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Oumarou Hamadjoda prend la direction générale de la SOCADEL après la fin d’Eneo

Par décret présidentiel signé le 4 mai 2026, Eneo cède la place à la Société Camerounaise d'Électricité (SOCADEL). Le lendemain, le Conseil d'Administration réuni sous la présidence de Gaston Eloundou Essomba, ministre de l'Eau et de l'Énergie, installe la première équipe dirigeante. À sa tête, Oumarou Hamandjoda — ingénieur, ancien enseignant, quinze ans de direction à Eneo. Un homme que le secteur a formé pour ce moment, et que ce moment n'épargnera pas.

Il est natif de Kodeck, dans le Diamaré, à l’Extrême-Nord du Cameroun. Rien dans cette géographie aride ne laissait présager qu’Oumarou Hamandjoda deviendrait l’un des visages les plus aguerris du secteur électrique camerounais. C’est pourtant le chemin qu’il a tracé, méthodiquement, depuis les universités russes jusqu’aux conseils d’administration des grandes structures énergétiques du pays.

Sa formation parle d’elle-même. Il décroche un Master of Sciences en hydropower plants engineering and hydraulic structures en 1993, puis un PhD en hydropower plants and hydroelectric devices en 1996 — les deux obtenus dans des universités russes. Des spécialités pointues, directement ajustées aux besoins d’un pays dont le potentiel hydroélectrique figure parmi les plus importants d’Afrique.

De l’amphi aux sphères de décision

De retour au Cameroun en 1998, Hamandjoda commence par transmettre ce qu’il sait. Il enseigne à l’université de Ngaoundéré, puis à l’université de Yaoundé I, notamment à l’École Nationale Supérieure Polytechnique. Ces années dans les amphithéâtres ne constituent pas un détour — elles lui ouvrent les portes de l’État. Il rejoint le Secrétariat Général de la Présidence de la République, attaché à la division des Affaires économiques, poste depuis lequel il représente l’État au Conseil d’Administration d’Electricity Development Corporation, l’EDC. Un pied dans l’appareil d’État, un autre dans le monde opérationnel de l’énergie.

Quinze ans dans les entrailles d’Eneo

C’est à Eneo Cameroon que sa carrière prend toute son ampleur. De 2009 à 2024, soit quinze années consécutives, il occupe le poste de Directeur Général Adjoint de l’ex-concessionnaire du service public de l’électricité. Une longévité rare dans un secteur où les directions changent souvent au rythme des crises.

 Ces quinze ans lui donnent une connaissance intime du réseau électrique camerounais — ses points de rupture, ses chantiers en souffrance, ses dettes accumulées. « Sa nomination est un choix de raison technique avant d’être politique », confie un expert du ministère de l’Eau et de l’Énergie.

Une maison neuve sur des fondations fragiles

La SOCADEL qu’Hamadjoda prend en main ce 5 mai 2026 affiche un visage nouveau, mais traîne des problèmes anciens. Le décret présidentiel du 4 mai transforme Eneo en société d’État à actionnaire unique, dotée d’un capital de 43,9 milliards de francs CFA. Le texte prévoit également d’ouvrir progressivement le capital à d’autres acteurs publics et au secteur privé. Antoine Ntsimi préside le Conseil d’Administration. Jean Basile Ekobena occupe le poste de Directeur Général Adjoint.

En reprenant les commandes d’une entreprise cédée à l’Américain AES puis au Britannique Actis en 2014, l’État récupère aussi tout le passif. Eneo laisse derrière elle un endettement massif, des factures impayées en volume considérable, un réseau de distribution dégradé et des tensions structurelles dans la chaîne électrique. Des experts estiment que c’est précisément ce tableau difficile qui a précipité la reprise en main par l’État — rachat de 51% des parts pour 78 milliards de francs CFA en 2025.

Un gouffre financier à combler

Les chiffres que découvre Hamandjoda sur sa table donnent le vertige. Avant la nationalisation, les revenus mensuels d’Eneo plafonnaient autour de 30 milliards de francs CFA, pour des engagements qui avoisinaient 50 milliards — soit un déficit mensuel de 20 milliards de francs CFA.

La cause principale est structurelle. Le système tarifaire reste gelé depuis 2012. Les ménages paient leur électricité entre 50 et 99 francs CFA le kilowattheure, un niveau inférieur aux coûts réels de production. L’État compense cet écart à travers une subvention tarifaire estimée entre 70 et 100 milliards de francs CFA en 2025.

L’endettement total de la structure dépasse 800 milliards de francs CFA, tous créanciers confondus — banques, fournisseurs et producteurs indépendants. Les impayés publics aggravent encore la situation. En 2024, environ 59 milliards de francs CFA de créances sur l’État et ses démembrements attendaient toujours d’être recouvrés. Début 2026, les factures impayées de l’État et d’Eneo envers Nachtigal Hydro Power Company approchaient 70 milliards de francs CFA. Pour contenir ces risques, l’État a mis en place un mécanisme de garantie financière revolving de 100 milliards de francs CFA auprès des banques locales.

La fraude électrique constitue un autre front. Les branchements illicites et la falsification des compteurs coûtent plus de 60 milliards de francs CFA par an au secteur. En mars 2026, l’État a lancé une opération nationale pour endiguer ces pratiques. En parallèle, le gouvernement engage un plan de restructuration de la dette à l’horizon 2026, avec pour objectifs l’amélioration du recouvrement des factures publiques et la réforme de la politique tarifaire.

Les chantiers qui attendent

Au-delà des urgences financières, Hamandjoda doit finaliser l’intégration des actifs hérités d’Eneo et accélérer les grands projets d’infrastructure. La SOCADEL assume désormais la production, la distribution et la commercialisation de l’électricité — un périmètre élargi qui réclame simultanément l’assainissement des comptes et la réduction du déficit énergétique. L’extension du réseau vers les zones rurales, pilier du développement inclusif voulu par le Chef de l’État, figure aussi parmi les priorités immédiates. La qualité du service, régulièrement décriée par les populations, sera le premier juge de paix du nouveau directeur général.

Ingénieur de formation, enseignant de vocation, gestionnaire d’expérience — Oumarou Hamandjoda connaît le secteur de l’intérieur, ses promesses comme ses impasses. En 2026, le Cameroun ne veut plus seulement gérer l’électricité. Il veut la maîtriser. La lune de miel sera courte. L’urgence, elle, est permanente.

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