samedi, juin 13, 2026
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Zones anglophones : de la crise politique au désastre social et économique

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C’est un désastre pour l’économie camerounaise. Du fait de la crise sociopolitique qui secoue les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest depuis plus de deux ans, les indicateurs économiques de l’Etat sont en chute libre. Un rapport du Groupement Inter-Patronal du Cameroun (Gicam) sur la situation révèle que le Trésor camerounais a déjà perdu plus de 6 milliards de francs CFA en termes de recettes fiscales pour l’Etat au titre de l’acompte de l’impôt sur les sociétés. Le manque à gagner en termes de chiffres d’affaires pour les entreprises pouvant dépasser les 270 milliards de francs CFA. D’ailleurs, sur 1 511 entreprises créées dans ces deux régions depuis 2011, rares sont celles qui résistent au vent de la crise. Alors qu’on recense déjà à près de 6 500 emplois perdus sur les sites agroindustriels en arrêt de production.

Les régions anglophones concentrent pourtant une part importante des activités agricoles du Cameroun (café, thé, cacao, palmiers à huile, plantain etc.). Le Nord-Ouest représente environ 70% de la production nationale du café arabica, tandis que le Sud-Ouest fournit 45 % du cacao camerounais.

Le problème ? Le climat délétère qui règne dans ces deux régions met à mal aussi bien la production que la collecte, le commerce et le transport des produits. La crise impacte négativement les exportations de cacao [génératrices de devises, Ndlr.] et par conséquent la balance des paiements. Il y a longtemps que le Sud-Ouest a perdu sa place de leader dans la production nationale de cacao au bénéfice de la région du Centre, passant de 45,45 % des ventes nationales de cacao à 32 %, soit une perte de 43000 tonnes sur la campagne 2017/2018. La perte financière qui en découle est de l’ordre de 56 milliards de francs CFA en valeur de recettes d’exportation (rapatriement de devises), dont 35 milliards de francs CFA de recettes des agriculteurs du Sud-Ouest en considérant les cours du cacao sur le marché mondial. Cette perte devrait avoir connu une hausse à la fin du premier trimestre de cette année 2019.

CDC : 35 milliards de francs CFA de pertes

A Buea, la Cameroon Development Corporation (CDC), le deuxième employeur du pays après l’Etat, est à l’agonie. Seuls 7 sites sur 29 sont encore fonctionnels. La Direction de l’entreprise évalue les pertes à près de 35 milliards de francs CFA. En possession de terres réputées pour leur fertilité, la CDC compte aujourd’hui 40 000 hectares de plantations d’hévéa, de palmiers à huiles et de bananeraies à l’abandon. Sur le site, l’usine où étaient empaquetés chaque jour 70 tonnes de bananes destinées à l’exportation est partie en fumée, brûlée par les sécessionnistes.

A l’instar de cette unité de production, 63 % des activités de la CDC sont à l’arrêt. Une bonne partie des 22 000 employés a déserté les plantations, menacé par des séparatistes qui leur reprochent de travailler pour « la République ». Or, à mesure que la crise s’enlise, les dommages ne cessent de s’aggraver avec leurs lots de souffrance. « Nous avons enduré des pertes financières énormes, confie Franklin Ngoni Njie, directeur général de la CDC au micro de France 24 Télévision. Pour donner une estimation très prudente du manque à gagner, on parle de 53 millions d’euros au bas mot. Alors même si la sécurité revient, cette entreprise a besoin d’au moins 46 millions d’euros pour survivre. Si nous n’avons pas accès à ces financements, nous ne pourrons continuer nos opérations ».

Le retour à la sécurité et au calme étant la première solution aux problèmes. Chose qui tarde à être implémenter face à la résistance des sécessionnistes. C’est en effet en novembre 2016 que tout commence avec un mouvement d’humeur mené par des enseignants et des avocats anglophones. Se disant comme marginalisés, ils réclamaient un meilleur traitement, au même titre que leurs confrères francophones. Leurs revendications ont été jugées légitimes, non seulement par les organisations de la société civile, mais également par les pouvoirs publics, qui ont répondu favorablement à la majeure partie de leurs doléances.

La situation semblait donc sous contrôle jusqu’à ce qu’une autre vague de protestataires, manipulés par une poignée de ressortissants anglophones résidant en Occident, voie le jour dans ces deux régions. Les leaders ont affiché leurs ambitions : la séparation des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du reste du pays. Alors que d’autres sont plutôt favorables au dialogue pour un retour au fédéralisme. Deux options que le président Paul Biya n’est pas prêt d’accepter.

Crise anglophone: plus de 40 milliards de perte pour les entreprises brassicoles

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Plus de 40 milliards de perte pour les entreprises brassicoles.

Les entreprises brassicoles, industries meunières, industries laitières, dont les unités de production sont installées hors des régions du Sud-ouest et du Nord-ouest sont également impactées par la crise. Le climat d’insécurité a conduit au retrait des représentations commerciales et même à une impossible couverture de plusieurs zones de ces Régions. Plusieurs entreprises ont été contraintes au démantèlement des infrastructures logistiques et de commercialisation lorsque celles-ci ont échappé aux vandalismes et destructions. De manière détaillée, les entreprises de fabrication des boissons observent notamment des pertes de chiffres d’affaires allant jusqu’à 40 milliards de francs CFA. Les actes de vol et de vandalismes ont déjà coûté à ces dernières plus de 500 millions de francs CFA en pertes matériels sans compter les sommes déboursées par leurs employés pour échapper aux rackets et autres menaces. Les industries meunières, bien que n’ayant pas minoterie installée dans ces régions voient également leurs activités souffrir de ce climat d’insécurité. Des camions de livraison leur appartenant ou à des tiers travaillant directement ou indirectement pour leur compte ont été incendiés. Les livraisons auprès des clients ont baissé, même si l’intensité diffère d’une entreprise à une autre. Elles vont notamment de 5 % à 40 % pour les entreprises les plus impactées. Le manque à gagner pour l’ensemble de la filière pourrait ainsi avoisiner 4,9 milliards francs CFA. Les entreprises ont notamment perdu le contact avec des clients boulangers et autres grossistes, le nombre de livraison a chuté, drastiquement dans certains cas. Des licenciements pouvant atteindre 15 % des effectifs sont en étude si la situation perdure. Dans le secteur des services à l’agriculture, à savoir la distribution des produits phytosanitaires, machinisme agricole, conseil agricole, commercialisation,) s’en trouvent impactés. Le document du Gicam indique que pour la distribution des produits phytosanitaires en particulier, la chute des activités atteint 60 % des ventes en raison notamment des difficultés que rencontrent aussi bien les agro-industries que les petits producteurs de ces régions qui ont dû déguerpir les champs pour se réfugier dans les villes ou ailleurs.

Junior Matock (Défis Actuels)

Crise anglophone: CDC, Pamol et les entreprises brassicoles paient le prix fort

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CDC, Pamol et les entreprises brassicoles paient le prix fort.

«Me faire parler des effets de la crise anglophone, c’est comme si vous me demandiez de retourner le couteau dans la plaie. Je vis aujourd’hui à la solde des amis et autres membres de ma famille. Du fait de la persistance des menaces proférées par des sécessionnistes, il m’est très difficile de me rendre au travail. Du coup, je suis sans salaire et sans aucune autre ressources financière ». Ainsi s’exprimait, d’une voix à peine audible, le 29 mars dernier, Martins B, employé au chômage de la Cameroon Development Corporation (CDC). Depuis sa résidence située dans la localité de Muea, à quelques kilomètres du chef-lieu de la région du SudOuest, Buea, il dit tirer désormais le diable par la queue. « Je ne peux non plus prendre soin de ma progéniture étant donné que les amba boys ont fait main basse sur mes plantations ». Martins fait donc partie de la liste des employés de cette entreprise deuxième employeur du pays après l’Etat, dont la vie est semblable à un tronc de bananier desséché.

CDC : 30 milliards pour relancer les opérations

Dans un entretien réalisé par une chaîne internationale et diffusé le 27 mars dernier, l’on apprend que 40 000 hectares de bananeraies sont abandonnés, seulement 7 sites sur 29 fonctionnent et de nombreuses usines d’emballage de bananes ont été mises à feu par les groupes sécessionnistes. Selon le directeur général de la CDC, Franklin Ngoni Njie, les pertes de l’entreprise se chiffrent à 35 milliards de francs CFA. Parce que 63 % des activités de la société sont à l’arrêt. Bien plus, la société spécialisée dans la production de la banane a un besoin urgent de 30 milliards de francs CFA pour relancer ses opérations, d’après Franklin Ngoni Njie. En outre, dans un rapport publié par le Groupement Inter patronal du Cameroun en juillet 2018, il était indiqué que la CDC a besoin des ressources urgentes pour entre autres : « payer des factures de fournisseurs afin de rétablir la confiance et reprendre les livraisons de matières premières / pièces de rechange nécessaires à la production ; remplacer les équipements de production détruits ; réhabiliter les plantations et amortir la dette sociale de l’entreprise ». Par ailleurs, une évaluation sommaire des pertes enregistrées chiffre les pertes de productions de banane, huile de palme et de caoutchouc à 9,2 milliards de francs CFA, un manque à gagner en chiffres d’affaires de 11,4 milliards de francs CFA. Les pertes en termes d’équipements volés/ détruits, rançons, vols, s’élèvent à 1,031 milliard de francs CFA, selon le rapport du Gicam. Cependant, des experts expliquent que ces données ont été largement dépassés à de nos jours, et même si aucun d’eux n’ose avancer un chiffre précis. A cela il faut ajouter les nombreux traumatismes et pressions morales et physiques subis par les employés de cette entreprise. De sources dignes de foi, on dénombre en moyenne 50 travailleurs grièvement blessés à la CDC par les séparatistes.

La Pamol, un milliard toujours attendu de l’Etat

Du côté de la Pamol, autre fleuron de l’agro-industrie basée dans la région du Sud-ouest, spécialisée dans la production d’huile de palme, les dégâts ne sont pas moins importants. A tel point que lors du lancement du cinquième emprunt obligataire, l’Etat avait prévu voler au secours de la Pamol à concurrence d’un milliard de francs CFA. Mais à date, aucune information ne filtre sur le sujet. Cette ressource devait permettre à l’entreprise de rénover ses équipements et appareils de production. Et pourtant, le document du Gicam précise à cet effet que « de nombreuses entreprises fournisseurs des agro industries tels que Pamol, pâtissent de la détresse de cette dernière. Les créances s’accumulent et aucune commande n’est plus enregistrée. De nombreux stocks de produits courent vers les dates limites de péremption, faute d’autres débouchés ».

Junior Matock (Défis Actuels)

Crise économique : L’application des directives Cemac inquiète le Fmi

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Le Fonds Monétaire International (FMI) vient de produire un rapport sur la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (Cemac). Dans ce document, l’institution révèle que des inquiétudes en rapport avec l’application des directives Cemac par tous les Etats membres. Le FMI souligne par exemple que « la publication intégrale et transparente de tous les contrats portant sur le secteur minier extractif est très aléatoire », et que « la participation de la société civile au processus budgétaire est faible », ajouté au fait qu’il « y a pas publication des budgets à moyen terme ». Selon l’institution de Bretton Woods, cela a comme incidences « l’absence de responsabilité dans le domaine de la signature des contrats par l’Etat ou par les entreprises publiques, avec les entreprises privées dans le secteur extractif ». En ce qui concerne la publication des contrats portant sur le secteur minier, le rapport du FMI précise que cela peut avoir comme incident la difficulté « des institutions nationales et régionales à évaluer l’effet des dérogations accordées aux industries extractives sur la base d’imposition et les flux d’entrée de devises prévues ».

Bien plus, l’organisation que dirige Christine Lagarde dénonce également le fait qu’il ne soit rarement mentionné dans la loi de finances, les opérations concernant les entreprises publiques. Selon le FMI, l’effet pervers qui pourrait s’en suivre est que « la loi de finances ne permet pas d’évaluer clairement les opérations des entreprises publiques qui constituent dans certains cas, une importante source de devises ». Par ailleurs, le FMI déplore le fait que la liste des exonérations fiscales ne figure pas dans la loi de finances et elles sont souvent maintenues pendant des années, sans justification. La conséquence qui peut en découler « cela compromet le contrôle public et législatif des flux anticipés vers l’Etat central ». De même, martèle ce rapport, on note une « présentation et une couverture inappropriée des budgets annexes et des comptes spéciaux dans la loi de finances ». Du coup, l’effet induit est que « l’évaluation des exonérations n’est pas aisée, ce qui peut-être propice à des exonérations fiscales injustifiées et même à la corruption ». Cette situation nuit à la réalisation de l’un des principaux objectifs de l’effort d’ajustement, à savoir : « la hausse des recettes fiscales non pétrolières pour financer les dépenses prioritaires ».

L’autre préoccupation du FMI porte sur le fait que le compte unique de Trésor n’est pas complètement mis en place ou alors opérationnel, ce qui aboutit à « une gestion morcelée de la Trésorerie et donc réduit la transparence des liquidités disponibles et créent des inefficiences dans le contrôle et le suivi du budget et de la dette ».

Junior Matock
Source Défis actuels

Vision 2035 : Les sept attentes des populations de l’est

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La délégation conduite par le directeur général de l’Economie et de la Programmation des Investissements Publics, au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Isaac Tamba, n’était pas en villégiature le 14 mars dernier à Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est. Il y est allé recueillir les attentes et suggestions des populations de la région du soleil levant, au sujet de la mise en oeuvre de la deuxième phase de la Vision 2035. Ainsi, au cours d’un échange avec les participants à ces travaux, ceux-ci ont formulé environ sept attentes. Ils souhaitent avant toute chose, « être impliquées aux processus de conception et de mise en oeuvre des projets et programmes de développement en leur faveur », ont-ils fait savoir au DGE. Bien plus, les populations de l’Est ont émis le besoin de : « s’approprier la stratégie nationale de développement au titre de la seconde phase de la Vision 2035, en vue de participer à sa mise en œuvre au niveau local ».

Par ailleurs, bien au fait des dégâts causés par les importations à la fois sur les devises que sur l’économie nationale, les participants ont souligné que le développement du secteur agricole dans la région nécessite des mesures gouvernementales fortes visant à encourager la consommation locale et limiter la présence des produits importés. En particulier, elles suggèrent « d’interdire l’importation des denrées alimentaires produites localement (riz, poisson, maïs…) », car estiment-elles, l’importation effrénée de ces produits, obèrent toute capacité locale de production. Et ce d’autant plus que la région dispose d’énormes atouts en la matière. L’on sait par exemple qu’avec la mise en service du barrage hydroélectrique de Lom Pangar, la capacité de production du poisson a augmenté, à tel point que les produits issus de la pêche sont même vendus dans certains pays voisins comme le Nigeria.
Dans le même sens, selon les experts d’Electricity Development Corporation (EDC), l’activité de pêche (essentiellement artisanale) dans la retenue d’eau de Lom Pangar est capable de produire 1 500 tonnes de poissons pour des revenus annuels estimés à environ 40 milliards de francs CFA. Des ressources qui pourraient considérablement améliorées les conditions de vie de ces populations, à en croire les mêmes experts. Ceci est d’autant plus nécessaire quand on sait que c’est en moyenne 100 milliards de francs qui sont mobilisés chaque année pour l’importation du poisson. Sans oublier ses effets pervers à la fois sur la balance commerciale que les réserves de change.

Privilégier la transformation du bois

Pour résoudre définitivement ce problème, les populations de souhaitent par exemple que le gouvernement, « renforce le processus de transformation locale du bois, avec une implication effective des acteurs nationaux de la région ». Dans la même perspective, l’autre voeu formulé par les interlocuteurs de la région au gouvernement, est celui de « développer des filières techniques et de formation professionnelle, en lien avec les besoins de l’économie locale », parce que, ont-ils insisté, cela « contribuera à augmenter l’employabilité des jeunes de la région ».

En outre, en tant que région témoin des projets d’exploitation miniers et forestiers, les populations de l’Est voudraient que « la problématique de développement durable et de préservation de l’environnement doit être au centre de tout processus de conception et d’exécution des projets et programmes de développement dans la région ».

Par Junior Matock

Présidentielle 2018 : Longue Longue allonge la liste des victimes pro-Kamto

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Longue Longue est aux arrêts depuis ce matin du 2 avril 2018. L’artiste musicien engagé se trouvait dans les locaux de l’hôtel Sawa au moment où la police lui sautait dessus. La nouvelle a d’abord circulé comme une rumeur, avant d’être confirmée par Djene Djento, dans un forum watsapp de’artistes musiciens. L’auteur de « Ayo Africa » rejoint donc d’autres partisans de Maurice Kamto dans la liste des personnes ayant perdu leurs libertés. Selon certaines sources d’informations, le captif a été conduit à Yaoundé, pour répondre de ses actes devant la justice.

Simon Lonkana Agno de son vrai nom, paierait pour son soutien apporté à Maurice Kamto dans une vidéo postée en fin de semaine dernière sur les réseaux sociaux. Dans cette production, l’artiste engagé soutenait la thèse selon laquelle « c’est Maurice Kamto qui a gagné l’élection » présidentielle du 7 octobre 2018. Mettant au défi les pourfendeurs du président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) de réorganiser cette élection département par département : « vous verrez que Maurice Kamto va gagner Paul Biya de loi». Accusant au passage un interlocuteur nommé « vous » d’avoir « volé » la victoire de son champion aujourd’hui en difficulté devant la justice pour avoir autoproclamé sa victoire à cette élection.

Elections : Les partis s’opposent à une tenue imminente des régionales

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La rue plutôt qu'une élection perdue d'avance

C’est la première fois qu’une élection régionale va se tenir au Cameroun, depuis l’inscription sur la Constitution de 1996 des conseils régionaux. Mais avant la tenue de ce scrutin, les voix s’élèvent déjà pour dénoncer les manœuvres du pouvoir en place.
C’est au sein même de la famille politique gouvernante que les premières critiques sont sorties. Dans les rangs du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), les militants s’opposent aux investitures des candidats par le parti. Les alliés du parti au pouvoir craignent que le comité central désigne comme en 2013, les candidats qui devront représenter le Rdpc aux élections régionales. Selon un président de sous-section qui a requis l’anonymat, les candidats désignés par le comité central ne sont pas toujours ceux qui représentent la volonté populaire. Le cadre du parti de la flamme explique que son parti doit d’abord procéder aux élections primaires et ce sont les candidats qui auront remportés le scrutin à la base qui doivent représenter le parti au niveau régional.

L’opposition aussi n’a pas attendu que la date des élections régionales soit officiellement communiquée pour émettre les critiques. Réunis dans le cadre du Comité National Exécutif (NEC), le Social Democratic Front (SDF) a condamné la tenue imminente de ce scrutin. Le parti de Ni John Fru Ndi, affirme qu’au regard de l’échiquier politique actuel, le Rdpc est parti pour rafler tous les postes au niveau du conseil régional. Le SDF pense que les dés sont jetés d’avance en faveur du parti au pouvoir pour cette élection. « En l’état actuel, le parti au pouvoir entend perpétuer ce qui s’est passé en 2013 avec l’élection des sénateurs. Les communes du Cameroun sont dominées par les maires et conseillers municipaux Rdpc. Inutile d’aller à ces élections si les municipales ne sont pas organisées avant. C’est une autre farce du régime », a violemment critiqué le député Fobi Nchinda. Le candidat historique de l’opposition Ni John Fru Ndi a même déjà annoncé qu’il ne participera pas à ces élections.

C’est le même son de cloche du coté du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Le parti de Maurice Kamto pense qu’il est « inacceptable » d’organiser les élections régionales avec un code électoral qui présente des insuffisances. Pour le MRC, un Code électoral consensuel doit d’abord être mis sur pied avant la tenue de toute élection. Selon le Code électoral, ce sont les conseillers municipaux qui élisent les délégués régionaux. Les statistiques disponibles dévoilent que, sur 10 626 conseillers municipaux au Cameroun, le Rdpc seul compte 8 685, contre 826 seulement pour le SDF et 19 pour le Mouvement pour la renaissance du Cameroun, etc. Au-delà de ces statistiques qui prouvent à souhait que le parti au pouvoir est bien parti pour remporter haut la main cette élection, si elle se tient avant les municipales, le SDF évoque aussi le fait que la crise anglophone, ne permet d’organiser une élection crédible et transparente dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, fief historique de ce parti. Malgré toutes ces critiques, tout laisse croire qu’après l’adoption des projets de lois déposés à l’Assemblée nationale, relatif à l’élection des conseillers régionaux, le corps électoral sera convoqué.

Joseph Essama
Source : Défis actuels

Affaire Rochnan Blerios Tsanou : Les premiers coupables/boucs émissaires tombent

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Dans trois décisions signées et rendues publiques ce 02 avril 2019, le ministre de la Santé publique Malachie Manaouda a suspendu pour trois mois trois infirmières exerçant à l’hôpital de district de Déido. Il s’agit de Fidèle Marie Ndonda épse Mbella, Célérie Ntongni Nana, épouse Kouamo et de Célestine Lontchi Ndeko. Les décisions prises par le Minsanté ajoutent la mention « sans préjudice de poursuites disciplinaires ». Il s’agit d’un premier acte posé par l’autorité publique dans l’affaire du meurtre de Blerios Tsanou, élève au lycée bilingue de Déido vendredi dernier par un de ses camarades. La sanction ne surprend guère tant l’indignation collective qui a suivi la publication des vidéos du défunt encore sous soins a poussé la direction de l’hôpital de district de Déido à convoquer une réunion de crise hier 1er avril. Des vidéos ayant laissé voir une partie du personnel qui s’activait à faire des photos et vidéos du malade agonisant. Violant ainsi le secret médical. Pour sa part, Malaouda Malachie avait déjà donné le ton en condamnant par un tweet l’attitude des infirmières.

Au-delà des suspensions pour trois mois d’activité de ces trois infirmières, les problèmes de fonds demeurent. La sécurité des établissements scolaires est un sujet qui interpelle l’ensemble de la nation. Des sources concordantes indiquent que le blessé a été transporté à l’hôpital par ses camarades qui ont procuré les premiers soins. A leur manière. Les lycées disposant pourtant d’infirmeries gérées par des infirmiers.

Et jusqu’ici, les autorités de l’Enseignement secondaires sont restées muets face au drame. Il a fallu attendre la cérémonie d’ouverture des Jeux Fénassco qui se déroulent à Yaoundé depuis ce 1er avril, soit trois jours après le drame, pour entendre la voie de Nalova Lyonga condamner en quelques mots cet acte odieux. L’on a quelques fois vu un censeur dudit lycée apporter quelques réponses à la presse. Le proviseur reste invisible.

Législatives, municipales et régionales : Maurice Kamto accuse l’Etat de vouloir l’écarter des élections

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Maurice Kamto en est convaincu. Selon le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), son arrestation avec certains de ses partisans au lendemain de la « Marche blanche » organisée dans certaines villes du pays le 26 janvier dernier est une manœuvre du gouvernement qui consiste à tenir son parti à l’écart des prochaines élections régionales, municipales et législatives. « Il s’agit d’un processus exclusif et lâche visant notamment à éliminer les concurrents politiques du Rdpc les plus sérieux parmi lesquels le MRC et ses alliés, dont les états-majors se trouvent détenus illégalement », écrit Maurice Kamto dans une déclaration qu’il signe avec ses principaux alliés Christian Penda Ekoka, Albert Dzongang et Paul Eric Kingue. Cette complainte du MRC intervient dans un contexte où, le gouvernement vient de déposer deux projets de lois au parlement : un projet modifiant et complétant certaines dispositions de la loi N°2012/001 du 19 avril 2012 portant Code Electoral, d’une part et un autre fixant le nombre, la proportion par catégorie et le régime des indemnités des conseillers régionaux, d’autre part. Le dépôt de ces projets de lois augure de l’organisation prochaine des élections régionales. Or, estime M. Kamto, « bien que monsieur Biya soit seul maître du calendrier électoral qu’il tient secret, contrairement aux bonnes pratiques dans les régimes démocratiques, il y a lieu de croire que ces élections seront organisées au cours de cette année et probablement avant les élections législatives et municipales prévues au plus tard en octobre ». Kamto et ses compagnons d’infortune s’insurgent contre cette « manoeuvre » qui, en principe, devrait permettre aux actuels conseillers municipaux d’élire les prochains conseillers régionaux. « En 2018, la raison principale invoquée pour la prorogation des mandats des députés et des conseillers municipaux de douze mois était le calendrier électoral surchargé qui avait fait donner la priorité à l’organisation du scrutin présidentiel du 07 octobre 2018. Par conséquent, on s’attendait logiquement à ce que l’année 2019 soit consacrée à l’organisation de ces deux élections avant toutes autres », disent-ils. Et d’ajouter : « il est donc inacceptable de faire élire les conseillers régionaux par un corps électoral sans aucune légitimité. C’est pourquoi nous dénonçons vivement une telle perspective ».

Craintes

Maurice Kamto et ses alliés insistent d’ailleurs sur la nécessité de tenir comme entre autres préalables, « un dialogue inclusif, sans condition, aux fins de l’apaisement du climat politique et social » dans les deux régions anglophones du pays (Nord-Ouest et Sud-Ouest), « plongées dans une grave crise politique, sécuritaire et humanitaire qui empêche la tenue de scrutins susceptibles de garantir l’élection de dirigeants légitimes ». Les quatre leaders politiques craignent que « toute élection forcée, sans ce préalable, ne soit perçue par les populations des deux régions précitées et les Camerounais en général comme une absence manifeste de volonté pour apporter une solution politique viable à la profonde crise que connait notre pays ». Or l’adoption des projets de lois précités qui entraînera à coup sûr des amendements du code électoral, indique Kamto et compagnie, un refus manifeste de la reforme consensuelle du système électoral que réclament a corps et a cri depuis plusieurs années déjà les acteurs politiques nationaux ainsi que la communauté internationale. « […] de concert avec la société civile camerounaise, les partis politiques et la communauté internationale, tranchent-ils, nous exhortons le pouvoir à sortir de son arrogance habituelle pour faire du dialogue inclusif, sans condition, et de la reforme consensuelle du système électoral les priorités du calendrier politique national ».

Jean Luc Fassi
Source : Défis actuels

Guy Beaudry Jengu : « Une modification de la coloration politique de la chambre basse du parlement est envisageable »

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En se basant sur le score de la dernière présidentielle quelles sont les chances de l’opposition pour les prochaines consultations législatives ?

Il est hasardeux de se baser sur les résultats de la présidentielle pour présager des résultats des législatives. Les enjeux et les postures des acteurs varient grandement en fonction de l’échelle. On a plusieurs fois vu des alliés au niveau national pour la présidentielle s’affronter au niveau local autour d’un siège de député. Et des partis au score modeste au plan national comme l’UDC ou l’UPC ont toujours su se maintenir dans leur fief. Nonobstant les effets produits par le changement d’échelle, les résultats de la présidentielle d’octobre ont mis en évidence une tendance que les législatives pourraient confirmer à savoir un recul du SDF, un éclatement de l’UPC et une montée en puissance du MRC et de la formation qui portera les candidatures soutenues par Cabral Liibi. Une modification de la coloration politique de la chambre basse du parlement est donc envisageable.

Au cas où elle est majoritaire à l’Assemblée, l’opposition peut-elle équilibrer le jeu Démocratique ?

Le contrôle de l’une ou des deux chambres du parlement ferait de l’opposition de quelque bord qu’elle soit, un interlocuteur incontournable dans la conduite des affaires nationales. En effet, dans l’hypothèse d’une prise de contrôle de l’Assemblée nationale, l’opposition aurait le contrôle du pouvoir législatif. Ce qui lui donnerait la capacité de voter le budget de l’Etat, de choisir les lois qu’elle vote et de contrôler l’action du gouvernement avec l’onction de la constitution. Concrètement, l’opposition aurait virtuellement le pouvoir de modifier le fonctionnement de l’Etat car, l’organisation politique, administrative et judiciaire de l’Etat sont du domaine de la loi. L’opposition aura une capacité d’influence dans la conduite des affaires de la nation, ce qui ferait d’elle une véritable force.

Les députés ont pour rôle de voter les lois. Est-ce que toutes les lois doivent impérativement passer par l’Assemblée avant d’être appliquée ?

Seul le parlement est habilité à adopter des lois. Cependant, la loi n’est pas la seule source du droit. Le droit a grosso modo des sources écrites et des sources « non écrites ». Les sources écrites du droit renvoient à la Constitution (source mère), les traités ratifiés, la loi, les décrets et les arrêtés. Il y a aussi des règles qui ne sont pas [vraiment] écrites mais qui s’imposent à tous.

A leur propre initiative, les députés peuvent-ils introduire de nouvelles lois et les voter ?
Comme le dispose clairement l’article 25 de la loi fondamentale camerounaise, les membres du parlement détiennent l’initiative de la loi concurremment avec le Président de la République. Lorsqu’ils font usage de cette prérogative, les députés formulent par écrit un texte qui prend le nom de proposition de loi, il est adressé au président de l’assemblée nationale qui le transmet à la conférence des présidents. Celle-ci décide de leur recevabilité et de leur transmission à une commission générale.

Au regard de la réglementation actuelle qui régit notamment les rapports entre l’exécutif et le législatif, est-il possible de se prévaloir d’un réel jeu démocratique ?

Du point de vue des lois actuellement en vigueur, il existe un certain équilibre des pouvoirs même si la balance penche légèrement en faveur du pouvoir exécutif qui nomme certains détenteurs du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire sans que la réciprocité ne soit possible. Cet état des choses consacre la dimension présidentielle de la démocratie camerounaise.

Interview réalisée par Joseph Essama
Source : Défis actuels

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