Les images sont effroyables. Un magasin en proie à des pillages, les portes détruites, les marchandises volées. D’autres commerces subiront le même sort dans la ville. Puis un domicile vandalisé et mis à feu. C’est celui d’u certain Flavien Kamdem Nziko, dit « Inter-Espace », un homme d‘affaires bien connu dans cette localité depuis des décennies. La scène se passe dans la ville de Zoétélé, dans le département du Dja et Lobo, région du Sud ce 19 mai 2026.
Selon plusieurs témoignages, il s’agit des commerces appartenant à des ressortissants de l’Ouest-Cameroun, pris pour cibles, par des fils du coin. L’on apprend que ces incidents sont liés à la libération récemment du couple par la justice, après avoir été incarcérés en mas dernier dans le cadre des enquêtes sur la mort d’une jeune femme, Marie Patience Dikamba dont le corps brûlé a été retrouvé dans la broussaille derrière l’hôtel de ville de Zoetélé le 29 mars dernier. Ce couple avait été indexé comme suspect. Les enquêtes n’ont pas trouvé matière à les retenir et la justice les a libérés. Dans une lettre adressée aux autorités administratives et judiciaires locales, des chefs traditionnels avaient dénoncé « un assassinat lâche et particulièrement violent» de leur fille. En interpellant les autorités sur le « sentiment d’injustice » des populations, les chefs traditionnels reprochaient au procureur son laxisme, pour n’être pas descendu sur le terrain, et exigeaient une communication sur l’affaire.
Impunité
Non contents de cette libération, certains jeunes autochtones, ont décidé d’en découdre avec ce couple, et par extension, avec d’autres ressortissants de la région de l’Ouest installés dans cette ville pour des raisons de commerce. Les forces de l’ordre ont pu maitriser la situation, mais les tensions restent vives dans cette localité.
Cela se passe la veille de la fête nationale de l’Unité. Un coup fatal porté contre cette unité que vantent les pouvoirs publics, alors que des poches de tensions à visage tribaliste résistent à travers le pays, et notamment dans cette région du Sud qui est habitué de ces scènes de pillages. Certains observateurs voient la main d’élites politiques. Et par le passé, l’on a vu certains sommer des allogènes meurtris par des pillages, d’«épouser la couleur locale », parlant du parti au pouvoir dont les hauts cadres et les autorités administratives s’opposent à toute implantation des partis d’opposition. Et pourtant, dans ce climat, une voix dissonante a régulièrement sensibilisé contre de telles pratiques, notamment celle de Louis Paul Motaze, ministre des Finances et natif du Dja et Lobo. L’homme s’est toujours opposé à toute idée de voir en l’allogène un ennemi. En face, d’autres mains noires lui résistent.
En constatant « la répétition et la récurrence de tels actes dans la région du Sud, où la moindre situation sécuritaire ou politique délicate semble devenir quasi-automatiquement une occasion de chasse aux allogènes», ACT-ED, une association de lutte contre le tribalisme et les discours haineux au Cameroun promue par Njoya Moussa, croit que « c’est l’impunité ou tout au moins la sanction déficitaire des actes semblables dans le passé, qui fait le lit de la répétition de ces exactions». Le président d’ACT-ED appelle à « une action résolue des responsables de notre pays à divers titres, face à la prolifération et la banalisation des discours haineux, tribalistes et xénophobes dans les médias et les réseaux sociaux».
Pour comprendre l’affaire







