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Colfini 2 : La CEMAC cherche les clés du financement structuré des projets d’infrastructures à Yaoundé

La deuxième édition du Colloque financier international (Colfini 2), tenue les 23 et 24 avril 2026 à Yaoundé, a réuni experts, décideurs et acteurs des marchés autour d'un diagnostic commun sur le financement des projets infrastructures au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac).

« Le déficit en infrastructures constitue un lourd handicap pour la mobilité, même pour le peu que nos économies produisent, qu’il s’agisse de la mobilité interne ou de la mobilité externe. Il suffit de voir ce qu’il en coûte à notre agriculture pour assurer l’approvisionnement des marchés intérieurs, d’autant que les difficultés de communication aggravent les pertes de récoltes, du fait des problèmes de conservation. » a déclaré le Pr Bruno Bekolo Ebe, président du comité scientifique du Colfini 2.

Une déclaration qui résume, mieux que n’importe quel indicateur, ce que coûte concrètement l’absence d’infrastructures aux économies des pays d’Afrique centrale. Le constat n’est pas nouveau. Mais le Colfini 2, placé sous le patronage du ministre des Finances, Louis Paul Motaze et présidé le 23 avril 2026 en son nom par Gilbert Didier Edoa, Secrétaire général du Minfi, entendait cette fois aller plus loin que le diagnostic. Le thème retenu pour ces deux jours de travaux — « Marché financier régional et ingénierie des financements structurés pour les projets d’infrastructures dans la CEMAC » — dit clairement où se situe le verrou. Ce n’est pas le manque de projets. Ce n’est pas non plus l’absence de liquidités dans la sous-région. C’est l’ingénierie qui fait défaut.

DES RESSOURCES DISPONIBLES, MAIS MAL MOBILISÉES

Le paradoxe saute aux yeux. La CEMAC dispose d’un marché financier régional structuré, de liquidités locales et d’une base d’investisseurs institutionnels et non institutionnels. Pourtant, les projets d’infrastructures — énergie, transport, eau, télécommunications, équipements publics — peinent à se concrétiser. Faute de montages financiers adaptés, faute de projets suffisamment bancables, faute de mécanismes capables d’allouer correctement les risques entre les parties prenantes. C’est précisément cet angle mort que la première édition du Colfini, en 2025, avait mis en lumière.

La deuxième édition se voulait donc une étape de passage à l’action. Paul Onono, Directeur général de Contacturer Capital SA et porte-parole des organisateurs, l’a dit sans détour lors de la cérémonie d’ouverture : cette rencontre doit permettre « de nouer des partenariats concrets afin de concrétiser les engagements des uns et des autres ». Gilbert Didier Edoa a formulé la même attente. Il a souhaité que des conférences plénières, panels d’experts, ateliers techniques et séances de réseautage qui ont structuré les deux jours de travaux fassent émerger « des idées concrètes et applicables qui permettront de mieux structurer les ressources à mobiliser pour les infrastructures ». Et que le marché financier régional « gagne en profondeur et en innovation ».

 UN MARCHÉ QUI PROGRESSE, MAIS RESTE INSUFFISANT

Sur l’état du marché financier sousrégional, Adolphe Noah Ndongo, Directeur général de la Caisse autonome d’amortissement, a livré une analyse à la fois honnête et préoccupante. « Au cours des dernières années, le marché financier de la CEMAC a montré des signes d’amélioration avec des avancées notables dans certains segments, notamment dans le cadre des émissions souveraines », a-t-il reconnu.

De nouveaux acteurs ont émergé, de nouveaux instruments ont été introduits, et le marché a « progressivement fourni aux États une liquidité croissante, permettant de financer des projets d’investissement structurants, mais également de répondre à leurs besoins de trésorerie ». Mais ce tableau encourageant a une face sombre. La pression croissante des besoins de financement publics a engendré un renchérissement du coût de l’argent, sans allongement des maturités. Or c’est précisément là que le bât blesse pour les infrastructures. « Les maturités offertes, généralement comprises entre 3 et 5 ans, restent insuffisantes pour accompagner des investissements publics dont les retours s’inscrivent sur des horizons beaucoup plus longs », a souligné Adolphe Noah Ndongo.

 Résultat mécanique : une bonne partie des ressources levées sur le marché sert à refinancer la dette existante, et non à financer de nouveaux projets productifs ou sociaux. « Une telle dynamique n’est pas soutenable à long terme, ni pour les États, ni pour le secteur privé, qui fait face aux mêmes contraintes de coût et de maturité, impactant sa compétitivité », a-t-il averti.

L’INGÉNIERIE FINANCIÈRE, PARENT PAUVRE DE LA CEMAC

Derrière ces contraintes de maturité et de coût se cache un problème plus profond. Les États de la CEMAC restent largement dépendants des instruments classiques — bons et obligations du Trésor — pour financer leurs besoins. Ces outils, conçus pour des horizons courts, ne correspondent pas à la nature des projets d’infrastructures, dont les retours économiques se déploient sur quinze, vingt ou trente ans. Les mécanismes alternatifs existent pourtant. Les partenariats public-privé permettent de partager les risques et de mobiliser des capitaux privés sur le long terme. La titrisation peut transformer des actifs illiquides en instruments négociables. Le blended finance — combinaison de financements publics, concessionnels et privés — permet d’abaisser le profil de risque d’un projet pour attirer des investisseurs institutionnels.

Mais ces outils supposent une expertise technique, des cadres réglementaires adaptés et des équipes capables de monter des dossiers bancables. C’est là que la sous-région accuse son retard. La première édition du Colfini avait d’ailleurs formulé une recommandation claire en ce sens, appelant à diversifier les sources de financement pour « réduire la dépendance excessive à l’égard des créanciers traditionnels » et à explorer des « mécanismes de financement innovants, mieux adaptés aux réalités économiques et institutionnelles des pays de la sous-région ».

METTRE LA FINANCE AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT

Pour Adolphe Noah Ndongo, l’enjeu de ce colloque dépasse la technique financière. Il touche à la trajectoire de développement de toute la sousrégion. « Aucune économie n’a atteint un niveau de développement avancé sans s’appuyer sur un marché financier profond, liquide et structuré au service de la croissance », a-t-il rappelé. L’objectif n’est pas seulement de répondre aux besoins de financement des États, ce que le marché fait déjà partiellement. C’est de faire du marché financier sous-régional « un véritable levier de transformation économique, en adéquation avec les contraintes et les ambitions de nos économies ». Le Colfini 2 s’est fixé des résultats précis. Une compréhension approfondie des problématiques financières de la zone CEMAC.

Des recommandations concrètes pour résoudre les difficultés de financement des infrastructures des États membres. Et une valorisation des expertises locales, trop souvent tenues à l’écart des grands montages financiers au profit d’acteurs extérieurs. Sur ce dernier point, le message des organisateurs est net. La sous-région dispose de compétences. Ce qui lui manque, c’est un cadre pour les mobiliser et les mettre au service de projets structurants. C’est, en définitive, tout ce que ce colloque cherchait à construire.

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