AccueilA LA UNEInflation  : l’appréciation du naira alourdit la facture des importations au Cameroun

Inflation  : l’appréciation du naira alourdit la facture des importations au Cameroun

Entre la remontée des prix mondiaux de l’énergie et l’appréciation du naira, le Cameroun fait face à un double choc sur ses importations. Les carburants et les équipements en provenance du Nigeria sont particulièrement exposés à cette nouvelle pression sur les coûts.

L’appréciation du naira nigérian commence à renchérir les importations du Cameroun, notamment les carburants et les équipements. Un effet que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) identifie désormais comme l’un des facteurs d’accélération de l’inflation importée dans la zone CEMAC.

« La dynamique de l’inflation importée en zone CEMAC a été influencée par la remontée des prix de l’énergie à partir de mars 2026, ainsi que par le renchérissement progressif des produits alimentaires mondiaux. Cette accélération a été accentuée par l’appréciation du Naira nigérian et du Franc Congolais, qui a renchéri les importations en provenance du Nigéria, notamment les carburants et les équipements pour le Cameroun et le Tchad […] », relève le rapport sur la politique monétaire en zone CEMAC, publié le 30 septembre 2026.

Pour le Cameroun, l’effet du renchérissement du naira se concentre notamment sur deux postes sensibles : les carburants et les équipements. Le mécanisme est direct. Lorsque la monnaie nigériane s’apprécie face à l’euro, auquel le franc CFA est arrimé, les produits achetés au Nigeria coûtent davantage en monnaie commune. Cette hausse se répercute ensuite sur les coûts d’approvisionnement des entreprises camerounaises.

Le poids des carburants nigérians

Le Nigeria occupe une place significative dans les importations camerounaises de carburants et lubrifiants. Selon un rapport du ministère des Finances consacré aux implications du conflit au Moyen-Orient sur l’économie nationale, le pays voisin représentait 18 % des importations camerounaises de ce segment sur la période 2024-2025.

Les achats correspondants sont estimés à environ 175,3 milliards de FCFA en 2024 et 141,8 milliards de FCFA en 2025, soit plus de 317 milliards de FCFA sur les deux années.

Cette exposition prend une dimension supplémentaire avec la montée en puissance de la raffinerie Dangote. Implantée au Nigeria et dotée d’une capacité de traitement de 650 000 barils par jour, l’infrastructure contribue à renforcer les capacités d’exportation de produits pétroliers raffinés du pays vers plusieurs marchés africains, dont le Cameroun.

Cette évolution accroît mécaniquement l’importance du naira dans les conditions d’approvisionnement du marché camerounais.

Une monnaie qui se redresse

Le mouvement du naira est particulièrement notable après plusieurs années de dépréciation. Pour la première fois depuis 2012, la monnaie nigériane a terminé l’année 2025 en appréciation face au dollar. Elle s’est établie à 1 429 nairas pour un dollar au 31 décembre, soit un gain annuel de 7,4 %, selon les données de la Central Bank of Nigeria.

Après avoir atteint environ 1 602 nairas pour un dollar en avril 2025, la monnaie s’est progressivement redressée à partir de mai, repassant durablement sous le seuil de 1 500 nairas pour un dollar en fin d’année.

Cette appréciation s’est poursuivie en 2026. Entre le premier et le deuxième trimestre, l’euro s’est déprécié de 2,1 % face au naira, à 1 588,6 nairas.

Pour les importateurs camerounais, cette évolution signifie qu’il faut davantage de francs CFA pour régler une facture libellée en monnaie nigériane.

L’impact dépasse toutefois le seul coût des transactions commerciales. Les carburants constituent un intrant transversal de l’économie : leur renchérissement affecte le transport, la logistique et les coûts de production. Les équipements importés interviennent, pour leur part, dans l’industrie, le commerce, les services et les investissements. Une hausse de leur prix peut donc ralentir la constitution du capital productif ou être répercutée sur les prix finaux.

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Un choc extérieur qui entretient l’inflation

La pression nigériane intervient dans un environnement international déjà inflationniste. Les prix de l’énergie ont progressé de 20,4 % au deuxième trimestre 2026 sur les marchés mondiaux, sous l’effet notamment des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, des risques pesant sur le transport maritime et des perturbations des infrastructures de gaz naturel liquéfié, selon la BEAC.

Dans ce contexte, l’inflation importée en CEMAC a accéléré, passant de 0,8 % en juin 2025 à 1,7 % en juin 2026.

La BEAC anticipe une inflation régionale de 3,5 % en glissement annuel à fin septembre 2026 et identifie parmi les principaux facteurs de risque le renchérissement des carburants, lubrifiants et équipements en provenance du Nigeria sous l’effet de l’appréciation du naira.

Le phénomène met ainsi en évidence une vulnérabilité particulière de l’économie camerounaise : une partie de la pression inflationniste échappe directement à l’action de la politique monétaire de la BEAC. Ni le taux de change du naira ni les cours mondiaux de l’énergie ne sont déterminés dans la CEMAC.

Dans ce contexte, le Comité de politique monétaire a maintenu à 4,50 % son taux d’intérêt des appels d’offres au quatrième trimestre 2026, privilégiant la stabilité monétaire alors que les tensions externes continuent d’alimenter les coûts d’approvisionnement.

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Par Fabrice BELOKO
Défis Actuels du 06/10/2026

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