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Vers une synergie Douanes-Mines pour doper les recettes minières

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Les Douanes, le ministère des Mines et la Sonamines ont tenu, le 14 octobre 2025 à Yaoundé, une concertation technique en vue d’harmoniser leurs outils de suivi et de contrôle des exportations minières. L’enjeu est d’améliorer les recettes publiques, renforcer la traçabilité des flux de minerai et stimuler la transformation locale des ressources.

Réunis dans la salle de conférences de la Direction générale des Douanes (DGD), les participants ont examiné les mécanismes de mutualisation des ressources administratives et techniques en vue d’un meilleur encadrement fiscal et douanier des exportations de minerai de fer et de bauxite. Cette concertation s’inscrit dans la perspective d’une optimisation des recettes publiques, d’une traçabilité accrue des flux miniers et d’une promotion de la transformation locale des matières premières extractives. Les échanges ont mobilisé les responsables des divisions spécialisées de la DGD— ainsi que les cadres techniques du Minmidt et de la Sonamines.

Au terme de deux heures de discussions, les participants ont convenu de renforcer la synergie opérationnelle entre les trois institutions dans le suivi des opérations d’exportation. Cette approche conjointe doit permettre à l’État de mieux capter les recettes issues des exportations de minerais, d’élargir l’assiette fiscale — c’est-à-dire la base sur laquelle sont calculés les impôts et taxes —, et d’instaurer un système de contrôle intégré couvrant la chaîne d’exploitation, du site minier au port d’embarquement. Selon les services de la Douane, cette collaboration interinstitutionnelle vise également à garantir la prévisibilité des recettes et à sécuriser les données de production et d’exportation.

Des propositions de taux d’encadrement fiscal ont été évoquées, notamment pour les quote-parts de l’État dans la production de minerai de fer, de bauxite et de pétrole brut. Ces propositions feront l’objet d’un examen approfondi avant intégration dans la programmation budgétaire de l’exercice 2026.

POTENTIEL MINIER ET ENJEUX ÉCONOMIQUES

Le Cameroun dispose d’un potentiel minier considérable. Pour le minerai de fer, les principaux sites identifiés sont Mbalam-Nabeba, Kribi-Lobé et Bipindi-Grand Zambi. Le projet Mbalam-Nabeba, transfrontalier entre le Cameroun et le Congo, vise à devenir un pôle majeur de production de fer en Afrique centrale. À Kribi-Lobé, la réserve est estimée à 630 millions de tonnes, tandis que la mine de Bipindi-Grand Zambi, inaugurée en septembre 2025 en partenariat avec le groupe chinois Sinosteel, s’inscrit dans une dynamique de production soutenue. Le potentiel cumulé des gisements de fer du pays est évalué à plus de 3 milliards de tonnes.

 Parallèlement, le Cameroun a engagé des projets d’exportation à partir du site de Lobé, sur la côte sud. Concernant la bauxite, utilisée notamment dans la fabrication de l’aluminium, les réserves identifiées dépassent 99 millions de tonnes exploitables sur une période d’environ vingt ans. Les gisements à haute teneur, tels que celui de Minim-Martap, affichent une concentration en alumine (oxyde d’aluminium) de 51 %, pour un potentiel global supérieur à 100 millions de tonnes. À cela s’ajoutent environ 600 millions de tonnes de bauxite ordinaire. Un projet ferroviaire reliant Minim-Martap au port de Douala est en cours de construction pour faciliter le transport de ce minerai vers les installations portuaires.

VERS UNE TRANSFORMATION LOCALE DES RESSOURCES EXTRACTIVES

Au-delà de la fiscalisation des exportations, la concertation du 14 octobre a mis en avant la nécessité d’une transformation locale des minerais, en cohérence avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Cette stratégie, qui place la transformation industrielle au cœur de la croissance, prévoit que les matières premières camerounaises soient davantage valorisées sur le territoire national avant exportation. L’enjeu, selon les responsables présents, est de créer de la valeur ajoutée, de renforcer la compétitivité du secteur minier et de stimuler l’emploi local. Les participants ont formulé plusieurs recommandations opérationnelles en vue d’une collaboration plus structurée entre les Douanes, le Minmidt et la Sonamines pour le prochain exercice budgétaire.

Parmi les principales mesures envisagées figurent la création d’une base de données commune destinée à améliorer le suivi des exportations minières, l’harmonisation des procédures de déclaration, de taxation et de certification, ainsi que l’instauration de taux d’imposition spécifiques pour les minerais stratégiques. À cela s’ajoute un volet crucial de renforcement des capacités techniques des agents chargés du contrôle des exportations, dans le but de garantir une meilleure traçabilité et une régulation plus efficace du secteur. Ces mesures, attendues dès 2026, devraient consolider la gouvernance du secteur extractif et permettre à l’État de mieux capter les revenus miniers, tout en encourageant une industrialisation fondée sur la transformation des ressources locales.

Port de Douala : propositions de réformes logistiques innovantes

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Les recommandations de Honoré MONDOMOBE, consultant en commerce international portent sur la digitalisation, le partenariat public privé, l’intégration des corridors et l’intermodalité si le port de Douala Bonabéri veut rester compétitif.

 Le Port de Douala-Bonabéri, avec ses 150 ans d’histoire devrait se réinventer s’il souhaite être le moteur de la croissance du Cameroun et au-delà. C’est le postulat de l’économiste Honoré Mondomobe.  Avec ses 22 ans de pratique du commerce international maritime dans plus de 40 pays africains, l’expert pense que les autorités du port de Douala devraient s’inspirer d’autres ports à l’instar de Lomé, Luanda, Durban et Mombasa qui connaissent un franc succès du fait de diverses réformes engagées.

Au port de Lomé au Togo en l’occurrence, il rapporte que la digitalisation et la dématérialisation ont donné des résultats positifs.  Une réduction des temps de passage des conteneurs de 10 à 15 jours à 5 jours. La réforme dans la gouvernance et le partenariat a aussi induit une augmentation exponentielle de transbordement (plus de 70% du trafic total) faisant de Lomé le principal hub de la côte ouest africaine. A Durban, Honoré Mondomobe relate comment l’intégration ferroviaire à travers le transfert du trafic des marchandises de la route vers le rail a réduit « significativement la congestion routière et les émissions de carbone ».

Selon cet expert s’exprimant lors de la commémoration des 150 ans du port de Douala, ce dernier doit accélérer la digitalisation pour atteindre une dématérialisation totale des procédures ; renforcer la gouvernance pour garantir la transparence et l’efficience des opérations. En troisième lieu, il pense qu’il faudrait optimiser l’intermodalité et faire du Port la porte d’entrée fluide vers les pays enclavés. Il recommande ainsi d’investir fortement dans la digitalisation pour devenir un smart port ; renforcer les partenariats public-privé pour des projets d’infrastructure durables. Tout ceci, en s’alignant sur les ambitions de la SND30 pour faire du Port un vecteur de développement inclusif et durable.  Pour Honoré Mondomobe, le port de Douala devra développer une stratégie proactive de responsabilité sociétale pour ancrer l’entreprise citoyenne qui respecte l’environnement et les communautés. La croissance du port doit selon lui tenir compte des impacts environnementaux tels que la gestion des déchets,  les émissions de carbone et solutions possibles à l’instar de l’électrification, l’énergie solaire, la gestion de l’eau

Interview

Honoré MONDOMOBE, économiste

« Si le port ne se positionne pas il va disparaître »

Consultant en commerce international depuis 1991, l’expert analyse les défis et les perspectives du port de Douala Bonabéri dans un contexte de la Zlecaf et de diverses dynamiques mondiales de compétitivité et de développement durable.

 A travers trois piliers, vous recommandez une transformation de la place portuaire de Douala Bonabéri. Pourquoi ce port devrait-il se réinventer aujourd’hui ?

Tous les ports sont en concurrence. C’est-à-dire que si un service n’est pas obtenu de façon optimale dans un port, l’usager, l’exportateur ou l’importateur va se retourner vers un autre port. Ce qui fait que le véritable défi, c’est la compétitivité des ports, c’est-à-dire l’amélioration du délai de passage des marchandises et l’amélioration du service. Un port comme celui de Douala est déjà bien engagé, mais il faut qu’il améliore sa vitesse pour être digitalisé. On ne doit pas se déplacer vers le port pour faire des opérations. On peut les faire sur le téléphone, on peut désormais les faire de loin. Donc il faut aller vers cette modernisation-là. Et c’est ça le défi, pas seulement du port de Douala, mais de tous les ports, à devenir digitaliser complètement. Les ports doivent être interconnectés en temps réel avec les sociétés de logistique et de transport pour que les marchandises soient attendues au port, au lieu que les commerçants et les logisticiens viennent faire la queue devant les ports. Les ports ne doivent pas perdre de temps aux exportateurs ou aux importateurs.

 Quels sont les risques que le PAD court s’il ne suit pas cette dynamique ?

Si le port ne se positionne pas il va disparaître, parce qu’il y a un nombre de marchandises qui maintiennent le port de Douala en fonctionnement. Et si toutes ces marchandises sont plutôt exportées vers les ports des pays voisins, la baisse de l’activité du port peut amener le port à fermer. Et les gens, au lieu d’aller au port de Douala, iraient au port de Kribi, ou bien iraient au Gabon, ou bien au Nigeria. Donc il faut que les ports se modernisent pour continuer à attirer les exportateurs et les importateurs, et pour survivre. Parce que la compétition au niveau digital, au niveau de la fluidité, au niveau de la compétitivité, oblige les ports à s’arrimer. Si les ports ne s’arriment pas, ils vont disparaître. Il y a la concurrence des drones. Les drones vont prochainement porter des marchandises qu’on le veuille ou pas, les drones vont porter des containers. Il y a des études qui le démontrent. Ça veut dire que les ports vont avoir des concurrents en termes de logistique. Mais le port de Douala a beaucoup évolué. Le port de Douala a investi. Le port de Douala s’est arrimé. Mais c’est un cycle infernal dont il ne faut pas baisser la garde. Parce que de plus en plus, le port va être sollicité. Parce que les autres concurrents investissent aussi. Les autres concurrents se modernisent. Donc c’est une compétition acharnée. Donc le port de Douala est bien parti. Mais il ne doit pas laisser passer le cap. L’apport du secteur privé est également indispensable.

Vous proposez justement que le partenariat public privé soit davantage renforcé pour accompagner les projets d’infrastructures. Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur le transport multimodal dans le pays ?

Le transport multimodal au Cameroun a du plomb dans l’air. Parce qu’il n’y a pas une bonne intégration fluide entre le rail, la route et le port. Normalement, tout devrait être combiné. Donc il faut que sur la place portuaire, qu’on retrouve le rail qui vient prendre la marchandise au port. On ne doit plus transporter la marchandise pour l’amener ailleurs. Le rail doit l’amener vers le port. Et le port doit exporter une marchandise qui est dans une chaîne de logistique mondiale. Et tout en évitant des pertes de temps. Donc le transport multimodal est encore un défi pour le port autonome de Douala. Mais ce n’est pas le port le seul acteur du transport multimodal. C’est tous les intervenants à la chaîne d’importation ou d’exportation.

Ces candidats qui prêchent la retenue et le respect des institutions

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Dans le tumulte post-électoral où circulent communiqués contradictoires et fausses déclarations, un ton singulier s’est élevé, celui de la tempérance. Depuis le 13 octobre, plusieurs candidats à la présidentielle ont appelé leurs partisans à la patience et au respect du cadre légal. Cabral Libii, candidat du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), a ouvert la voie.

Dans un communiqué, il a exhorté ses sympathisants à « la patience » et à « ne pas céder à la manipulation qui infeste les réseaux sociaux ». Insistant sur la fiabilité des procès-verbaux officiels, le député a rappelé que seuls les organes légaux de supervision détiennent la vérité des urnes. Une posture méthodique, presque académique, face à la cacophonie ambiante. Joshua Osih, du Social Democratic Front (SDF), a emboîté le pas. Reconnaissant que les chiffres internes de son parti ne lui sont « pas favorables », il a salué « le verdict clair du peuple », tout en promettant de respecter la décision du Conseil constitutionnel.

En insistant sur la paix et la légitimité du processus, Osih confirme son attachement à une opposition républicaine, fidèle à la voie institutionnelle plutôt qu’à la contestation systématique. Vétéran du jeu politique, Bello Bouba Maïgari a, lui aussi, choisi la modération. Dans un communiqué signé par son porte-parole Pierre Flambeau Ngayap, le leader de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) a invité ses partisans à « faire preuve de calme et de maturité ». Soulignant la présence de ses représentants dans toutes les commissions de supervision, il a écarté toute interprétation hâtive des tendances. Une sagesse forgée par des décennies d’expérience politique.

Autre figure discrète mais cohérente, le Dr Jacques Bougha Hagbe a remercié ses électeurs tout en appelant à « demeurer calmes et confiants ». Sa prudence, à contre-courant de la surenchère verbale, illustre une conception apaisée de la compétition politique : celle qui attend que la parole institutionnelle soit rendue avant tout jugement. En retrait du scrutin, Akere Muna a également livré un message fort. Dans un texte intitulé Une nouvelle aurore, l’ancien bâtonnier appelle les institutions à « honorer leur devoir sacré » et exhorte le président sortant à « écouter la voix du peuple ».

Sans revendiquer ni contester, il place la morale et la dignité au cœur de l’après-vote. Plus ambigu, Ateki Seta Caxton, du Parti de l’Alliance libérale (PAL), a brièvement félicité Issa Tchiroma Bakary « pour sa performance », avant que son parti ne clarifie sa position. Le PAL a rappelé que cette déclaration relevait d’une « initiative personnelle » et qu’il convenait d’attendre les résultats crédibles issus des commissions départementales. Qu’ils soient jeunes ou vétérans, ces candidats forment, le temps d’un scrutin, un groupe de sages prônant la discipline républicaine.

Présidentielle 2025 : La brouille entre acteurs des « yango »

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Quand tout beignait encore dans l'huile entre Hiram et Atangana

Dans une mise au point rendue publique ce 15 octobre 2025, Denis Emilien Atangana, président du Front des Démocrates camerounais (FDC), écrit que « c’est bel et bien monsieur Bruce Tabeh, agissant en tant que secrétaire exécutif du parti politique MP3 et représentant de Sieur Hiram Samuel Iyodi (candidat investi par le FDC à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025) qui avait déchargé cette somme de 15 000 000 Fcfa pour le financement public de la campagne électorale». Et d’ajouter que « bien qu’ayant investi le candidat Hiram Samuel Iyodi, le Front des démocrates camerounais n’a pas été associé de quelque manière que ce soit, à la gestion des fonds publics de campagne ». L’homme justifie cette sortie par le fait que « les militants et cadres du FDC sont régulièrement interpellés de manière directe ou indirecte, sur une sordide affaire de 15 000 000Fcfa », somme versée par les pouvoirs publics, au titre de financement de la campagne électorale. Au-delà du « désir de transparence » du président du FDC, il y a une crise de confiance entre les deux partenaires politiques. En effet, durant la campagne électorale, il a semblé se dessiner une fissure entre Denis Atangana et Samuel Hiram Iyodi. On apprendra dans les coulisses que le leader du parti reproche au candidat qu’il a investi, d’avoir écarté ses militants, pour ne travailler qu’avec les siens. Le président du parti MP3 n’avait déjà pas fait de Denis Atangana son directeur de campagne.

Et au lendemain du scrutin, le conducteur du « yango » (nom populaire donné aux partis ayant sous-traité l’investiture avec des personnes non membres de leurs partis, Ndlr) qui a transporté Samuel Hiram pour la présidentielle, a convoqué la presse, pour dénoncer sa frustration. « Nous avons été abusés dans notre bonne foi. Nous avons cru en un jeune candidat, mais nous avons été trahis », a-t-il déclaré. Accusant le passager de « violations graves des engagements pris, le non-respect de la direction de campagne, la mise à l’écart des cadres du FDC, la mauvaise organisation et l’absence de programme électoral ». En outre, à en croire Denis Atangana, «Samuel Hiram a saboté le FDC de l’intérieur » et collaboré avec d’autres formations politiques sans concertation. Prenant ainsi ses distances avec son « partenaire d’affaire » d’hier.

Aussitôt, l’homme a répondu à l’attaque : « Nous n’avons jamais trahi le FDC », réagit Samuel Hiram Iyodi dans un communiqué. Alors que Denis Atangana vient de féliciter Paul Biya pour sa « victoire » qu’il proclame, son candidat indique que « nos équipes poursuivent le décompte des voix, et nous nous tiendrons sans équivoque du côté de la volonté du peuple ». Son combat, souligne Samuel Hiram, est celui du changement démocratique, de la vérité électorale et de la refondation démocratique du Cameroun. Non sans promettre de « protéger la souveraineté du vote ».

Caxton Ateki-Bedzigui

De son côté, Caxton Ateki a depuis quitté le taxi qu’il avait emprunté pour la présidentielle 2025. Si le candidat et Célestin Bedzigui se sont accordés sur le choix de se rallier à Bello Bouba, les deux n’ont pas tenu longtemps une fois l’élection passée. Alors que le candidat soutient Issa Tchiroma dans sa déclaration annonçant sa victoire, le conducteur du taxi qui le transportait depuis quelques semaines, reste dans la prudence. L’homme a appelé ses militants à garder leur calme et à attendre les résultats officiels qui seront proclamés par les instances habilitées pour cela. « Afin d’éviter toute confusion et amalgame, nous tenons à préciser ici que la position d’Ateki Caxton relève d’une initiative personnelle tenant à l’exercice de sa liberté individuelle », écrit Célestin Bedzigui. Le président du PAL préfère attendre au moins la fin des compilations des procès-verbaux au niveau des commissions départementales de recensement des votes, avant de se déterminer.

Nécrologie: Yondo Black est mort

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La nouvelle est tombée. Yondo Black est mort. L’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats a rangé sa robe aux premières heures de ce 16 octobre 2025. Il avait une santé pour le moins précaire ces derniers temps.

la rédaction y reviendra.

Présidentielle 2025 : des urnes au Conseil constitutionnel, le chemin périlleux de la vérité

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Qui l’emportera au conseil constitutionnel à l’issue du bras de fer qui s’est amorcé entres les camps Biya et Tchiroma dès la clôture des opérations de vote le 12 octobre dernier ? Chaque camp se revendique vainqueur dans les urnes, faisant circuler vrais et faux procès-verbaux sur les réseaux sociaux pour démontrer avant l’heure la victoire de son candidat. Chaque candidat tient également l’autre pour responsable de la surchauffe au sein de l’opinion, et les accusations de tripatouillages fusent de partout dans le pays, étayés d’images amateur dont l’authenticité reste à prouver.

Toutes choses qui altèrent davantage la crédibilité d’un processus électoral dont les termes, à l’avantage supposé de l’ordre gouvernant, sont depuis longtemps contestés par les acteurs de l’opposition. Le délai étonnamment et singulièrement long du processus entre le vote et la proclamation des résultats en rajoute tant au flou qu’au malaise et à la suspicion. Conformément à l’article 96 du Code électoral, le dépouillement a débuté immédiatement après la clôture du scrutin, dans chaque bureau, en séance publique.

Le processus, supervisé par les commissions locales de vote prévues par les articles 49 à 69 du même Code, s’effectue en présence des représentants des candidats, des observateurs nationaux et internationaux, ainsi que des électeurs témoins. Chaque procès-verbal est ensuite transmis aux commissions départementales de supervision, puis consolidé au niveau des commissions régionales, avant d’être acheminé vers la Commission nationale de recensement général des votes, installée à Yaoundé.

 Cette dernière, sous la supervision d’Elections Cameroon (ELECAM), établit les résultats provisoires et les transmet au Conseil constitutionnel, seul organe habilité à proclamer les résultats définitifs, conformément à l’article 132 du Code électoral. Dans l’intervalle, une attente fébrile s’est installée. Des « tendances » circulent abondamment sur les plateformes numériques, sans aucun caractère officiel. Cette période se caractérise depuis lundi dernier, par des déclarations anticipées. Des candidats, comme Issa Tchiroma Bakary, s’appuyant sur des résultats partiels ou des remontées de leurs représentants, s’est autoproclamé depuis mardi, vainqueur de l’action présidentielle du 12 octobre 2025.

D’autres partis politiques comme le Front des Démocrates Camerounais (FDC) de Denis Emilien Atangana, croient en la victoire du président sortant, Paul Biya. Le président du FDC n’a d’ailleurs pas hésité à désavouer lors d’une conférence de presse tenue au siège du parti lundi dernier, Hiram Samuel Iyodi , le candidat investi par la formation politique qu’il dirige, pour « Trahison politique ». À l’inverse, des candidats comme Cabral Libii, du Parti Camerounais pour Réconciliation Nationale appellent invariablement au calme et au légalisme, rappelant à leurs partisans et à leurs adversaires que seule la proclamation du Conseil constitutionnel fait foi. Le Code électoral encadre strictement cette phase sensible. L’article 132 dispose que le Conseil constitutionnel « veille à la régularité de l’élection présidentielle, statue sur les réclamations et proclame les résultats dans un délai de quinze jours à compter de la clôture du scrutin ».

Ce délai, qui court donc jusqu’au 26 octobre 2025, constitue une période d’entredeux, où ni ELECAM ni aucun autre organe ne peut légalement proclamer des résultats. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Administration, Paul Atanga Nji, a appele à « la patience et au respect des institutions républicaines », rappelant que « seule la proclamation du Conseil constitutionnel a valeur légale ». Le membre du gouvernement n’a pas oublié de mettre en garde contre la diffusion de chiffres non vérifiés, évoquant des sanctions prévues par les articles 288 et suivants du Code électoral pour toute tentative de trouble à l’ordre public ou de manipulation des résultats.

Si le pays reste globalement calme, malgré quelques échauffourées dans le Nord du pays, l’attention reste tournée vers le Conseil constitutionnel, qui détient désormais les clés du verdict final. D’ici au 26 octobre, le processus suivra son cours administratif et juridique. Centralisation, examen des réclamations, puis validation. Une mécanique codifiée, héritée de la loi électorale du 19 avril 2012, modifiée en 2019, et censée garantir la régularité d’un scrutin dont les résultats, jusqu’à leur proclamation, demeurent une affaire d’institutions — et non de conjectures.

Présidentielle 2025: le pays à feu et à sang

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En attendant la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, le territoire national est le théâtre d’une violence indescriptible. La compilation des résultats issus des bureaux de vote donne lieu à des contestations de part et d’autre. Avec une constante : les soupçons et accusations de fraude sur les procès-verbaux issus des bureaux de vote. Les réseaux sociaux servent de canal de mobilisation inconditionnels pour  »défendre le vote ».

Une défense qui s’est très souvent muée en contestations populaires et violentes. Pour la seule journée d’hier 15 octobre, pas moins de cinq villes ont été agitées. C’est Douala qui a donné le ton en mi-journée dans le 5ème arrondissement. Un communiqué d’Elections Cameroon (Elecam), l’organe chargé de l’organisation des élections, indique que tout est parti d’une incompréhension. Un monsieur à son passage devant l’antenne communale d’Elecam a aperçu le personnel nettoyant le nécessaire qui a servi au vote dimanche dernier. Ayant aperçu des urnes et des enveloppes, l’homme aurait cru à une opération de bourrage des urnes, et a aussitôt alerté les moto-taximen. De bouche à oreille et grâce à la puissance des réseaux sociaux, une foule de contestataires a pris d’assaut l’antenne communale d’Elecam. Les responsables du Front pour le Salut national du Cameroun (Fsnc) d’Issa Tchiroma y ont débarqué. Il s’avère que l’un d’eux a été interpellé, jettant de l’huile sur le feu. Il aura fallu un renfort policier pour parvenir à disperser la foule à coup de gaz lacrymogènes.

A Kousseri, c’est le président du Tribunal de Grande instance qui a subi les foudres d’une foule qui l’accusait de fabriquer un faux procès-verbal. L’homme a dû confesser avoir failli. Bafoussam n’a pas manqué au rendez-vous. Des camions antiémeutes ont dû intervenir pour disperser les contestataires qui ont convergé vers le palais de justice, à l’appel des équipes du candidat Issa Tchiroma accusant le président du tribunal d’avoir séquestré leur représentant afin qu’elle signe de faux procès-verbaux.

C’est la ville universitaire de Dschang dans la région de l’Ouest que l’on a enregistré la contestation la plus populaire. Dans la ville du secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et du ministre Jean de Dieu Momo, les hostilités entre les hommes en tenue et les contestataires a abouti à l’incendie du siège du Rdpc, parti au pouvoir et du palais de justice.

Le soir même de l’élection présidentielle, la ville de Garoua avait déjà très agitée. Alors que la gendarmerie essayait d’arrêter Issa Tchiroma Bakary, une foule nombreuse s’était interposée, et avait réussi à exfiltrer celui qui se fait appeler  »candidat du peuple ». Dans la foulée, un camion de la gendarmerie a été brûlé, de nombreux blessés dont deux gendarmes dans une situation grave.

Présidentielle 2025: Issa Tchiroma se voit vainqueur, Atanga Nji menace

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 »Je veux d’abord dire merci au peuple camerounais. Merci d’avoir cru en moi, merci d’avoir cru en nous, merci d’avoir cru au changement ». Issa Tchiroma Bakary ne dit pas clairement qu’il a gagné l’élection présidentielle, mais c’est comme tel. D’ailleurs,  »je veux d’abord dire merci au peuple camerounais. Merci d’avoir cru en moi, merci d’avoir cru en nous, merci d’avoir cru au changement », précise-t-il.

Une sortie qui a de quoi irriter Paul Atanga Nji le ministre de l’Administration territoriale (Minat) :  »Le ministre de l’Administration territoriale condamne avec la plus grande fermeté cette imposture et le comportement irresponsable de ce candidat aux abois, qui a été incapable de se faire représenter dans tous les bureaux de vote sur l’étendue du territoire national », réagit Paul Atanga Nji dans un communiqué. Le candidat du Front pour le Salut national du Cameroun (Fsnc) s’appuie, lui, sur les résultats issus des bureaux de vote, dans le strict respect de l’article 113 du Code électoral. Faux, rétorque le Minat: « Dans sa démarche conspirationniste et anti-républicaine, le candidat Issa Tchiroma Bakary cherche à perturber le processus électoral qui se déroule normalement ». Mieux,  »ce candidat véreux tente de mettre en exécution un pla diabolique savamment planifié avec ses réseaux occultes au pays et à l’étranger, visant à mettre le Cameroun à feu et à sang », vocifère le  »moulinex » national.

Depuis le 10 octobre dernier, l’agent du gouvernement en matière électorale annonçait déjà que des informations en sa possession font état de ce que,  »un candidat entend terminer la campagne électorale dans sa région natale », à partir d’où  »il compte annoncer sa victoire à l’élection présidentielle ». Sans être précis mais promettant que  »ce serait la ligne rouge ». Et que comme tel, Paul Atanga Nji promettait que  »ce candidat se retrouvera au village de si je savais, et pour très longtemps ». Rappelant l’exemple de Maurice Kamto en 2018, pour garantir que les représailles seront au rendez-vous.

Rien n’y fait. Issa Tchiroma n’est plus au niveau des supputations et clame sa victoire pure et simple. L’homme qui croit avoir ainsi réussi là où beaucoup d’autres, parfois plus capés tant sur le plan intellectuel que politique, ont échoué, reconnaît bénéficier d’un long combat mené par ces devanciers :  »Ma reconnaissance va aussi à tous les hommes et toutes les femmes qui ont mené ce combat avant moi. Sans votre travail, nous n’en serions pas là », reconnaît-il.

Reconnaissance et hommage

Le candidat parrainé officiellement par l’Union pour le changement (UPC) et officieusement par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), se sent conforté par d’autres candidats et forces vives de la nation, dans ce succès :  »Je remercie également les candidats qui, déjà, m’ont adressé leurs félicitations et ont reconnu la volonté du peuple », souligne-t-il.  »Leur geste honore notre démocratie et marque le début d’une nouvelle ère où l’unité de l’opposition et de la société civile devient une force irrésistible », poursuit-il. Estimant ainsi la page électorale tournée.

La déclaration d’Issa Tchiroma

Saluant la détermination du peuple tout entier :  »Durant cette campagne, j’ai vu un Cameroun debout. J’ai vu des femmes, des hommes, des jeunes et des anciens braver les menaces, affronter les intimidations, mais rester mobilisés. J’ai vu des électeurs veiller dans les bureaux de vote jusqu’au bout de la nuit, pour protéger leur voix, pour défendre la vérité des urnes », relève le  »candidat du peuple » qui a ainsi triomphé.  » Ce courage, cette détermination resteront à jamais gravés dans la mémoire de notre Nation », leur rend-il hommage.  »Mes chers compatriotes, notre victoire est claire. Elle doit être respectée. Nous avons mis le régime devant ses responsabilités : soit il montre sa grandeur en acceptant la vérité des urnes, soit il choisit de plonger le pays dans un tourment qui laissera une cicatrice indélébile dans le cœur de notre Nation », prévient Issa Tchiroma. Parce que  »le seul camp qui compte aujourd’hui, c’est celui du Cameroun », rappelle-t-il.

Echanges commerciaux : Comment la chute du Naira entretient le déficit commercial au Cameroun

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Le commerce informel entre le Cameroun et ses voisins reste une équation déséquilibrée. En 2024, le solde global des échanges non enregistrés affiche un déficit de 50,72 milliards de FCFA, en aggravation par rapport à 2023 (-44,58 milliards). Et, sans surprise, c’est le Nigéria qui en porte la plus large part avec moins de 111,73 milliards de FCFA de déficit bilatéral, selon le dernier rapport de l’Institut national de la statistique (INS).

Un déséquilibre ancien, mais dont les racines économiques s’enfoncent aujourd’hui dans la dépréciation continue du Naira, la monnaie du Nigéria. Le Naira, affaibli par les tensions monétaires et la dépendance du Nigéria aux exportations pétrolières, est devenu l’un des catalyseurs les plus puissants du commerce parallèle sous-régional. Sa baisse continue face au FCFA rend les produits nigérians bien plus compétitifs pour les commerçants camerounais, apprend-on du rapport de l’INS.

 Carburants, lubrifiants, chaussures, matériaux de construction ou boissons gazeuses traversent la frontière à des prix défiant toute concurrence. D’où les importations informelles camerounaises en provenance du Nigéria ont atteint 176,58 milliards de FCFA en 2024, soit 66,5 % du total des importations non enregistrées. « Tant que le Naira reste faible, les produits nigérians seront irrésistiblement attractifs pour les marchés frontaliers du Cameroun », confie un économiste du commerce régional à Yaoundé. En effet, la monnaie nigériane s’est dépréciée jusqu’à atteindre 1690 Naira pour 1 USD (-73%) en novembre 2024. La monnaie faible d’un voisin géant agit comme un aspirateur sur la demande intérieure camerounaise, fragilisant la production locale et les recettes douanières.

DES ROUTES POREUSES ET DES CIRCUITS BIEN HUILÉS

La frontière de plus de 1 500 km entre les deux pays joue le rôle d’un couloir économique à ciel ouvert. Dans l’Extrême-Nord, 49,4 % des flux d’importations informelles transitent par les localités frontalières, suivies du Nord (20,8 %). Ces zones sont devenues de véritables plateformes d’échanges non officiels, où le carburant et le bétail se négocient à la faveur de la porosité frontalière. La baisse du Naira renforce encore cette dynamique. Le litre d’essence nigériane, revendu au Cameroun à des prix inférieurs aux tarifs officiels, alimente un trafic aussi lucratif que difficile à contenir.

 À côté des hydrocarbures, les produits manufacturés nigérians progressent fortement, notamment avec les chaussures qui bondissent de +170,8 % pour atteindre 21,2 milliards FCFA, les eaux minérales de +77,4 % et les briques et carreaux de +148,9 %. Ces flux nourrissent un écosystème informel aussi ancien qu’incontrôlé, drainant des milliards hors des circuits officiels de l’économie camerounaise.

 DES EXPORTATIONS EN SURSAUT, PORTÉES PAR LE CACAO

Face à cette domination des importations, le Cameroun tente de compenser par ses exportations informelles, dominées par le cacao en fèves. En 2024, le Nigéria a absorbé 64,8 milliards de FCFA de produits camerounais, soit 30,8 % des flux informels sortants. Le cacao en représente à lui seul 63,9 %, avec une progression spectaculaire de +145,6 %. Mais cette embellie masque un recul sévère d’autres produits jadis porteurs : huile de palme (-54,1 %), riz décortiqué (-68 %) et bétail vivant (-50 %).

La balance reste donc déséquilibrée, car le volume et la valeur des exportations n’égalent pas la puissance des importations dopées par le taux de change favorable du Naira. La perméabilité des frontières, les tensions sécuritaires et les différences de politiques de prix entre les deux pays maintiennent le commerce informel comme soupape économique. Tant que le Naira restera faible, les produits nigérians continueront à envahir les marchés camerounais, du Nord à Douala, sans passer par les circuits officiels.

Cette situation, si elle profite aux consommateurs à court terme, affaiblit durablement les recettes fiscales du Cameroun et déstabilise les filières locales.

Nécrologie : Ayang Luc est mort

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Le Cameroun est en deuil. Le président du Conseil économique et social (CES) est mort ce 14 octobre 2025 en Belgique. Le haut commis de l’Etat était en évacuation sanitaire dans ce pays d’Europe, à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC).

Dans une correspondance adressée le 4 octobre dernier au directeur du Cabinet civil de la présidence de la République, le ministre de la Santé publique sollicitait une intervention du président de la République pour une évacuation sanitaire d’urgence d’Ayang Luc en Europe, par avion médicalisé. Le miracle ne s’est pas opéré.

Né en 1947, Ayang Luc est originaire de Doukoula dans le département du Mayo-Danay, région de l’Extrême-Nord. Diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), le spécialiste du droit et de l’économie a été ministre de l’Élevage, des pêches et des industries familiales en 1978. Réputé proche de Paul Biya, le ministre d’Ahmadou Ahidjo héritera du premier ministère lors de la brouille entre le nouveau président de la République et son premier ministre Bello Bouba Maïgari. A la suite de la tentative de coup d’Etat. Mais le premier ministre par intérim n’y séjournera d’août 1983 à janvier 1984. Il lui est alors confié le poste de président du Conseil économique et social qu’il dirigera jusqu’à sa mort.

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