Les chiffres donnent le vertige. Chaque jour, près de 1 300 tonnes de déchets plastiques sont rejetées dans la nature au Cameroun. Sur ce volume, seulement 250 tonnes sont collectées chaque mois, et à peine 180 tonnes trouvent le chemin d’une valorisation réelle. Le reste finit dans les rues, les caniveaux, les cours d’eau. Un désastre environnemental et sanitaire qui dure depuis des années, malgré l’existence de textes censés l’enrayer.
UNE LOI VIEILLE DE DIX ANS QUE PERSONNE NE RESPECTE
Le cadre réglementaire existe pourtant depuis longtemps. Le 24 octobre 2012, un arrêté conjoint du ministère de l’Environnement et du Commerce a interdit la fabrication, l’importation, la détention et la commercialisation des emballages plastiques non biodégradables d’une épaisseur inférieure ou égale à 60 microns. Deux ans plus tard, en avril 2014, le gouvernement est allé plus loin en interdisant purement et simplement l’utilisation, la vente et la fabrication de ces plastiques de faible épaisseur.
Dans les marchés du Cameroun et dans les rues des grandes villes, comme dans les campagnes, la mesure est très peu respectée et même ignorée. Les sachets plastiques interdits circulent librement, vendus et distribués sans que personne ne soit inquiété. Une décennie de réglementation sans enforcement réel a installé une culture du contournement qui s’est normalisée à tous les niveaux de la chaîne.
LA FEUILLE DE ROUTE DE L’ECONOME CIRCULAIRE COMME NOUVEAU DÉPART
Face à ce bilan, le gouvernement a adopté en 2022 une Stratégie de lutte contre la pollution des déchets plastiques. La nouvelle feuille de route sur l’économie circulaire lancée le 22 mai 2026 vient compléter ce dispositif en lui donnant une dimension opérationnelle plus musclée. Pour le gouvernement, il ne sera plus question de se contenter d’interdire, mais de construire les mécanismes capables de faire respecter ces interdictions.
Parmi les mesures annoncées à court terme figure le renforcement des contrôles portant sur l’importation, la production, la commercialisation et la distribution des emballages plastiques. Les opérations coups-de-poing dans les marchés sont explicitement programmées, avec pour cible les produits plastiques fabriqués de façon clandestine. Les douanes sont associées à ce dispositif, aux côtés des collectivités territoriales décentralisées et des autres institutions gouvernementales concernées.
LES INDUSTRIELS DANS LE VISEUR
Le secteur de la plasturgie est directement visé. La feuille de route prévoit le développement et la vulgarisation de normes nationales pour cette filière, ainsi que des actions concrètes pour contraindre les entreprises à respecter et exécuter leur cahier de charges du permis environnemental.
Un cadre de concertation doit être mis en place entre les entreprises fabriquant des produits en plastique et les acteurs impliqués dans la collecte, le tri et le recyclage, sous le patronage conjoint du MINEPDED et du MINEPAT. Ce volet industriel révèle la tension au cœur de cette politique.
Le Cameroun doit simultanément durcir les exigences environnementales imposées aux entreprises de plasturgie et préserver une filière qui emploie et produit. Les incitations fiscales accordées aux entreprises qui utilisent des plastiques recyclés dans leur production ou qui développent des emballages écologiques sont pensées précisément pour gérer cet arbitrage.
CONSTRUIRE UNE ALTERNATIVE
La feuille de route ne se limite pas à la répression. Elle intègre un volet de développement des alternatives aux sachets plastiques, avec des investissements dans la recherche sur les sacs en tissu, les emballages en papier recyclé et les contenants biodégradables.
Des initiatives pilotes sont prévues dans plusieurs quartiers des grandes villes pour tester ces alternatives à une échelle concrète, accompagnées de programmes éducatifs sur les bonnes pratiques de gestion des déchets et de campagnes de sensibilisation sur les conséquences de la pollution plastique.
L’accès aux matériaux alternatifs doit être facilité pour les producteurs et commerçants, premiers maillons d’une chaîne dont la transformation conditionne la réussite de l’ensemble du dispositif.
LE VRAI TEST
La crédibilité de cette feuille de route se mesurera à sa capacité à produire des résultats là où ses prédécesseurs ont échoué. En 2012, en 2014, et en 2022, les textes étaient là. Ce qui manquait, c’était la volonté et les moyens de les appliquer.
La nouvelle stratégie a au moins le mérite d’en prendre acte en plaçant le renforcement des contrôles et la mise en conformité des acteurs économiques au centre de ses priorités à court terme. Le terrain, lui, rendra son verdict.







