Christopher Fomunyoh, directeur régional du NDI : « on peut s’attendre à un renforcement des liens entre les Etats-Unis et l’Afrique »

Directeur régional de l’Afrique centrale et de l’Ouest au sein du think tank américain du national Democratic Institute (NDI), Christopher Fomunyoh décrypte les enjeux de l’US-Africa Leaders’ summit.

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Quels sont les dossiers prioritaires de l’administration Biden en Afrique ? 

Je pense qu’après le dernier sommet mondial virtuel sur la démocratie organisée par les États-Unis en décembre 2021, au quel seulement 18 pays Africains avaient été invités, le président américain souhaite une participation plus ouverte pour ce sommet afin de pouvoir interagir avec un plus grand nombre de ses pairs africains et ainsi combler le vide laissé par son prédécesseur Donald Trump, tout en démontrant par là le poids qu’il attribue à l’Afrique dans sa politique étrangère à lui. J’imagine qu’il cherchera à réactiver une coalition pro-démocratie au niveau africain, comme il tente de le faire sur d’autres continents aussi. 

Il sera également question de l’ordre international où la voix africaine peine à se faire entendre ces dernières années et où le continent gagnera à être plus présent. J’imagine qu’il sera aussi question d’harmoniser les approches pour mieux lutter contre des fléaux au niveau global, comme le changement climatique et la corruption, qui minent le développement sur le continent en particulier. Et bien sûr la question incontournable, à savoir la nécessaire clarification sur les avantages de la gouvernance démocratique et inclusive à l’opposé des narratifs que véhiculent d’autres partenaires potentiels tels que la Chine et la Russie. 

Les relations américano-africaines ont prospéré sous les présidences Clinton, Bush Jr. et Obama, avant de connaître un temps d’arrêt pendant les quatre années Trump. Quel impact ce désintérêt de Trump pour l’Afrique a-t-il eu sur le flux commercial et les relations diplomatiques ? 

On ne peut s’empêcher de constater que le passage de Donald Trump à la Maison Blanche a laissé un vide, en dépit de l’activisme de certains officiels tels que le sous-secrétaire d’État aux affaires africaines d’alors et quelques ambassadeurs courageux. Ce vide s’est fait ressentir aussi dans le secteur privé qui, souvent, suit les élans de l’action gouvernementale. Par exemple, sous Trump, les investissements privés américains directs en Afrique sont passés de 50,4 milliards de dollars en 2017 à 43,2 milliards de dollars en 2019, soit une baisse de 14 %. Cela a bien sûr profité aux autres partenaires comme la Chine et la Turquie qui ont connu des augmentations significatives dans leurs chiffres d’affaires pendant la même période. 

En organisant le sommet des chefs d’états africains, Biden renoue avec la tradition mise en place par Obama, mais les faits sur le terrain ont changé depuis les années Obama avec une présence économique prépondérante de la Chine et une présence militaire grandis sante de la Russie sur le continent. Dans ce contexte, peut-on reprocher aux Africains de croire que le souci des Américains de regagner en influence a pour but de créer des conditions d’une nouvelle guerre froide sur leur continent ? 

« …On peut s’attendre à un renforcement des liens d’amitié entre les Etats-Unis et l’Afrique ; un contact plus facile au sommet de l’état surtout pour ce qui est de l’harmonisation sur les questions internationales ou d’envergure mondiale comme la lutte contre la famine, les entraves au développement et l’insécurité grandissante sur le continent… »

On ne peut rien reprocher aux Africains sur cette question-là, même s’il faut re connaître que Biden qui a été vice-président de Barack Obama et qui est issu, lui aussi, des rangs des démocrates, est sincère dans sa volonté de travailler avec l’Afrique. Cela dit, une certaine interrogation de la part des Africains est tout à fait compréhensible compte tenu de la percée des autres puissances en compétition avec les États-Unis. Cela explique les nombreuses sorties du secrétaire d’État Anthony Blinken pour expliquer que l’engagement des États Unis est réel et se projette dans la durée au lieu d’être seulement contextuel pour contrecarrer telle ou telle autre puissance. Sûrement que beaucoup d’Africains attendent de voir du concret, surtout dans les pays comme la République centrafricaine ou le Mali, dans le Sahel. D’où aussi l’insistance sur les va leurs partagées entre les États Unis et l’Afrique. 

Les dossiers sécuritaires sont-ils à l’ordre du jour au sommet de Washington ? Quelles sont les régions sensibles en Afrique où les militaires américains sont présents, soit dans le cadre des bases comme à Djibouti ou de manière plus discrète ? 

Je crois savoir que le département de la Défense américain participe à certaines des tables rondes portant sur les questions de défense et de sécurité, lors du sommet. La sécurité est un sujet majeur. Lorsqu’on fait le point sur les défis sécuritaires auxquels le continent est confronté, à commencer par les groupes terroristes comme Al Shabab dans la Corne de l’Afrique, Boko Haram au Nord du Nigeria ou l’organisation État islamique et AQMI et autres groupes dans le Sahel, on ne peut s’empêcher de reconnaître que cette menace est réelle et très dé stabilisatrice pour les pays concernés et même au-delà de leurs frontières. Il se rait tout à fait normal à mon sens que les États-Unis qui ont une expérience en la matière et une expertise assez riche viennent en aide aux pays africains. Le Camp Lemonnier à Djibouti est le seul camp militaire permanent des États Unis en Afrique, mais plus récemment il y a eu la construction d’un camp de drones au Niger. Mais une puissance avec des capacités de projections et de rapidité d’actions n’a pas forcément besoin de bases et d’une présence physique permanente sur le continent pour pouvoir venir au secours ou intervenir en cas de besoin. Ainsi, le Commandement Etats Unis-Afrique (Africom) a déployé des soldats américains pour des interventions ponctuelles dans à peu près 13 pays entre 2013-2017, y compris le Cameroun, le Tchad, la RDC, la Mauritanie et le Niger. Cette aide ponctuelle et bien ciblée est plus significative aujourd’hui que jamais vu les vulnérabilités de nos pays déjà si fragiles. 

Qu’en est-il du décret « Africa Growth and Opportunity Act » (Agoa), principal outil d’échanges entre l’Amérique et l’Afrique sub saharienne ? Apparemment, la re conduction de l’Agoa qui arrive à l’expiration en 2025, fait débat ? 

Il serait intéressant de suivre les discussions sur l’Agoa, surtout après l’adoption de la zone de libre-échange africaine qui englobe tous les pays du continent alors que l’Agoa avait des critères plus sélec tifs. Je crois savoir que l’ambassadeur Tai, responsable du Commerce américain, organisera une discussion au niveau ministériel sur l’Agoa afin d’aborder certaines des questions soulevées par les pays africains et relatives au fonctionne ment de ce mécanisme établi pour faciliter l’accès au marché américain pour les produits africains. Ce sera également une plate-forme pour discuter de la mise en œuvre et déterminer comment améliorer les taux d’utilisation de l’Agoa avant son expiration en 2025, et le tout dans le but de renforcer la coopération économique, le commerce et l’investissement, et sou tenir l’intégration économique régionale. 

Que peut-on attendre du sommet de Washington ? 

Au minimum, on peut s’attendre à un renforcement des liens d’amitié entre les États-Unis et l’Afrique ; un contact plus facile au sommet de l’État surtout pour ce qui est de l’harmonisation sur les questions internationales ou d’envergure mondiale comme la lutte contre la famine, les entraves au développement et l’insécurité grandissante sur le continent. Je m’attends aussi à des nouvelles opportunités d’échanges économiques, passant par le renforcement de l’Agoa, et peut être un assouplissement de l’hostilité et de l’indifférence avec lesquelles certains pouvoirs africains traitent leurs diasporas. 

Source: RFI

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