mercredi, mai 20, 2026
spot_img
AccueilfinanceL’État peine à décaisser 5 044 milliards FCFA pour financer ses projets

L’État peine à décaisser 5 044 milliards FCFA pour financer ses projets

Au 31 mars 2026, le volume des financements extérieurs déjà sécurisés mais non encore mobilisés atteint un niveau élevé, selon les données de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), organisme public chargé de la gestion de la dette publique. Malgré une légère hausse trimestrielle, ces ressources continuent de mettre en lumière les difficultés persistantes de l’État à transformer des engagements financiers en dépenses effectives pour les projets publics.

Le Cameroun continue d’accumuler une masse importante de ressources financières déjà sécurisées pour ses projets, mais qui restent encore à l’écart des circuits d’exécution. À fin mars 2026, les Soldes engagés non décaissés (SEND’s) atteignent 5 044,6 milliards FCFA, dont 4 798,3 milliards FCFA hors appuis budgétaires, selon la Conjoncture mensuelle de la dette publique au 31 mars 2026 publiée par la CAA. En glissement annuel, ces engagements enregistrent une baisse de 5,2 %, alors qu’ils progressent de 4,4 % en glissement trimestriel.

En variation mensuelle, une légère hausse de 0,2 % est également observée. Ces SEND’s sont constitués exclusivement de financements extérieurs. « Les SEND’s extérieurs hors appuis budgétaires, évalués à environ 4 798,3 milliards FCFA, devraient être mobilisés à 69,1 % auprès des bailleurs de fonds multilatéraux, à 11,2 % auprès des partenaires bilatéraux et à 19,7 % auprès des créanciers commerciaux », indique le rapport de la CAA.

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, ce montant dépasse plusieurs fois les dépenses annuelles d’investissement exécutées par l’État camerounais. Il ne s’agit toutefois ni d’argent dormant dans les caisses publiques ni de ressources immédiatement disponibles pour être librement utilisées par le Trésor. Les SEND’s correspondent plutôt à des financements obtenus à travers des accords de prêt déjà signés avec des bailleurs internationaux, mais dont une part importante n’a pas encore été effectivement tirée.

Concrètement, « lorsqu’un partenaire comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou une banque commerciale internationale signe une convention de financement avec le Cameroun pour construire une route, un barrage, un hôpital, une ligne électrique ou financer un programme public, l’ensemble des fonds prévus n’est généralement pas versé immédiatement. Les décaissements interviennent progressivement, en fonction de l’avancement réel des projets, de l’exécution des travaux ou du respect de certaines conditions prévues dans les conventions », explique un expert.

Même si l’encours recule légèrement sur un an, son niveau demeure particulièrement élevé. Pour plusieurs observateurs des finances publiques, le maintien durable d’un volume important de SEND’s constitue souvent l’un des indicateurs d’une capacité limitée à absorber les financements extérieurs disponibles.

DES FINANCEMENTS EXISTENT, MAIS L’ARGENT N’ARRIVE QU’AU RYTHME DES PROJETS

 L’existence d’un stock élevé de SEND’s ne signifie pas automatiquement que les projets sont bloqués ou abandonnés. Elle traduit plutôt, dans de nombreux cas, un décalage entre la vitesse à laquelle les financements sont négociés et sécurisés, et celle à laquelle ils sont effectivement consommés. « Si l’État signe une convention de prêt de 100 milliards FCFA destinée à la construction d’une route, ce montant est considéré comme engagé. Mais si les procédures administratives prennent du retard, que les appels d’offres sont prolongés, que des études techniques complémentaires deviennent nécessaires ou que les travaux avancent plus lentement que prévu, seuls les montants effectivement justifiés seront décaissés. Si, après une année, seulement 30 milliards FCFA ont été mobilisés, les 70 milliards restants deviennent des SEND’s », poursuit notre expert.

Autrement dit, ces ressources existent sur le plan contractuel, mais leur mobilisation reste étroitement liée à la progression effective des projets. « Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation : procédures administratives longues, lenteurs dans la passation des marchés publics, difficultés liées aux expropriations, retards dans la libération des emprises foncières, capacités techniques limitées des administrations ou des entreprises, voire exigences particulières imposées par les bailleurs avant les décaissements », conclut notre expert.

Dans plusieurs projets d’infrastructures, l’obtention d’autorisations, la réalisation d’études complémentaires ou encore les difficultés rencontrées par les entreprises chargées des travaux peuvent également repousser les échéances prévues.

LES BAILLEURS MULTILATÉRAUX CONCENTRENT L’ESSENTIEL DES RESSOURCES ENCORE NON MOBILISÉES

L’analyse détaillée des chiffres de la CAA montre que les créanciers multilatéraux concentrent l’essentiel des ressources encore non tirées. Sur les 4 798,3 milliards FCFA de SEND’s hors appuis budgétaires, les partenaires multilatéraux représentent 3 563,9 milliards FCFA, soit près de sept francs sur dix. L’Association internationale de développement (IDA), branche de la Banque mondiale dédiée aux pays à revenus modestes, représente à elle seule 1 548,4 milliards FCFA. Elle est suivie par la Banque africaine de développement (BAD), dont les ressources non encore décaissées atteignent 838,5 milliards FCFA.

 Viennent ensuite la Banque islamique de développement (BID) avec 334,6 milliards FCFA, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) avec 162,8 milliards FCFA, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) avec 151,7 milliards FCFA, l’Union européenne avec 101 milliards FCFA, le Fonds africain de développement (79,2 milliards FCFA), le Fonds de l’OPEP (35,5 milliards FCFA) et le FIDA avec 8,2 milliards FCFA. Les appuis budgétaires représentent, quant à eux, 246,3 milliards FCFA, presque entièrement constitués de financements du Fonds monétaire international, évalués à 245,6 milliards FCFA.

 Du côté des créanciers bilatéraux, les ressources non encore mobilisées atteignent 536 milliards FCFA. La France concentre l’encours le plus élevé avec 208,9 milliards FCFA, devant l’Inde avec 94,6 milliards FCFA, l’Arabie saoudite avec 66,6 milliards FCFA, l’Eximbank de Chine avec 50,9 milliards FCFA et la Norvège avec 49,5 milliards FCFA. Les créanciers commerciaux totalisent, quant à eux, 944,7 milliards FCFA. Standard Chartered Londres arrive en tête avec 220 milliards FCFA, suivi de l’ICBC avec 172,2 milliards FCFA, Société Générale Paris avec 108,7 milliards FCFA et Intesa Sanpaolo avec 99,9 milliards FCFA.

LA BAISSE DES INVESTISSEMENTS PUBLICS APPORTE UN SIGNAL SUPPLÉMENTAIRE

Le maintien d’un stock élevé de financements non encore mobilisés intervient dans un contexte où les dépenses d’investissement de l’État ont elles-mêmes connu un ralentissement. Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2026-2028, les dépenses d’investissement public au premier trimestre 2025 se sont établies à seulement 118,8 milliards FCFA, contre 200,2 milliards FCFA un an plus tôt, soit une baisse de 40,7 %. Le ministère des Finances précise également que cette enveloppe ne représentait que 12,4 % des dépenses globales de l’État, évaluées à 957,5 milliards FCFA.

 Le document précise que cette baisse est principalement liée à un ralentissement des décaissements sur les prêts destinés aux projets. Les prêts-projets effectivement décaissés ont reculé de 11,6 % sur la période, avec un taux d’exécution des objectifs budgétaires limité à 71,6 %. Pris ensemble, ces éléments apportent un signal supplémentaire sur la persistance des difficultés d’absorption des financements extérieurs. Car disposer d’accords de financement signés ne se traduit pas automatiquement par la construction de routes, d’hôpitaux ou d’infrastructures énergétiques. Entre la signature des conventions et la transformation effective de ces ressources en réalisations visibles, plusieurs étapes continuent de ralentir le processus. Tant que ce décalage persistera, une part importante des milliards déjà sécurisés restera davantage disponible sur le papier que sur les chantiers.

spot_img
LIRE AUSSI
0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

ACTUELLEMENT EN KIOSQUE

spot_img

LES PLUS RECENTS

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x