Monnaie : Consommateurs et petits commerçants paient le prix

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Les usagers sont contraints d’acheter des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin pour prendre un moyen de transport ou faire des achats ; tandis que les sauveteurs ont du mal à écouler leurs marchandises faute de petite monnaie.

Armel Tchoffo est à l’arrêt taxi au carrefour cité depuis au moins 10 minutes. Il se rend à PK 14 mais les taxis font le plein devant lui et s’en vont sans le prendre par ce qu’il n’a pas de pièces de monnaie. « Je suis déjà habitué. C’est très compliqué le matin d’avoir le taxi et même la moto quand tu n’as pas de pièces. Les conducteurs te disent qu’ils viennent de sortir de chez eux donc pas de jetons ». dit-il. Contrairement à lui, Yannick Ntep jeune entrepreneur n’a pas de temps à perdre et a trouvé une astuce. « Quand je rentre le soir du boulot, je m’arrange à faire de la monnaie, en achetant quelque chose à la boutique du quartier juste pour avoir les pièces le lendemain pour pouvoir emprunter le taxi. Au moins avec mon boutiquier, il peut garder ma monnaie et me donner juste le montant dont j’ai besoin.»

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Dans les supermarchés, beaucoup ont opté pour le paiement électronique pour contourner cette situation. Mais cette solution ne convient pas à tout le monde notamment ceux qui n’ont pas toujours des liquidités dans leur compte mobile money. Dans ces cas-là, les friandises tous types confondus sont proposés pour faire un chiffre rond. Seulement, c’est une dépense supplémentaire et inutile que subit le consommateur. « Finalement on est obligé d’acheter des choses qui ne nous servent pas. Quand vous arrivez au supermarché vous finissez par prendre des bonbons par ci, des chocolats par là ; quand vous êtes au marché, on vous donne du cube etc et à la fin d’une semaine, ces petites dépenses représentent un petit budget qui peut aider même acheter du pain pour les enfants », s’offusque Hélène ménagère.

Un ralentissement des activités économiques

Cette situation crée par ailleurs un ralentissement de l’activité économique. Dans les marchés par exemple, plusieurs commerçants ont changé d’approche. Certains obligent le client à payer en pièce de monnaie quand il sollicite un produit qui coûte moins de 500francs tandis que d’autres ne font plus de détails pour les denrées en deçà de ce montant. Ce qui pénalise des ménagères qui ont un faible pouvoir d’achat. De l’autre côté, certains petits commerçants, notamment les ambulants disent éprouver de réelles difficultés à cause de cette rareté de pièces. « Quand je n’ai pas de monnaie, je peux vendre jusqu’à 19h le soir, mais quand en sortant le matin j’ai les pièces au trop à 15h j’ai fini. Donc souvent quand je suis pressée j’achète la monnaie pour pouvoir vendre », nous confie Blaise vendeur d’œufs cuits.

Conséquences 

Dans sa récente note de politiques économiques, Camer cap-Parc, un centre d’analyses et de recherche souligne à propos de la politique monétaire que cette situation ne favorise pas la consommation et crée une certaine inflation: « pour le citoyen ordinaire, la rareté actuelle des pièces de monnaie et de petites coupures de billets de banque au Cameroun crée et maintient une inflation artificielle qui n’encourage pas la consommation et par ricochet la production », peut-on lire sur ledit document.

Il faut dire que la BEAC s’est maintes fois exprimée sur la question. Elle avait notamment annoncé en novembre 2019 une opération d’émission de jetons dans les six pays de la zone Cemac dont le Cameroun. Mais depuis la situation persiste. Quelques cas d’interpellation des individus en possession des pièces de 100 FCFA notamment en grande quantité ont été opérés par la gendarmerie. Leur exploitation dans les machines à sous ou par des bijoutiers a également été maintes fois pointée du doigt.

Par Tatiana Meliedje

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