Les coalitions instables du MRC

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La stratégie des alliances adoptée par maurice Kamto dès la naissance de son parti a créé un ensemble hétéroclite où les points de tensions et les défections sont nombreux.

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La dispute a pris plusieurs mois avant d’exploser en rixe. Au final, la coalition qui liait Agir/Act et le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a implosé emportant avec elle deux années de compagnonnage. Le degré d’inimitié entre les partisans de Christian Penda Ekoka et ceux de Maurice Kamto a été tel que les deux leaders ont dû se résoudre à se lancer des anathèmes par interview et direct Facebook interposés fin avril dernier. Des attaques violentes au terme desquelles il n’a plus été important de signer des documents de fin de collaboration. Désormais, le mouvement Agir/Act de Penda Ekoka dit revenir dans le marché politique en quête de nouvelles alliances, tandis que le MRC, impérial, continue son chemin. L’adage dans les rangs du parti est bien connu : « Personne n’est obligé de rester dans le train de la Renaissance » !

Sauf qu’avec une telle devise, le fameux train roule de plus en plus seul et ses contempteurs lui souhaitent de rencontrer bientôt un roc sur lequel il va s’aplatir.

Les critiques du MRC semblent toutefois ignorer que le parti et son leader continuent de bénéficier du soutien jusqu’ici indéfectible de personnalités telles qu’Albert Dzongang. L’homme politique a rejoint Maurice Kamto en 2016. Des documents qui ont fuité du Comité central du Rdpc expliquent en gros que n’eût été l’opposition de Peter Agbor Tabi – de regrettée mémoire, le leader du mouvement baptisé « La Dynamique » aurait à nouveau rejoint les rangs du parti au pouvoir à Douala, au lendemain de la mort de madame Foning. Rejeté par le Rdpc pour avoir démissionné au milieu de la décennie 1990, M. Dzongang a dû se résoudre à rallier au MRC en 2016. Et là, soutiennent ses proches, il a accompli un véritable travail de ratissage. « Il est l’un des principaux adjuvants du maillage territorial que nous observons actuellement dans le département du Wouri », confie-t-on. Du fait de ce poids politique et de la considération dont il jouirait auprès de Maurice Kamto, c’est lui qui a été choisi pour porter la contradiction aux camps de Penda Ekoka à la télévision. Lors d’une émission sur Equinoxe, il a défendu avec hargne la probité de Maurice Kamto dans le cadre de l’opération Survie Cameroun/Cameroon Survival. Son point de vue sur le président du MRC est prophétique : « Les gens n’acceptent pas aujourd’hui que c’est Kamto que le seigneur a désigné pour sauver le Cameroun ». Pas moins !

Le cas de Paul Eric Kingue

Des belles paroles, gage de solidité de l’alliance MRC/La Dynamique ? Cela pourrait bien être le cas. Car force est de constater que les défections parmi les alliés du Prof. Kamto proviennent en général de personnes qui le suivent avec le frein à main. C’est par exemple le cas de Paul Éric Kingue. L’ancien maire de Njombé-Penja – paix à son âme – au moment de reprendre la vie politique après sa sortie de prison des suites des événements de février 2008, avait dit qu’il n’a pas vocation à rejoindre Maurice Kamto comme un second. « La politique, c’est comme l’armée, s’était-il expliqué. Quand vous êtes lieutenant, vous devez être commandé par un colonel. Et en politique, je suis colonel ». Sous-entendu, Kamto est un lieutenant. En 2018, le ton avait quelque peu changé. Mais même en rejoignant Maurice Kamto comme directeur de campagne pendant la présidentielle et en l’accompagnant derrière les barreaux, la hiérarchie qu’il a établi lui-même n’a pas beaucoup évoluée. Résultat des courses, au moment de rompre les liens avec le MRC, il n’a pas hésité à dire sur un plateau de télévision en janvier 2020 que « Maurice Kamto est quelqu’un qui est très inconstant dans son comportement ». De quoi lancer des hordes de militants fanatisés contre lui.

L’équation des « Talibans »

Les plus exposés sont surtout ceux qui ont la mauvaise idée de critiquer les méthodes de management du professeur Kamto. Christian Ntimbane Bomo en a fait l’amère expérience ces derniers temps en prenant le cinque d’exposer les incohérences managériales supposées dans la conduite de l’initiative SCSI. L’avocat prétend qu’en tout, l’initiative a permis de mobiliser une enveloppe de presque 5 milliards de francs CFA, bien au-delà du demi-milliard que reconnaît Maurice Kamto.

En qualité de parrain de l’initiative, il demande que le président du MRC et concepteur du projet et à Christian Penda Ekoka, le chef exécutif, de s’expliquer sur ce gap. Non content de cette hardiesse, Ntimbane Bomo dit prendre ses distances avec le MRC. Il n’en a pas plus fallu pour être pris à parti par les armées de résistants amenées par Boris Bertolt. Les internautes ont vite fait d’apprendre qu’en réalité, l’ancien allié est « le porte-parole » du pouvoir. D’ailleurs, il nourrirait une « haine viscérale contre les Bamiléké ». Soit !

Qu’en est-il de Patrice Nganang

C’est Kand Oswalski – un faux profil extrêmement proche de la hiérarchie du MRC – qui répond : « Au sujet de SCSI, ton problème est exactement le suivant : il t’aura fallu toute une année entière pour mobiliser un peu moins de 100.000 euros ; alors que Maurice Kamto a fait plus que ça en une seule journée ». L’écrivain a été exclu du mouvement « Je suis Kamto » en novembre 2019. Son tort ? Avoir critiqué le message de remerciement de Maurice Kamto au président français après sa sortie de prison alors qu’il y a « toute une équipe qui s’est battue pour eux ». Une mobilisation intéressée, rétorque-t-on encore aujourd’hui dans les rangs du MRC. Patrice Nganang, promoteur d’une web TV de propagande en faveur de Maurice Kamto est aujourd’hui soupçonné d’avoir utilisé le malheur de ses anciens camarades pour promouvoir la sécession.

À noter que la furie contre les démissionnaires est une mécanique récente. En tout cas, elle date de la période 2017- 2018 et correspond à la polarisation des réseaux sociaux. Adversaire désigné et assumé du prof Kamto, son homologue Mathias E. Owona Nguini a même forgé la notion de « Taliban » pour désigner la horde des activistes qui propagent des fake news et profèrent des menaces contre toute idée dissonante. Dans le panthéon, des personnes prises pour cible, un ancien allié comme a pu l’être Paul Éric Kingue occupe une place toute particulière.

Dossier réalisé par Jean Omb

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