AccueilPolitique & SociétéLESSIVE, VAISSELLE, BALAYAGE, NETTOYAGE… Ces petits métiers qui font survivre à Yaoundé

LESSIVE, VAISSELLE, BALAYAGE, NETTOYAGE… Ces petits métiers qui font survivre à Yaoundé

Dans plusieurs quartiers de Yaoundé, des hommes et des femmes vont de maison en maison pour proposer leurs services : lessive, vaisselle, balayage, nettoyage ou entretien de la cour. Des petits métiers précaires, exercés au jour le jour, qui permettent à certains de subvenir tant bien que mal aux besoins de leurs familles. Derrière quelques milliers de francs gagnés dans la journée se cachent souvent des histoires de chômage, de charges familiales et de débrouillardise.

À Messassi, dans le troisième arrondissement de Yaoundé, frapper à une porte peut parfois être synonyme d’espoir. Pour Adja Maïmouna, chaque maison représente une possibilité de repartir avec quelques milliers de francs. Depuis deux ans et demi, cette mère de trois enfants parcourt son quartier à la recherche de ménages qui accepteraient ses services. « Il faut vraiment que je fasse quelque chose », explique-t-elle en substance. Une nécessité plus qu’un choix.

FRAPPER AUX PORTES POUR TROUVER DU TRAVAIL

Adja Maïmouna ne possède pas de local, ne dispose d’aucun contrat et ne sait pas à l’avance combien elle gagnera dans la journée. Son activité consiste à se rendre chez les voisins et à proposer ses services. Lessive, vaisselle, balayage, nettoyage du sol : elle accepte les tâches qui lui sont confiées. Lorsqu’un ménage accepte, elle travaille, puis repart à la recherche d’un autre client.

Dans une bonne journée, elle peut intervenir dans trois maisons. Une prestation peut durer environ une heure lorsque le travail est limité, mais jusqu’à trois heures lorsque les tâches sont plus importantes. Ses tarifs varient selon la quantité de travail. Pour la lessive notamment, ils peuvent aller de 500 à 1 500 FCFA. À la fin d’une journée favorable, elle peut gagner entre 5 000 et 6 500 FCFA. Des sommes modestes, mais essentielles pour cette mère qui tente de faire face aux dépenses du foyer.

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DES REVENUS QUI SERVENT À TENIR JUSQU’AU LENDEMAIN

Pour Adja Maïmouna, chaque journée travaillée compte. Une recette de 5 000 FCFA permet de contribuer à l’alimentation de la famille et aux besoins de ses enfants. Avec son mari, qui travaille lui aussi sur des chantiers, le couple tente de joindre les deux bouts, alors que la famille vit dans un chantier qu’elle garde.

Mais les journées ne se ressemblent pas. Il arrive qu’Adja Maïmouna rentre sans avoir trouvé de client. Une journée sans travail signifie alors une rentrée d’argent en moins et davantage de difficultés pour le ménage. La négociation des tarifs fait également partie du quotidien. Certains clients discutent les prix, jusqu’à proposer des sommes qu’elle juge insuffisantes. Pourtant, elle accepte souvent. « Elle n’a pas le choix », résume son témoignage.

ENTRE BESOIN DE MAIN-D’ŒUVRE ET BESOIN DE REVENUS

Si certains proposent leurs services pour survivre, les ménages qui les accueillent ont eux aussi leurs raisons. Ngono Marie, mère de deux enfants et active professionnellement, fait appel à ces travailleurs depuis environ quatre mois. Son emploi lui laisse peu de temps pour s’occuper de toutes les tâches domestiques. Elle préfère donc confier la lessive et le ménage à une personne disponible.

Pour Noumbissi Joël, la situation est différente. Veuve et âgée, elle vit seule, tandis que ses enfants résident hors du pays. Depuis deux ans, elle fait recours à ces services pour l’aider dans les tâches quotidiennes qu’elle ne peut plus toujours effectuer seule. Lessive, vaisselle, ménage et balayage de la cour : elle débourse environ 5 000 FCFA pour la prestation. Ainsi, derrière cette activité se trouvent deux nécessités qui se rencontrent : celle des ménages qui recherchent du temps ou de l’aide et celle de personnes qui cherchent quelques revenus pour vivre.

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UN TRAVAIL SANS GARANTIE

Pour les personnes qui exercent cette activité, la principale difficulté reste l’irrégularité des revenus. Il n’y a ni salaire fixe, ni contrat, ni garantie de travailler chaque jour. Adja Maïmouna ne considère d’ailleurs pas son activité comme un véritable emploi. Pour elle, il s’agit surtout d’un moyen de sortir du chômage et de gagner quelque chose lorsque l’occasion se présente.

Le regard des autres pèse également. Elle raconte avoir été plusieurs fois rejetée après avoir frappé à une porte pour proposer ses services. Dans certaines maisons, elle dit aussi avoir été confrontée au manque de considération ou à des rémunérations qu’elle estime insuffisantes. À l’inverse, certaines rencontres sont plus humaines. Des clients peuvent lui donner davantage que le montant demandé ou même lui offrir à manger. Des gestes qui, au-delà de l’argent, lui donnent le sentiment que son effort est reconnu.

LE RESPECT, UNE AUTRE FORME DE RÉMUNÉRATION

Pour Adja Maïmouna, ce qu’elle réclame surtout aux clients, c’est du respect. Elle sait que son activité est modeste et qu’elle ne correspond pas à ce qu’elle aurait rêvé de faire. N’ayant pas été scolarisée, elle explique qu’elle aurait aimé étudier le droit et défendre les personnes confrontées à la justice. Aujourd’hui, son ambition est ailleurs : permettre à ses enfants d’aller à l’école et de réussir là où elle n’a pas pu poursuivre ses études. Elle rêve de les voir devenir de grands professionnels, notamment des avocats.

Du côté des ménages, les attentes sont également précises. Ngono Marie estime que les personnes engagées doivent être propres, sérieuses, discrètes et respectueuses des biens de la maison. La confiance, elle, se construit progressivement.

ENTRE EMPLOI ET DÉBROUILLARDISE

Le statut de cette activité divise même les clients. Pour Noumbissi Joël, le fait de travailler dans plusieurs maisons et d’en tirer des revenus suffit à considérer cette activité comme un emploi. Pour Ngono Marie, il s’agit plutôt d’une activité permettant à des personnes de sortir du chômage.

À Messassi, comme dans d’autres quartiers de Yaoundé, les coups frappés aux portes ne sont donc pas seulement des demandes de services. Ils sont parfois ceux des personnes qui cherchent une chance de travailler, même pour quelques milliers de francs. Pour Adja Maïmouna, chaque maison ouverte est une journée qui peut être sauvée. Et derrière cette course quotidienne, un souhait demeure : que ses enfants puissent un jour avoir les possibilités qu’elle-même n’a pas eues.

Par Yvana TELEZING
Défis Actuels du 24/08/2026

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