mercredi, mai 20, 2026
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les arriérés de paiement, facteur de vulnérabilité économique, selon la Chambre des comptes

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La Chambre des comptes de la Cour suprême met en garde contre une dérive budgétaire désormais persistante. Dans son rapport sur l’exécution budgétaire pour l’exercice 2024, rendu public le 19 novembre 2025, l’institution souligne que les restes à payer – ces dépenses engagées mais non réglées – continuent de s’accumuler d’année en année, au point de devenir un risque sérieux pour l’économie nationale et pour la crédibilité financière du Cameroun.

 Au 31 décembre 2024, ils atteignaient 926,49 milliards de FCFA, selon des données publiées par cette institution. Les dépenses courantes comme les biens et services (281,6 milliards), les subventions et transferts (334,7 milliards), ou encore les dépenses en capital (373,6 milliards) concentrent l’essentiel du stock

Le volume des restes à payer qui croit incessamment au fil des années n’est pas qu’un poids latent pour la trésorerie de l’Etat. Il « confère » également au pays, « le statut permanent » de « mauvais élève » en matière de respect des règles communautaires , et même de celles qu’il a lui même édictées. En effet , comme le souligne la Chambre des comptes, cette accumulation des RAP se fait en violation du principe communautaire de non-accumulation des arriérés de paiement sur la gestion courante, en zone Cemac. 

La Chambre cite également le décret  du 7 juillet  2020 portant règlement général de la comptabilité publique, selon lequel « le paiement est l’acte par lequel l’État se libère de sa dette (…) » et « que toute dépense non réglée dans un délai de quatre-vingt-dix jours après liquidation devient automatiquement un arriéré, assorti d’un intérêt moratoire».

 La chambre des comptes rappelle également l’instruction comptable du 4 mai 2022, qui précise « que toute dépense non payée au terme de la période complémentaire doit être reclassée dans les dettes financières, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui». Cette absence de reclassement, écrit-elle, « masque une partie de la dette publique et ne permet pas d’avoir la situation exhaustive de celle-ci ».

Dans son analyse, la Chambre des comptes met en relation directe ces retards de paiement avec les tensions qui se propagent dans l’économie réelle. Elle affirme que « l’importance de ces restes à payer ne permet pas d’avoir une exécution harmonieuse du budget de l’État », et  leur accumulation « impacte négativement l’économie nationale ». A en croire cette dernière , les arriérés privent les entreprises de liquidités, perturbent leur accès au crédit, ralentissent l’activité et finissent par peser sur l’emploi. Ils poussent les fournisseurs à augmenter leurs prix pour se protéger du risque de retard, ce qui renchérit les prestations et affaiblit l’efficacité de la dépense publique.

La Chambre avertit également que l’augmentation du coût des fournitures peut contraindre les administrations à réduire leurs achats ou à diminuer le niveau des services rendus, voire à en suspendre certains. Les fournisseurs, confrontés à leurs propres difficultés de trésorerie, peuvent exiger un paiement avant livraison, ce qui menace la continuité de services essentiels comme l’électricité, l’eau ou le carburant, ou encore retarde des projets d’investissement. 

L’institution souligne par ailleurs que les retards chroniques créent un terrain propice aux pratiques de contournement, en encourageant la corruption et la collusion entre certains acteurs publics et privés qui cherchent à accélérer le traitement des dossiers.

La pression se répercute aussi sur le système financier. « Pour compenser leur manque de liquidité, des opérateurs économiques se tournent vers les banques, ce qui renforce les tensions sur la dette et contribue à un mouvement haussier des taux d’intérêt. Dans cet environnement dégradé, les fournisseurs, fragilisés et moins confiants dans la solvabilité de l’État, hésitent parfois à s’acquitter de leurs obligations fiscales et sociales tant qu’ils n’ont pas été payés. Cette chaîne d’effets finit par fragiliser l’équilibre budgétaire lui-même, car la prise en compte des restes à payer en début d’année crée des contraintes de trésorerie qui se répercutent jusqu’à la clôture de l’exercice » , souligne la Chambre des comptes. 

Elle estime par ailleurs que ces tensions auraient pu être anticipées si le montant des restes à payer avait été intégré dès la loi de finances initiale, ce qu’elle recommande désormais de manière formelle. Elle appelle également à isoler ces montants en fin d’exercice afin de rechercher des financements spécifiques, dans le but d’assurer une exécution budgétaire plus fluide et plus transparente.

Dans le rapport de la chambre des comptes il est indiqué que le ministre des Finances reconnaît la pertinence de l’observation et affirme que, même en l’absence de cadre formel, les restes à payer de plus de trois mois font l’objet d’un suivi par la Caisse autonome d’amortissement. Les notes de conjoncture de cette dernière l’attestent d’ailleurs. A fin septembre 2025, les arriérés ont drastiquement baissé atteignant 485,4 milliards de FCFA, soit un niveau identique à celui observé trois mois plus tôt. La CAA précise toutefois que ces estimations demeurent provisoires et doivent être consolidées par le Trésor public au terme des travaux de fin de période.

BGFIBank Cameroun ouvre trois nouvelles agences à Douala

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Situés au marché Central, Ndokoti et marché Congo, ces espaces inaugurés le 20 novembre dernier visent des lieux stratégiques d’activités de commerce général et d’artisanat.

« Cornaline », « Amazonite » et « Malachite », des pierres précieuses sont des noms de baptême des trois nouvelles agences commerciales de BGFIBank Cameroun à Douala. Le premier est situé à Ndokoti, le second au marché central au lieu-dit Carrefour Gazon et le dernier au marché Congo sur la Rue Gallieni. C’est un positionnement stratégique dans les arrondissements de Douala 3ème, 2ème et 1er. Les lieux choisis sont des centres d’affaires, reconnus pour des activités de commerce général et d’industrie et d’artisanat.

 La cérémonie d’inauguration de ces agences le 20 novembre dernier était l’occasion pour la banque de décliner son plan d’action pour satisfaire la cible dans ces espaces commerciaux.   BGFIBank Cameroun  a décidé de s’adapter aux réalités de fonctionnement des commerces de ces zones, en modifiant ses horaires et jours d’ouverture. Les agences « Cornaline », « Amazonite » et « Malachite », seront ouvertes du Lundi au Vendredi de 10h00 à 18h00, le Samedi et les Jours fériés de 11h00 à 17h00.  Ceci, en plus des solutions de financement taillées sur mesure. « Toute cette organisation est mise en place pour que les nouvelles agences qui sont situées dans les marchés puissent mieux se rapprocher de la clientèle et s’adapter en fonction de l’environnement dans lequel elles se trouvent. Et ajouté à cela, dans l’organisation commerciale, on a pu ajouter en place les différents acteurs commerciaux pour renforcer la présence structurelle. Vu que nous sommes dans les marchés, on peut bien s’adapter avec nos descentes sur le terrain, l’écoute de la clientèle et également proposer des solutions adaptées à leur besoin », explique le chef d’agence de Ndokoti.

A travers ces ouvertures simultanées, BGFIBank Cameroun dit poursuivre l’ ambition d’être le « Partenaire pour l’avenir » de toutes les populations quel que soit le secteur d’activités.  La banque compte désormais 25 agences, 03 cash point, 01 Centre d’affaires et 49 distributeurs automatiques de billets.

 Arrivé au Cameroun en 2012, Cette filiale locale du groupe bancaire gabonais a investi différents marchés: la banque de détail (Particuliers de tout type, TPE-TPI, PME-PMI, Professionnels libéraux, Associations, Commerçants…); la banque d’affaires et la banque privée

Réaction

Abakala MAHAMAT, ADG BGFIBank Cameroun

 « Nous voulons mieux servir nos petites entreprises, nos commerçants dans les marchés »

« La ville de Douala c’est le poumon de l’économie et pour que nous marquions notre impact sur l’économie, il faut bien que nous nous installions de façon durable dans la ville de Douala.  Nous avons commencé une politique d’expansion, nous avons commencé une politique du little banking depuis plusieurs années. Il est donc question pour nous aujourd’hui de continuer cette politique-là pour faire en sorte que la banque soit plus proche des populations, qu’on puisse apporter aux populations une banque de proximité, de qualité et surtout une banque qui soit irréprochable au niveau du service. Aujourd’hui, nous sommes à Ndokoti, nous ouvrons Ndokoti cumulé avec les agences du marché central et les agences du marché Congo.  Vous voyez que nous avons recentré notre politique pour mieux servir nos petites entreprises, nos commerçants dans les marchés phares de la ville de Douala.  C’est la concrétisation de l’implémentation pratique de cette politique sur le terrain. »

Formations professionnelles : à l’Est, le C2D injecte 3 milliards FCFA pour renforcer les compétences des jeunes

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Centre de Formation aux Métiers de Bertoua, implanté à Mandjou, anciennement appelée commune de Bertoua rurale, à environ 9 km du centre urbain.

Sous le soleil de canicule de Bertoua, jeudi 20 novembre 2025 aux environs de 11h, Oumarou Ousmanou, apprenant en filière transformation du bois au CFM, ponce un guéridon. Son geste est régulier, maîtrisé. À proximité, un camarade travaille sur un autre meuble sous la supervision de leur encadreur. Oumarou, la vingtaine révolue, effectue sa deuxième semaine de stage d’imprégnation, une immersion destinée à familiariser les apprenants avec les machines, les types de bois et les techniques d’assemblage.

Deux apprenants du CFM de Bertoua en stage d’imprégnation au sein de l’entreprise Kakabi, encadrés sur site par leur superviseur professionnel.

Avec un ton déterminé, il raconte les raisons qui l’ont poussé à rejoindre la formation : « Au départ, ce n’était pas facile de me débrouiller sans une technique de base. La situation familiale était compliquée et je cherchais à me former pour devenir professionnel. » Il se souvient également de sa rencontre avec une équipe de sensibilisation du CFM : « Ils m’ont présenté les offres de formation. J’ai accepté, parce que je voulais obtenir un diplôme et une reconnaissance. »

 Pour Oumarou comme pour beaucoup de jeunes vivant dans la région, l’intérêt d’un centre de formation réside dans l’accès à une filière structurée délivrant un diplôme reconnu par l’État. « Je voulais me former depuis longtemps, mais je ne savais pas comment entrer dans un cadre organisé », lance l’originaire d’une des régions septentrionales du pays. Son objectif est clair : créer une petite entreprise après sa formation pour assurer son autonomie et soutenir ses frères cadets. D’abord inscrit en transformation animale, il se réoriente vers la filière bois après le module « métier et formation », qui présente les exigences et contraintes de chaque spécialité.

Comme lui, une vingtaine d’apprenants suivent actuellement leur parcours au CFM de Bertoua, implanté à Mandjou, anciennement appelée commune de Bertoua rurale, à environ 9 km du centre urbain. Parmi eux, Serges Letina, inscrit en transformation et conservation des produits végétaux, motive son choix par la disponibilité des matières premières dans l’Est et par un projet entrepreneurial né au quand-il était au secondaire. Il suit la formation depuis un mois et attend impatiemment les équipements de ce centre, pour la phase pratique qui doit compléter la théorie.

 Youego Dorcas, engagée dans la filière énergie renouvelable et électromécanique, évoque les besoins énergétiques de la région comme motivation : « Plusieurs localités n’ont pas d’électricité. Avec le solaire, on peut les alimenter. Mon objectif est d’aider les villages de l’Est. »

UN CENTRE FINANCÉ À PLUS DE 3 MILLIARDS FCFA

Le CFM de Bertoua, financé à 100 % par le Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) pour un montant d’environ 3 milliards de FCFA, est présenté comme un levier de structuration des compétences dans une région où l’emploi des jeunes reste majoritairement informel. Construit sur plus de 11 hectares, dont 6 hectares de surface utile, il propose des formations en transformation animale et halieutique, transformation végétale, transformation du bois et électromécanique.

Le site comprend dix bâtiments — blocs administratifs, salles de cours, showroom, auditorium — ainsi que cinq ateliers dédiés aux différentes filières. Plus de 98 % des travaux sont achevés et la réception officielle est annoncée d’ici la fin de l’année. Cinq marchés sont en cours d’exécution pour équiper les ateliers et assurer l’électrification du centre, avec une livraison prévue en décembre 2025.

À pleine capacité, le centre pourra accueillir annuellement près de 200 apprenants et proposera des formations initiales et continues, en présentiel, à distance, en cours du jour, du soir ou en alternance. Les filières ciblent des métiers directement liés au tissu productif local : opérateur de transformation des produits animaux (OTPA), opérateur de transformation des produits végétaux (OTPV), menuisier-ébéniste, charpentier, conducteur d’opérations de scierie ou affûteur.

Au-delà de la formation, le CFM est structuré comme un espace socio-économique. Les ateliers seront ouverts aux opérateurs locaux moyennant un paiement symbolique. Le showroom permettra la commercialisation des productions des apprenants, instituant un lien fonctionnel entre formation et marché. L’établissement devient ainsi un instrument d’intégration économique, renforçant les capacités productives d’une région au potentiel immense mais sous-exploité.

Selon un rapport 2022 de l’Institut National de la Statistique (INS), l’Est Cameroun affiche 62,8% d’emploi, dominé par secteurs primaires et informels, mais avec faible durée moyenne (3 ans 6 mois) et avec 9,8% d’enfants non qualifiés employés. L’Est présente également un taux de pauvreté de 30 % selon l’ECAM 4, inférieur au seuil national (37,5 %) mais reflétant une fragilité socio-économique persistante, comparable à celle observée dans l’Adamaoua et le Nord.

UNE RÉGION RICHE EN RESSOURCES MAIS CONFRONTÉE À DE FORTES CONTRAINTES

La région de l’Est, avec ses 109 002 km², est la plus vaste circonscription administrative du Cameroun. Son économie repose massivement sur ses ressources forestières, fauniques et halieutiques : deux tiers du territoire sont couverts de forêts abritant près de 300 espèces d’arbres, dont une trentaine sont couramment exploitées. L’exploitation du bois reste sélective et dominée par la première transformation, ce qui limite la valeur ajoutée locale malgré des recettes fiscales importantes dont une partie est reversée aux communes et communautés.

 Les produits forestiers non ligneux constituent une ressource clé pour les ménages, tout comme la faune dont les activités économiques se concentrent sur la chasse et le tourisme cynégétique. Selon les données officielles, les recettes issues de cette filière restent faibles, en décalage avec l’abondance du potentiel, sur fond de braconnage et de contrôle défaillant. Sur le plan énergétique, la région souffre d’un déficit structurel.

Le Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire (2024) dénombre 14 agglomérations électrifiées sur 43, desservies par des centrales thermiques ENEO totalisant une capacité installée de 23,4 MW, dont seulement 12,36 MW disponibles dans six centrales isolées. Ce déficit freine le développement industriel local et justifie l’intérêt croissant pour les filières d’électromécanique et d’énergies renouvelables.

 UN OUTIL DE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Le projet de CFM de Bertoua s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui cible l’adéquation formation-emploi comme pilier de transformation structurelle. Au niveau national, la formation professionnelle encadre plus de 300 000 jeunes par an via le MINEFOP, les chambres consulaires et les organisations professionnelles.

En 2022, le taux d’insertion des sortants s’établissait à 41,7 %, avec une employabilité supérieure pour les métiers techniques — bois, agro-industrie, maintenance — en lien direct avec les besoins des entreprises locales. Dans cette région riche en ressources mais caractérisée par une industrialisation sommaire et un accès limité à l’énergie, le CFM de Bertoua matérialise un investissement stratégique orienté vers la transformation locale, la montée en compétences et l’entrepreneuriat productif.

En rappel, le Contrat de désendettement et de développement (C2D), lancé en juin 2006 dans le cadre de la coopération franco-camerounaise, s’est imposé comme l’un des dispositifs les plus structurants de la dernière décennie. À l’issue du troisième et dernier contrat, près de 1 000 milliards FCFA auront été réinjectés dans l’économie nationale, avec pour finalité la réduction de la pauvreté, le renforcement des services de santé, l’amélioration des infrastructures et l’accélération du développement.

ACHILLE BASSILEKIN III : « Des facilités seront accordées aux entreprises privées contre le recrutement des jeunes »

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ACHILLE BASSILEKIN III, ministre des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat

« La détermination des pouvoirs publics de promouvoir l’entrepreneuriat et d’accompagner les entrepreneurs a été réaffirmée par le Chef de l’Etat à l’occasion de son discours d’investiture du 06 novembre 2025.

Aussi certaines mesures fortes ont été annoncées en faveur des entreprises notamment : la mise en place de facilités administratives et fiscales pour les entreprises privées avec en contrepartie, l’obligation pour celles-ci, de recruter les jeunes ; le renforcement des mécanismes d’encadrement et d’accompagnement des jeunes dans la conception, la mise en œuvre et le financement de leurs projets en liaison avec les banques locales et les bailleurs de fonds internationaux ; la promotion d’entreprises dans les secteurs à fort potentiel de création d’emplois, à l’instar du numérique, des mines, de l’agriculture et des services.

 A ce stade, comment ne pas relever pour mieux le souligner, l’octroi par le MINPMEESA d’un appui financier direct à hauteur de 420 millions FCFA à 22 juniors entreprises issues des incubateurs d’entreprises logés au sein des Universités d’Etat et Grandes Écoles ? C’est notre contribution à l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises dirigées par des entrepreneurs professionnels que nous espérons devenir des champions nationaux dans leurs secteurs respectifs.

Quant à vous chers, j’exhorte les entrepreneurs à s’approprier tous ces instruments, à capitaliser les opportunités offertes et à s’investir sans relâche pour qu’ensemble, à travers la dynamique de création de richesses, d’emplois et l’innovation, nous puissions accélérer notre marche vers l’émergence économique de notre pays. »

Women’s Entrepreneurship Day 2025 : l’entrepreneuriat féminin au centre de la compétitivité nationale

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L’édition 2025 du Women’s Entrepreneurship Day, tenue le 20 novembre à Yaoundé, a servi de plateforme pour redéfinir l’action publique en faveur des entreprises féminines. Le Ministre chargé des Petites et Moyennes Entreprises, Achille Bassilekin III, a replacé ces actrices au centre des politiques de création de richesse et d’emploi. Cette prise de position s’inscrit dans un environnement économique où l’innovation et la transformation industrielle sont considérées comme des leviers essentiels de croissance, avec un accent mis sur l’intégration des femmes dans ces chaînes de valeur.

 Les données officielles montrent une dynamique ascendante : en 2024, les Centres de formalité et de Création d’Entreprises ont enregistré 21 132 nouvelles PME, soit une hausse de 7,5 % par rapport à 2023. Les créations portées par des femmes représentent 26,58 %, contre 73,4 % pour les promoteurs masculins. Entre 2019 et 2024, le nombre d’entreprises créées par des femmes a progressé de 57,2 %, passant de 3 572 à 5 616. Cette évolution traduit l’impact des dispositifs publics d’accompagnement, mais aussi leurs limites, notamment en matière d’accès au financement, de consolidation des structures et de passage à l’échelle.

Selon les statistiques gouvernementales, les femmes dirigent 38 % des entreprises au Cameroun, avec une forte présence dans les très petites entreprises et une représentation réduite dans les grandes structures (14 %). Elles occupent 43 % des postes de direction, une proportion qui chute à 18 % dans les grandes entreprises. Ces écarts illustrent les difficultés d’accès aux marchés, aux capitaux et aux technologies productives. Ces contraintes renvoient aux obstacles classiques des économies émergentes : faible capitalisation, absence de garanties bancaires, coûts élevés du crédit, et complexité des procédures de formalisation.

La formalisation désigne ici le passage d’une activité informelle vers un statut légal reconnu par l’État, permettant l’accès aux financements institutionnels, aux marchés publics et aux protections juridiques. Face à ces défis, la série de réformes annoncées par le Ministre vise à corriger les rigidités structurelles. Il a évoqué des réponses « concrètes, rapides et efficaces » aux barrières persistantes, sans entrer dans les détails opérationnels, mais en laissant entrevoir un renforcement des outils de financement et des mécanismes de coopération avec les institutions financières. Ces mécanismes correspondent à des dispositifs dans lesquels l’État ou des partenaires apportent des garanties partielles, des subventions d’amorçage ou des lignes de crédit dédiées afin de réduire les risques bancaires liés aux TPE dirigées par des femmes.

Lors de la même session, Bertha Yenwo, présidente de CAWEECO, a insisté sur la nécessité de structurer davantage les partenariats entre entrepreneures, banques et décideurs publics. Elle a mis en avant la carence de dispositifs capables d’accompagner la montée en gamme des entreprises féminines, en particulier dans les secteurs où l’innovation technologique et la transformation de produits locaux peuvent générer une valeur ajoutée compétitive à l’échelle régionale.

Les démonstrations de produits et services exposées au WED ont illustré ce potentiel. Elles ont servi de base à une lecture élargie des opportunités industrielles, notamment dans les chaînes de transformation où les femmes occupent une place croissante. Ces vitrines permettent aux décideurs d’identifier des secteurs où un appui ciblé – financement patient, incubateurs, dispositifs de normalisation – pourrait accélérer l’intégration des femmes dans l’économie formelle.

Cette orientation s’inscrit dans la cohérence de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, qui positionne le secteur privé comme moteur de croissance et souligne la nécessité d’une inclusion renforcée des jeunes et des femmes. Lors du lancement de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat, le Ministre a rappelé que 62,2 % des promoteurs restent masculins, avec une forte concentration dans la tranche 30- 40 ans. Cette structure démographique questionne la capacité des politiques actuelles à créer des conditions favorables pour des profils diversifiés, notamment les femmes en début de carrière entrepreneuriale.

L’édition 2025 du WED a ainsi fonctionné comme un espace d’ajustement stratégique. Elle a mis en évidence la nécessité de passer d’une logique de soutien général à une démarche plus ciblée, centrée sur les contraintes financières, organisationnelles et industrielles. Les réformes annoncées seront évaluées à l’aune de leur capacité à réduire les coûts de formalisation, à sécuriser l’accès au crédit et à renforcer la compétitivité des entreprises féminines dans un environnement où la transformation productive devient un impératif national.

Finances publiques : les enseignants absorbent 58% des arriérés de salaire au 1er semestre 2025

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Selon le rapport sur l’exécution du budget de l’État à fin juin 2025, publié par le ministère des Finances, le gouvernement a consacré 78,5 milliards au premier semestre de l’année pour apurer la dette salariale. Ce terme désigne les rappels de salaires et les avantages de carrière dus aux fonctionnaires.

Le document officiel révèle que la majeure partie de cet argent est allée aux enseignants. Plus précisément, le secteur de l’enseignement secondaire et de l’éducation de base a capté à lui seul 45,4 milliards. Cette somme représente 57,9% du total des rappels soldés sur la période. Le rapport explique cette concentration des paiements par la mise en œuvre des mesures gouvernementales prises en réponse aux revendications salariales des enseignants.

 Au 1er janvier 2025, la dette salariale totale à résorber était estimée à 193,0 milliards. Après le décaissement de 78,5 milliards au cours des six premiers mois, un important reliquat demeure. Il reste ainsi plus de 114 milliards à mobiliser pour éteindre complètement cette créance envers les agents de l’État.

Ce montant s’ajoute aux sommes déjà versées les années précédentes dans le cadre de ce vaste programme d’apurement des arriérés.

Crise post-électorale: la guerre des chiffres

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Dans un communiqué de presse daté du 17 novembre 2025, le Collectif défense citoyenne, une organisation de la société civile, indique que, « plus de 1 900 personnes sont actuellement détenues, pour un total estimé à environ 2 500 arrestations sur l’ensemble du territoire » national camerounais. Faisant ainsi le bilan provisoire des violations des droits humains au Cameroun dans le cadre de la crise post-électorale, déclinées en des arrestations et détentions arbitraires, ponctuées de traitements inhumains, entre le 3 et le 16 novembre 2025, dans sept régions. Il s’agit du Littoral/Douala (640 interpellations, dont 383 détenus à PK19 sans accès aux avocats ; de l’Est (Bertoua, Batouri, Garoua-Boulaï avec 397 personnes détenues ; de l’Ouest (Bafoussam, Dschang, Bandja avec 397 personnes gardées à vue ou incarcérées; de l’Extrême-Nord (Maroua, Mokolo avec 191 arrestations, dont 12 mineurs); du Centre et Sud (Yaoundé, Ntui avec plus de 300 arrestations); et du Sud (chiffres non mentionnés).

Les régions du Nord et de l’Adamaoua n’y figurent pas, alors que les manifestations n’ont pas épargné ces deux régions, et particulièrement celle du Nord qui a enregistré le premier mort. Ici les manifestations ont débuté le jour même de l’élection, lorsque la gendarmerie a tenté d’arrêter Issa Tchiroma Bakary à Garoua dans la région du Nord. Ses partisans sortis nombreux, se sont interposées et ont réussi à exfiltrer leur leader qu’ils ont conduit dans un lieu inconnu du grand public.

39 morts, violations des droits humains

Par ailleurs, le rapport provisoire du Collectif mentionne que 39 personnes sont mortes par balles dans plusieurs régions du pays et que plusieurs victimes n’ont pas encore été formellement identifiées.

Le Collectif souligne que « Crise post-électorale: la guerre des chiffres ». Et dénoncent  »de fortes restrictions d’accès aux détenus pour les avocats ».

On remarque dans le rapport du Collectif d’énormes disparités entre les chiffres communiqués par le ministre de l’Administration territoriale (Minat). Paul Atanga Nji a déclaré qu’il y avait eu 16 morts et plus de 800 arrestations. Et dans chaque région où l’agent du gouvernement en matière électorale est passé faire le bilan des manifestations, il a livré dès chiffres qui s’avèrent être en deçà de ceux du Collectif.

Le Collectif défense citoyenne qui compte 49 avocats répartis dans sept régions du pays, lance un appel aux autorités nationales, aux institutions, aux partenaires et aux citoyens, afin qu’ils assurent la protection, le soutien et la garantie des droits des personnes en détention, et surtout que tous les cas soient rendus publics. détresse.

Cour suprême : Marie-Claire Dieudonnée Nseng-Elang pour remplacer Luc Ndjodo

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La Cour suprême du Cameroun connaît un nouveau procureur général. Par un décret signé ce 20 novembre 2025, le président de la République a nommé Marie-Claire Nseng-Elang, au poste de procureur général près de la plus haute instance judiciaire du pays. Celle qui était jusqu’ici directeur des affaires générales au ministère de la Justice, Garde des sceaux (Minjustice), va y remplacer Luc Ndjodo. L’homme est décédé le 1er août 2025. Et depuis, le poste était resté vacant.

Plus qu’une formalité de remplacement à un poste hyper important et sensible de ce ministère de souveraineté, la nomination de Marie-Claire Nseng-Elang sonne comme une révolution. D’autant plus que c’est la première femme à occuper ce poste dans l’histoire de la magistrature camerounaise. Jusqu’ici, ce sont les hommes qui avaient bénéficié de la confiance du patron du Conseil supérieur de la magistrature. Comme dans l’ensemble de l’appareil judiciaire même au pays. Les hommes occupant la quasi-totalité des postes clé.

Aussi, cette promotion rare pour le souligner, arrive au lendemain de la réélection de Paul Biya à la présidence de la République. L’un des premières grandes décisions prises par le chef de l’exécutif. Et dans son discours d’investiture, Paul Biya avait pris l’engagement d’accorder plus d’importance aux femmes et aux jeunes durant son 8ème mandat. Du coup, le lien avec la promesse électorale est facile à établir.

La Mefou-Akono, terre de pionnières

Née le 20 juin 1961, Marie-Claire Nseng-Elang entre dans la magistrature un peu par accident, à défaut de pouvoir elle-même assumer son choix professionnel d’enfance. Selon nos confrères de Cameroon tribune, « Marie-Claire Dieudonnée Nseng Elan rêvait pourtant de devenir médecin afin d’aider les personnes nécessiteuses. Elle s’était néanmoins heurtée à un problème : elle a la phobie du sang humain ». Ainsi, la native de Mbankomo, département de la Mefou-et-Akono, détentrice d’une licence en droit privé francophone obtenu à l’université de Yaoundé, obtient le concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) en 1986. A sa sortie, la jeune magistrat sera nommée substitut du procureur près les tribunaux de première et grande instance de Yaoundé, de 1988 à 1994. Elle sera mutée à Mbalmayo pour les mêmes fonctions. Puis retour à Yaoundé, pour devenir en 2001, contrôleur de l’inspection des services judiciaires. Depuis 2020, devenue magistrat hors hiérarchie 1er groupe, Marie-Claire Dieudonnée Nseng-Elang est promue directeur des affaires générales du Minjustice. Première femme à occuper la fonction de procureur général, Marie-Claire Dieudonnée Nseng s’aligne dans une sorte de lignée déjà tracée depuis des décennies, par le pouvoir de Yaoundé. La Mefou-et-Akono dont est originaire la nouvelle promue, avait déjà offert au Cameroun la première femme ministre : Delphine Tsanga. C’était en 1975, après avoir été tour à tour ministre adjoint de la Santé publique (en 1970) et vice-ministre de la Santé publique (en 1072). 50 ans après, ce département de la région du Centre, a encore offert au pays sa première femme procureur général.

Semaine mondiale de l’entrepreneuriat : la sous-traitance, levier pour sécuriser les petites entreprises au Cameroun

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La 7e édition de la Semaine mondiale de l’entrepreneuriat, lancée le 18 novembre 2025 à Yaoundé, intervient dans un contexte où la structure même du tissu productif camerounais connaît des recompositions visibles. Les données actualisées du ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (Minpmeesa) fournissent un point de départ concret pour analyser ces mutations. Au 31 décembre 2024, le fichier statistique du ministère recense 444 302 entreprises, dont 443 524 petites et moyennes entreprises (PME). La concentration de 77,2 % de ces entreprises dans le secteur tertiaire confirme l’orientation majoritairement commerciale et de services de l’économie nationale.

Cette configuration illustre la faible diversification structurelle du tissu productif et renforce la nécessité d’une montée en capacités des entreprises opérant en amont des chaînes de valeur. La rencontre de Yaoundé, organisée sous le thème « Entrepreneuriat productif et opportunités de la loi portant régime de la sous-traitance », inscrit ce débat dans un cadre institutionnel précis.

La loi sur la sous-traitance prévoit, notamment, l’obligation pour l’entreprise principale de verser un acompte de 30 % avant le démarrage d’un marché, ainsi que le paiement du solde au plus tard 90 jours après la livraison. Ces deux obligations visent à sécuriser la trésorerie des sous-traitants, un point particulièrement sensible dans une économie où les retards de paiement constituent un frein majeur à la croissance des PME.

 Dans un environnement largement tertiarisé, ce dispositif tente de rééquilibrer les rapports entre donneurs d’ordre et opérateurs de terrain, dont la solidité financière conditionne la capacité d’exécution. La démographie entrepreneuriale présentée par le ministre Achille Bassilekin III apporte un éclairage complémentaire. Le fichier statistique révèle une forte présence masculine dans les registres de création, mais indique une progression continue des femmes entrepreneures.

Cette montée en participation féminine traduit l’élargissement progressif des niches d’activité, même si la répartition sectorielle demeure encore inégale selon le genre. Le même document précise que 70 % des entrepreneurs ont entre 20 et 40 ans. Cet indicateur démographique traduit une dynamique d’entrée massive des jeunes dans l’auto-emploi, devenu un levier d’insertion dans un marché du travail formel limité. Cette structure d’âge influe directement sur les secteurs privilégiés : commerce, services numériques, micro-services, restauration, artisanat urbain et activités à faible besoin en capital fixe.

 La Semaine mondiale de l’entrepreneuriat mobilise simultanément les dix régions du pays à travers des ateliers, visites d’entreprise, rencontres sectorielles et témoignages d’entrepreneurs. Cette diffusion territoriale cherche à renforcer les capacités locales, souvent pénalisées par un déficit d’accompagnement et une faible structuration des réseaux économiques hors des métropoles. Les success stories partagées lors des activités illustrent les trajectoires possibles dans cet environnement encore marqué par l’informalité et la fragilité financière des petites unités productives.

 Dans une interview accordée à Défis Actuels, Achille Bassilekin III, ministre camerounais des PME décrit une stratégie d’intervention structurée autour de quatre leviers. Le premier repose sur le renforcement des capacités des jeunes porteurs de projets à travers des programmes de formation comme Empretec ou PMTIC, dont la vocation est de consolider les aptitudes entrepreneuriales de base. Le second levier concerne l’accès au financement. Les dispositifs tels que le Fonds-Proto ou les subventions aux incubateurs visent à réduire le risque supporté par les banques et à faciliter le démarrage des entreprises naissantes. Le troisième axe porte sur la diffusion d’une culture entrepreneuriale, matérialisée par la mise en place du Programme national d’incubation, du Programme de promotion de l’entrepreneuriat chez les femmes et les jeunes, ainsi que par la création de clubs d’entrepreneuriat dans les établissements scolaires. Le quatrième levier s’appuie sur des partenariats avec le ministère de la Jeunesse et d’autres institutions pour encourager la maturation de projets et faciliter l’accès au crédit, notamment via le futur Fonds de garantie aux jeunes entrepreneurs.

 Selon les données communiquées, 91 structures d’incubation (22 publiques et 69 privées) sont aujourd’hui répertoriées. Plus de 42 000 jeunes ont bénéficié de formations techniques et managériales, tandis que la création d’entreprises progresse : 21 132 en 2024 contre 19 651 en 2023, dont 9 488 portées par des jeunes.

Faux médicaments : un trafic qui coûte 33 milliards de FCFA par an

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Plus de 8,6 milliards de FCFA de médicaments contrefaits ont été saisis depuis 2020. Cette estimation, rendue publique par le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, le 12 novembre 2025, lors de la Journée africaine de lutte contre les faux médicaments, situe immédiatement l’ampleur économique du phénomène.

Le Cameroun perd chaque année près de 33 milliards de FCFA à cause de la vente illégale, selon les chiffres officiels. Le rapport de l’ONUDC publié en 2023 rappelle la dimension sanitaire du problème : « 270 000 personnes meurent chaque année en Afrique subsaharienne pour avoir consommé des médicaments antipaludiques falsifiés ». L’Organisation mondiale de la santé (OMS) évalue pour sa part à « 116 000 décès » la mortalité liée à l’ingestion de faux produits dans la région. Ces données confirment que le faux médicament relève autant de la santé publique que de l’économie criminelle organisée. Ces produits illicites circulent ainsi dans les marchés urbains, les zones périurbaines et les localités peu couvertes par les officines agréées.

En 2021, « près de 40 % des médicaments seraient issus de la contrebande », selon l’Ordre National des Pharmaciens. L’impact économique est massif. Le trafic perturbe l’équilibre du marché pharmaceutique légal, en orientant notamment le transfert des flux financiers vers une économie criminelle qui échappe aux mécanismes de contrôle. Les décès évitables provoquent une contraction de la productivité et augmentent les coûts supportés par les ménages et par le système de santé publique.

Les formations sanitaires doivent composer avec l’afflux de patients victimes de traitements inefficaces ou toxiques, ce qui alourdit des budgets déjà contraints, observe-t-on. La réponse opérationnelle s’intensifie. Les chiffres publiés sont sans ambiguïté : « la valeur cumulée de stocks saisis au cours du premier semestre 2025 est d’environ 369,8 millions F CFA » et « depuis 2020 », le total atteint plus de 8,6 milliards de FCFA ». Soixante-neuf affaires ont été enregistrées, dont trente-six ont déjà abouti à une décision judiciaire. Le marché parallèle prospère pourtant sur une asymétrie d’information persistante.

Dans les rues, « certains citoyens estiment que les médicaments de rue ne sont pas mauvais pour la santé ». Le déficit de sensibilisation, la faible accessibilité financière ou géographique à certaines officines et l’attrait des prix bas entretiennent la demande. Cette situation alimente un cercle économique délétère : les faux produits circulent, les pathologies s’aggravent, les dépenses médicales augmentent et le budget national absorbe les dégâts d’un marché qu’il ne contrôle pas.

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