En visite au sein de son datacenter, la ministre des Postes et Télécommunications a salué les performances de cette entreprise créée et dirigée par des jeunes camerounais qui ont l’ambition de contribuer à la souveraineté numérique.
En séjour à Douala, à l’occasion du forum international sur l’économie numérique, la ministre des Postes et Télécommunications du Cameroun, Minette Libom Li Likeng, a effectué une visite de terrain au sein du datacenter nouvelle génération de ST Digital située dans la zone portuaire.
Après avoir fait le tour des lieux, le membre du gouvernement s’est montré satisfait des infrastructures. « Je suis encouragée parce qu’il s’agit d’un Data Center qui est géré par un partenaire privé,, par des jeunes Camerounais qui ont compris qu’ils sont capables d’offrir aux Camerounais des services de qualité comme ce qui se passe dans d’autres pays que nous admiron”, a indiqué Minette Libom Li Likeng.
Pionnier des solutions Cloud et Datacenter en Afrique, ST Digital a lancé le premier cloud 100% camerounais. Une solution qui répond aux difficultés de coûts souvent élevés pour les PME et les start up.
La société camerounaise de services informatiques a annoncé en début de cette année, la mise en place de la première offre d’hébergement IA souveraine en Afrique centrale et de l’Ouest. Disponible au Cameroun et en Côte d’Ivoire depuis le deuxième trimestre 2025, GPU CLOUD AFRICA se présente comme une offre souveraine d’hébergement de serveurs IA (intelligence artificielle) dotée de processeurs GPU NVIDIA avec une capacité de calcul inégalée pour les applications IA. “En encourageant l’hébergement local de nos données, en ajoutant au Data Center, le cloud, toutes les entreprises, l’administration peuvent en toute sécurité venir héberger leurs données ici. Et surtout, un autre élément que j’ai découvert, vous savez que nous venons de faire des concertations nationales sur l’intelligence artificielle, où nous voulons avoir une stratégie nationale de développement de l’IA camerounaise, qui tient compte des réalités locales. Et je me rends compte que cet opérateur a vu encore très loin en intégrant une infrastructure dédiée à l’intelligence artificielle. Donc vous voyez que je repars d’ici satisfaite”, se réjouit la ministre.
Selon le Directeur Général de ST Digital, cette visite est une reconnaissance de sa contribution à l’enjeu de souveraineté numérique. « Nous hébergeons les données des Camerounais au Cameroun et donc c’est un honneur que d’avoir notre tutelle puisque c’est le ministre des postes et télécommunications qui nous visite mais également les services du gouverneur et le gouverneur lui-même. C’est un vrai honneur d’avoir une forme de reconnaissance pour nous et toute l’équipe. Vous savez, l’équipe est constituée essentiellement de Camerounais, de jeunes Camerounais formés localement qui au quotidien justement ont un engagement à fournir des services aux standards internationaux donc c’est aussi une fierté que de voir un peu ce travail acharné récompensé par une belle visite. », a déclaré Anthony Same,
Paul Biya est désormais officiellement engagé dans la course pour sa succession. Le dossier de candidature du président sortant a été déposé cette mi-journée par Jean Nkuété le secrétaire général du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), qu’accompagnaient Samuel Mvondo Ayolo le directeur du cabinet civil de la présidence de la République et Pierre Célestin Ndembiyembe, membre du Comité central du parti au pouvoir. Peu avant, à 10h58, c’est Jacques Bouhga qui avait déposé son dossier. L’économiste sera investi le week-end prochain par le Mouvement citoyen national camerounais (Mcnc) de Jean Monthe, à Bafang.
Pendant ce temps, Joshua Osih déposait son dossier à l’antenne régionale Elecam du Nord-Ouest à Bamenda. Le candidat du Social demoratic front (SDF) a opté pour Bamenda, symboliquement. Bamenda est la ville qui a vu naître le Parti de la balance. Trente-cinq ans après la naissance dans le sang de ce parti qui a longtemps porté les aspirations du peuple camerounais, de l’eau a coulé sous le pont. Pour sa première tentative, le successeur de Ni John Fru Ndi avait fait le pire des résultats du parti, se classant 4ème (avec 3,2%) derrière Cabral Libi’i du parti Univers (avec 6,3%) et Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (2ème avec 14,4%). Dans cette ambiance de fin de règne du leader charismatique Ni John Fru Ndi, la guerre de transition aboutira au départ de plusieurs cadres de la première heure. Les adversaires de Joshua Osih partis, l’homme ira à l’élection avec du sang neuf, acquis à sa cause.
Hier déjà, trois autres dossiers ont été reçus par la commission interne de réception des dossiers à la direction générale d’Elections Cameroon (Elecam) que préside Suzanne Epie Epang. Celles de Me Akere Muna investi par le parti Univers ; de Kamgan Tan Eric, portée par le parti Libération démocratique pour le changement républicain camerounais (Ldcrc) ; et de Jean Blaise Gwet, portée par le Mouvement patriotique pour le changement au Cameroun (Mpcc). L’antenne régionale d’Elecam du Sud a enregistré une candidature, celle de Geneviève Ze Amvene, candidate indépendante.
Laurentine Assiga, présidente fondatrice du Réseau des journaliste culturels du Cameroun (RJ2C)
Quel bilan faites-vous de la 5e édition ?
La 5e édition a mis en lumière l’aire culturelle Fang-Beti. Plus d’une vingtaine de chefs traditionnels ont fait le déplacement, accompagnés de plus de 200 membres de cette communauté. Ils ont même occupé un stand au Village de la Presse Culturelle afin de transmettre leurs savoirs aux visiteurs. Côté participation journalistique, nous avons enregistré plus de 200 candidatures. Pour la première fois, le nombre de finalistes a été porté à 50. Ce choix découle de la volonté de former davantage de journalistes internationaux à des problématiques culturelles. L’Afrique manque cruellement de critiques d’art. Malgré sa richesse culturelle, elle reste marginalisée sur le plan international. Sa culture est souvent racontée par d’autres.
Nous avons donc voulu mobiliser les professionnels de l’information culturelle pour qu’ils racontent l’Afrique avec les mots justes et dans leur essence. L’année dernière, nous avons abordé le thème de la mode africaine. Ce domaine reste souvent traité superficiellement. Lorsque l’on parle de tissus africains, d’autres préfèrent les désigner comme « tissus ethniques », ce qui contribue à les confiner à une image communautaire, peu universelle. C’est une distorsion que nous avons voulu rectifier par une approche approfondie.
Des ateliers ont été organisés, comme celui sur le costume du danseur. Certains portent des points blancs ou noirs, des gorilles, des peaux de panthère. Que signifient ces éléments ? Quelle est leur symbolique ? Le journaliste culturel doit être capable de les décrypter pour le grand public, qui ne voit souvent que de simples accessoires. L’anthropologue Pr François Bingono Bingono est intervenu pour expliquer que les points blancs représentent les yeux, et que la peau de panthère est un symbole de protection spirituelle. Tout talent étant spirituel, il est exposé aux forces obscures qui cherchent à l’étouffer. Il est donc nécessaire de se couvrir pour exercer ce don que Dieu nous a confié et le fructifier comme le demande la foi chrétienne.
Cette thématique est d’autant plus importante que les journalistes européens ou américains, bien qu’intéressés, abordent parfois la culture africaine avec un regard biaisé, influencé par leur propre référentiel culturel. Nous voulons que chacun vienne ici, au Cameroun – véritable Afrique en miniature – pour s’immerger et comprendre en profondeur. Plusieurs ateliers ont été tenus, avec les 50 finalistes, rejoints par des confrères étrangers non finalistes. En tout, environ 150 participants, sans oublier les bénévoles qui nous soutiennent. En les incluant, nous atteignons près de 200 personnes pleinement investies. Nous avons également accueilli la reine Clarisse Belle, qui est venue partager l’histoire du Kaba et du Sandja. C’est essentiel, car bien souvent, nous portons ces vêtements sans en connaître la signification. Cette édition a été riche, retentissante, et véritablement belle.
La 5e édition du Grand Prix Francophilie des Médias s’est imposée comme un rendez-vous majeur dans les sphères culturelles et événementielles du Cameroun. La 6e édition, quant à elle, est placée sous le thème « Architecture ». Pourquoi ce choix, et quel bilan tirez-vous de la précédente édition ?
Pourquoi ce thème ? Parce que l’architecture est considérée comme le premier art. Or, en analysant nos contenus, bien que nous appartenions à des organes de presse généralistes, nous constatons que la question architecturale est quasi absente, à peine 0,001 % de nos productions l’abordent. Elle n’est généralement traitée que lors de la Journée mondiale de l’architecture ou à l’occasion d’événements particuliers comme les 50 ans de l’Ordre national des architectes.
Pourtant, l’architecture est un élément fondamental de l’identité d’un peuple. Quand on se rend chez les Bakas, leur architecture est bien connue. Les Mousgoum ont leur propre style de construction, tout comme les Mandaras. Chaque peuple a ses éléments distinctifs visibles et palpables, et l’architecture en fait partie. C’est ainsi que l’on peut dire : « ici, on est chez les Mousgoum », « ici, chez les Baka », « ici, à Bafou », « chez les Fang-Beti », etc. Nous avons donc estimé que cet héritage ne peut être ignoré. En tant que journalistes culturels, nous avons la responsabilité de le transmettre de génération en génération, notamment à travers des articles de fond.
Revenons à l’actualité, avec cette cinquième édition dont vous êtes en plein dans les préparatifs. Comme la précédente, vous avez mis l’accent sur l’économie des médias culturels. Nous sommes dans un contexte où la presse privée, en général, souffre dans son développement. Quel levier peut-on proposer pour accompagner les journalistes culturels en matière de formation, afin d’optimiser leurs résultats et leur permettre de vivre de ce métier ?
Oui, merci pour la question. C’est justement pour cela que nous avons intégré, au sein de l’événement, une plateforme appelée Le Grand Forum sur l’autonomisation des professionnels de l’information culturelle. En tant que journaliste moi-même, je sais qu’à l’école, on ne nous forme pas à devenir des patrons de presse. On nous forme à être de très bons employés : collecter, traiter, diffuser l’information. On nous enseigne l’appareillage juridique, comportemental et déontologique lié à l’exercice du métier, mais jamais on ne nous dit : « Demain, tu peux être patron de presse. Voici comment chercher des financements, te positionner sur le plan marketing, cibler ton secteur. »
Quand on observe le paysage médiatique camerounais, on constate que plus de 99 % des médias sont généralistes. Pourquoi ? Parce que cela découle directement de cette formation. Si, dès l’école, on nous avait encouragés à nous spécialiser, à choisir une niche précise, on saurait mieux ce qu’on vend. Aujourd’hui, avec une dizaine de chaînes de télévision qui font toutes la même chose, le public se lasse et se tourne vers l’étranger, où il existe des spécialisations.
Pour capitaliser les talents et il y en a au Cameroun, il faut réfléchir. En analysant les profils qui soumissionnent dans le cadre de la Coupe du monde après-culturelle, on constate que près de 60 % sont des freelances. Pourquoi ? Parce que beaucoup ne trouvent pas leur place dans les structures existantes. Et quand on parle de « freelance », on pense souvent à des journalistes en situation de chômage, qui attendent des événements ponctuels pour exercer. Pourtant, leurs productions sont souvent de véritables pépites. Que fait-on de ces talents ? On ne va pas pleurer sur notre sort. Il faut trouver des solutions.
Avec les compétences que nous avons, nous avons décidé de réfléchir sérieusement à l’économie des médias. À l’école, c’était mon cœur de métier, mais je n’ai jamais eu la suite : le management des entreprises de presse. Je me suis dit qu’il fallait révéler cette dimension, chez moi comme chez les autres. Monter une entreprise de presse ne repose pas uniquement sur le talent d’écriture. Il faut aussi des financements, un marché. Et pour cela, il faut comprendre les mécanismes.
Par exemple, pour obtenir un crédit bancaire, on vous demandera des garanties comme un titre foncier, que la plupart des jeunes journalistes n’ont pas. Pourtant, dans d’autres secteurs comme l’agriculture, il existe des prêts à taux zéro, sans garantie. Pourquoi ne pas transposer ces modèles à l’information culturelle ? Nous vendons un produit intellectuel, certes intangible, mais essentiel à la société. Pourquoi ne pas financer la presse à juste titre ?
Nous avons donc réuni autour de la table des partenaires qui, jusque-là, étaient peu sensibles à notre plaidoyer. Ensemble, nous réfléchissons à comment démarrer, ne serait-ce qu’avec deux ou trois start-ups exclusivement dédiées à la culture. À partir de leur expérience, nous pourrons élaborer un modèle économique à proposer aux autres. Cette année, nous poursuivons cette dynamique. Orange Cameroun a décidé de financer un projet à hauteur de 1 million de FCFA. L’Union européenne apporte également 500 000 FCFA pour un autre projet. Ce n’est qu’une étape. L’année prochaine, la cagnotte pourrait grandir, car nous sommes en phase de test. Nous allons mettre en place un système de mentorat sur un an, avec trois volets : un mentorat professionnel, assuré par un aîné expérimenté ; un mentorat juridique, avec un cabinet d’avocats pour accompagner la structuration légale ; et un mentorat financier, avec un mécène ou une institution qui s’engage à soutenir la jeune entreprise.
Ensemble, nous évaluerons la faisabilité, les obstacles et les résultats. Au bout d’un an, nous pourrons dire : « Nous avons investi un million, voici ce que nous avons gagné. » Cela permettra, en 2026, de revenir avec une assiette plus large et des perspectives renforcées.
Au regard de vos explications, peut-on espérer que le Grand Forum soit considéré comme un dispositif concret de mise en place ?
C’est un programme qui va s’étendre sur toute une journée. Nous avons prévu des enseignements, des masterclasses, des ateliers, avec la participation d’aînés comme le Directeur Général de la CRTV. Nous avons articulé tout cela autour d’une thématique : du reporter au boss. Comment faire la transition ? Quel type d’employé faut-il avoir ? Quelle attitude adopter en tant que patron ? Quels sont les fondamentaux, les manœuvres à maîtriser ? Nous aurons également des intervenants issus du marketing, comme Blaise Etoua, qui viendront parler de la structuration d’un plan stratégique pour une entreprise de presse culturelle. Que faut-il vendre ? Quels éléments intégrer ? Est-ce qu’on monte le même dossier qu’une entreprise de vente de beignets, par exemple ?
Nous aurons aussi le partage d’expérience du Directeur Général du Quotidien de Dakar, au Sénégal, qui interviendra sur les plus-values, sur la diversification des sources de revenus. Émile Fidjeck sera également présent. Ce sera une journée intense, axée sur l’apprentissage pratique, sans théorie. Il y aura des études de cas, des échanges directs, et en fin d’après-midi, une battle de pitch : les candidats présenteront leurs projets devant un jury composé de mécènes, de professionnels des médias et de représentants du secteur bancaire.
L’un des points saillants du Grand Prix de la Francophilie est également le village culturel. Peut-on considérer ce village, qui regroupe presque tous les domaines, comme un incubateur pour les industries créatives ?
C’est exactement cela. C’est un espace d’autonomisation, qui montre ce que les journalistes savent faire en plus. Certains sont créateurs de mode, d’autres sont chanteurs, d’autres encore sont artistes dans divers domaines. Le village de la presse culturelle met en lumière cette autre facette de leur talent. C’est aussi un lieu de contact et de communion avec nos sources, qui sont souvent des artistes.
Des échanges auront lieu à travers des talks, des showcases conçus comme des présentations de projets à la presse. Un artiste qui a un projet exclusif encore en gestation viendra le présenter. S’il s’agit de musique, nous organiserons des séances d’écoute ; s’il s’agit de cinéma, des séances de visionnage. Cela permet aux journalistes de repartir avec du contenu exclusif que les autres n’ont pas. On ne vient pas seulement se balader, on vient aussi chercher de l’inédit pour nos lecteurs, nos téléspectateurs, nos auditeurs.
C’est l’un des combats que vous menez depuis la création du Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun, dont vous êtes la présidente fondatrice. Vous défendez la presse culturelle et souhaitez la faire grandir. Si un journaliste vous lit ou vous écoute, quel message-clé lui adresseriez-vous pour renforcer son potentiel et asseoir sa légitimité ?
Il doit d’abord se considérer comme un produit de très haute valeur. Selon mon expérience, beaucoup s’affaiblissent à la première critique. Pourtant, je dis que c’est la meilleure spécialisation du monde. Il faut se considérer comme une valeur, car on touche à quelque chose que les autres ne touchent pas. Être sur une scène de live, c’est presque divin. Le journaliste culturel est le transmetteur des héritages des autres. Il est important. Sans lui, tout cela peut disparaître.
Il faut défendre cette valeur, ne pas permettre à n’importe qui de la dénigrer. Avant de se lancer, il faut se poser la question : comment considère-t-on les journalistes culturels ? Aujourd’hui, beaucoup veulent entrer dans ce domaine parce qu’ils ont vu notre travail. On leur a montré que notre sac n’est pas un sac vide, même s’il est modeste, il est rempli de sens.
C’est une question d’état d’esprit. Nous sommes investis d’une mission. Dieu est le premier créateur, et ce que nous voyons dans chaque communauté, ce sont les semences qu’il a déposées. Celui qui les voit est un esprit élevé. Il faut se dire : « J’ai de la valeur. Et si on ne m’en donne pas, j’en crée. » Il ne faut pas attendre que quelqu’un d’autre construise ton secteur. Il faut bousculer les lignes, prendre la machette et débroussailler le terrain.
Beaucoup n’aiment pas l’effort. Ils disent : « On ne m’a pas donné de perdiem. » Mais pourquoi ne pas créer de la plus-value pour qu’on ne vous donne plus 2 000, mais 100 000 FCFA ? Il faut que votre plume vaille ce prix. Il faut se positionner comme un produit, rechercher les codes du marketing pour vous aider. Si on ne vous invite pas, ne venez pas. Ou alors, si vous êtes au courant, venez avec assurance. Ne vous ridiculisez pas à l’entrée. Si vous êtes freelance et qu’on ne vous recrute pas, utilisez votre mur Facebook. Faites vos chroniques, racontez vos voyages, vos immersions culturelles. Très souvent, les jeunes pensent que nous sommes dans des entreprises déjà établies. Non. Il faut être soi-même un créateur de richesses. C’est ça. Pour conclure, je dirais simplement : il est temps de croire en la presse culturelle, de l’investir, de la structurer, et surtout de la considérer comme un levier de développement. Nous avons les talents, les idées, les outils. Il ne reste plus qu’à les mettre en mouvement.
Pour conclure, la France est à l’honneur dans cette émission, notamment pour son modèle de conservation patrimoniale, reconnu mondialement et considéré comme un pilier dans la marche des peuples. Quelles opportunités ce modèle peut-il offrir à l’Afrique, et particulièrement au Cameroun, en matière de tourisme culturel et de valorisation du patrimoine ?
Justement, c’est le modèle économique qu’il faut observer. La France n’a pas de bois, ni de grandes matières premières, si l’on prend le terme dans son sens le plus strict. Ce qu’elle a, c’est sa culture. Ce qu’elle a, c’est son tourisme. Pourquoi la France a-t-elle défini Paris comme capitale mondiale de la mode ? Parce qu’elle a su ancrer cette idée dans l’imaginaire collectif. Et à force d’y croire, le monde entier y croit aussi. Les médias culturels ont été un levier pour changer le regard du monde sur la France. Et vous voyez comment elle investit dans la culture.
Les pays africains, et le Cameroun en particulier, doivent s’inspirer de cela. Il faut regarder comment certains pays génèrent des revenus culturels supérieurs à ceux de l’industrie automobile. Rien que les entrées à la Tour Eiffel rapportent des sommes colossales. Nous, cela fait dix ans que nous organisons la Coupe du Monde de la Presse Culturelle. Il faut donc travailler sur le subconscient collectif.
Les médias français sont présents partout dans le monde, y compris en Afrique : RFI, France 24… Tandis que nos médias publics restent cantonnés au territoire national. Certains ne sont même pas captés dans certaines régions. Il faut réfléchir à cela. On ne peut pas toujours compter sur les recettes des matières premières. Nous avons un soft power puissant, qui ne demande pas d’investissements faramineux. Il faut le reconnaître et l’exploiter.
En matière de conservation, c’est pareil. Ici, on détruit nos cases patrimoniales, nos bâtiments historiques. Un édifice construit en 1800 est rasé pour faire place au béton. Là-bas, ils restaurent. Regardez la cathédrale Notre-Dame de Paris : elle a brûlé, mais ils l’ont reconstruite à l’identique, en allant chercher la même pierre utilisée à l’origine. Nous, on efface tout. Pourtant, ce que les gens viennent voir, ce n’est pas juste le bâtiment, c’est l’histoire qu’il incarne. Le château de Versailles attire des millions de visiteurs parce qu’il raconte une histoire. Qu’est-ce qui nous empêche, nous aussi, de créer des récits ? Certains sont même inventés, mais ils captivent parce qu’ils sont portés par un storytelling fort. C’est une narration, un discours. Et vous entendez souvent le président dire : « Changeons de narratif. » Il faut se valoriser. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera à notre place.
Aujourd’hui, au Cameroun, quand quelqu’un mange de l’okok, il dit que c’est « villageois ». Quand il mange du ndolé, il le dévalorise. Mais s’il mange une pizza, il se sent valorisé. Si l’État italien n’avait pas investi dans la presse culturelle pour promouvoir sa gastronomie, nous ne mangerions pas de pizzas ou de spaghettis comme nous le faisons aujourd’hui. Il faut que nos États comprennent les enjeux du pouvoir culturel, du donner et du recevoir.
Aujourd’hui, on parle de « continent », ce n’est pas l’État qui l’a décrété, c’est le peuple qui s’est affirmé. Il faut que l’État saisisse cette opportunité. Il faut investir pour que le monde entier sache que nous sommes un continent. Et cela commence par les mentalités, dans tous les corps de métier concernés : la police, les services de visa, tout doit être facilité pour que les gens puissent venir découvrir notre culture. Il faut des restaurants qui reflètent cette identité, des infrastructures qui incarnent ce statut continental. C’est là que les acteurs culturels doivent être pris au sérieux, et non négligés.
Et si l’avenir prospère des médias camerounais passait par la culture ? la question ne se pose plus. Elle s’expérimente à Yaoundé, la capitale du pays. C’est à travers le Grand Prix Francophilie des Médias, qui engage un pari de faire de l’information culturelle un véritable levier de développement économique. Né en 2020 avec, pour première lauréate, la journaliste du quotidien bleu Le Jour, Elsa Kane, le Grand Prix Francophilie des Médias s’est imposé en six éditions comme bien plus qu’un simple concours. Véritable « Coupe du monde de la presse culturelle », cet événement annuel, dont l’apothéose est attendue le 27 juillet prochain, est désormais un rendez-vous incontournable pour les passionnés de patrimoine et d’expression artistique. Porté par le Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun (RJ2C), le prix célèbre non seulement l’excellence journalistique, mais ambitionne aussi de repositionner la culture au cœur du développement et du récit médiatique africain. Son ambition est en effet de structurer un écosystème éditorial autour des arts et de la culture, et inscrire ce secteur dans les industries culturelles et créatives (ICC), trop souvent marginalisées dans les rédactions et les politiques du pays.
Dans un paysage médiatique où la culture représente à peine 5 % des contenus, et où les journalistes spécialisés sont souvent marginalisés, voire précarisés, le Grand Prix agit comme un catalyseur. C’est à travers le « Grand Forum sur l’autonomisation des journalistes culturels », organisé cette année à l’Institut français de capitale politique, incarne cette volonté de rassembler les experts financiers, les institutions publiques, les patrons de presse et les investisseurs pour poser les bases d’un modèle économique viable et durable dans le secteur de la presse privée au Cameroun. Entre concours de rédaction, showcases thématiques, expositions, conférences et village de la presse culturelle, l’événement explore une chaîne de valeur complète de la création de contenu à sa valorisation commerciale, en passant par la formation des talents et la mise en réseau des acteurs du secteur.
Le choix du thème de l’architecture pour cette 6ᵉ édition n’a rien d’anodin. Longtemps reléguée au second plan dans les médias, cette discipline recèle pourtant un fort potentiel de développement local. Du tourisme patrimonial à l’urbanisme durable, en passant par le design d’espaces publics et la photographie spécialisée, l’architecture peut devenir un levier économique majeur. À travers ce focus, l’événement entend interroger la place des médias culturels dans la valorisation et la mise en lumière de ce secteur encore sous-exploité. Pays à l’honneur cette année, la France est citée en exemple, avec ses 45 000 édifices protégés, sa base de données Mérimée, et sa capacité à conjuguer patrimoine architectural et modernité urbaine. Ce savoir-faire nourrit une coopération renforcée, notamment via l’Ambassade de France, partenaire de l’événement et soutien des ambitions d’exportation du modèle.
Au-delà des discours, c’est sur le terrain que va s’opérer la transformation. Le village culturel, qui sera installé à l’esplanade du Musée national, va se muer en mini-foire économique où entreprises de presse, artistes, créateurs, partenaires y testent des modèles de monétisation et de collaboration. En plein cœur de Yaoundé, le lieu est symbolique, il rappelle que la culture peut être moteur de visibilité, d’attractivité et de croissance. Depuis sa création, le Grand Prix Francophilie a stimulé les échanges sud-sud et nord-sud entre journalistes culturels. En 2025, l’événement veut poser les fondations d’une économie éditoriale dédiée à la culture, avec des outils, des publications, des labels de qualité et des incubateurs de médias culturels.
Sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Yaoundé, le soleil s’est fait discret ce mardi 15 juillet, comme pour laisser toute la lumière à la science. Sous un ciel modérément voilé, les stands s’égrènent, soigneusement alignés. La 9e édition des Journées d’excellence de la recherche scientifique et de l’Innovation (Jersic) vient à peine d’être officiellement lancée que déjà, la ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Madeleine Tchuente, entame sa visite. Une immersion qui va bien au-delà du protocole.
Car ici, les résultats de la recherche ne se contentent plus d’être exposés, ils se touchent, se goûtent, se testent. Dans le carré réservé à l’Institut de Recherche agricole pour le développement (IRAD), situé à l’entrée principal de l’hôtel, manioc, patate douce, maïs, banane plantain sont autant de produits qui, grâce à la science, sortent du simple statut de denrées brutes pour devenir farines, amidons, gâteaux, voire pâtes alimentaires. « On fait la promotion des produits qui peuvent aller dans le sens de la politique de substitution du gouvernement », explique Alain Christian Misse, chef section de la culture annuelle et semi-annuelle à l’Irad.
Pour ce dernier, il s’agit de mettre en œuvre la politique du gouvernement qui consiste à réduire la dépendance aux importations, notamment en panification. « Ce n’est que le pain qui est encore un peu dépendant du blé. Mais aujourd’hui, on peut y incorporer jusqu’à 25% de farines locales », précise-t-il avec assurance. Le manioc, l’un des produits stratégiques de la politique d’import-substitution, se décline en plusieurs variétés aux usages bien distincts. Le « 94 », à texture farineuse, est destiné à la consommation directe, tandis que le « 419 » convient mieux à la transformation industrielle. Sur le terrain, les visiteurs multiplient les échanges, interrogent les spécialistes et s’intéressent de près aux spécificités de chaque type. « Tout dépend de ce que vous voulez faire : transformer, consommer directement ou cibler un marché précis », explique Misse avec un ton pédagogique.
Non loin de là, un autre produit stratégique fait sensation : le blé camerounais. Le Dr. Pauline Mounjouenpou, directrice de recherche à l’Irad, attire l’attention sur le blé de variété B100, cultivé cette année à Garoua dans la région du Nord. Pain, semoule, pâtes, gâteaux… Tous ces produits, alignés sur les présentoirs, ont été élaborés à partir de ce céréale 100 % local. « Le blé peut être cultivé dans les dix régions du Cameroun. Il suffit de se rapprocher de nous pour qu’on oriente les producteurs vers les variétés adaptées à leur zone agro écologique », explique-t-elle. En plus des aliments, les tiges du blé ont été valorisées pour fabriquer des pailles biodégradables. Une innovation de plus.
Plus d’une centaine d’entreprises et d’institutions locales ont investi l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Yaoundé à l’occasion des Jersic 2025, avec des stands et des démonstrations dans des secteurs aussi variés que les technologies, le BTP, l’aviculture et l’élevage. Cette effervescence autour des stands s’inscrit dans une dynamique de l’industrialisation endogène. Le thème de cette 9ᵉ édition en donne le ton « de la recherche scientifique à l’industrialisation endogène pour une transformation structurelle de l’économie du Cameroun ». Un thème qui, selon la ministre, traduit « un appel à l’action lancé à toute la communauté nationale ». Jusqu’au 18 juillet, universités, startups, centres technologiques et inventeurs indépendants se succéderont pour présenter des solutions concrètes, dans des domaines aussi variés que l’agro-industrie, la fabrication locale ou le financement de l’innovation. En toile de fond, les grandes lignes de la politique de substitution aux importations, impulsée par le gouvernement depuis 2021. Des sessions plénières, des ateliers thématiques dont un consacré à l’intelligence artificielle appliquée à l’industrie 4.0 – rythmeront l’événement.
Au-delà des frontières, le Cameroun poursuit une ambitieuse diplomatie scientifique. En témoignent les collaborations avec la France, la Chine, l’Allemagne, la Belgique ou encore le Maroc, qui permettent aux jeunes chercheurs camerounais de bénéficier de programmes de mobilité et d’accéder à des équipements de pointe. « Chaque chercheur formé à l’international qui revient élève le niveau de notre science locale », a souligné la ministre. Lancée en 2007, la plateforme des JERSIC se veut à la fois vitrine du savoir scientifique national et creuset d’un développement fondé sur les compétences locales. Elle s’inscrit dans les ambitions de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30), qui place la recherche au cœur de la transformation économique du Cameroun.
La seconde phase de l’autoroute Yaoundé-Douala ne sera livrée qu’en 2031. C’est ce que révèle le document de programmation budgétaire et économique à moyen terme 2026-2028, publié par le gouvernement camerounais. Cette nouvelle échéance porte à 17 ans la durée totale du chantier, dont la première phase, longue de 60 km, avait été lancée en 2014.
Lors d’une réunion consacrée à l’état d’avancement des projets routiers, tenue le 14 avril 2025, le ministère des Travaux publics (Mintp) a actualisé les contours de ce deuxième tronçon. D’un coût prévisionnel de 1 072 milliards FCFA TTC, il se décline sous la forme de 141 km d’autoroute principale et près de 40 km de bretelles d’interconnexion. Hors taxes, le coût ressort à 899,3 milliards FCFA. Mais ce budget reste susceptible d’évoluer, car il dépend des conclusions d’une étude d’impact environnemental encore en cours.
Le Mintp affirme privilégier un tracé qui limite au maximum les destructions de biens et d’habitations. Cette approche vise à contenir les indemnisations, dont le poids sur le coût total est jugé significatif. Au mois d’avril, seuls 5 km avaient été libérés sur les 32 premiers kilomètres ciblés pour le démarrage effectif des travaux.
Initialement envisagée en partenariat public-privé (PPP), la seconde phase sera finalement réalisée en maîtrise d’ouvrage publique. Cette option signifie que l’État camerounais assurera lui-même la responsabilité de la conduite du projet, du financement jusqu’à la réception, en passant par le choix des prestataires et le suivi technique. Cette approche vise notamment à éviter les blocages et les surcoûts observés lors de la phase I, marquée par quatre avenants et une dérive budgétaire de 284 à 350 milliards FCFA.
Le gouvernement compte s’appuyer sur un schéma de financement multilatéral. Des négociations sont en cours avec Standard Chartered Bank de Londres et l’Exim Bank of China, pour compléter la contribution nationale sur fonds propres. D’après les informations dévoilées lors de la réunion susmentionnée, l’objectif était de conclure les accords de financement relatifs aux 40 premiers kilomètres d’ici août 2025.
Malgré les retards structurels, les ambitions techniques restent élevées. Outre les 141 km de l’axe principal, la seconde phase comprend 30,9 km de bretelles de raccordement, destinées à desservir les agglomérations et zones logistiques situées le long du tracé. Ces infrastructures doivent renforcer l’attractivité économique de l’axe Yaoundé-Douala, le plus fréquenté du pays.
Côté exécution, le maître d’œuvre désigné est China First Highway Engineering Corporation (CFHEC), acteur déjà impliqué dans plusieurs projets routiers au Cameroun. L’étude géotechnique a été confiée à Labogenie, établissement public spécialisé dans l’analyse des sols. Le processus de sélection de l’assistant à maîtrise d’ouvrage est en cours, à travers un appel à manifestation d’intérêt lancé le 17 mars 2025. Les candidatures ont été clôturées le 25 avril.
Dans une série de décrets signés ce 15 juillet 2025, Paul Biya a effectué un vaste mouvement dans les forces de défense et de sécurité. Avec d’abord la nomination de sept nouveaux généraux. Il s’agit pour l’armée de terre, des colonels Ngolo Ngomba Tobie Gabriel, Péléné François (BIR), Mveh Alexandre Fernand, Sadjo Wassouni Robert, Chembou Zambou Guy Merlin; pour l’armée marine, du contre-amiral Ade Nkwenti Hilary ; et pour la gendarmerie nationale, du colonel Boum Bissoué Raymond. Par ailleurs, d’autres officiers généraux évoluent en grades. Il s’agit pour la gendarmerie nationale, du général de brigade Daniel Elokobi Njock qui devient général de division ; pour l’armée de terre, des généraux de brigade Ahmet Mahamat et Hyppolite Ebaka. Plus important, dans son entourage immédiat, Paul Biya fait du contre-amiral Emmanuel Amougou, son chef d’état-major particulier, un vice-amiral (général). Le contre-amiral Joseph Fouda, qui a longtemps été aux côtés du chef des armées, à ce poste de chef d’état-major particulier, est nommé conseiller spécial à la présidence de la République.
Redistribution des cartes
Le chef des armées qui se montre généralement très conservateur dans les mouvements à ce grade dans les armées. Si Paul Biya maintient le général René Claude Meka aux affaires et à l’état-major des armées, il se débarrasse des généraux de brigade Baba Souley (ex-chef d’état-major de l’armée de terre) et Camille Nkoa Atenga. Baba Souley est remplacé par le général Saly Mohamadou. Le colonel Sadjo Wassoumi Robert, bénéficie de la promotion après avoir conduit avec efficacité la 51ème Brigade d’infanterie motorisée basée à Bamenda.
Au ministère de la Défense, les mouvements sont plus vastes. Les nouveaux généraux y sont déployés. Le général Agha Robinson remplace le général Saly Mohamadou à la tête de la 4ème région militaire basée dans l’Extrême-Nord. C’est donc le commandant en chef de la secte Boko-Haram. Non loin de là, à Garoua, la 3ème région militaire, sera désormais commandée par le général de brigade Joseph Nouma. Le général de l’armée de l’air Jean Calvin Momha est nommé contrôleur général des armées, tandis que l’autre promu, Hyippolyte, devient conseiller classique au Mindef.
Le décret redistribuant les cartes au Mindef
Crises sociales
Ce vaste mouvement survient dans un contexte de vives tensions sur le territoire national. Alors que l’élection présidentielle est prévue le 12 octobre 2025, un débat sur la candidature du président sortant, pour un 8ème mandat, fait rage, y compris dans les rangs de son parti, le Rdpc. La majorité a déjà éclaté. Les deux poids lourds que sont les ministres Bello Bouba et Issa Tchiroma, ont pris leurs distances, et ont annoncé leurs candidatures contre leur allié de près de trente ans. Rejoignant une opposition radicale qui entretient la menace d’une insurrection en cas d’irrégularités lors du scrutin présidentiel, notamment Maurice Kamto le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Aboubacar Ousmane Mey, fils d’un ancien gouverneur de région, très critique envers le régime. Le territoire n’est pas totalement en sécurité. Boko Haram tente de se réveiller ces derniers mois en menant des incursions de plus en plus régulières dans les localités frontalières. Le front de la crise anglophone n’a pas toujours retrouvé la stabilité. Les séparatistes continuent de contrôler une bonne partie du territoire.
Christopher John Lamora, ambasadeur des USA au Cameroun
Dans une déclaration rendue publique ce 14 juillet 2025, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique (USA) appelle les parties prenantes du processus électoral en cours au Cameroun, à s’engager dans le processus électoral d’une manière qui favorise la paix, respecte l’Etat de droit et préserve les normes démocratiques et les droits de tous les citoyens. Christopher John Lamora intervient quelques jours après la convocation du corps électoral par le président de la République, et surtout l’annonce par Paul Biya de sa candidature à cette élection. Une candidature pour un 8ème mandat à la tête du Cameroun, dans un contexte marqué par un débat des plus houleux sur la capacité de Paul Biya à gouverner.
Agé de 93 ans, Paul Biya a déjà passé 43 ans à la tête du pays, et ces dernières années, l’homme a beaucoup plus fait valoir le décret habilitant le Secrétaire général de la Présidence de la République à se saisir de certaines prérogatives du président de la République. Entre temps, l’homme qui a bénéficié d’un renouvellement de confiance de la part des électeurs camerounais en 2018, face à un Maurice Kamto revendiquant la victoire, se montre de plus en plus rare, voire absent de la scène publique. Du coup, au sein même du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), son propre parti, ce n’est plus l’unité d’antan. Certains comme Léon Theiller Onana, conseiller municipal de la commune de Monatélé, appellent ouvertement Paul Biya à la retraite. Des partis de la majorité présidentielle ont même rompu l’alliance pour se lancer dans la course pour l’élection.
Aboubakar Ousmane Mey et Maurice Kamto
C’est donc un contexte particulier depuis la page de la première élection pluraliste de 1992. Un contexte de vives tensions, dans un pays où les différents organisateurs des élections (ministère en charge de l’administration territoriale, Onel, Elecam), sont généralement l’objet d’accusations de connivences avec le parti au pouvoir. Et dans un flot de revendications, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Aboubakar Ousmane Mey, activiste politique, ont clairement menacé le régime de Yaoundé d’appels à l’insurrection au cas où le choix du peuple ne serait pas respectée.
Les USA qui se sont très souvent intéressés aux questions de démocratie et de respecte des droits de l’homme au Cameroun, attirent l’attention face aux menaces et risques de dérives et de violation des droits des citoyens. « Les journalistes, les partis politiques, les organisations de la société civile et les institutions religieuses doivent pouvoir exercer leurs activités sans faire l’objet de harcèlement ni restrictions injustifiées », écrit l’ambassade des USA.
L’élection est prévue le 12 octobre 2025. Les dossiers de candidature sont en attendus à Elections Cameroon (Elecam) depuis samedi dernier. Paul Biya, contrairement aux autres fois, n’a pas attendu les derniers instants pour annoncer sa candidature.
Louis Paul Motaze Homme de année 2024 du Guardian Post Achievement Award
Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a, dans un communiqué daté du 14 juillet 2025, annoncé la signature d’un accord de cession portant sur les 58,08 % de parts que détenait Société générale (SGC) dans sa filiale locale. « le Ministre des Finances, sur Très Hautes Instructions du Président de la République, Paul Biya a usé du droit de préemption de l’État du Cameroun, actionnaire dans ladite banque à hauteur de 25,6%, pour l’acquisition de l’intégralité des parts (58,08%) détenues par le Groupe Société Générale, en vertu des dispositions de l’article 10.2 des Statuts de Société Générale Cameroun« , peut-on lire dans ce document.
Cette opération permet à l’État du Cameroun de porter sa participation dans le capital de la banque à 83,68 %, contre 25,6 % auparavant. Le membre du gouvernement indique que la transaction s’inscrit dans le cadre des Très Hautes Instructions du président de la République, Paul Biya, et vise à renforcer un système bancaire « robuste, inclusif et performant, au service du développement économique et social du Cameroun ».
Dans un communiqué publié le même jour, Société Générale confirme la signature de l’accord de cession totale de sa participation dans SGC. « L’État camerounais, déjà actionnaire, détiendrait ainsi 83,68 % des parts de Société Générale Cameroun. Selon les engagements pris, l’État camerounais reprendrait la totalité des activités opérées par cette filiale, ainsi que l’intégralité des portefeuilles clients et l’ensemble des collaborateurs de cette entité », précise le groupe.
La finalisation de l’opération est attendue d’ici à la fin de l’année 2025, sous réserve de l’approbation des autorités réglementaires compétentes, notamment la Commission Bancaire d’Afrique Centrale (COBAC). Société Générale anticipe un impact positif d’environ 6 points de base sur son ratio de solvabilité CET1 à la clôture de la transaction.
Un retrait stratégique de Société Générale du continent
Cette opération s’inscrit dans un vaste mouvement de recentrage opéré par Société Générale, qui a annoncé son retrait de plusieurs marchés africains. Le Cameroun figure parmi les pays concernés, aux côtés d’autres comme le Congo, la Guinée équatoriale, la Mauritanie et le Tchad.
Dans ce contexte de désengagement, le gouvernement camerounais a décidé d’exercer le droit de préemption que lui confèrent les statuts de Société Générale Cameroun (SGC). Dans une correspondance datée du 16 janvier 2025, adressée au président du conseil d’administration de la banque, le ministre des Finances a officialisé la volonté de l’État de se porter acquéreur des parts du groupe français. Le droit de préemption, prévu à l’article 10.2 des statuts de la société, donne à l’État la priorité sur tout autre acquéreur potentiel.
Une valorisation supervisée par Grant Thornton
Avant de formuler son offre, le gouvernement camerounais a mandaté le cabinet d’audit Grant Thornton, à travers ses filiales en France, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, pour conduire une contre-valorisation de la banque. L’évaluation s’est appuyée sur le modèle dit « Discounted Dividend Model » (DDM), ou modèle d’actualisation des dividendes, jugé par l’État « adapté à Société Générale Cameroun et à son contexte ».
Cette analyse a abouti à une valorisation globale de la banque à 211,158 milliards FCFA, soit environ 321,9 millions d’euros. Sur cette base, les 58,08 % de parts détenues par Société Générale sont valorisées à 122,64 milliards FCFA (environ 187 millions d’euros).
En revanche, aucune information n’a filtré sur la valorisation de l’actif du point de vue de Société Générale. Le groupe n’a pas communiqué sa propre évaluation de sa filiale ni le niveau de plus-value ou de moins-value enregistrée dans cette cession.
Le ministère des Finances souligne que la signature de la convention de cession (Share Purchase Agreement – SPA) est l’aboutissement d’un processus rigoureux, marqué par plusieurs phases de négociation entre les parties prenantes. Les discussions ont notamment porté sur les conditions du retrait du groupe cédant, les garanties de stabilité financière et la protection des intérêts des clients de la banque.
Dans son communiqué, le ministre Louis Paul Motaze précise que l’État entend préserver la solidité et la performance de la banque, tout en renforçant sa contribution à l’économie nationale. Il s’agit, selon lui, de doter le pays d’un système bancaire capable de répondre efficacement aux priorités économiques et sociales du Cameroun, dans un contexte de transformation structurelle. »La signature de la Convention de Cession (SPA) de ce jour est l’aboutissement de diverses séances de discussions entre les différentes parties, dans le cadre du respect des exigences d’un audit préalable, des conditions de retrait du Groupe cédant, ainsi que de la préservation de la stabilité financière du Cameroun, et d’autre part à protéger et garantir les intérêts des clients et autres parties au sein du système bancaire camerounais« , souligne le ministre des Finances
Le gouvernement camerounais rassure par ailleurs les clients de la banque, ses partenaires, ainsi que les collaborateurs, en indiquant que l’ensemble des activités, portefeuilles clients et équipes seront intégralement repris par l’État. Aucun licenciement ni changement majeur dans la continuité des services n’est envisagé à ce stade, selon les informations disponibles.
Avec cette prise de contrôle majoritaire, l’État camerounais renforce sa position dans un secteur bancaire longtemps dominé par des groupes étrangers. Société Générale Cameroun, deuxième banque du pays en termes de parts de marché, rejoint ainsi le giron public, aux côtés d’institutions comme la Commercial Bank Cameroon (CBC)
Dix ans après l’ouverture de son guichet au public, le 20 juillet 2015, la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC-PME) dresse un bilan contrasté avec des avancées notables en matière de financement, avec près de 100 milliards FCFA injectés, mais une première phase marquée par des orientations parfois éloignées de sa mission initiale. Une part importante des fonds a été dirigée vers des services peu adaptés aux besoins productifs du tissu entrepreneurial camerounais, soulevant des interrogations sur la cohérence stratégique de l’institution. Ce constat a conduit la BC-PME à opérer un changement stratégique majeur, centré sur l’import-substitution, la transformation locale et les filières productives. « Il s’agit de marquer une pause, de se réorienter, et surtout d’inscrire les financements dans une logique de valeur ajoutée locale », explique Yvette Philomène Fouda Evindi, chef du bureau des filières agro-industrielles et agricoles à la banque.
En une décennie, la BC-PME a ouvert huit mille comptes, apprendon, concentrés essentiellement dans les deux métropoles économiques que sont Douala et Yaoundé. Cette centralisation a limité son impact dans les régions, notamment celles à fort potentiel agricole ou artisanal. Mais 2025 et 2026 marqueront un élargissement géographique significatif. La banque prévoit de s’étendre vers le Grand Nord, l’Ouest, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, régions souvent exclues des grands circuits de financement.
UN REDÉPLOIEMENT EN APPUI AU PIISAH
Dans le cadre du Programme Intégré d’Import-substitution dans l’Agriculture et l’Agro-industrie (PIISAH), la BC-PME a entrepris un redéploiement de ses équipes. Le but est de recruter de nouveaux clients porteurs de projets structurés dans les filières prioritaires du programme. « Une bonne partie des dossiers reçus ont déjà été traités », assure Fouda Evindi, signe que l’appétit pour le crédit ciblé ne manque pas dans les territoires. Mais le chantier le plus structurant reste la restructuration institutionnelle de la BC-PME. A ce sujet, le ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, a détaillé devant les députés les grandes lignes d’un repositionnement majeur. « Il est question de transformer la BC-PME en banque de développement de seconde catégorie, à l’image de ce qui se fait au Nigeria, en Malaisie ou en Indonésie », a-t-il récemment indiqué devant le parlement.
Dans ce nouveau modèle, la BCPME n’interviendra plus directement en guichet, mais jouera le rôle de canal financier vers d’autres institutions telles que les banques commerciales, les établissements de microfinance, ou autres structures disposant de portefeuilles PME. Ce fonctionnement permettra de mieux répondre aux besoins en financement à long terme, tout en réduisant les risques opérationnels. La Banque mondiale, qui a accompagné des expériences similaires à l’étranger, a été sollicitée par le gouvernement pour proposer un modèle adapté au contexte camerounais. Des solutions sont déjà sur la table, affirme le ministre, en attendant leur validation et leur mise en œuvre.
UN OUTIL À SAUVER POUR ACCÉLÉRER LA TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE
Née de la volonté du chef de l’État de doter les PME camerounaises d’un guichet de financement dédié, la BC-PME a connu des débuts hésitants. Mais avec cette nouvelle dynamique, les autorités espèrent en faire un levier central de la transformation structurelle de l’économie, en soutenant la création de valeur locale, la substitution aux importations, et la montée en puissance d’un secteur privé camerounais plus robuste.