Chaque jour, sans toujours en avoir conscience, des millions de camerounais confient leur santé et celle de leurs familles à des professionnels qu’ils rencontrent rarement: les vétérinaires. À l’abattoir, sur les marchés, dans les élevages, aux frontières ou dans les zones les plus reculées du pays, ils œuvrent discrètement pour prévenir les risques sanitaires, protéger les populations et garantir la qualité des aliments. Derrière chaque morceau de viande consommé sans danger, chaque verre de lait sain ou chaque marché approvisionné, se cache le travail rigoureux de ces sentinelles essentielles de la santé publique et de la sécurité alimentaire.
Pourtant, au Cameroun, le rôle des vétérinaires demeure largement méconnu. Trop souvent réduits à l’image de simples soignants d’animaux, ils exercent en réalité un métier désormais au carrefour de la santé publique, de la protection de l’environnement et de la sécurité alimentaire. Les vétérinaires sont aujourd’hui des acteurs clés des grands enjeux contemporains notamment l’approche Une seule santé (One Health), la sécurité sanitaire des aliments, le bien-être animal et l’éthique, la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, l’accès aux soins en milieu rural, l’adaptation aux changements climatiques et la préservation de la biodiversité. Dans un contexte de crises multidimensionnelles, sous-estimer leur rôle stratégique revient à fragiliser les fondements mêmes du développement durable.
Quand la santé animale conditionne la santé humaine
La santé humaine, animale et environnementale est intrinsèquement liée. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la majorité des maladies infectieuses humaines provient des animaux. Sur les 1 415 maladies infectieuses connues chez l’homme, près de 60 pourcents — soit environ 868 — sont d’origine zoonotique. Des maladies telles que la rage, la grippe aviaire, la brucellose, la tuberculose bovine ou encore Ebola en sont des illustrations frappantes.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que près de 75 pourcents des zoonoses émergentes trouvent leur origine dans la faune sauvage, et que trois maladies infectieuses émergentes sur quatre sont issues du monde animal. Ces chiffres rappellent avec force que la frontière entre santé animale et santé humaine est particulièrement ténue, notamment dans des contextes où la cohabitation entre populations humaines, animaux domestiques et faune sauvage est étroite.
Le vétérinaire est souvent le premier à détecter un signal d’alerte: un foyer inhabituel, une mortalité anormale, un comportement animal suspect. En intervenant à la source, il empêche la maladie de franchir la barrière des espèces. C’est tout le sens de l’approche «Une seule santé», que le Cameroun a progressivement intégrée dans son dispositif institutionnel. Aux côtés du gouvernement, la FAO Cameroun accompagne cette dynamique en participant au renforcement de la coordination entre les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale, afin de prévenir plutôt que de subir les crises sanitaires.
Sécurité alimentaire : la garantie commence avant l’assiette
L’élevage constitue un pilier de l’économie camerounaise et une source essentielle de protéines pour des millions de ménages. Mais une maladie animale peut rapidement se transformer en choc économique : perte brutale des revenus des éleveurs, diminution de l’offre alimentaire, hausse des prix et aggravation de la malnutrition, notamment chez les enfants.
Dans ce contexte, le rôle des vétérinaires est essentiel. Ils préviennent les épizooties, limitent les pertes, accompagnent les bonnes pratiques d’élevage durables et garantissent l’inspection sanitaire des produits d’origine animale. L’estampille vétérinaire n’est pas une formalité : elle est une promesse de sécurité, de confiance et de santé pour le consommateur.
Lorsque les contrôles sont insuffisants ou contournés, les risques sont immédiats : intoxications alimentaires, zoonoses, présence des résidus de médicaments dans les aliments et perte de confiance des consommateurs. La santé publique commence donc bien avant l’hôpital ; elle commence à l’étable, au marché et à l’abattoir.
Antibiorésistance : un combat silencieux pour l’avenir
L’usage inapproprié des antibiotiques en élevage constitue aujourd’hui l’une des menaces pour la santé mondiale. Résidus dans les aliments, bactéries résistantes, traitements humains de moins en moins efficaces : sans encadrement vétérinaire, les conséquences sont profondes et durables.
Au Cameroun, les vétérinaires sont en première ligne pour promouvoir la prévention plutôt que la surmédication: vaccination, biosécurité, usage raisonné des antimicrobiens, sensibilisation des éleveurs et lutte contre les circuits informels.
La FAO Cameroun soutient activement ces efforts, notamment à travers l’implémentation de l’approche One Health et l’appui aux politiques nationales de lutte contre la résistance aux antimicrobiens.
Investir dans les vétérinaires, investir dans la résilience
À l’occasion de la Journée internationale des vétérinaires 2026, le message est sans équivoque: les vétérinaires ne sont pas des acteurs périphériques du développement, mais des piliers de la santé publique, de la sécurité alimentaire et de la stabilité sociale. Aux côtés des autorités nationales et des partenaires, la FAO Cameroun accompagne le renforcement de leurs capacités, la professionnalisation des services vétérinaires et la promotion de la prévention comme choix stratégique.
Les protéger, les reconnaître et investir durablement dans leurs compétences, c’est protéger la vie humaine contre les zoonoses et les pandémies, garantir une alimentation saine et sûre pour tous, sécuriser les moyens de subsistance des éleveurs, renforcer la souveraineté alimentaire et préparer le Cameroun à affronter les crises de demain.
Par Dr Zéphyrin Fotso Kamnga, Responsable national One Health, FAO Cameroun







