Une prétendue réponse du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, à une lettre ouverte attribuée à l’analyste Henri Matip Ma Soundjock a provoqué une vive agitation sur les réseaux sociaux camerounais ces dernières heures. Présenté comme un document officiel du ministère des Finances, le texte, rédigé dans un ton offensif et très détaillé, défendait la politique d’endettement du Cameroun et justifiait notamment de nouveaux financements annoncés le 17 mai 2026.
Le document, abondamment relayé sur WhatsApp, Facebook et X, évoquait avec précision des montants, des taux d’intérêt, des projets d’infrastructures et même des comparaisons avec le Japon, le Rwanda ou encore le Botswana. Suffisant pour semer le doute chez de nombreux internautes, certains y voyant une rare sortie musclée du patron des Finances camerounaises.
Mais dans un communiqué officiel daté du 19 mai 2026, le ministère des Finances a formellement démenti être l’auteur de cette correspondance. Le département ministériel parle d’un « faux document » qui ne provient « ni du Cabinet du ministre, ni des services compétents de son département ministériel ».
Le Minfi souligne notamment que « le style rédactionnel et le format administratif » du texte incriminé « ne sauraient engager le Gouvernement de la République ». Le ministère rappelle par ailleurs que toute communication officielle s’effectue exclusivement à travers les canaux institutionnels reconnus et les plateformes gouvernementales habilitées.
Une fausse lettre… mais crédible pour beaucoup
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le degré de sophistication du faux document. La lettre utilise un vocabulaire technocratique maîtrisé, des références économiques internationales et des données chiffrées suffisamment cohérentes pour tromper une partie de l’opinion.
Le texte répondait point par point aux critiques formulées contre la dette publique camerounaise, défendant l’idée selon laquelle « ce n’est pas la dette qui appauvrit, mais l’usage improductif de la dette ». Il détaillait également quatre financements supposés obtenus auprès de la Banque islamique de développement, de la BEI, de l’AFD-Proparco et du Fonds OPEP.
Autre élément ayant alimenté la viralité et surtout conforté le caractère grossièrement faux de la prétende réponse du Minfi : le ton inhabituellement direct du document, avec des phrases telles que : « Je peux refuser les 53 milliards et être populaire sur Twitter. Ou je peux les prendre, les contrôler, les rendre productifs. »
Pour plusieurs observateurs, cette mise en scène traduit surtout l’évolution des techniques de désinformation numérique, où de faux documents administratifs sont désormais rédigés avec un haut niveau de réalisme.
Le ministère appelle à la vigilance
Face à l’ampleur de la diffusion, le ministère des Finances invite les citoyens, les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux à « faire preuve de vigilance » et à se référer uniquement aux sources officielles.
Cette affaire relance le débat sur la circulation massive de fausses informations au Cameroun, particulièrement autour des questions économiques et politiques sensibles. Elle intervient d’ailleurs dans un contexte où les autorités multiplient les appels à la responsabilité numérique et à la lutte contre la manipulation en ligne.
En quelques heures seulement, cette fausse lettre aura réussi à captiver la toile, illustrant une nouvelle fois la puissance virale des contenus mêlant politique, économie et polémique sur les réseaux sociaux camerounais.







