La
pandémie de coronavirus affecte principalement les déplacements de personnes.
Quartier Mvan à Yaoundé. Il est
10 heures ce vendredi 10 avril 2020. L’atmosphère est crispée. L’ambiance des
grands jours qui a souvent régné dans ce site bondé d’agences de voyage a
laissé la place à quelques rares passants. Ça et là, des bus sont garés dans
les parkings. Et quelques passagers prennent leur temps devant les guichets.
Aucun rang en vue. Du coup, « pas besoin de se bousculer ou de se précipiter »,
lâche Herman, un voyageur qui souhaite se rendre à Douala, capitale économique
du Cameroun. Le jeunot sait qu’une fois son ticket payé, il devra attendre
longtemps avant le départ du bus qui doit le transporter. « L’agence est
presque vide, dit-il. Je suis le 11ème passager. Il va falloir attendre un bon
moment pour atteindre les 50 passagers autorisés ».
Fermeture
d’agences en vue ?
Depuis près de trois semaines
en effet, le gouvernement interdit aux agences de transport interurbain
d’effectuer des voyages avec plus de 50 passagers par bus. La faute à la
propagation du coronavirus qui a déjà coûté la vie à 12 personnes dans notre
pays. Une situation qui met un coup de freins à l’activité. « Il n’y a pas de
passagers. Pour ne pas rester à la maison, on est obligé de forcer le travail.
Avant la prise des mesures par le gouvernement, il y’avait de l’affluence mais
maintenant ce n’est plus le cas », raconte un chauffeur de bus. L’agence qui
l’emploie a revu le nombre de passagers à la baisse : « le bus de 70 places
transporte 49 passagers pour respecter la distanciation et pour éviter les
risques de contamination. Si à l’aller on peut enregistrer ce chiffre, il n’est
pas probable que ce soit le cas au retour », lâche le chef d’agence. Les pertes
sont énormes dit-on dans les agences de transport. « Les passagers voyagent par
nécessité suprême, et en cas de force majeure. Ce qui a réduit le trafic Douala
– Yaoundé. Avant, on pouvait effectuer plus de vingt voyages le vendredi mais
avec l’arrivée du Covid-19, c’est à peine si on effectue six voyages. Le manque
à gagner est énorme car les charges n’ont pas baissé », poursuit-il. Certains
patrons envisagent même déjà de fermer boutique, le temps que la crise soit
maîtrisée. « A l’allure où vont les choses, nous allons fermer pour un moment
pour voir si la situation change », murmure-t-on à Buca Voyages.
Transport
urbain
Pourtant, il n’y a pas que le
transport interurbain qui est sérieusement touché par la crise. Le secteur du
transport urbain n’est pas épargné. « Les conducteurs de taxis et de moto taxis
sont invités à éviter des surcharges dans les transports publics : les forces
de maintien de l’ordre veilleront particulièrement », avait indiqué le Premier
ministre Joseph Dion Ngute. Contraint d’appliquer cette mesure, Philippe,
conducteur de taxi dans la ville de Yaoundé, a vu ses revenus baissés de 60 %.
« Avant l’arrivée du coronavirus, je pouvais gagner 50 mille francs par jour ;
une fois que je verse les 10 mille francs de recette journalière à mon patron,
je fais le plein de carburant, il me restait de quoi nourrir ma famille au
quotidien. Depuis deux semaines, je n’y arrive plus », dit-il. L’homme a trouvé
une pirouette pour joindre les deux bouts : « je ne roule plus beaucoup dans la
ville. Cela me permet de ne pas beaucoup consommer de carburant. De plus, le
soir quand je gare le véhicule, je ne fais plus le plein de carburant. Il faut
bien que mes enfants aussi mangent ». Comme Philippe, plusieurs conducteurs de
taxi subissent de plein fouet les effets du coronavirus surtout que certains
Camerounais qui ont fait le choix de rester à la maison. « Il n’y a presque
plus personne dehors. Les gens sont chez eux. C’est vraiment difficile pour
nous les taximen », lance Edgar, un chauffeur. Et d’ajouter : « les recettes
sont médiocres. Ça ne donne pas ! Avant un chauffeur pouvait travailler 20
mille francs la demie journée. Maintenant, le chauffeur est incapable de
travailler de 10 mille francs ». La situation est la même chez les conducteurs
de mototaxi. « Avant a crise, je pouvais gagner 10 mille francs par jour.
Maintenant, il n’est plus possible de travailler 5 000 francs CFA. Déjà, il n’y
a pas beaucoup de clients qui sortent. On doit donc se battre entre nous pour
transporter les rares clients qui sortent. Il faut batailler pour avoir 2000
frs par jour. On travaille juste pour pallier à certains besoins de la famille
», avoue Christian.
Mesures
d’accompagnement attendues
Dans cette « galère », les
acteurs du secteur des transports ont les yeux rivés vers le gouvernement. « On
attend toujours les mesures d’accompagnement », lâche Philippe. Ce conducteur
de taxi, comme d’autres, espère une baisse du prix du carburant à la pompe. «
Si l’Etat arrive à baisser le carburant, ce sera un véritable soulagement.
Hélas, en attendant, on ne peut pas doubler le prix du transport ; puisque, vu
le contexte, c’est le bas peuple souffre. Si on demandait au peuple de ne pas
payer l’électricité, l’eau, et le loyer comme sous d’autres cieux, ceci pouvait
avoir un impact sur le coût de la vie, et inéluctablement dans le transport »,
espère Victor, employé dans une agence de voyage.