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Décès de Cavaye Yéguié Djibril, ancien président de l’Assemblée nationale

L'ancien président de l'Assemblée nationale du Cameroun, Cavaye Yéguié Djibril, est décédé ce mercredi 6 mai 2026 à Mada, dans l'Extrême-Nord, à l'âge de 86 ans. Il avait occupé le perchoir de la chambre basse sans discontinuer de 1992 à mars 2026, date à laquelle Théodore Datouo lui avait succédé.

Le Cameroun a perdu, mercredi 6 mai 2026, l’une de ses figures parlementaires les plus durables. Cavaye Yéguié Djibril, ancien président de l’Assemblée nationale, est mort à son domicile de Mada, près de Tokombéré, dans le département du Mayo-Sava, région de l’Extrême-Nord. Son départ intervient moins de deux mois après son retrait du perchoir, transmis le 17 mars 2026 à Théodore Datouo.

Né à Mada, formé au centre régional d’éducation physique et sportive entre 1960 et 1963, il avait d’abord exercé comme maître d’EPS à Maroua, avant d’être nommé inspecteur interministériel du Grand Nord en 1965. Fonctionnaire avant d’être homme politique, il avait ensuite imposé sa longévité au sommet de la chambre basse, qu’il a présidée de 1992 à 2026

En avril 1970, il franchit pour la première fois les portes de l’Assemblée législative du Cameroun oriental. Un an plus tard, il devient chef traditionnel du Mada, ajoutant à sa légitimité administrative une autorité coutumière qui ne le quittera plus. Après la création de l’État unitaire, il est élu à l’Assemblée nationale en 1973 et obtient le poste de questeur au bureau de la chambre. En 1975, l’Union nationale camerounaise l’intègre dans son Comité central. L’ascension est méthodique.

L’entrée dans le dur

En 1983, il accède au poste de deuxième vice-président de l’Assemblée nationale. Cinq ans plus tard, il s’éloigne brièvement de la législature pour exercer comme adjoint au préfet de Diamaré. En mars 1992, il revient et remporte un siège de député. Dans la foulée, il est élu président de l’Assemblée nationale. Il a cinquante-deux ans. Il ne quittera plus ce fauteuil.

En 1985, lorsque Paul Biya transforme l’UNC en Rassemblement démocratique du peuple camerounais, Cavaye Yéguié Djibril est reconduit au Comité central du nouveau parti. Sa fidélité au chef de l’État est totale, constante, jamais démentie.

Trente-deux réélections, un record absolu

De 1992 à 2024, Cavaye Yéguié Djibril est réélu trente-deux fois successivement à la présidence de l’Assemblée nationale. Un record sans équivalent dans les annales parlementaires du pays. À chaque législature, le RDPC le présente comme son candidat naturel au perchoir. Les votes sont des formalités, sauf une fois.

En août 2007, un député du parti, Adama Modi, annonce qu’il se porte candidat contre lui. Les dirigeants du RDPC le supplient de renoncer. Il refuse, invoquant ses droits. Le jour du vote, il quitte finalement la salle sans participer au scrutin. Cavaye, lui, reste assis, impassible, et est élu avec 130 voix sur 143 participants. Un comité de discipline du parti est ensuite constitué pour examiner le comportement de Modi. Cette séquence résume en quelques heures ce qu’est le style Cavaye — la solidité silencieuse face à l’agitation.

En novembre 2001, depuis son perchoir, il prend publiquement position contre les tendances sécessionnistes dans la région anglophone, affirmant que l’Assemblée nationale ne tolérerait pas les menaces à la stabilité nationale. En novembre 2005, il exhorte les députés à s’engager activement dans la lutte contre la corruption.

Le Lamido et le Parlement

Cavaye Yéguié Djibril n’est pas seulement un homme d’appareil. Dans le Grand Nord, il est le Lamido de Mada, chef traditionnel influent que beaucoup considèrent comme le patriarche du septentrion. En mars 2010, il préside le Forum national des souverains traditionnels du Cameroun, dont il est désigné président honoraire. Il y trace la ligne qui selon lui doit guider les chefs de terre — coopérer avec l’État, promouvoir la culture, soutenir l’administration publique, sans jamais agir comme une autorité parallèle. Le Forum publie dans la foulée une déclaration appelant Paul Biya à se représenter à l’élection présidentielle de 2011.

Cette double stature — homme du Parlement et chef de terre — est au cœur de son influence réelle, bien au-delà de ce que ses titres officiels laissent percevoir.

Le retrait et la fin

En 2026, l’état de santé de Cavaye Yéguié Djibril se détériore. Il est évacué en Afrique du Sud pour raisons médicales. Le 17 mars 2026, Théodore Datouo est élu à la présidence de l’Assemblée nationale, mettant un terme officiel à trente-quatre ans de règne parlementaire. Moins de deux mois plus tard, Cavaye Yéguié Djibril s’éteint à Mada, là où tout avait commencé, à l’âge de 86 ans.

Sa mort survient quelques jours seulement après celle de Marcel Niat Njifenji, ancien président du Sénat. Deux figures majeures du même édifice institutionnel, disparues à quelques jours d’intervalle. Pour l’architecture politique bâtie sous Paul Biya, c’est une séquence sans précédent. À Yaoundé, aucune communication officielle de la présidence de la République n’avait encore été rendue publique au moment où la nouvelle se répandait dans le pays. La classe politique camerounaise, toutes tendances confondues, avait déjà commencé à saluer la mémoire d’un homme qui aura incarné, mieux que quiconque, une certaine idée de la permanence.

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