« Je viens parmi vous en tant que pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix. Ma visite exprime l’affection du Successeur de Pierre pour tous les Camerounais, ainsi que le désir d’encourager chacun à poursuivre, avec enthousiasme et persévérance, la construction du bien commun ». Léon XIV l’a déclaré dès l’entame de son discours au Palais de l’Unité à Yaoundé. Peignant « une époque où la résignation se répand et où un sentiment d’impuissance tend à paralyser le renouveau que les peuples ressentent profondément. Que de faim et soif de justice ! Que de soif de participation, de visions, de choix courageux et de paix ! ». Prêchant dans un pays qui sied bien à ce monde qu’il décrit. Empêtré dans une guerre contre la secte terroriste Boko Haram depuis 2014 dans la région de l’Extrême-Nord, et en proie à une crise séparatiste que lui ont imposée des combattants sécessionnistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le régime de Yaoundé s’est évertué à créer un autre front : des crises post-électorales. Les élections présidentielles de 2018 et 2025 ont fait le lit d’un tissu social plus que jamais déchiqueté, avec des morts par dizaines, des arrestations par centaines, voire milliers, des exils d’opposants, et une exacerbation du tribalisme et des discours haineux.
Face à ces différentes situations, si Yaoundé ne cesse d’appeler au dialogue, offrant la possibilité aux combattants de déposer les armes contre une réinsertion sociale, il n’a jamais abandonné le bâton qu’il privilégie à la carotte. Pour le pape Léon XIV, « la paix, en effet, ne se décrète pas : elle s’accueille et se vit». Et d’enfoncer : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qu’ils semblent commander. Ils ne commandent pas par soif de domination, mais par devoir de subvenir aux besoins ; non par orgueil pour s’imposer, mais par compassion pour protéger », a-t-il souligné, empruntant chez Saint Augustin. Une parole vieille de 1600 ans qui trouve encore tout son écho au Cameroun, à ses yeux.
Gouvernance
Le 267ème successeur de Saint Pierre ne s’est pas arrêté là. Le souverain pontife s’est attaqué à la gouvernance, s’érigeant en apôtre du domaine : « les hautes fonctions que vous assumez exigent un double témoignage. Le premier témoignage se concrétise dans la collaboration entre les différents organes et niveaux administratifs de l’État au service du peuple, et en particulier des plus pauvres ; le second témoignage se réalise en unissant vos responsabilités institutionnelles et professionnelles à une conduite de vie intègre». Reprenant un discours tenu à l’intention des préfets de la République d’Italie en février, et qui semble être taillé pour le Cameroun. Avant d’enfoncer le couteau dans une plaie que le Cameroun connaît le mieux que de nombreux pas du monde, selon les rapports et classements de Transparency international : « Pour que la paix et la justice s’affirment, il faut en effet briser les chaînes de la corruption qui défigurent l’autorité en la vidant de sa crédibilité. Il faut libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie», a-t-il souligné.
De façon plus globale, le successeur de François déclare que « le véritable gain c’est le développement humain intégral, c’est-à-dire la croissance équilibrée de tous les aspects qui font de la vie sur cette terre une bénédiction ». A cet effet, « le Cameroun dispose des ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour surmonter les épreuves et les conflits, et avancer vers un avenir de stabilité et de prospérité partagée. Il faut que l’engagement commun en faveur du dialogue, de la justice et du développement intégral transforme les blessures du passé en sources de renouveau», a-t-il prêché.
Cessez-le-feu au Noso
C’est un discours que l’on n’a pas encore entendu d’un dirigeant du Vatican. De Jean Paul II venu deux fois, à l’actuel locataire de la Cité du Vatican, il y a eu Benoît XVI, et les mots n’ont pas eu autant de force. Le contexte aidant, Léon XVI qui a eu le bonheur de faire cesser les armes « ambazoniennes » pour trois jours, durée de son séjour au pays de Paul Biya, n’avait pas d’autre choix que de jouer le rôle d’apôtre de la paix qui lui colle à la peau depuis ses débuts dans le sacerdoce. Et pour mieux faire passer son message, l’homme a tenu un discours pour le moins de vérité. « Le Cameroun garde en mémoire les visites de mes Prédécesseurs : celle de saint Jean-Paul II [deux], messager d’espérance pour tous les peuples d’Afrique ; et celle de Benoît XVI [seize], qui souligna l’importance de la réconciliation, de la justice et de la paix, ainsi que la responsabilité morale des gouvernants. Je sais que ces moments ont marqué votre histoire nationale, telles des exhortations exigeantes à l’esprit de service, à l’unité et à la justice. Nous pouvons donc nous interroger : où en sommes-nous ? Comment la Parole qui nous a été annoncée a-t-elle porté ses fruits ? Et que reste-t-il à faire ?», a-t-il demandé à l’assistance constituée des corps constitués nationaux, du corps diplomatique et de la société civile. Seul Paul Biya qui a eu le privilège d’accueillir tous ces papes, et qui tient le gouvernail du Cameroun depuis 44 ans, pourra lui répondre.







