif affiché est opérationnel. « Nous avons reçu le mandat d’organiser cette table ronde pour transformer des études en projets bancables et en prêts à l’investissement », poursuit Abdou Samb. Le ton se veut direct. A Yaoundé, « nous sommes là pour agir, finaliser les études, tester les modèles de financement PPP et surtout sécuriser des pré-engagements concrets », dit-il.

 Derrière l’affichage politique, l’enjeu est d’abord financier. Trouver, structurer et sécuriser des ressources massives dans un contexte où les marges budgétaires restent contraintes. À Yaoundé, autour du Ministre délégué auprès du Ministère de l’Economie et de l’Aménagement, Paul Tasong, qui présidait la rencontre du 28 avril dernier, l’architecture proposée repose sur un mix d’instruments. Le gouvernement assume une stratégie hybride. Elle combine prêts concessionnels, appuis budgétaires, investissements directs et mécanismes plus complexes de financement structuré. L’objectif reste constant. Mobiliser des capitaux sans alourdir de manière excessive la dette publique.

Le pari n’est pas neutre. Les 21 000 milliards de FCFA annoncés correspondent à un volume rarement observé dans la sous-région. Pour les autorités, il s’agit de déplacer le centre de gravité du financement des infrastructures. « Face à la raréfaction des ressources publiques immédiatement mobilisables, le PPP s’impose comme une voie incontournable », a rappelé Paul Tasong. Le modèle défendu repose sur une logique simple. L’État conserve un rôle d’arbitre et de garant, mais transfère une partie du financement et du risque au secteur privé. Concessions, montages de type BOT, contrats de performance à long terme. Ces instruments doivent permettre de lisser l’impact budgétaire tout en accélérant la réalisation des projets.

Dans les faits, l’équation reste fragile. La capacité d’absorption d’un tel volume de financements dépendra de plusieurs variables. La qualité des projets d’abord. Leur maturité technique et juridique ensuite. Leur capacité à générer des flux de revenus capables de rassurer les investisseurs enfin. « Chaque projet qui a été présenté a fait l’objet d’une analyse approfondie », assure Paul Tasong, qui insiste sur la nécessité de bâtir des montages « innovants et attractifs ».

Le processus enclenché suit une séquence précise. Une première phase d’exposition des projets et de mise en relation. Puis une plateforme digitale destinée à centraliser les informations et les manifestations d’intérêt. Enfin des discussions approfondies avec les bailleurs pour aboutir à des accords de financement. En amont, le travail de prospection a déjà commencé. Abdou Samb rappelle à cette effet, un roadshow international engagé depuis trois ans. Des rencontres ont eu lieu avec plusieurs institutions, parmi lesquelles la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore l’Agence française de développement. Des lettres d’intention ont été obtenues. Elles doivent maintenant se transformer en engagements fermes.

La crédibilité du dispositif repose aussi sur la perception extérieure du pays. Les promoteurs du programme mettent en avant des indicateurs jugés « encourageants » et une notation jugée satisfaisante auprès des bailleurs. Mais la compétition reste ouverte. D’autres économies africaines poursuivent des stratégies similaires pour capter les mêmes flux de capitaux. Dans ce contexte, la structuration des projets devient déterminante. L’enjeu dépasse la simple mobilisation des fonds. Il s’agit de produire des actifs réellement « bancables ». Autrement dit, capables de répondre aux exigences de rentabilité et de sécurité des investisseurs internationaux.

À plus long terme, cette stratégie s’inscrit dans la trajectoire de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Le gouvernement entend y faire du secteur privé un levier central de création de richesse. « Il ne s’agit pas d’un retrait de l’État, mais d’une redéfinition de sa fonction », insiste Paul Tasong. Reste un point de tension. La dépendance accrue aux financements extérieurs et aux investisseurs privés impose des exigences de transparence, de stabilité réglementaire et de gouvernance. Sans ces garanties, le coût du capital pourrait rapidement augmenter et fragiliser l’ensemble du dispositif.

La presse économique : Infrastructure oubliée du marché financier de la CEMAC

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Celestin GUELA SIMO, Directeur Général d’Afriland First Bank

Lorsqu’un investisseur international s’apprête à mobiliser plusieurs dizaines de millions d’euros dans la zone CEMAC, où trouve-t-il aujourd’hui une information économique fiable, structurée et contextualisée ? Trop souvent dans des dépêches produites hors de la sous-région. Rarement depuis Yaoundé, Douala, Libreville, N’Djamena, Brazzaville, Malabo ou Bangui. Ce constat révèle l’une des fragilités les moins discutées de notre architecture économique : la faiblesse relative de notre presse économique et financière.

Or une économie ne se développe pas seulement avec des capitaux, des routes, des banques, des matières premières ou des textes réglementaires. Elle se développe aussi avec de l’information fiable, accessible et intelligible. Une économie silencieuse, mal expliquée ou mal couverte est une économie qui avance dans le brouillard. C’est pourquoi la CEMAC a besoin d’une presse économique forte, crédible, indépendante, pédagogique et influente.

La presse économique est une infrastructure de marché

Dans les cercles de décision, on évoque volontiers les infrastructures nécessaires à un marché financier mature : système de paiement performant, centrale des risques crédible, dépositaire central, agences de notation, cadre prudentiel solide, régulateurs efficaces. On oublie pourtant une infrastructure essentielle : la presse économique professionnelle. Elle n’est pas un accessoire de communication.

Elle est un bien public qui conditionne la profondeur du marché, l’éducation des épargnants, la qualité du dialogue entre régulateurs et opérateurs, ainsi que la résilience face à la rumeur. Dans nos économies, une fausse nouvelle sur la solvabilité d’un établissement financier peut, en quarante-huit heures, déclencher un mouvement de panique aux conséquences systémiques. Une presse économique compétente, indépendante et bien dotée devient alors une véritable infrastructure prudentielle. Elle remplace la rumeur par la donnée, l’émotion par la compréhension et la défiance par la transparence.

 Un enjeu de souveraineté informationnelle et narrative

 La dimension panafricaine de cette question est non négociable. Aujourd’hui, le récit financier sur l’Afrique centrale est très largement écrit par des médias internationaux ou panafricains dont les centres de gravité éditoriaux sont souvent situés hors de la zone CEMAC. Ces médias sont respectables et utiles. Mais ils ne peuvent se substituer durablement à des rédactions enracinées dans nos réalités économiques, capables de comprendre les dynamiques locales, les contraintes réglementaires, les stratégies bancaires, les arbitrages publics, les attentes des PME et les signaux faibles du terrain. Si les banques africaines, les régulateurs, les investisseurs institutionnels et les acteurs du marché ne soutiennent pas l’émergence d’une presse économique forte à l’intérieur de la CEMAC, nous laissons à d’autres le soin de raconter notre transformation. Ce choix a un coût stratégique : moindre attractivité des capitaux, compréhension biaisée des opportunités, marginalisation dans les arbitrages internationaux et perte de souveraineté informationnelle.

Pourquoi les acteurs financiers doivent s’engager

 Les banques, les compagnies d’assurances, les établissements de microfinance, les sociétés de bourse, les fonds d’investissement, les fintechs, les institutions de régulation et les organisations professionnelles ne peuvent pas se plaindre de la faible culture économique du public tout en restant absents de l’espace médiatique. Ils ne peuvent pas regretter la propagation de fausses perceptions sur le crédit, l’épargne, la monnaie, les frais bancaires, les marchés financiers ou la réglementation, sans contribuer activement à l’éducation économique et financière des citoyens. S’engager auprès de la presse économique ne signifie pas acheter l’opinion.

Cela ne signifie pas transformer les médias en relais promotionnels. Cela signifie accepter un dialogue exigeant avec l’espace public : expliquer les métiers financiers, vulgariser les mécanismes économiques, partager des données utiles, soutenir la formation des journalistes spécialisés et participer à des débats de fond. La finance vit de confiance. Or la confiance ne naît pas du silence. Elle naît de la clarté, de la pédagogie, de la cohérence et de la redevabilité. Une population mieux informée devient une clientèle plus responsable ; des entrepreneurs mieux éclairés deviennent de meilleurs partenaires ; des décideurs mieux interpellés prennent de meilleures décisions.

Les trois risques à éviter dans le soutien à la presse

Faut-il pour autant soutenir indistinctement toute initiative qui s’auto-déclare presse économique ? Évidemment non. Les acteurs financiers doivent agir avec discernement, car trois écueils peuvent dévoyer des intentions louables. Le premier est le risque de capture. Une presse trop dépendante des annonceurs bancaires perd progressivement sa fonction critique et donc son utilité. Une presse domestiquée ne sert ni le marché, ni, paradoxalement, les institutions qui la financent.

L’appui doit donc être contractuel, transparent et jamais transactionnel sur la couverture rédactionnelle. Le deuxième est la dispersion sans critère. Tout titre qui s’affiche économique ne mérite pas le même soutien. Le critère discriminant doit être la qualité analytique : formation des journalistes, respect de la déontologie, capacité d’enquête, valeur ajoutée de l’analyse et distinction claire entre information, opinion et communication. Le troisième est la confusion des genres. Sponsoring d’événements, achat d’espaces publicitaires, partenariat éditorial, mécénat de formation et soutien institutionnel ne relèvent pas des mêmes logiques. Les confondre dilue l’efficacité de chacun et entretient des ambiguïtés de gouvernance que les comités d’audit ont raison de surveiller.

Trois leviers pour bâtir un écosystème de presse économique robuste

 Soutenir efficacement la presse économique suppose de dépasser le réflexe du chèque ponctuel. Il faut concevoir un écosystème durable, structuré autour de trois leviers complémentaires. Le premier levier est l’accès. Ouvrir aux journalistes économiques l’accès aux dirigeants, aux analystes et aux données sectorielles que les institutions produisent dans le respect strict des règles de confidentialité est sans doute le geste le plus utile et le moins coûteux. Une rédaction qui dispose d’interlocuteurs qualifiés produit une information infiniment supérieure à celle qui se nourrit de rumeurs.

Le deuxième levier est la formation. Les normes IFRS 9, la réglementation COBAC, les mécanismes du marché financier sous-régional, la lecture des comptes consolidés d’un groupe bancaire ou l’analyse des risques exigent une véritable spécialisation. Soutenir des séminaires, des bourses, des modules universitaires et des partenariats avec les écoles de journalisme élève durablement le niveau du débat public. Le troisième levier est l’incitation à l’excellence. L’institution d’un Prix du Journalisme Économique de la CEMAC, doté de manière significative et arbitré par un jury indépendant, permettrait de distinguer chaque année les meilleures enquêtes, analyses sectorielles et investigations économiques et financières. Une telle reconnaissance ferait probablement davantage pour la qualité de la presse économique que des années d’insertions publicitaires dispersées.

Un engagement cohérent avec la transformation de l’Afrique centrale

Pour Afriland First Bank, ces convictions ne sont pas théoriques. Elles s’inscrivent dans la cohérence de notre vision stratégique HORIZON 2030, qui fait de la transformation de l’Afrique centrale notre priorité et de l’écosystème africain notre cadre d’action. Présents dans les pays de la zone CEMAC et accompagnant plus des milliers de clients, nous savons d’expérience qu’il n’y aura ni marché financier profond sans presse économique forte, ni souveraineté économique sans souveraineté informationnelle et narrative.

Notre sponsoring de la Finance Week 2026 procède de cette conviction. Mais il doit ouvrir une dynamique plus large. J’appelle les autres acteurs majeurs du secteur financier de la zone : banques, marchés de capitaux, régulateurs, investisseurs institutionnels, assureurs et fintechs à inscrire le soutien à la presse économique professionnelle dans leur doctrine d’engagement institutionnel et à en faire un axe à part entière de leur responsabilité économique et sociétale.

La CEMAC mérite mieux qu’une narration d’emprunt

Dans les années à venir, la CEMAC devra relever des défis majeurs : diversification productive, financement des infrastructures, transition énergétique, transformation digitale, sécurité alimentaire, emploi des jeunes, intégration régionale, mobilisation de l’épargne locale et développement des marchés de capitaux.

Aucun de ces défis ne pourra être relevé durablement sans une opinion publique mieux informée, sans un débat économique plus mature et sans des médias capables d’éclairer, de questionner et d’accompagner la transformation de nos économies. La CEMAC n’a pas seulement besoin de plus de financement. Elle a besoin de plus de compréhension économique. Et cette compréhension passera nécessairement par une presse économique forte, respectée, indépendante et engagée dans l’intérêt général. La CEMAC mérite mieux qu’une narration d’emprunt. Elle mérite des plumes, des rédactions, des enquêtes et des analyses qui parlent depuis l’intérieur de sa propre transformation. À nous, acteurs financiers, de prendre notre part dans la construction de cette voix.

Par Célestin GUELA SIMO, Directeur Général d’Afriland First Bank

Le Cameroun et l’Allemagne scellent un nouvel accord de 58,4 milliards FCFA pour le cycle de financement 2025-2026

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Les discussions ont duré deux jours. Elles se sont ouvertes le 27 avril 2025 et se sont refermées le 28 avril 2026 par la signature du procès-verbal des négociations intergouvernementales entre le Cameroun et la République fédérale d’Allemagne. Au final, l’addition dépasse les 58,4 milliards de FCFA. Des financements majoritairement accordés sous forme de dons. Dans le détail, plus de 19 milliards de FCFA vont aux projets de coopération technique, tandis que près de 39,3 milliards de FCFA alimentent la coopération financière.

C’est le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, qui a conduit les travaux côté camerounais. En face, Philipp Knill, directeur Afrique II au ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, le BMZ, dirigeait la délégation allemande. Ensemble, ils ont arrêté les contours du cycle de financement 2025-2026, après avoir passé en revue les engagements des années précédentes.

Un portefeuille de 320 milliards de FCFA

L’enveloppe globale du partenariat bilatéral dépasse désormais 320 milliards de FCFA. Ce portefeuille se distingue par sa structure. Les ressources y sont majoritairement non remboursables, ce qui le démarque des financements classiques adossés à des prêts. Pour Alamine Ousmane Mey, le signal est sans ambiguïté. Cette progression, a-t-il déclaré, « témoigne de l’engagement renforcé de notre partenaire en faveur du développement économique et social du Cameroun ».

La nature des ressources mobilisées n’est pas un détail. En retenant des dons plutôt que des prêts, le gouvernement camerounais entend limiter son exposition à un endettement supplémentaire, tout en maintenant un niveau d’investissement public dans les secteurs qu’il juge prioritaires. L’argument s’inscrit dans une logique de soutenabilité budgétaire que les autorités défendent depuis plusieurs années.

36,7 milliards FCFA pour les ressources naturelles

Dans le détail de l’allocation sectorielle, la gestion durable des ressources naturelles absorbe la part la plus importante, soit 36,7 milliards FCFA répartis entre coopération financière et technique. Ce choix traduit à la fois les priorités climatiques des bailleurs européens et la volonté du Cameroun de valoriser son capital forestier dans le respect de ses engagements environnementaux.

Le reste des ressources irrigue d’autres segments. Le développement rural, la gouvernance locale et la cohésion sociale figurent dans la répartition retenue. Le système sanitaire bénéficie également d’un appui technique destiné à renforcer sa résilience.

La SND30 comme fil conducteur

Les deux parties ont cadré leurs discussions autour de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030. Cette feuille de route, que le Cameroun déploie pour articuler financement public, coopération internationale et participation du secteur privé, a servi de référence pour aligner les priorités allemandes sur les objectifs nationaux.

Les autorités camerounaises ont insisté sur plusieurs dossiers structurels. La transformation locale des ressources, notamment dans la filière bois pour générer davantage de valeur ajoutée, figurait dans les discussions. Les politiques d’import-substitution, destinées à réduire la dépendance extérieure et à améliorer la balance commerciale, ont également été évoquées. Sur le plan institutionnel, l’exécutif a annoncé des efforts de modernisation des procédures de passation des marchés publics, avec des outils visant à améliorer la transparence et la traçabilité.

Un partenariat en trajectoire ascendante

Le gouvernement camerounais met en avant la dynamique de long terme. Sur les dernières années, les engagements allemands ont suivi une courbe ascendante, ce que les autorités lisent comme un gage de crédibilité du partenariat bilatéral. Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une fragmentation économique, ce signe est présenté comme particulièrement positif.

L’enjeu immédiat reste toutefois opérationnel. Il s’agit de transformer ces engagements en projets concrets, exécutés, visibles et mesurables sur le terrain. À moyen terme, le Cameroun entend maintenir la trajectoire haussière des financements concessionnels et des dons, sans compromettre l’équilibre de ses finances publiques.

Fitch maintient le Cameroun à « B » et salue le rôle stabilisateur du poste de vice-président 

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Fitch Ratings a décidé de maintenir la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Cameroun à « B », tout en conservant une perspective négative. Dans son analyse, l’agence souligne que « la notation du Cameroun est soutenue par une croissance solide du PIB et un calendrier d’amortissement de la dette maîtrisable », tout en précisant que ces atouts restent « contrebalancés par un faible PIB par habitant, des indicateurs de gouvernance faibles et des défis sécuritaires persistants ».

Transition politique et gouvernance au cœur des risques

L’évolution du cadre institutionnel occupe une place centrale dans l’analyse de Fitch, notamment à la lumière de la réforme constitutionnelle d’avril 2026. Celle-ci introduit la fonction de vice-président, appelée à assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance à la tête de l’État. Dans ce contexte, l’agence estime que le risque d’une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s’est pas dissipé , en raison d’un environnement sociopolitique fragmenté et des incertitudes entourant la désignation du futur titulaire du poste.

«Fitch considère que le risque d’une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s’est pas dissipé, suite à la réforme constitutionnelle d’avril 2026 ayant créé le poste de vice-président. Cependant, on ne sait pas encore qui occupera ce rôle, et les risques persistent, compte tenu de l’environnement sociopolitique fragmenté. Le vice-président est désormais directement nommé par le président et remplace le titulaire en cas de vacance de la présidence (due à une démission, une destitution ou un décès) jusqu’à la fin du mandat de ce dernier. Auparavant, une vacance de la présidence aurait conduit à une nouvelle élection présidentielle, sans successeur clair au président (âgé de 93 ans) Biya», souligne l’agence 

Au-delà de cette dimension politique, la gouvernance économique demeure un point de fragilité. Fitch met en avant des progrès limités en matière de gestion des finances publiques. Le stock d’arriérés intérieurs a ainsi atteint 560 milliards de FCFA en 2025, soit 1,6 % du PIB, en légère hausse malgré les engagements budgétaires. L’agence précise qu’elle « ne prévoit pas de baisse du stock d’arriérés sur notre horizon de prévision », tout en évoquant la persistance de risques d’accumulation d’arriérés extérieurs non commerciaux.

Ces faiblesses se reflètent également dans les pratiques de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Fitch relève que les « interventions directes », assimilées à des activités quasi budgétaires, sont restées élevées et devraient se poursuivre en 2026, en dépit des engagements officiels visant à y mettre un terme.

Une trajectoire de dette favorable, mais sous contrainte de financement

Sur le plan macroéconomique, Fitch met en avant une dynamique de dette relativement favorable. L’encours de la dette publique est estimé à 41,2 % du PIB en 2025, contre 44,2 % un an plus tôt, avec une projection à 40,2 % à l’horizon 2027. L’agence souligne que « le niveau de la dette passera en dessous du chiffre d’avant la pandémie (…) et en dessous de la médiane “B” de 51 % du PIB », ce qui constitue un facteur de soutien à la notation.

Cette trajectoire repose sur une combinaison de croissance nominale soutenue et de déficits budgétaires contenus. Après un déficit estimé à 2,2 % du PIB en 2025, Fitch anticipe un repli à 1,6 % en 2026, puis 1,8 % en 2027, porté par un rebond des recettes non pétrolières et une stabilisation des dépenses publiques.

Toutefois, cette amélioration s’inscrit dans un contexte de contraintes de financement persistantes. Les besoins d’amortissement de la dette devraient dépasser 5 % du PIB sur la période 2026-2027. Fitch souligne que « la plupart des nouveaux financements nets proviendront d’emprunts extérieurs », dans un environnement où la capacité du marché régional de la CEMAC reste limitée. L’émission d’un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026, assorti d’un coupon de 8,875 % et largement sursouscrite, témoigne néanmoins d’un accès maintenu aux marchés internationaux.

Dans ce contexte, l’obtention d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international apparaît comme un élément clé de sécurisation du financement. Son absence constituerait, selon Fitch, un risque notable pour l’équilibre budgétaire.

Croissance résiliente, mais exposition aux chocs externes

Fitch projette une croissance du PIB réel de 3,7 % en moyenne sur 2026 et 2027, soutenue notamment par la production pétrolière, les investissements miniers et l’extension de l’accès à l’électricité. Cette dynamique reste toutefois exposée aux aléas du contexte international, en particulier aux tensions sur les marchés énergétiques.

Sur le plan extérieur, l’agence anticipe un creusement du déficit courant, attendu à 4,4 % du PIB sur la période 2026-2027, sous l’effet d’un recul des prix du cacao après des niveaux élevés en 2025. Les réserves de change de la CEMAC, proches de 12 milliards de dollars en février 2026, montrent néanmoins des signes de stabilisation après leur repli en 2025, ce qui atténue partiellement les vulnérabilités externes.

Les facteurs qui pèseront sur la prochaine décision

Fitch précise enfin les éléments susceptibles d’influencer l’évolution future de la note souveraine du Cameroun. Du côté des risques de dégradation, l’agence évoque notamment « des faiblesses persistantes de la gestion des finances publiques », susceptibles de se traduire par une nouvelle accumulation d’arriérés extérieurs ou des retards de paiement de la dette, ainsi que par des pressions accrues sur le financement budgétaire et extérieur. Une aggravation de l’instabilité politique ou des menaces sécuritaires figure également parmi les facteurs de risque, tout comme une perturbation significative de l’activité économique liée à un choc énergétique prolongé.

À l’inverse, une amélioration de la note passerait par des avancées concrètes en matière de discipline budgétaire et de gestion de trésorerie. Fitch indique qu’une « amélioration durable de la gestion des finances publiques », permettant de prévenir l’accumulation d’arriérés et de renforcer l’accès au financement extérieur, constituerait un signal positif. Un apaisement des incertitudes politiques, notamment autour de la succession présidentielle, ainsi qu’une réduction des risques liés à un choc énergétique externe, pourraient également soutenir un relèvement de la notation.

Fitch pousse le Cameroun vers un nouvel accord avec le FMI en 2026

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L’agence Fitch Ratings a maintenu la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Cameroun à « B », assortie d’une perspective négative. Dans son analyse, elle anticipe que la majeure partie des nouveaux financements nets proviendra d’emprunts extérieurs, qu’ils soient de sources commerciales ou officielles. Ces derniers devraient, en partie, s’inscrire dans le cadre d’un nouvel accord avec le FMI, dont Fitch table sur la conclusion en 2026.

Pour l’agence, malgré le succès de l’émission d’un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026, assorti d’un coupon de 8,875 % et largement sursouscrit, l’absence d’un programme formel avec le FMI constituerait un risque réel pour le plan de financement du pays.

« Nous attendons que la plupart des nouveaux financements nets proviennent d’emprunts extérieurs, en partie de sources commerciales et en partie de sources officielles dans le cadre d’un nouveau programme du FMI, dont nous supposons qu’il sera conclu en 2026. L’émission en janvier 2026 par le Cameroun d’une euro-obligation de 750 millions de dollars, avec un coupon de 8,875 %, sursouscrite, indique un accès continu aux marchés extérieurs, et les autorités prévoient une nouvelle émission plus tard en 2026. L’absence d’accord sur un programme du FMI constituerait un risque pour le plan de financement », indique Fitch.

Ce positionnement intervient dans un contexte de transition des relations entre le Cameroun et l’institution de Bretton Woods. Le précédent programme a pris fin en juillet 2025 et, depuis, les autorités camerounaises ont engagé des discussions en vue de la conclusion d’un nouvel accord. Cette démarche apparaît d’autant plus pressante que la conjoncture régionale se dégrade.

Lors du sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tenu à Brazzaville le 22 janvier 2026, les chefs d’État ont insisté sur la nécessité de maintenir des programmes avec le FMI. L’objectif est de contenir l’érosion des réserves de change, sous pression du fait de la baisse des recettes d’exportation et de la hausse des sorties de devises.

Dans ce contexte, les conclusions des consultations au titre de l’Article IV, publiées le 31 mars 2026 par le FMI, viennent conforter cette perspective. Ces consultations permettent à l’institution d’actualiser son diagnostic macroéconomique et d’évaluer la crédibilité des engagements budgétaires pris par les autorités. Sans constituer un engagement formel, elles préparent généralement le terrain à un programme appuyé par des financements.

Au-delà de la perspective d’un nouvel accord, la question de l’ampleur du soutien financier accordé au Cameroun par le FMI demeure préoccupante. Entre 2021 et 2025, le volume cumulé des décaissements, hors dernière revue attendue, s’établit autour de 500 milliards de francs CFA, selon les données disponibles.

Ce montant apparaît relativement modeste au regard d’autres programmes en Afrique subsaharienne. L’exemple de la Côte d’Ivoire illustre cet écart : en mars 2025, un accord conclu avec le FMI, couvrant plusieurs revues de programmes, devait déboucher sur des décaissements d’environ 4,8 milliards de dollars, soit plus de 2 700 milliards de francs CFA. Le FMI mettait alors en avant la solidité de la trajectoire économique ivoirienne, portée par une croissance attendue au-delà de 6 % en 2025, soutenue par l’agriculture, les hydrocarbures, les mines et les services, ainsi qu’une amélioration du solde extérieur.

À l’inverse, dans son appréciation du Cameroun à l’issue de la septième revue en janvier 2025, l’institution insistait davantage sur la nécessité d’accélérer les réformes et de résorber les retards dans l’exécution des investissements publics. Si les performances étaient jugées encourageantes, le diagnostic demeurait plus prudent.

Le Cameroun mise sur l’expertise marocaine pour lutter contre la pêche illégale

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Le Cameroun se tourne vers le Maroc pour renforcer ses capacités de surveillance et de contrôle des activités halieutiques. À Meknès, le 24 avril 2026, les deux pays ont scellé un accord-cadre de coopération qui place au premier plan le transfert d’expertise marocaine dans la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée.

Au cœur de cet accord figure un appui technique particulièrement attendu par Yaoundé, dans un domaine où les insuffisances de contrôle ont contribué à fragiliser les ressources et à exposer le pays à des sanctions internationales. Le ministre camerounais de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, Dr Taïga, l’a explicitement reconnu, affirmant que son pays pourra « s’inspirer de la grande expérience du Maroc en matière de surveillance pour lutter efficacement contre la pêche illicite ».

Un appui extérieur dans un contexte de réformes sous pression

Le recours à l’expertise marocaine intervient alors que le Cameroun a intensifié, entre 2024 et 2026, ses efforts pour encadrer le secteur. Le pays a adopté, en décembre 2024, une nouvelle loi sur la pêche et l’aquaculture, qui durcit les sanctions et renforce le contrôle des navires. Ce dispositif a été complété, en mars 2026, par un décret d’application destiné à rendre ces dispositions effectives.

Dans le même temps, Yaoundé a engagé des mesures en matière de transparence, notamment avec son adhésion, en avril 2025, à une initiative internationale relative à la publication des données des flottes, ainsi que la mise en ligne d’une liste officielle des opérateurs autorisés. Ces dispositifs visent à combler les failles exploitées par les navires illégaux, tout en protégeant un tissu de plus de 34 000 pêcheurs artisanaux exposés à une concurrence déloyale.

Ces réformes répondent à de fortes contraintes externes. Le Cameroun reste sous le coup d’un « carton rouge » infligé par l’Union européenne en 2023, interdisant l’accès de ses produits de la mer au marché européen. À cela s’ajoutent des pertes économiques estimées à environ 20 milliards de FCFA par an du fait de la pêche illicite, dans un pays qui continue d’importer massivement du poisson pour couvrir un déficit structurel.

Dans ce contexte, l’accord avec le Maroc apparaît comme un accélérateur des réformes engagées. Il devrait permettre d’en faciliter l’opérationnalisation grâce à un transfert de compétences et à un accompagnement technique ciblé. Le communiqué précise d’ailleurs qu’une commission mixte sera chargée du suivi et de l’évaluation des actions engagées, afin d’assurer une mise en œuvre effective des engagements.

Au-delà de la lutte contre la pêche illégale, l’accord signé avec Rabat formalise un ensemble d’axes prioritaires directement liés aux faiblesses identifiées dans le dispositif camerounais. Selon les autorités marocaines, ce partenariat « s’articule autour d’axes prioritaires tels que la formation, la recherche scientifique, le suivi des ressources, le développement de l’aquaculture durable, la valorisation des produits de la mer, ainsi que la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ».

Dans le détail, l’enjeu pour le Cameroun consiste à s’approprier des outils et des méthodes déjà éprouvés au Maroc, notamment en matière de contrôle des flottes, de suivi des captures et d’encadrement des activités industrielles.

La SNH choisit deux compagnies pour exploiter cinq blocs pétroliers

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La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a rendu publics les noms des compagnies retenues à l’issue d’un processus d’évaluation des offres déposées dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt lancé le 1er août 2025. Celui-ci portait sur neuf blocs libres répartis entre les bassins du Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo.

L’objectif était d’attirer de nouveaux opérateurs capables de relancer l’exploration et l’exploitation des ressources pétrolières. Cette procédure internationale vise, à terme, la conclusion de nouveaux contrats pétroliers avec l’État, couvrant aussi bien les phases de recherche que de développement et de mise en valeur des gisements.

À l’issue de ce processus, deux compagnies ont été retenues pour négocier l’exploitation de cinq des neuf blocs proposés. Il s’agit de Murphy West Africa Ltd et d’Octavia Energy Corporation Limited, selon un communiqué signé le 24 avril 2026 par Adolphe Moudiki, administrateur-directeur général de la SNH.

Le document précise que « les blocs mentionnés ci-dessous sont respectivement attribués aux soumissionnaires ci-après désignés, en vue de la négociation des contrats de partage de production y afférents ». Dans le détail, Octavia Energy Corporation Limited se voit attribuer le bloc Bolongo Exploration, tandis que Murphy West Africa Ltd décroche quatre permis : Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem.

Murphy renforce sa présence en Afrique de l’Ouest

Principal bénéficiaire de cette première phase, Murphy West Africa Ltd, filiale du groupe américain Murphy Oil Corporation, consolide sa position dans le golfe de Guinée. Coté à la Bourse de New York, cet acteur indépendant est historiquement spécialisé dans l’exploration offshore. Déjà présent en Guinée équatoriale et en Côte d’Ivoire, selon ses données publiques, le groupe confirme ainsi son intérêt pour les marges atlantiques africaines.

Avec l’attribution de quatre blocs, Murphy renforce son ancrage dans le bassin de Douala/Kribi-Campo, encore considéré comme sous-exploré malgré l’existence de découvertes gazières, notamment à Etinde. L’entreprise dispose d’une expertise reconnue dans le développement de projets offshore complexes, un atout dans un contexte où le Cameroun cherche à mobiliser des opérateurs capables d’investir dans des campagnes sismiques et des forages en eau peu profonde à intermédiaire.

Selon la SNH, cette sélection repose sur des critères techniques et financiers exigeants définis par le Code pétrolier de 2019 et ses textes d’application. Les candidats devaient notamment proposer un programme de travail incluant au moins un forage exploratoire, ainsi que des engagements en matière de contenu local et de formation.

Octavia Energy, un acteur plus discret

Aux côtés de cet opérateur international, la SNH a également retenu Octavia Energy Corporation Limited. Moins médiatisée à l’échelle internationale, cette société intervient dans l’exploration et la production avec une stratégie souvent orientée vers des actifs à fort potentiel nécessitant une remise en valeur. L’attribution du bloc Bolongo Exploration lui ouvre l’accès au bassin du Rio del Rey, une zone historiquement productive qui concentre une part importante de la production pétrolière camerounaise.

Ce choix pourrait traduire une volonté des autorités de diversifier le profil des opérateurs, en associant des compagnies de taille intermédiaire à des acteurs plus établis.

Ces attributions interviennent dans un contexte de contraction marquée des revenus pétroliers. Selon le Document de programmation économique et budgétaire 2026-2028 du ministère des Finances, les recettes ont reculé de plus de 21 % en 2024 pour s’établir à 688,7 milliards de FCFA, contre 877 milliards un an plus tôt. Cette évolution s’explique à la fois par un repli des prix et par une production inférieure aux prévisions.

Dans ce contexte, la stratégie de la SNH vise à attirer de nouveaux investissements afin de soutenir l’exploration et, à terme, stabiliser les volumes extraits. Le recours aux contrats de partage de production, confirmé dans le communiqué, permet à l’État de partager les risques tout en conservant une part des revenus futurs.

La phase qui s’ouvre désormais est celle des négociations contractuelles. Elle devra préciser les paramètres économiques et fiscaux des projets, ainsi que les engagements opérationnels des compagnies retenues. Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la seule attribution de permis : il s’agit de transformer ces annonces en investissements effectifs, dans un secteur où les délais entre exploration et production peuvent s’étendre sur plusieurs années.

Douala : 18,5 milliards de FCFA sur la table pour traiter les ordures collectées

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La Communauté urbaine de Douala (CUD) lance ainsi un appel d’offres international d’un montant de 18,5 milliards de FCFA en vue de recruter un prestataire chargé du traitement final des déchets ménagers collectés dans la ville. Il s’agit notamment des volumes pris en charge par Hysacam, l’un des principaux opérateurs en charge de la collecte des ordures à Douala, dans le cadre de ses contrats avec la municipalité. L’information est issue du dossier d’appel d’offres publié par la mairie.

Selon ce document, le futur titulaire du marché devra assurer « le traitement des déchets ménagers et assimilés collectés par les entreprises de collecte des ordures ménagères sous contrat avec la CUD, admis à la décharge de Nyalla PK 10 », ainsi que « le traitement des déchets ménagers et assimilés […] admis au centre d’enfouissement technique (CET) de Ngombè ». À ces flux s’ajoutent ceux provenant des communes d’arrondissement, de la régie municipale de propreté, ainsi que des opérateurs privés qui déversent des déchets sur ces différents sites.

Ce recentrage sur le traitement intervient dans un contexte où la collecte, bien que largement assurée par Hysacam, ne constitue qu’un maillon d’une chaîne encore incomplète. En effet, l’étape finale du traitement demeure largement insuffisante, voire quasi inexistante, accentuant la pression sur les sites de stockage.

Pour mémoire, la métropole de Douala produit entre 2 500 et près de 3 000 tonnes de déchets par jour, selon les estimations officielles. Les ordures ménagères représentent environ 70 % de ce volume, soit près de 1 900 tonnes quotidiennes. Le financement du marché sera assuré conjointement par les budgets de la Communauté urbaine de Douala et de l’État du Cameroun, pour les exercices 2026 et suivants, à travers une ligne budgétaire dédiée.

Le Cameroun obtient 10,8 milliards FCFA de l’UE pour répondre à l’urgence humanitaire

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L'Extrême-Nord a besoin de 95 milliards FCFA .

Le Cameroun va recevoir 10,8 milliards de FCFA de l’Union européenne pour soutenir les populations les plus vulnérables, selon une annonce de la Commission européenne rendue publique le 22 avril 2026. « Plus de 16,6 millions d’euros soutiendront l’alimentation, la santé et la nutrition, la protection, l’éducation en situations d’urgence, ainsi que l’eau, l’assainissement et l’hygiène, mais aussi les abris et les actions de préparation aux catastrophes, afin de répondre aux besoins des populations déplacées les plus vulnérables », précise l’Union européenne. L’institution ajoute que « près de 3 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire au Cameroun, dont 2,2 millions de personnes déplacées de force ».

Une pression humanitaire persistante dans l’Extrême-Nord

Cette mobilisation intervient dans un contexte de dégradation continue de la situation humanitaire, en particulier dans la région de l’Extrême-Nord. Le rapport de situation publié par OCHA pour la période de janvier à mars 2026 fait état de plus de 15 300 nouveaux déplacés dans les départements du Logone-et-Chari et du Mayo-Tsanaga. Le document souligne également qu’environ un million de personnes y sont en situation d’insécurité alimentaire sévère.

Sur le plan sanitaire, quinze districts sur trente-trois sont touchés par une épidémie de rougeole. Parallèlement, les sites de déplacés internes restent exposés à des incidents, avec cinq incendies recensés entre février et mars dans des localités telles que Kolofata, Mora et Gobo. Les données humanitaires font en outre apparaître une situation nutritionnelle préoccupante : plus de 200 000 enfants ont été dépistés, avec des taux de malnutrition aiguë sévère dépassant 20 % dans certaines zones, notamment à Bogo et dans l’arrondissement de Maroua III.

Malgré les interventions en cours, les réponses apportées demeurent insuffisantes au regard de l’ampleur des besoins. Près de 9 000 personnes ont ainsi reçu une assistance sanitaire à Minawao, incluant des soins de santé primaires, la vaccination et un appui en santé mentale. Dans le secteur éducatif, plus de 18 000 enfants bénéficient de cantines scolaires dans 32 établissements, tandis que plus de 1 000 élèves ont reçu des kits scolaires dans plusieurs localités. Ces actions s’inscrivent dans un contexte où 1,3 million de personnes sont identifiées comme ayant besoin d’aide en 2026, selon l’aperçu des besoins humanitaires.

Une enveloppe régionale dominée par le Tchad et le Nigeria

Au-delà du Cameroun, la Commission européenne mobilise environ 154,1 milliards de FCFA pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest et centrale. Le Tchad concentre la part la plus importante, avec plus de 47,2 milliards de FCFA destinés à la prise en charge des réfugiés soudanais et des retournés. Le pays fait face à l’arrivée de plus de 919 000 réfugiés depuis avril 2023, dont près de 39,9 milliards de FCFA spécifiquement orientés vers cette crise.

Le Nigeria bénéficie, pour sa part, d’environ 21,6 milliards de FCFA afin de faire face à une crise alimentaire et nutritionnelle décrite comme l’une des plus graves de ces dernières années. Près de 35 millions de personnes y ont besoin d’une assistance alimentaire d’urgence, dont 6,4 millions d’enfants en situation de malnutrition aiguë.

La République centrafricaine reçoit environ 14,4 milliards de FCFA pour financer des interventions multisectorielles, dans un contexte où 2,3 millions de personnes nécessitent une aide, dont près de 2,95 milliards de FCFA liés aux conséquences de la crise soudanaise.

En Mauritanie, près de 3,15 milliards de FCFA sont mobilisés pour soutenir les réfugiés maliens et les communautés hôtes, dans un pays où le nombre de réfugiés dépasse désormais 400 000 personnes. Enfin, un peu plus de 3,9 milliards de FCFA sont alloués aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo, où plus de 270 000 personnes sont déplacées.

Cameroun–Allemagne : 320 milliards FCFA pour améliorer la gouvernance et le climat

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Les discussions ouvertes le 27 avril et conclues ce 28 avril 2026 à Yaoundé par la signature du procès-verbal des négociations s’inscrivent dans un cadre désormais structuré entre les deux partenaires. Le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, et le directeur Afrique II du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), Philipp Knill, chef de la délégation allemande, ont fixé les contours de ces négociations, centrées sur l’évaluation des engagements passés et la définition des priorités du cycle 2025-2026. Examiner les engagements passés et fixer les priorités du cycle 2025-2026. Au cœur des échanges, un portefeuille estimé à plus de 320 milliards de FCFA. Des ressources majoritairement accordées sous forme de dons, ce qui distingue cet appui des financements classiques.

Dans son intervention, Alamine Ousmane Mey insiste sur la ventilation de ces financements. « Le développement rural, la gouvernance, la décentralisation, la paix et la cohésion sociale, la gestion durable des ressources naturelles, la santé […] sont les principaux secteurs bénéficiaires », déclare-t-il. Cette structuration traduit une concentration sur des secteurs à forte intensité institutionnelle et sociale, davantage que sur des investissements productifs immédiats.

Dans le cadre de cette coopération, le Cameroun et l’Allemagne orientent leurs interventions vers des secteurs jugés structurants pour le développement. Elle met notamment l’accent sur l’amélioration des services de santé, avec des programmes destinés à renforcer l’accès et la qualité des soins. Parallèlement, des investissements sont engagés dans la construction d’infrastructures, considérées comme un levier essentiel de croissance et de désenclavement. La coopération porte également sur le renforcement de la gouvernance publique, à travers des appuis institutionnels et des réformes visant à améliorer la transparence et l’efficacité de l’action publique. Enfin, les initiatives soutenues intègrent un objectif de création d’emplois, en lien avec le développement économique et l’appui au secteur productif.

Gouvernance, climat et décentralisation en tête des priorités

L’analyse sectorielle montre une prédominance des domaines liés à la transformation structurelle de l’État. Gouvernance publique, décentralisation et cohésion sociale occupent une place centrale dans l’allocation. Pour Berlin, ces choix relèvent d’une logique assumée. Philipp Knill évoque un partenariat multidimensionnel. « On travaille ensemble sur beaucoup de sujets. La protection des forêts, le développement rural, la paix et la cohésion sociale, la décentralisation », explique-t-il. La dimension environnementale s’impose également comme un pilier. La gestion durable des ressources naturelles, notamment forestières, s’inscrit dans les engagements climatiques internationaux et dans les dispositifs multilatéraux auxquels le Cameroun participe.

Dans le même registre, la santé apparaît comme un secteur en tension. Le responsable allemand évoque explicitement la réforme des mécanismes de financement. « On parle très ouvertement des défis dans le secteur de la santé, par exemple la réforme des chèques santé. Il faut la mettre pleinement en œuvre », affirme-t-il.

Une allocation alignée sur la SND30, mais peu orientée vers la production

Côté camerounais, cet agencement sectoriel s’inscrit dans la logique de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Le ministre de l’Économie rappelle que les interventions doivent « s’aligner sur les orientations prioritaires et stratégiques […] avec pour objectif la transformation structurelle de l’économie ». Dans les faits, l’essentiel des dons cible des fonctions de stabilisation et de régulation. Paix, gouvernance, décentralisation, climat.

Ce choix interroge la place accordée aux secteurs directement productifs. L’agriculture est présente à travers le développement rural, mais les investissements industriels ou infrastructurels restent en retrait dans cette architecture de financement. Berlin assume ce positionnement. L’amélioration du climat des affaires constitue un levier indirect. « Notre visite vise aussi à améliorer le climat d’affaires pour mieux travailler sur la coopération économique », indique Philipp Knill.

Le don comme instrument de politique économique

Le recours massif aux dons modifie la nature de la relation financière. Il allège la contrainte d’endettement pour Yaoundé tout en renforçant les exigences en matière de réformes. Le responsable allemand insiste sur ce point. « Il faut penser à la bonne gouvernance et faire des réformes pour vraiment avancer », déclare-t-il. De son côté, le gouvernement camerounais met en avant la dimension partenariale. Alamine Ousmane Mey souligne « l’importance du partenariat qui lie nos deux pays » et exprime la « gratitude du Cameroun […] pour le soutien constant apporté au développement du pays ».

Dans ce cadre, le portefeuille de dons apparaît moins comme un simple flux financier que comme un instrument structurant. Il oriente les politiques publiques, hiérarchise les priorités et redéfinit les marges de manœuvre de l’État.

Fabrice BELOKO

Réaction

Philipp Knill, directeur Afrique II du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ)

Philipp Knill, directeur Afrique II du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ)

« Nous travaillons pour la protection des forêts et le renforcement de la coopération économique »

« Nous sommes venus pour échanger avec le gouvernement du Cameroun sur le développement et la coopération au développement. Nous travaillons ensemble sur de nombreux sujets, notamment la protection des forêts et le développement rural durable. Nous collaborons également sur les questions de paix, de cohésion sociale et de décentralisation. Nous œuvrons aussi au renforcement de la coopération économique entre le Cameroun et l’Allemagne, mais également entre l’Afrique et l’Europe. Nous sommes ici pour multiplier les échanges avec le gouvernement ainsi qu’avec la société civile, au Cameroun comme en Allemagne. Il est essentiel de promouvoir la bonne gouvernance et de mettre en œuvre des réformes pour progresser. Nous voulons construire ce partenariat ensemble.

Nous félicitons la République du Cameroun pour la visite du pape Léon XIV et nous nous associons pleinement à son appel à la paix, à la sécurité, à la stabilité, au respect des droits humains et au travail collectif pour avancer. Notre visite vise également à améliorer le climat des affaires afin de renforcer la coopération économique. Nous discutons ouvertement des réformes nécessaires pour protéger les forêts et promouvoir un développement rural durable.

Nous abordons aussi les défis du secteur de la santé, notamment la réforme des chèques santé, qui est une réforme très importante et qui doit être pleinement mise en œuvre. Nous évoquons également les défis sécuritaires au Nord-ouest, Sud-ouest et à l’Extrême-nord du pays. Nous reconnaissons les efforts du Cameroun pour accueillir les réfugiés provenant d’autres pays. Il est essentiel de préserver la paix et d’engager un dialogue national, comme l’a recommandé le pape Léon XIV. »

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