« Les gens viennent ici, ne paient pas les loyers, n’exercent pas les métiers qui leur sont attribués et ne veulent pas intégrer les différentes filières. Nous demandons donc à tous ces occupants de se mettre au pas, parce que nous n’allons plus tolérer des écarts de comportement qui nuisent au fonctionnement du centre. », a déclaré Naseri Paul Bea, gouverneur de la région du Centre. C’était à l’occasion de la 5e session du Comité de gestion du Centre international de l’artisanat de Yaoundé (CIAY), tenue le 6 mai 2026 dans la capitale. Le message est adressé aux artisans, locataires indisciplinés qui s’accumulent depuis plusieurs années dans ce site inauguré en avril 2016 et rattaché au ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat.
Un centre réhabilité à prix fort
Le CIAY n’est pas un site ordinaire. Créé par décret en janvier 2013, inauguré en 2016, il est conçu comme le centre pilote de l’artisanat camerounais. Sa localisation à Yaoundé, capitale politique et diplomatique du pays, lui vaut sa dénomination internationale. Ses missions couvrent l’encadrement des artisans, le développement de la production et de la transformation artisanale, la promotion de l’artisanat national et international, et la dynamisation économique et touristique du secteur.
Mais le site a traversé des épisodes difficiles. Un incendie, des occupations anarchiques, des loyers impayés qui s’accumulent. La réhabilitation du centre a mobilisé des fonds publics considérables. Le gouverneur n’a pas mâché ses mots sur ce point. « Depuis l’incendie et tous les désordres constatés, nous ne voulons plus revivre cela, parce que cela a coûté beaucoup d’argent aux contribuables camerounais. Cela a coûté énormément d’argent au Cameroun. »
Des mises en demeure déjà expirées
Les autorités ont déjà tenté la voie de l’avertissement. Des mises en demeure ont été adressées aux occupants défaillants, assorties d’un délai butoir fixé au 31 mai 2026. Ce délai est désormais dépassé. Naseri Paul Bea a été explicite sur les conséquences. « Ils ont reçu un délai. Des mises en demeure leur ont été adressées et ce délai a déjà expiré. Nous ne pouvons pas délivrer une nouvelle mise en demeure après une première déjà arrivée à échéance. »
Les exigences posées aux occupants sont précises. Ils doivent signer les conventions, occuper les espaces dédiés dans les filières qui leur sont assignées, libérer les espaces qu’ils ont aménagés sans affectation officielle, et intégrer notamment les filières que beaucoup rechignent à rejoindre.
65 millions FCFA d’objectif de recettes
Sur le plan financier, la coordonnatrice du CIAY, Denise Pascale Abinamba Oloko, a présenté les ambitions de l’établissement pour 2026. Le centre s’est fixé un objectif de recettes non fiscales de 65 millions de FCFA, en hausse par rapport à l’objectif de 50 millions recommandé par le ministère des Finances. La hausse repose sur plusieurs leviers concrets.
Le prix du mètre carré a été réévalué à 5 000 FCFA par mois, revenant au niveau d’avant la pandémie de Covid-19. « Le mètre carré était déjà à 5 000 FCFA. Avec la Covid, on a fait un rabais à 3 500 FCFA, mais comme il y a eu des embellies, nous sommes passés donc à 5 000 FCFA le mètre carré le mois », a expliqué la coordonnatrice. La maîtrise de la cartographie des espaces locatifs et du fichier des locataires constitue l’autre pilier de cette révision à la hausse.
Denise Pascale Abinamba Oloko a toutefois reconnu les limites de l’exercice. « On aurait pu faire mieux, c’est un objectif d’ailleurs pas très à la hauteur de ce que nous avons sur le terrain, mais nous restons mesurés et nous pensons qu’en faisant une pondération, même s’il y avait quelques personnes qui ne payaient pas le loyer, comme c’est le cas, nous arriverons à atteindre nos objectifs. »
Une culture du non-paiement bien ancrée
La coordonnatrice a également posé un diagnostic sans détour sur les habitudes qui freinent le recouvrement. « Les locataires, pour la plupart, au-delà des difficultés que certains peuvent rencontrer, ils sont habitués à ne pas payer le loyer. » Depuis deux ans, la stratégie repose d’abord sur la sensibilisation, la réorganisation des espaces et la constitution d’un fichier fiable. Mais la coordonnatrice admet que le volet coercitif tarde à suivre. « Le côté coercitif parfois ne suit pas. Nous sommes dans une nouvelle dynamique aujourd’hui, les recettes non fiscales comptent dans l’apport de cette préparation du budget. »
Un actif sous-exploité qui attire pourtant
Les chiffres de fréquentation du CIAY racontent une autre histoire, celle d’un site qui attire. Le centre a enregistré 57 325 visiteurs en 2024, puis 71 505 en 2025, soit une progression notable en un an. En rythme journalier, entre 180 et 220 visiteurs nationaux et entre 15 et 25 visiteurs étrangers franchissent les portes du centre. Le potentiel commercial est réel. Les gestionnaires le reconnaissent eux-mêmes en qualifiant le CIAY d’actif économique sous-exploité. C’est précisément ce décalage entre le potentiel affiché et la réalité du désordre intérieur que les autorités entendent désormais corriger, sans délai supplémentaire.







