Les athlètes camerounais sont restés spectateurs devant les podiums

Au moment où les rideaux se refermaient sur les Jeux olympiques (Jo) Tokyo 2020 ce 8 août 2021, le Cameroun a respecté la maxime du baron Pierre de Coubertin, en se contentant de participer. Douze athlètes représentant sept disciplines : athlétisme (Emmanuel Eseme/200m hommes), boxe (Wilfrried Seyi/-75kg, Albert Mengue/-69kg, Maxime Yegnon/+91kg), haltérophilie (Jeanne Gaëlle Eyenga/76kg, Clémentine Meukeugni Noumbissi/87kg), lutte (Emilienne Essombe Tiako/53kg), judo (Arrey Sophina/-70kg, Vanessa Mballa/+78kg), natation (Charly Ndjoume/50m nage libre hommes, Elisabeth Norah Milanesi/50m nage libre dames) et le tennis de table (Sarah Nana Hanffou).

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L’un après l’autre, discipline après l’autre, les 12 ambassadeurs du Vert-rouge-jaune se sont fait éliminer. généralement sans véritable adversité. en dehors de trois victoires dont une en boxe avec Albert Mengue Ayissi et les deux victoires dans leurs séries des deux nageurs alignés au 50m nage libre, le Cameroun est passé à côté du sujet. Aucune médaille ramenée. et si la fugue n’a pas fait partie des faits divers de la Cameroon olympic team, des voix se sont fait entendre entre Vanessa Mballa et la fédération. Finalement, l’athlète qui s’est entraînée en marge du programme de l’entraîneur national, a compéti sans l’assistance de cette dernière, Donna Ngo Batang, qui a découvert à la dernière minute que l’athlète qui a souhaité en vain de faire accréditer son entraîneur personnel, a préféré compétir avec le kimono de l’organisation, écartant de fait l’entraîneur. Du coup, la meilleure chance de médaille camerounaise que tous les observateurs voyaient, a été laminée d’entrée de jeu. Comme les autres.

Et du côté tant des athlètes que des fédérations, on accuse l’impréparation et le diktat du Comité national olympique et sportif du Cameroun (CNOSC) qui n’a pas suivi les programmes de travail élaborés par les techniciens des fédérations. Les athlètes n’ont eu droit qu’à une semaine de stage au pays et deux semaines d’acclimatation au Japon.

Emmanuel Eseme : Affaibli par le stress

Il lui fallait terminer sa série parmi les trois premiers, afin de pouvoir se qualifier pour les demi-finales. Mais le seul sprinteur camerounais des JO 2020 a échoué au 4ème rang avec un chrono de 20’’65. A cinq tierces du Hollandais Taymir Burnet. Le coureur des 200m qui n’avait pas eu le bonheur de courir auprès des meilleurs du monde qui auraient pu l’aider à s’améliorer est ainsi rentré au pays après une seule course. D’aucuns le trouvaient méconnaissable. « C’est vrai que 20’’65, ce n’est pas mon ‘’personnal best’’. J’ai déjà eu à faire mieux que ça », confirme-t-il. C’est que « initialement quand je suis dans la course, je ne sais pas : j’ai paniqué ou bien c’est la fatigue ; je ne sais vraiment pas », confie-t-il. La faute à une préparation au rabais. « La préparation n’était pas la meilleure qui soit. Chez nous on se bat avec les moyens que nous avons. Nous ne sommes pas vraiment préparés comme d’autres pays», dénonce l’athlète. « Si la préparation à ces jeux était beaucoup plus encadrée, je pense que j’aurais pu faire mieux», est-il convaincu. « Nous travaillons pour pouvoir avoir des sponsors pour mieux s’entraîner et préparer de telles compétitions», planifie-t-il. Il devra attendre trois ans, pour espérer se rattraper. Si la forme physique reste fidèle à ses os vieux de 27 ans.

Wilfried Seyi Ntsengue : Moins bon qu’à Rio

« La forme s’entretient. Il me semble qu’elle est scientifique, alors si maintenant on joue les sorciers je suis désolé. Parce qu’on a décrié cette préparation… La fédération avait élaboré un programme de préparation qui devrait partir de Kazakhstan pour la Russie avant d’arriver à Tokyo. Cela a été balayé d’un revers de la main, je ne sais pas sous quel prétexte ». Basile Kalong, le secrétaire général de la Fédération camerounaise de boxe, a dénoncé l’impréparation des athlètes camerounais, et notamment des boxeurs. Cette situation peut justifier l’élimination précoce de Wilfried Seyi. Le boxeur des -75kg avait essayé en vain de résister au Congolais David Ntsama qui l’a battu par décision de trois juges contre deux en 32ème de finale. Le porte-étendard du Cameroun à Rio 2016 semblait être une valeur sûre de la team Cameroun. Lui qui, à 18 ans, pour sa première participation aux JO il y a quatre ans, avait réussi une qualification au second tour, avant d’être éliminé. Et de retour au pays, le porte-étendard du Cameroun avait garanti que « nous allons continuer à travailler pour faire mieux la prochaine fois ». Pire que l’élimination en 8ème de finale de Rio, l’homme a perdu le premier combat même, signe d’une élimination en 1/16 de finale.

Albert Mengue Ayissi : Tout avait bien commencé

C’est avec lui que le Cameroun a souri pour la première fois. Le boxeur des -69kg a battu d’entrée l’Eswatinien (Swaziland) Dlamini Thabiso par K.O au 3ème round. Une victoire qui a rassuré le pugiliste qui avait dû crier sa misère sur la place publique, pour être soutenu financièrement par le magnat de la presse Jean Pierre Amougou Bélinga. A un mois du kick off des jeux. De quoi remonter la pente et retrouver le moral de l’athlète. Mais le déficit avait déjà été trop grand pour être comblé en si peu de temps. Et en 8ème de finale, l’Irlandais Walsh Idan l’a dévoilé. L’adversaire du Camerounais l’aura malmené durant les trois reprises, au terme desquelles il a remporté par 30-25. Ayissi ayant perdu deux points suite à des avertissements. L’aventure s’arrêtait ainsi en 8ème de finale pour celui qui avait permis de rêver en boxe.

Maxime Yegnon : Retour précipité du mécanicien

Le Russe Ivan Veriasov n’a pas donné l’occasion à Maxime Yegnon de faire deux combats. Le super lourd camerounais (+91kg) a terminé les trois rounds, mais a perdu aux points, au décompte des cinq juges dont trois ont penché pour son adversaire.
Une déception pour ce mécanicien arrivé en boxe par souci de protéger sa famille et assurer sa sécurité dans les rues de Yaoundé, avant d’y trouver une autre école de la vie, et désormais engagé à se faire un nom, et éventuellement des moyens d’améliorer ses conditions de vie à travers des combats de boxe.

Clémentine Mekuegni Noumbissi : des leçons apprises

Le temps n’est pas aux pleurs pour Clémentine Meukeugni Noumbissi. La championne du Cameroun d’haltérophilie des 87kg a terminé 3ème de sa série avec une charge totale de 224kg, soit 1kg de moins que l’Espagnole Lidia Valentin. Et au classement général, la Camerounaise occupe le 11ème rang. « Je suis fière d’avoir atteint ce niveau. C’était une très bonne expérience d’avoir été sur le même plateau avec des championnes du monde et vice-championne olympique. J’ai vu la manière dont elles se concentraient sur leurs passages, des techniques pour améliorer la mienne », admet avoir appris l’haltérophile des 87kg. Mieux, « j’ai vu la manière dont elles se concentrent, leurs passages, leurs techniques, permettront d’améliorer la mienne». Se félicitant que ses adversaires aient eu « juste quelques kilogrammes de plus ». Promettant « de travailler un peu plus pour pouvoir faire de mon mieux la prochaine fois».

Yves Charly Ndjoume : Une première place dans l’eau

Cameroon’s Charly Ndjoume reacts after winning a heat for the men’s 50m freestyle swimming event during the Tokyo 2020 Olympic Games at the Tokyo Aquatics Centre in Tokyo on July 30, 2021. (Photo by Jonathan NACKSTRAND / AFP) (Photo by JONATHAN NACKSTRAND/AFP via Getty Images)

En 27’’22, Charly Ndjoume a terminé en première position sa série des 50m nage libre messieurs. Une consécration pour l’ambassadeur masculin du Cameroun dans cette discipline. Au moment où les autres athlètes avaient jusqu’ici échoué à l’entame, en dehors d’Albert Mengue Ayissi. Mais passée l’euphorie, l’homme de 34 ans n’a pour autant pas pu se qualifier pour la finale. Son temps étant demeuré trop faible face aux concurrents des autres séries. Charly Ndjoume se console également avec un record personnel amélioré. Avant Tokyo, le nageur camerounais avait une performance de 27’’78.

Elisabeth Norah Milanesi : record personnel amélioré

C’est auréolé de son titre de championne d’Afrique qu’Elisabeth Norah a atterri à Tokyo. Gonflée à bloc, la nageuse camerounaise alignée dans la 5ème série de sa discipline, a avalé les 50m d’eau en 26’’41. Certes loin du record olympique qui est de 24’’05, et surtout du record mondial (23’’67) ; mais tout de même la nageuse de 18 ans améliore son record personnel qui est de 27’’13. Une avancée qui augure des lendemains meilleurs pour celle qui a devancé la Sainte Lucienne Charlemagne Mikaili, sa poursuivante immédiate dans la série, de quelques tierces seulement (26’’99).

Arrey Sophina Ayuk : Dur apprentissage

« Je me suis donnée à fond, mais la Coréenne était plus technique et plus rapide que moi ». Arrey Sophina est honnête en ce qu’elle n’était pas à la hauteur de son adversaire, la Coréenne Kim Seongyeong. Même si la judokate des -70kg est ainsi éliminée dès son premier combat, par ippon, c’est-àdire par KO, elle se dit « fière d’avoir participé à mes premiers jeux ». Estimant avoir gagné en termes d’expérience et «espère qu’aux prochains jeux je serai plus performante ». A condition « de nous mettre dans des conditions favorables dans le cadre de la préparation de compétitions comme celle-ci. Qu’on nous fasse faire des stages de haut niveau dans les différents pôles, dans la zone européenne, dans la zone asiatique», conditionne-t-elle. Sera-t-elle entendue ? On attend de voir. Toujours est-il que les éditions se suivent et se ressemblent pour les athlètes camerounais souvent tiraillés entre leurs fédérations et le Comité national olympique et sportif qui rechigne toujours à prendre en compte les programmes de préparation élaborés par les techniciens des différentes fédérations.

Emilienne Essombe Tiako : Si près d’une médaille

Joseph Emilienne Essombe Tiako a terminé la compétition dans les 53kg dames en 5ème position. Les médailles de lutte étant réservées aux quatre premiers de chaque catégorie. La dernière ambassadrice du Cameroun aux JO 2020 est ainsi passée à côté d’une médaille de bronze qui aurait pu sauver l’honneur d’un pays qui était représenté par 12 athlètes engagés dans sept disciplines. Et qui se faisaient éliminer l’un après l’autre, pour clôturer avec celle qui était porte-étendard du pays. Pourtant les règles en lutte avaient redonné une chance supplémentaire au Cameroun. Battue dès son premier combat par la Japonaise Mukaidi Mayu, la lutteuse camerounaise gardait une chance de rebondir en cas de qualification en finale de son bourreau. Ce qui est arrivé. Et les victimes de celle qui a terminé championne olympique à 24 ans, se sont affrontées, pour une place en bronze. Essombe Tiako a d’abord battu la Polonaise Marta Zasina Roksana (3-1), avant de tomber en finale de bronze face à la Mongolienne Bat Ochir Bolortuya (4-14) qui empoche ainsi la seconde médaille de bronze en jeu. Pour ce qui semble être sa dernière participation aux JO pour celle qui est âgée de 33 ans.

Vanessa Mballa Atangana : le prix de la guerre des égos

Avant les JO, l’actualité de Vanessa Mballa était ponctuée de tiraillements avec la Fédération camerounaise de judo. Au sujet de son entraîneur personnel que l’athlète tenait à faire accréditer au sein de la délégation camerounaise. Rodrigue Chenet que la judokate a rencontré en 2011, à la faveur de la bourse olympique qui l’a conduite en France. Ce n’était qu’une nouvelle bataille dans la guerre entre la judokate et sa fédération. Et la crise s’est poursuivie au Japon où l’athlète a préféré rejoindre son entraîneur personnel en France, pendant que le reste de l’équipe camerounaise suivait le stage d’acclimatation à Hita. Et même à son retour. « Je me suis entraînée toute seule. Arrivée au village j’avais une sœur, une amie gabonaise avec qui j’ai continué la préparation. Depuis que je suis arrivée, c’est froid», se plaint l’athlète. Faux, « lorsque l’athlète arrive à Hita une semaine après le reste de la délégation (…) elle ne m’a jamais communiqué son programme. Je le découvrais comme tout le monde. Je programme dans le bus. Je programme le judo, elle va en athlétisme, je programme un circuit, elle va en musculation… », réagit Donna Ngo Batang, l’entraîneuse nationale de judo. Suivra l’épisode des équipements. « Les pouvoirs publics ont mis à sa disposition 4 ténues qu’elle a estimées qu’ils étaient petits, après avoir mis des dossards dessus. Le président du Comité national olympique a instruit qu’on lui achète un kimono sur place. Elle a communiqué la taille qu’il fallait, le judogi muzino taille 3.5. Nous sommes allés acheter cette ténue, l’athlète l’a essayé et l’a validé », rapporte l’entraîneuse. Et pourtant «nous avons été surpris au niveau du contrôle des ténues, qu’elle prenne le kimono de l’organisation. Ce qui exclut d’office le coach et vous donne un dossard blanc », regrette la technicienne. « Je n’ai jamais refusé le kimono du Cameroun ; j’ai changé de catégorie, et le kimono qu’on m’a apporté était tout petit. Je ne pouvais pas prendre un kimono qui ne me suffit pas, pour faire plaisir aux gens, et pourtant je suis venu combattre », reprend celle qui clame qu’«il faut qu’on respecte les athlètes ». Et sur le ring, la meilleure chance de médaille du Cameroun, engagée dans les +78kg, a été foudroyée par la Turque Sayit Kayra.

Sarah Hanffou : Une sortie vers l’avenir du ping-pong

Elle n’a pas eu le bonheur d’ouvrir la page du Cameroun à ces jeux. Premier athlète à rentrer en compétition, Sarah Nana Hanffou est tombée sur un adversaire coriace. La différence était nette : plus jeune (29 ans), la Bulgare Trifonova engageait la partie en confiance. Avec à son actif 7 victoires contre 3 défaites en 2021, pour une 407ème place au classement mondial ITTF Femmes. La meilleure camerounaise du tennis de table des dix dernières années, semblait désormais plus engagée dans son activité d’avocate et l’essor de Ping sans frontières (PSF), son association, que le sport. Agée de 34 ans, la doyenne affichait plutôt des statistiques de 2019, soit deux victoires pour trois défaites. Dans le duel, la Bulgare a laminé la Camerounaise 4-1. La Lionne indomptable du tennis de table sortait ainsi de ses 2èmes jeux olympiques après un seul match. Elle qui avait mieux résisté à Rio il y a quatre ans. Mais pour celle qui se préoccupe beaucoup du développement de la discipline de son cœur et les œuvres caritatives, le plus important est à venir. Peut-être pas avec elle-même, mais des pongistes plus jeunes qu’elle promeut dans 15 pays d’Afrique déjà. A travers PSF, Sarah Hanffou a intégré cette année l’incubateur de l’Agence française du développement et de Paris 2024 pour donner vie à son nouveau projet de développement du tennis de table. Ses pupilles pourraient mieux lui succéder à Paris en 2024.

Jeanne Gaëlle Eyenga Mboossi : Un héritage lourd à porter

TOKYO, JAPAN – AUGUST 01: Jeanne Gaelle Eyenga Mboosi of Team Cameroon competes during the Weightlifting – Women’s 76kg Group B on day nine of the Tokyo 2020 Olympic Games at Tokyo International Forum on August 01, 2021 in Tokyo, Japan. (Photo by Chris Graythen/Getty Images)

Elle ne porte pas le patronyme Matam, mais n’en demeure pas moins un membre de cette famille qui a inscrit son nom en lettres d’or dans la fondation de l’haltérophilie camerounaise. Jeanne Gaëlle Eyenga ne se vante pas seulement de sentir du sang des Matam dans ses veines. L’athlète travaille aussi à mieux représenter le Cameroun sur la scène internationale dans cette discipline. Et en arrivant à Tokyo, la fille de 22 ans, concourant chez les 76kg, croyait pouvoir faire au moins autant que Madias Nzesso : une médaille de bronze. Médaille obtenue sept ans après les JO 2012 qui l’ont vu terminer 6ème dans les 75kg, mais à qui le Comité international olympique a réattribué la médaille de bronze, après des disqualifications des concurrentes par la Commission disciplinaire de l’instance, des trois athlètes qui occupaient les 3 premières places dans ce classement (Svetlana Podobedova du Kazakhstan, Natalya Zabolotnaya de Russie et Iryna Kulesha de la Biélorussie. Mais Jeanne Eyenga est revenue bredouille au Cameroun, se classant 5ème de sa catégorie, après avoir soulevé en arraché et en épaulé-jeté 202kg (à peine 1kg de moins que la 4ème). « Les conditions sont très très difficiles au Cameroun, surtout dans notre sport. On n’a ni matériel approprié, ni salle appropriée », essaie de justifier Constantin Enama, l’entraîneur national de la discipline, chez Rfi. « Mais ça va, on se bat. Si on a pu se qualifier pour les Jeux olympiques, c’est qu’on peut aller loin », espère-t-il.

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