Au 31 mars 2026, 68,3 % de la dette de l’administration centrale (hors restes à payer de plus de trois mois et dette flottante) est libellée dans des devises autres que le FCFA. Autrement dit, sur un encours total évalué à 13 567 milliards de FCFA (39 % du PIB), près de 9 266 milliards correspondent à des dettes extérieures, tandis que la dette intérieure représente environ 4 300 milliards de FCFA, soit respectivement 26,7 % et 12,4 % du PIB.
Cette structure implique que les remboursements effectués par l’État ne dépendent pas uniquement des montants empruntés et des taux d’intérêt convenus lors de la signature des prêts. Ils restent également sensibles aux évolutions des monnaies internationales dans lesquelles ces emprunts ont été contractés. Les données de la CAA montrent que cette exposition est fortement concentrée autour de quelques devises majeures utilisées dans les financements internationaux.
Selon l’organisme, les principales monnaies composant le portefeuille de dette publique sont le franc CFA (31,7 %), l’euro (30,7 %), le dollar américain (18,5 %) et les droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI (12,6 %). Toutefois, si l’on isole uniquement la dette extérieure — celle qui échappe mécaniquement à la zone franc — la répartition évolue sensiblement : 44,8 % de cette dette est libellée en euros, suivie du dollar américain avec 27,0 % et des DTS avec 18,3 %.
Cette composition expose le pays à un mécanisme relativement simple. Lorsqu’une monnaie étrangère s’apprécie par rapport au FCFA, l’État doit mobiliser davantage de ressources en monnaie locale pour rembourser une dette dont le montant nominal n’a pourtant pas changé. Pour un pays qui perçoit l’essentiel de ses recettes fiscales et budgétaires en FCFA, une appréciation du dollar ou de l’euro peut ainsi augmenter le coût réel du service de la dette.
UNE VULNÉRABILITÉ EXPLICITEMENT SIGNALÉE PAR LA CAA
Dans son rapport, la Caisse autonome d’amortissement attire elle-même l’attention sur cette caractéristique du portefeuille de dette de l’administration centrale. « Le risque de change – Dette en devises (% du total) est estimé à 68,3 % du portefeuille global. La part de la dette libellée en devises autres que le FCFA est estimée à 68,3 % du portefeuille global, soit une exposition de 37,6 % du portefeuille, considérant la dette libellée en euro, évaluée à 30,7 % de la dette totale », indique le document.
Cette exposition aux monnaies étrangères ne signifie toutefois pas automatiquement une dégradation de la soutenabilité de la dette camerounaise. Plusieurs indicateurs demeurent relativement favorables. Le coût moyen pondéré de la dette totale s’établit à 2,8 % (2,4 % pour la dette extérieure contre 3,5 % pour la dette intérieure), tandis que la durée moyenne de refinancement atteint sept ans, limitant ainsi les risques de refinancement à court terme.
De plus, la part de la dette à taux variable — exposée aux fluctuations des taux d’intérêt — ne représente que 21,4 % du portefeuille global. Enfin, avec un niveau correspondant à 39 % du PIB, la dette de l’administration centrale demeure inférieure au seuil communautaire de 70 % retenu dans l’espace CEMAC. Derrière ces indicateurs globalement rassurants, le risque de change apparaît néanmoins comme l’un des principaux points de vigilance pour les gestionnaires de la dette publique.
Contrairement au niveau nominal d’endettement, qui évolue en fonction des nouveaux emprunts et des remboursements effectués, les fluctuations monétaires peuvent modifier rapidement le coût réel du service de la dette sans que l’État ne contracte un seul emprunt supplémentaire.
Autrement dit, même à niveau d’endettement inchangé, une évolution défavorable des devises internationales peut mécaniquement alourdir la charge financière supportée par les finances publiques camerounaises.







