Deux jours après les propos tenus par Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture de Paris au sujet de son homologue Paul Biya samedi dernier, des centaines de jeunes Camerounais ont manifesté, lundi 24 et mardi 25 février, devant l’ambassade de France à Yaoundé. Vêtus de t-shirt blanc pour la plupart et munis de drapeaux du Cameroun, les manifestants brandissaient des pancartes hostiles au président français. « M. Macron, le Cameroun n’est pas une province de la France » ; « M. Macron mêle-toi de tes oignons » ; « Le Cameroun est un État souverain, indépendant depuis 1960 », pouvait-on lire. Ulcérés par les propos « condescendants » du président de la République de France à l’endroit du chef de l’Etat camerounais, les manifestants voulaient en effet démontrer leur indignation. Seulement, les marches de Yaoundé ont vite levé le voile sur un certain nombre de « ratés » et de « secrets ».
Des manifestations « non autorisées » ?
La sortie publique d’Emmanuel Macron a lieu samedi. Et les premières manifestations des jeunes camerounais devant l’ambassade de France se tiennent lundi, en début de matinée. Suffisant pour susciter des doutes. D’après certains manifestants en effet, les marches de Yaoundé n’ont pas nécessité une autorisation préalable. La preuve ? Les organisateurs de ces rassemblements soutiennent mordicus que « toutes les manifestations n’ont pas besoin d’autorisation ». « Déclaration ou pas déclaration, c’est notre pays qu’on défend. Nous n’avons pas besoin de prendre une autorisation de manifestation qui perd le temps. A menace globale, riposte globale », a déclaré Marie Paul Ango Nnanga, présidente du Mouvement des Patriotes Indomptables, l’une des associations qui a lancé l’appel à manifestation de lundi. Georges Clément Meka, président du Mouvement pour la Défense de la Patrie (Modepa) initiateur de la marche du lendemain, a quant à lui indiqué que sa manifestation a été autorisée après avoir « supplié les autorités ». « Je peux vous dire que nous avons dû nous agenouiller, parce que nous avons trouvé que toute loi doit avoir des exceptions. Lorsque notre pays est en danger, nos autorités se doivent d’user de ces exceptions », a-t-il déclaré. Surprenant n’est-ce pas ? D’autant plus que du côté de la sous-préfecture de Yaoundé III, c’est l’omerta. Pas moyen d’avoir la confirmation, ni la copie d’une déclaration préalable. Toujours est-il que, selon des experts, aucune autorisation ne pourrait être délivrée pour une manifestation publique, avant un délai de sept jours. « La loi de 1990 sur les manifestations publiques stipule dans son chapitre II, article 7 que : La déclaration est faite au district ou à la sous-préfecture où la manifestation doit avoir lieu, 7 jours francs au moins avant la date de ladite manifestation. Or de samedi, jour de la sortie du président Macron, à lundi, il n’y a eu qu’un jour », explique notre source.
L’ambassade de France refuse un courrier adressée à Macron
Le Mouvement pour la Défense de la Patrie (Modepa) est sorti mardi dernier avec l’idée d’organiser une marche, de manifester devant l’ambassade de France, puis d’y déposer une pétition adressée au président français Emmanuel Macron. Si la marche et la manifestation devant l’ambassade se sont bien déroulées, il est survenu un petit incident au moment de déposer le courrier. Bravant l’escouade de gendarmes et de policiers qui a formé un cordon devant l’ambassade de France, Simon Metsengue, le porte-parole du mouvement et son président se sont dirigés vers la guérite de l’ambassade. Mais ont été refoulés par un agent de l’ambassade qui a opposé une fin de non-recevoir à leur courrier. « Lorsque nous sommes arrivés au service du courrier, les diplomates français ont estimé qu’ils ne pouvaient pas prendre ce courrier, disant avoir déjà fermé leur porte, malgré le fait qu’il n’était que 15 heures. Nous avons insisté, ils nous ont demandé de passer un autre jour », relate Georges Clément Meka, président du Mouvement. Le Modepa promet de revenir un autre jour déposer la pétition.
Une nièce de Paul Biya aux avant-postes
Dans les coulisses des manifestations de Yaoundé, l’on apprendra que la manifestation de mardi dernier a été organisée par Cathie Meba, la fille de Pierre Meba Mvondo le frère cadet de Paul Biya. Elle a d’ailleurs été aperçue au-devant de la scène, tee-shirt jaune, pantalon noir et basket au pied, brandissant un drapeau vert-rouge-jaune en signe de protestation. Considérée comme une des leaders du Mouvement de la Défense de la Patrie (Modepa), elle entend défendre le Cameroun partout où besoin se fera. C’est d’ailleurs elle, qui selon nos sources portera en France, le courrier que le Modepa a adressé à Emmanuel Macron, au cas où l’ambassade de France à Yaoundé s’obstine à le réceptionner.
Les ordres qui viennent « d’en haut »
L’une des plus grandes surprises observées lors des manifestations de Yaoundé, c’est l’attitude de la police et de la gendarmerie venues en spectateurs à ces manifestations. Contrairement à toutes les manifestations antérieures non autorisées qui ont été dispersées à coup de lacrymogène et d’eau, les manifestations de cette semaine ont plutôt été contemplées par les équipes mixtes de gendarmerie et de police. Lors de la marche de mardi, l’on a vu les éléments de la police tracer l’itinéraire aux manifestants. Du boulevard du 20 mai jusqu’à l’ambassade de France, en passant par Olezoa, le cortège était précédé par une voiture banalisée de la police, tandis qu’un pick-up de la gendarmerie fermait la queue. Devant l’ambassade, les équipes mixtes de la police et de la gendarmerie ont juste pris la peine de former un cordon devant la façade principale de la représentation diplomatique pour éviter qu’un quelconque incident se reproduise. Selon un élément de la police, « l’ordre de laisser les gens manifester librement est venu d’en haut ».
Du perdiem pour les manifestants
Durant les évènements de Yaoundé, des listes ont circulé. Les manifestants ont tous été enregistrés. Et à la fin de chaque journée, ces derniers ont reçu des perdiem. Selon certains manifestants, les sommes reçues pouvaient varier entre 1500 francs CFA et 3000 francs CFA. « C’était en fait de l’argent de taxi. Et les montants variaient en fonction des associations présidentes sur place », confirme un jeune manifestant. On dénombre à environ 500, les jeunes ayant répondu favorablement à l’appel à manifester contre le président français Emmanuel Macron.
Joseph Essama
Yaoundé: les curiosités des manifestations anti-Macron
Drame de Ngarbuh : Human right watch enfonce le gouvernement

Human rigths watch (Hrw) est formel : «Les forces gouvernementales et des membres armés de l’ethnie peule ont tué au moins 21 civils, dont 13 enfants et une femme enceinte, le 14 février 2020 dans le village de Ngarbuh au Cameroun ». Au moment où le gouvernement continue se dédouaner des accusations d’activistes. « Nier que ces crimes aient été commis ajoute encore au traumatisme subi par les survivants et ne fera qu’encourager les troupes gouvernementales à commettre d’autres atrocités », assure l’Organisation non gouvernementale (Ong). Dans un rapport qu’elle vient de rendre public sur ces événements survenus dans des conditions pour le moins troubles. La zone étant en proie à des combats entre les forces de défense et de sécurité et des groupes séparatistes. De même que des milices dites pro-gouvernementales recrutées au sein de l’ethnie Mbororo y jouent un rôle important auprès des forces de défense, selon le rapport.
Hrw est convaincu que ce sont les forces gouvernementales qui sont à l’origine du massacre. Le ministère de la Défense ayant évoqué un « accident » d’une scène d’échanges de tirs entre l’armée et des groupes armés, défendant un entrepôt d’armes, de munitions et d’objets de contrebande. « Ils ont également incendié cinq maisons, pillé de nombreux autres biens et passé à tabac des habitants. Les cadavres de certaines des victimes ont été retrouvés carbonisés dans leur maison», rapporte le document.
Témoignages
Le rapport est basé sur les faits tels que racontés ou vécus par 25 personnes, dont trois témoins des meurtres et sept proches de victimes ; mais aussi sur l’exploitation d’images satellites « prises avant et après l’attaque de Ngarbuh 3. « Des témoins ont affirmé qu’entre 10 et 15 militaires, dont des membres du Bataillon d’intervention rapide (BIR), unité d’élite de l’armée camerounaise, et au moins 30 Peuls armés ont tout d’abord pénétré à pied dans Ngarbuh 1, un quartier de Ngarbuh, le 13 février vers 11h00 du soir, pillant de nombreuses maisons. Certains membres de ces forces ont ensuite poursuivi leur route vers le quartier de Ngarbuh 2, pillant des maisons et passant à tabac des habitants. Vers 5h00 du matin le 14 février, un groupe de militaires et de Peuls armés a attaqué le quartier de Ngarbuh 3, tuant 21 civils dans quatre maisons, puis incendiant celles-ci». Mieux, « J’ai entendu des coups de feu et je me suis immédiatement enfui pour me cacher à côté de chez moi. De là, j’ai vu les militaires abattre tous les membres de ma famille un par un alors qu’ils tentaient de s’enfuir. Ils ont d’abord tué notre mère. Puis ils ont tué les enfants, dont les corps tombaient sur elle. Puis ils ont incendié ma maison », rapporte un rescapé. Aussi, « les images d’après l’attaque, prises le 14 février à 10h24 du matin, heure du Cameroun, montrent plusieurs maisons de Ngarbuh présentant des dommages qui cadrent avec un éventuel incendie », ajoute le rapport.
C’est un élément qui pourrait alourdir ce dossier déjà complexe à gérer pour Yaoundé qui a multiplié des déclarations et communiqués, parfois contradictoires. Toujours est-il que « les meurtres de civils, y compris d’enfants, commis dans des conditions horribles, sont des crimes odieux qui devraient faire l’objet d’enquêtes effectives et indépendantes et leurs responsables devraient être traduits en justice », a souligné Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l’Afrique, à Hrw. Et « nier que ces crimes aient été commis ajoute encore au traumatisme subi par les survivants et ne fera qu’encourager les troupes gouvernementales à commettre d’autres atrocités», a-t-elle regretté. Le ministère de la Défense a annoncé dans un premier temps qu’une enquête a été ouverte et que les résultats seront rendus publics ; avant de rectifier quelques heures plus tard en indiquant que ces résultats « pourraient être rendus publics au moment opportun».
Législatives 2020 : Clément Atangana redonne espoir au Sdf.
Le Social democratic front (Sdf) peut encore rêver d’un groupe parlementaire au sein de l’Assemblée nationale pour la législature 2020-2025. Le Conseil constitutionnel a annulé les élections législatives dans 10 circonscriptions dans le Nord-ouest et dans le Lebialem (région du Sud-ouest). A la requête du parti de Ni John Fru Ndi. Ces 11 circonscriptions appartiennent aux deux régions en guerre depuis plus de trois ans. Une situation qui a handicapé le parti leader de l’opposition parlementaire dont le fief est ainsi « invivable ». Avec comme conséquence la rétrogradation de la seconde à la 4ème place, du candidat du Sdf à la dernière élection présidentielle, et surtout au dernier double scrutin législatif et municipal où le Sdf se contente de cinq députés. Ce qui l’empêche de former un groupe parlementaire.
L’annulation de l’élection législative est une sentence qui devrait permettre la reprise de l’élection dans les semaines à venir. Avec comme conséquence la possibilité pour le Sdf de pouvoir remonter la pente. Le parti s’étant illustré dans une attitude instable face à la participation au scrutin. Là où le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) a clairement boycotté l’élection, au motif de la non modification du Code électoral, mais surtout, à la persistance de la guerre dans les deux régions. Une décision prise à quelques heures de la clôture des dossiers, et qui a alors pris de court l’ensemble de la classe politique. Du coup, le boycott du Mrc s’est invité à la campagne électorale. Et la faible participation a donné lieu à des interprétations à géométrie variable entre les partisans et les adversaires du Mrc.
Toujours est-il que le régime de Yaoundé qui a maintenu les élections contre la volonté d’une partie de l’opinion publique nationale, se retrouve avec un parlement dont le seul parti au pouvoir devra pouvoir constituer un groupe parlementaire. La reprise des élections pourrait être l’occasion pour le Sdf de se rattraper éventuellement. Des circonscriptions traditionnellement favorables au parti de la balance étant en jeu, comme le Momo, le Donga Mantung où Joseph Mbah Ndam, Awudu Mbaya (non partant cette fois-ci),… ont généralement damé le pion au Rdpc. A condition de remporter à nouveau le challenge de la tenue d’une élection dans ces localités. Après l’avoir relevé le 9 février dernier, alors que les séparatistes menaçaient les électeurs de représailles s’ils remplissaient leurs devoirs civiques.
Nécrologie : Hervé Bourges n’est plus
Hervé Bourges n’est plus. Le premier directeur de l’Ecole supérieure de journalisme de Yaoundé (Esijy), ancêtre de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) s’est éteint dans la nuit de dimanche 23 au lundi 24 février, des suites de maladie dans un hôpital parisien, à 86 ans.
Né le 2 mai 1933, Hervé Bourges a écrit de belles pages de l’histoire des médias et du journalisme tant dans son pays qu’en Afrique, et notamment au Cameroun. Il fonde l’Esijy en 1970, qu’il dirige pendant six ans, avant de regagner son pays, la France, pour diriger l’Ecole supérieure du journalisme de Lille.
Médias : Valentin Zinga ne sucera plus d’Orange
« En conformité avec les valeurs de liberté et de dignité qui guident ma vie au quotidien, j’ai consenti, le 21 février 2020, à refermer les parenthèses Orange Cameroun ouvertes sur mon itinéraire professionnel…» Fin d’’idylle entre Valentin Zinga et Orange Cameroun. Dans un message posté sur son mur facebook, celui qui était jusqu’ici Chef de Département de Communication institutionnelle et des Relations Publiques à Orange Cameroun, a annoncé ce 22 février 2020 qu’il ne fait plus partie des effectifs de l’opérateur français de téléphonie mobile. Levant ainsi le voile sur une information qu’il a annoncée sous forme de teasing, suscitant l’intérêt autour de ses comptes sur les réseaux sociaux. Lui qui postait déjà trois jours avant, que « Cette échéance-là n’est ni incertaine, ni lointaine ».
C’en est fait. C’est une démission qui trahit le malaise de l’ancien directeur des rédactions du groupe La Nouvelle Expression. « Je me suis exposé à une gouvernance qui tient du culte de la personnalité et de l’esprit de cour : divinités triomphantes et servilités assumées, au nom de je ne sais quel ‘’réalisme’’ ! Un tel logiciel de gestion des Hommes et pilotage des Idées, m’est apparu de facture et d’orientations coloniales. Il ne m’était plus compatible», crache-t-il. Lui que les proches trouvent généralement réservé et pondéré.
Et pourtant, l’homme semblait à son aise dans ce couloir voisin du journalisme qu’il a exercé depuis 1995 avec passion. «Pendant cinq ans, j’ai pu impulser et accompagner stratégies, initiatives et actions, à partir de mon poste… J’ai vécu avec enthousiasme, passion -et, je crois, professionnalisme- la culture de Cabinet, qui laisse toute leur place à la compétence, à la créativité », admet-il. « Je ne suis pas peu fier d’avoir fait bouger les lignes, d’avoir laissé des traces », peut même se targuer celui avait surpris le monde de la presse en quittant les rédactions pour la communication. Mieux, « je rêvais de révolution, j’ai imprimé mon empreinte à de notables évolutions », s’auto-glorifie l’homme qui, après avoir ignoré toutes les sollicitations (y compris, de grandes structures de la finance internationale), avait succombé à l’appel d’une de ses congénères, Elisabeth Medou Badang, jadis directrice générale d’Orange Cameroun. Cinq ans ont suffi à se libérer de la pression du quotidien médiatique. Mais le départ de Medou Badang a peut-être brouillé les ondes et la connexion avec le successeur de cette derrière. D’où la sortie pour le moins fracassante de l’ancien patron de la rédaction de La Nouvelle Expression. Ces cinq ans d’aventure à Orange Cameroun feront l’objet d’un livre que Valentin Zinga annonce dans les rayons de librairies très bientôt. L’ex employé d’Orange Cameroun veut y « raconter les réalités, et mettre en perspective les mythes».
MVOTO AKONO Pascale Féline, Environnementaliste : « Les ordures ménagères sont une richesse mal exploitée »
Les ordures ménagères se retrouvent partout dans la ville de Yaoundé. Quelles peuvent être les conséquences environnementales de l’exposition anarchique des déchets en milieu urbain ?
Les dépôts d’ordures mal gérés ou mal entretenus ont un impact significatif sur l’air, l’eau ainsi que le sol. Ils constituent un grand risque pour les activités menées à proximité. Les ordures qui s’y trouvent peuvent également nuire à la santé de l’homme du fait de l’infiltration des toxines qu’elles dégagent dans le sol ou encore de la production de certains gaz nauséabonds pouvant avoir une incidence sur la couche atmosphérique de la terre.
Le problème n’est pas dû au fait que les populations ne sont pas éduquées à la gestion des ordures ménagères ?
Comme vous le soulignez les populations ne sont pas assez éduquées à la bonne gestion des ordures ménagères. Cela est effectivement un facteur de la prolifération de dépotoirs sauvages. La population de Yaoundé par exemple a considérablement augmenté au fil du temps entrainant également la production d’une masse plus importante de déchets ménagers. Or les moyens de collectes mis en place n’arrivent plus à satisfaire les besoins recensés.
Ces ordures ne peuvent-elles pas être transformées en d’autres substances utilisables ?
Les ordures ménagères sont une richesse encore très mal connue et mal exploitée. En effet, il existe plusieurs types de transformation et de réutilisation de ces ordures. Nous pouvons citer entre autres la fabrication du charbon écologique à l’aide de la matière organique de ces déchets, la fabrication du biogaz par transformation grâce à un biodigesteur ou encore la fabrication du compost par décomposition.
Que faut-il faire pour mieux gérer les ordures ménagères ?
Il faut dans un premier temps sensibiliser les populations sur les dangers de la prolifération des déchets ménagers afin que celles-ci se sentent impliquées par cette problématique. Par ailleurs il est nécessaire de procéder à une réorganisation complète de la filière de gestion des déchets c’est-à-dire mettre en place des mécanismes de collecte additionnels ainsi que valoriser la réutilisation et le recyclage.
Quels dangers court-on en brulant les ordures ménagères ?
L’incinération des ordures ménagères est une activité qui doit être contrôlée et faite avec du matériel approprié car elle produit des gaz à effet de serre qui peut détruite la couche d’ozone et ainsi augmenter les effets des changements climatiques.
Interview réalisée par Joseph Essama
Insalubrité: Yaoundé noyée dans les ordures
Faire de Yaoundé la plus belle ville d’Afrique centrale, c’est l’objectif que s’est fixé Célestine Ketcha Courtes ministre de l’Habitat et du Développement Urbain (MINDUH), au lendemain de sa nomination, le 4 janvier 2019. Plus d’un an après cette promesse, la capitale camerounaise vit toujours dans l’insalubrité. Ce mardi 17 février 2019, 19 heures 30 minutes, au lieu-dit Efoulan école, le soleil a laissé la place à l’ombre. Malgré la tombée de la nuit, la température n’a pas baissé. Sous cette forte chaleur, les agents de Hysacam, entreprise chargée de l’assainissement public sont venus vider le bac à ordures qui fait face à la façade annexe de l’école. Pelle en main, cache -nez au visage, ils s’activent à ramasser les ordures qui jonchent le sol. Depuis plusieurs mois, Hysacam passe au moins une fois par semaine pour vidanger ce bac et collecter les ordures dans le quartier », informe un habitant du quartier et malgré ces efforts.
Plus loin dans le même quartier, au lieu-dit Efoulan Lac, la situation n’est pas gaie. Sur l’axe principal qui conduit au carrefour Olympique, les ordures versées par les populations ont englouti une bonne partie de la chaussée. Le bac à ordures qui y a été placé est très petit, une fois rempli, les populations versent les ordures à même le sol. Le chef de bloc de ce secteur accuse la société Hysacam de ne pas faire son travail. « Depuis plusieurs semaines Hysacam n’est pas passée par ici, les populations continuent de verser les ordures chaque jour et le tas de déchets ne fait que grignoter la route comme vous pouvez le constater », indique Edoa Ndengue, chef de bloc. « Pour essayer de diminuer ces ordures, nous avons mis du feu la semaine dernière. Malgré la fumée qui s’est répandue dans le quartier, cela a quand même permis de diminuer le tas de déchets ».
La situation est encore plus alarmante dans le quartier voisin. Le carrefour Fontana au quartier Nsam continue d’être une décharge des ordures ménagères. Entre les petits commerces qui s’agglutinent tout autour de ce carrefour, une grande poubelle a été installée. Sur près de 25 mètres à la ronde, cette poubelle impose ses détritus. Rats, mouches, moustiques et mauvaises odeurs s’y dégagent obligeant parfois les commerçants à fuir. « Cette poubelle nous indispose, quand il fait chaud, nous sommes obligés de fuir à cause des odeurs qui deviennent plus fortes », raconte Jeannine vendeuse de banane. Pour elle, « le problème est que cette poubelle n’est pas vidangée en permanence ».
Les conséquences
La mauvaise gestion des ordures constitue un réel danger pour l’homme et l’environnement, note les experts. Sur le plan de la santé, la mauvaise gestion des déchets ménagers est à l’origine du problème de la santé publique, car il constitue le facteur dominant de création de nids de production des vecteurs de menace de la santé comme les moustiques, mouches, cafards, souris etc. Sur le plan environnemental la décomposition des déchets solides sous l’action de l’eau, l’air et de la température provoque des dangers immédiats ou lointains incalculables sur l’environnement de l’homme. Constate Eric Lambert, écologiste et président de l’Association camerounaise de la protection de la nature. Pour lui, la gestion anarchique des ordures ménagères solides entraine le phénomène des « ruisseaux ou marigots, où sont entassées des ordures et provoquent des inondations. En plus des ordures, les boues des latrines enterrées souvent ou déversées dans les environs des concessions s’avèrent plus menaçant ».
Joseph Essama
Mairie de Foumban : Une Ndam pour remplacer Njoya
Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya est la nouvelle maire de la commune de Foumban. Elle remplace Adamou Ndam Njoya qui trônait à la tête de cette mairie depuis 1996. Ainsi, l’alternance a été conçue sous le même toit, le même lit conjugal. L’épouse remplace l’époux affaibli par la maladie depuis un peu plus d’un an, mais qui a su garder la mainmise sur ce département à la taille de région. L’ex député maire de la ville hôte des pourparlers de la Réunification du Cameroun n’est plus apparu sur la place publique depuis un peu plus d’un an, que pour de rares occasions où sa présence était incontournable. Finalement, l’éternel président de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) s’est représenté à la course pour la mairie de sa ville d’origine, juste pour porter la campagne électorale. Lui qui a su dompter la majorité des électeurs du département du Noun. Neutralisant au passage le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) dont son frère et guide traditionnel suprême, le sultan roi du Noun, Ibrahim Mbombo Njoya, est le patron régional ; et même le jeune loup Njoya Zakariaou, nouvellement promu ministre délégué aux Transports, qui s’est investi durant les douze derniers mois dans la reconquête politique du Noun en faveur du parti au pouvoir, n’a obtenu que les youyous des campagnes électorales. A la fin, le Noun renouvelle sa confiance largement à l’Udc.
Cependant, la sortie de Ndam Njoya a entraîné également un renouvellement de la représentation politique des visages. Ainsi, l’ex députée Tomaïno Ndam Njoya remplace son mari comme jadis à l’Assemblée nationale. Sans adversaire, Patricia Tomaïno Ndam Njoya l’emporte par 36 voix sur les 41 possibles, dans une session de plein droit présidée par le doyen d’âge des conseillers municipaux, Nji Njankouo Njimoluh Zounedou. L’époux garde cependant une place de conseiller municipal. Tomaïno emmène avec elle une autre dame au sein de l’exécutif communal : Ngachili Sabine qui est 2ème adjointe au maire. Tapon Mama en est le premier ; les postes de 3ème et 4ème adjoints sont occupés par Mounvera Ismaël et Mboumoh Ibrahim.
Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya qui était également en course pour la députation, cédera son fauteuil de député à sa suppléante. Koupit Adamou qui avait décliné l’offre du président Biya de devenir le sénateur suppléant du sultan des Bamoun, voit sa fidélité à Ndam Njoya être payée par un poste de député. Mongwat Ahidjo, un autre fidèle de Ndam Njoya, évolue de la communication du parti à l’Assemblée nationale. En attendant l’officialisation des résultats.
Crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest : Les évêques catholiques du monde entier renvoient Paul Biya à la médiation suisse
L’église catholique romaine vient de servir une lettre* à Paul Biya, l’invitant à opter pour la médiation dans la crise qui secoue les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. « Il n’y aura de victoire militaire pour aucun camp. Une solution durable aux problèmes du Cameroun doit provenir d’un processus de médiation qui intègre les groupes anglo-séparatistes armés ainsi que les dirigeants de la société civile non violente», écrivent des évêques issus de tous les continents. Et la voie que montrent les princes de l’église du Vatican, est celle de la Suisse. Une voie esquissée par le gouvernement camerounais en 2019, avant de se rebiffer, pour se recroqueviller sur des solutions internes. Avec des négociations menées en toute discrétion, pendant que continuaient de crépiter les armes. Pour finalement tenir le Grand dialogue national tant appelé par la société civile et des partis politiques comme le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). Ces assises organisées du 30 septembre au 04 octobre 2019, n’ont visiblement pas tenue la promesse des fleurs que Yaoundé présentait. Et les évêques signataires de la lettre du 17 février, penchent dans le même sens. «Nous saluons le grand dialogue national initié par le gouvernement camerounais il y a plusieurs mois. Cependant, cela n’a pas mis fin à la violence », ont-ils constaté. Alors « nous pensons que les pourparlers menés par la Suisse offrent un meilleur chemin vers une solution politique appropriée grâce à des négociations inclusives », entrevoient-ils. Pour les signataires de la lettre des évêques, « le succès de ces pourparlers sera crucial pour la marche du Cameroun vers la paix et votre héritage en tant que leader efficace dans une région en difficulté ».
Dans leur lettre, les évêques dressent leur bilan de la situation à ce jour, en se refusant d’épargner une quelconque partie. « Les violences et atrocités commises par toutes les parties en conflit ont contraint 656 000 Camerounais anglophones à quitter leurs foyers, gardé 800 000 enfants hors de l’école (dont 400 000 des écoles catholiques), fait fuir 50 000 personnes au Nigeria, détruit des centaines de villages et fait au moins 2 000 morts », relèvent-ils. Une facture socio-économique trop lourde aux yeux des évêques : « Chacune de ces vies est précieuse, et nous pleurons sur leurs souffrances et souhaitons éviter de nouvelles pertes en vies humaines », soulignent-ils. D’où leur insistance à proposer une solution pacifiste, avec un médiateur neutre. « Nous espérons sincèrement que toutes les parties prenantes à ce conflit participeront à ces pourparlers et feront preuve d’un esprit de coopération, de pragmatisme et de réalisme pour que ces négociations aboutissent », écrivent-ils.
Si aucun évêque camerounais ne figure dans la liste des auteurs du document, il reste que les signataires viennent de tous les continents. « Nous soulignons que nous sommes impartiaux. Nous sommes motivés par notre inquiétude face aux souffrances des populations civiles non armées, par le souci de la stabilité et la prospérité du Cameroun », assurent-ils.
Cette lettre arrive au lendemain d’une tuerie qui a suscité de l’émoi jusqu’aux Nations unies. Dans une opération non encore élucidée, une trentaine de personnes ont été tuées et brûlées selon les Nations unies et des organisations de la société civile, dont 22 femmes et enfants. Des Ong accusent les Forces de défense et de sécurité; le ministère de la Défense dément et parle de la conséquence d’une opération de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, armements, amulettes, carburant et autres produits de contrebande, qui a donné lieu à un échange de tirs entre forces armées nationales et séparatistes, ayant abouti à un incendie.
Les signataires
Bishop Siegfried Jwara, Vicariate Apostolic, Ingwavuma, KwaZulu-Natal, South Africa
Bishop John Keenan, diocese of Paisley, Scotland
Bishop Noel Simard, diocese of Valleyfield, Quebec, Canada
The Most Reverend Charles Hammawa Jalingo, diocese of Tabara State, Nigeria
Bishop Mark Davies, diocese of Shrewsbury, England
Archbishop Peter Loy Chong, archdiocese of Suva, Fiji
Bishop Bart van Roijen, diocese of Corner Brook and Labrador, Canada
Bishop Thomas R Zinkula, diocese of Davenport, Iowa, USA
Bishop Terence Drainey, diocese of Middlesborough, England
Bishop Antonio R Tobias, Emeritus of Novaliches, Philippines
Bishop Albert Thevenot, diocese of Prince Albert, Saskatchewan, Canada
Bishop Ray Browne, diocese of Kerry, Ireland
Bishop Jose Cabantan, diocese of Malaybalay, Philippines
Cardinal Soane Patita Mafi, diocese of Tonga, South Pacific
Archbishop Donald Bolen, archdiocese of Regina, Saskatchewan, Canada
Bishop Alphonsus Cullinan, diocese of Waterford et Lismore, Ireland
cc: His Holiness Pope Francis
*La lettre écrite en anglais, a été traduite en Français par le père Ludovic Lado
Drame de Ngarbu : Béti Assomo corrige la copie d’Atonfack et menace ses contradicteurs
A quelques différences près, c’est le même communiqué rendu public par le chef de la division de la communication, le colonel Cyrille Atonfack, que le ministre de la Défense (Mindef) a repris, en procédant à quelques correction du premier document qui comportait plusieurs coquilles. Aussi, Joseph Béti Assomo recadre son communicateur en changeant une certaine terminologie. Ainsi, on peut désormais lire : « Le ministre de la Défense dément formellement ces allégations mensongères, et précise à la lumière des informations méthodiquement et professionnellement recoupées, qu’il s’agit tout simplement d’un malheureux montage, conséquence collatérale des opérations de sécurisation en cours dans la région». En bref, le mot « montage » remplace « accident». Et dans la relation des circonstances du drame, le ministre délégué ajoute aux objets qui se trouveraient dans la base logistiques, « des amulettes ». Par ailleurs, le Mindef révise la garantie de publication des résultats de l’enquête annoncée par le chef de la Divcom, qui annonce une « large diffusion » des dits résultats. Pour le patron de la Défense, « la quintessence des conclusions de cette enquête pourrait être publiée en temps opportun». Rien d’absolument affirmatif donc dans ce sens.
Mais dans un contexte marqué par la crise de confiance entre le gouvernement et certaines Organisations non gouvernementales et activistes de la « cause anglophone », Joseph Béti Assomo monte au créneau pour proférer des menaces : « En tout état de cause, le ministre de la Défense se réserve désormais le droit de poursuivre devant les juridictions compétentes les acteurs de fausses nouvelles à son endroit, conformément à la loi». Les forces de défense étant déjà indexées par les premières sources ayant communiqué sur le sujet dans les médias sociaux.
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