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Tissu Économique : Le secteur de l’artisanat pèse 5% du PIB national

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Le chiffre est tombé comme un rappel d’évidence. 5 % du PIB national provient du seul secteur de l’artisanat. Un indicateur trop souvent ignoré dans les discours macroéconomiques, mais désormais porté à la lumière par Achille Bassilekin III, ministre des Petites et Moyennes entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, devant les députés. Loin d’être marginal, l’artisanat camerounais constitue une force vive de l’économie nationale, avec des savoir-faire enracinés dans les traditions culturelles. « Entre 2019 et 2024, nous avons accompagné près de 3 602 artisans à travers les bureaux communaux de l’artisanat », a indiqué le ministre, insistant sur l’importance des politiques publiques dans la structuration de ce vivier productif. En effet, l’État mise désormais sur la modernisation du secteur artisanal, notamment à travers l’accès aux équipements, la montée en gamme des produits, et l’intégration des normes de qualité. Des formations sont organisées en partenariat par exemple avec l’Agence des normes et de la qualité (ANOR) pour initier les artisans aux standards de certification. Car le coût des tests de conformité reste un frein majeur aux acteurs du secteur. Pour y remédier, un fonds spécifique a été mis en place par le ministère des Finances, permettant l’organisation de campagnes de tests groupés, en particulier dans l’agroalimentaire. L’enjeu est notamment d’alléger les charges pesant sur les petits producteurs et d’ouvrir la voie à une labellisation crédible. Au-delà des chiffres, l’artisanat camerounais est un patrimoine vivant. De la sculpture de Foumban aux textiles Ndop du Nord-Ouest, en passant par la vannerie, la poterie, les bijoux en perles ou les instruments de musique traditionnels, chaque objet raconte une histoire, porte une identité, et suscite un intérêt croissant, tant au niveau local qu’international. Des villes comme Maroua, Bafoussam ou Yaoundé sont aujourd’hui des centres de création foisonnants, où se croisent traditions et innovation. L’enjeu : valoriser ces métiers non seulement comme vecteurs culturels, mais aussi comme gisements d’emplois et d’exportation.

LES PME, COLONNE VERTÉBRALE DU TISSU ÉCONOMIQUE

En parallèle, le ministre a dressé devant les députés, le tableau des PME dans le tissu économique. Les PME camerounaises représentent à elles seules 36 % du PIB, selon les dernières données de l’Institut national de la statistique. « 99,8 % des entreprises enregistrées au Cameroun relèvent du statut de PME », a rappelé le ministre. Autrement dit, l’essentiel de l’écosystème entrepreneurial repose sur ces structures aux moyens parfois limités, mais à fort potentiel. Vulnérables face aux crises, comme l’a montré la pandémie de COVID-19, ces entreprises souffrent de fragilités structurelles. Il s’agit en effet de l’accès difficile au financement, des ruptures logistiques et de faible compétitivité. D’où la nécessité d’un accompagnement renforcé.

FAIRE ÉCLORE DES CHAMPIONS NATIONAUX

Le gouvernement entend désormais faire évoluer les très petites entreprises (TPE) vers des PME structurées, et permettre à certaines d’entre elles de franchir un cap vers le statut de grandes entreprises. « Il est impératif de les accompagner dans leur changement d’échelle », a insisté le ministre. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie de transformation structurelle de l’économie, qui vise à renforcer la présence camerounaise sur les marchés extérieurs. Des mécanismes comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union Européenne ou les régimes préférentiels CEMAC-CEEAC, qui offrent de nouvelles perspectives, à condition de proposer des produits de qualités et conformes aux normes internationales. À travers son intervention, Achille Bassilekin III a esquissé les contours d’un modèle de développement fondé sur la valorisation des ressources locales et la montée en compétence des acteurs de terrain. Un pari assumé sur l’endogène, porté par la conviction que la croissance ne se bâtit pas uniquement à coups de grandes industries, mais aussi grâce à l’artisan, au petit producteur et à l’entrepreneur de proximité, véritables piliers de l’économie locale.

Deux trafiquants d’écailles de pangolins géants arrêtés dans la région de l’Adamaoua

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Les trafiquants sont arrivés sur le lieu de la transaction à moto, l’un au guidon, l’autre serrant entre ses bras deux sacs camouflés dans des emballages de céréales. À l’intérieur, les agents de la délégation départementale des forêts et de la faune du Djerem ont découvert près de 90 kg d’écailles de pangolins, soit l’équivalent d’environ 35 pangolins tués. L’opération a été menée en collaboration avec la compagnie de gendarmerie de Tibati, avec l’appui technique de l’ONG spécialisée dans la lutte contre le trafic d’espèces protégées, The Last Great Ape Organisation (LAGA). Selon des sources proches de l’enquête, les suspects s’apprêtaient à quitter Tibati pour écouler leur butin à Ngaoundéré, un carrefour stratégique pour les réseaux de trafic faunique. L’un des présumés trafiquants serait marchand de viande de brousse, l’autre mécanicien, impliqué dans plusieurs activités illégales liées à la faune. Ils auraient mobilisé un réseau de braconniers opérant dans les villages alentour pour collecter les écailles.

Cette saisie intervient dans un contexte de baisse relative du commerce d’écailles de pangolins, selon des rapports de la Wildlife Justice Commission. Toutefois, la prudence reste de mise. « L’intensité du commerce a peut-être diminué, mais il pourrait bien avoir basculé totalement dans la clandestinité, ce qui complique la tâche des forces de l’ordre », alerte Tah Kaba Eric, directeur adjoint de LAGA. Le Cameroun, signataire de plusieurs conventions internationales sur la protection de la biodiversité, a renforcé son arsenal juridique avec la loi de 2024 sur la faune sauvage. Celle-ci prévoit des peines allant de 15 à 20 ans de prison et des amendes de 20 à 50 millions de FCFA pour toute personne reconnue coupable de trafic d’écailles de pangolins.

Les deux suspects ont été placés en détention à la prison de Tibati, en attendant leur comparution devant la justice. Leur arrestation rappelle la persistance du fléau que constitue le braconnage au Cameroun, malgré les avancées législatives et les efforts conjoints des autorités et des partenaires de la conservation.

Les fonds transférés aux communes et régions atteignent 303,5 milliards FCFA en 2025

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Le robinet budgétaire de la décentralisation s’ouvre un peu plus en 2025. Cette année, les transferts aux communes et aux régions atteignent 303,5 milliards FCFA contre 292,5 milliards un an plus tôt, en hausse de 3,6 %. Cette enveloppe est majoritairement orientée vers les communes (63 %), les régions en recevant 37 %. Mais au-delà des ressources immédiatement mobilisées, l’État prévoit également des financements pour des compétences encore non exercées par les CTD, comme la gestion de l’éducation, de la santé, de la culture ou de la jeunesse. En cumulant ces postes, l’enveloppe globale dédiée à la décentralisation de l’année encours atteint près de 959 milliards FCFA, une somme inédite.

Cette année, la répartition des transferts budgétaires reflète les priorités économiques du pays, avec près de 70 % de l’enveloppe, soit 212 milliards FCFA, alloués au développement économique, englobant l’aménagement du territoire, les travaux publics, l’urbanisme, la gestion environnementale et les projets structurants. Le volet sanitaire et social absorbe 18 % des ressources, majoritairement orientées vers les actions du ministère de la Santé. Le secteur éducatif, culturel et sportif, quant à lui, reçoit 12,1 % du budget global, mais révèle des disparités internes : 86 % de cette enveloppe sont consacrés à l’éducation, à l’alphabétisation et à la formation professionnelle, tandis que le secteur culturel ne bénéficie que de 1,3 %, mettant en lumière la faible prise en compte des enjeux liés aux politiques culturelles locales. Entre 2021 et 2023, la DGD est passée de 232,1 milliards FCFA à 252,5 milliards FCFA, soit une augmentation de 20,3 milliards en valeur absolue, représentant une croissance de 9 %. Ces fonds sont ventilés entre dépenses de fonctionnement et d’investissement, avec un accent croissant sur l’exécution locale des projets.

Autre avancée marquante est l’adoption de la loi sur la fiscalité locale, promulguée en décembre dernier. Cette réforme vise à renforcer l’autonomie financière des CTD, en leur permettant d’accroître leurs recettes propres via une fiscalité mieux structurée et adaptée aux réalités locales. Elle prévoit notamment une modernisation de l’administration fiscale locale et la mise en place de nouveaux mécanismes de performance budgétaire. Le FEICOM, bras financier des CTD, continue de jouer un rôle central. Il intervient à la fois comme distributeur de ressources péréquées et comme accompagnateur technique dans la formulation et la rationalisation des projets locaux.

 LES DÉFIS STRUCTURELS PERSISTENT

Malgré ces efforts financiers, le processus de décentralisation demeure entravé par plusieurs contraintes structurelles. Le taux d’exécution des fonds d’investissement transférés illustre cette difficulté : il est passé de 90,4 % en 2021 à seulement 56,9 % en 2022, avant de remonter à 83,9 % en 2023. Parmi les priorités dégagées par le gouvernement dans la poursuite du processus de décentralisation, figurent l’achèvement du transfert effectif de toutes les compétences prévues par la loi, le renforcement des capacités des élus et du personnel local pour une meilleure appropriation de ces attributions, ainsi que la clarification des rôles entre régions et communes afin d’éviter les chevauchements. À cela s’ajoute la nécessité de repenser l’architecture des services déconcentrés de l’État, dans le but d’assurer une articulation plus fluide et cohérente avec les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD).

RESSOURCES HUMAINES, DIGITALISATION, PLANIFICATION

Le renforcement des ressources humaines locales, la valorisation du statut du personnel et le transfert des moyens matériels constituent aussi des chantiers en cours. L’État projette également de digitaliser les services communaux et de systématiser la planification stratégique, afin d’accroître l’impact réel de la décentralisation sur le bien-être des populations. Un Indice de Développement Local du Cameroun, actuellement en cours d’élaboration, est annoncé comme un outil crucial pour une répartition plus équitable des ressources. L’objectif est d’assurer une péréquation budgétaire efficace entre les collectivités, en tenant compte des disparités de développement. Pour relever ces défis, les autorités appellent à une collaboration plus fluide entre l’État, les CTD, les partenaires techniques et financiers, mais aussi les citoyens. La réussite de la décentralisation est perçue comme une œuvre collective, censée renforcer la proximité de l’action publique et favoriser un développement plus équilibré du territoire national. « L’exercice des compétences transférées par les CTD doit avoir un impact significatif sur le développement local, le bien-être des populations », a-t-on souligné lors de la présentation du rapport d’évaluation.

Pr Jean-Emmanuel Pondi : « Nous ne pouvons pas développer l’IA en comptant sur les poches des autres »

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Le professeur Jean-Emmanuel PONDI est un spécialiste des sciences politiques et des relations internationales. Ancien directeur de l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC) (1999-2006), il est actuellement vice-recteur de l’Université de Yaoundé I, chargé de la recherche, de la coopération et des relations avec le monde des affaires, après avoir été secrétaire général de la même université (2006-2017).

Pensez-vous que l’implication active du secteur privé dans le financement soit essentielle pour donner corps aux fondements conceptuels et opérationnels de l’intelligence artificielle ?

Disons qu’en relation internationale, il y a des domaines qu’on appelle stratégiques. Et techniquement, les domaines stratégiques sont des domaines prioritaires. Et il est important que ces domaines prioritaires soient supportés financièrement par les intéressés eux-mêmes. Il est un peu illusoire de croire que dans ces domaines où vous êtes en compétition, vous allez voir vos compétiteurs vous soutenir dans une course où vous êtes susceptible de passer devant eux. Ce n’est pas logique comme raisonnement. Donc il faut sécuriser certains domaines qu’il faut plutôt autonomiser plutôt que de les mettre à l’air libre où tout le monde voit ce qui se passe. L’intelligence artificielle est un levier pour accélérer le développement ou la croissance dans tous les domaines de l’action humaine.

Il est donc important pour nous de voir comment et par quelle structure ce domaine crucial devrait être financé. Nous avons aujourd’hui des banques panafricaines, c’est-à-dire qui ont un ADN qui est officiellement reconnu comme étant des banques panafricaines. Nous avons des banques nationales et nous avons des banques régionales. Il serait bon pour ces banques d’avoir ce qu’on peut appeler des fenêtres pour le financement de l’IA. Parce qu’en résolvant beaucoup de problèmes, il y aura un retour sur l’investissement chez elles-mêmes, chez ces banques-là. Ça peut être à moyen terme ou à long terme, mais de toutes les manières, si l’économie globale devient revivifiée, si elle s’accélère, il est clair que ce sera un investissement qui sera un investissement positif.

Donc les Africains doivent comprendre, à mon avis, qu’on ne peut pas avoir des programmes pour lesquels nous comptons sur les poches des autres. Ce n’est pas logique. Il faut que nous comprenions que pour être pris au sérieux, pour être pris comme des adultes, parce que nous réclamons désormais de ne plus être infantilisés, l’une des conditions de la sortie de l’infantilisation de l’Afrique, c’est de prendre en charge ses responsabilités financières. L’Afrique n’est pas pauvre, contrairement à ce que nous-mêmes nous croyons.

L’Afrique a quand même près de 40% de toutes les ressources minières mondiales. Nous avons 60% des terres arables, c’est-à-dire cultivables, du monde, qui se retrouvent sur le continent africain. Nous avons des essences de toutes sortes, Iroko, Ébène, qui sont des richesses incommensurables. Il faut donc que nous sachions que toutes ces richesses sont transformables en valeurs, des valeurs financières. Et que nous nous dressions maintenant non plus en mendiant, mais en acteurs sérieux qui ont été capables de recenser toutes ces richesses, nous-mêmes, on ne doit pas compter sur les autres pour venir recenser nos richesses. Nous pouvons le faire nous-mêmes.

Nous avons aujourd’hui le know-how, la capacité de le faire. Quand on recense les richesses africaines, elles sont énormes. L’Afrique est le premier producteur mondial d’or, par exemple. Premier producteur mondial de diamants. 75% du cacao et du café et tout ça, que les gens consomment tous les jours sur les cinq continents, viennent d’Afrique. Comment, d’où vient-il que nous persistons à accepter nous-mêmes que nous sommes pauvres ? Comment définit-on la richesse ? Comment définit-on la pauvreté ? Ce sont des termes qu’il faut revoir avec beaucoup de sérieux. Et quand on aura fait cela, nous allons nous rendre compte de beaucoup de découvertes.

Donc je pense pour ma part que nous devons… pour considérer l’IA comme un moteur qui peut accélérer non pas seulement le développement, mais la croissance de l’Afrique. Et ça, ça ne se fait pas sans mettre des sommes conséquentes. Il ne s’agit pas de saupoudrer, il s’agit d’avoir des sommes conséquentes, mais aussi une vision claire sur les étapes de ces financements, sur les acteurs de ces financements et sur les objectifs de ces financements.

Quelle est votre position sur le renforcement d’une intelligence artificielle locale respectueuse des droits humains et des normes éthiques, face aux risques culturels liés à l’usage de données inadaptées ?

 Alors je dirais que l’une des choses qu’on a remarquées pendant tous les ateliers, les six ateliers qui ont été organisés, elles avaient au moins un trait commun, c’est qu’on revenait toujours sur la nécessité d’appropriation de la dimension éthique par l’Afrique. Et je crois que c’est une préoccupation qui vaut son pesant d’or et qui s’explique parfaitement. Alors quand on dit l’éthique, on utilise les mêmes mots, le même vocabulaire, mais qui ne recouvrent pas les mêmes réalités. Et je crois que c’est là que se pose le problème.

L’éthique a une valeur morale, une valeur comportementale, mais aussi une valeur culturelle. Alors on ne peut pas venir en Afrique, faire fi de nos de voir le monde, de notre cosmogonie, de notre vision vis-à-vis de l’être humain, de la famille, de la communauté. Dire qu’il n’y a qu’une seule vision, qui n’est pas africaine et qu’on déclare universelle. Ce n’est pas possible d’accepter cela. Il faut comprendre que le monde est fait de civilisations avec S. Et sur ce S ont été générés beaucoup de guerres et de conflits. Parce qu’il y en a qui disent qu’il y a une civilisation avec ON à la fin. Alors qu’en fait il y a des civilisations. Comme il y a de nombreuses cultures, et c’est la complémentarité de cette diversité qui rend le monde intéressant. On ne peut pas nous imposer, comme nous voyons.

Parce que l’éthique, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous avons notre lecture du monde. Par exemple, en Afrique, nous donnons davantage d’importance à la communauté qu’à l’individu. Et la preuve de cela, c’est quand vous prenez les droits de l’homme et des peuples, c’est la convention bien sûr de Banjul, la capitale de la Gambie, en 1980, Et c’est le sommet de Nairobi de 1981 qui a en fait adopté cette résolution et ce texte-là.

Donc, vous comprenez que nous ne pouvons pas accepter, qu’entre la communauté et l’individu, qu’on nous fasse comprendre que c’est l’individu qui vient en avant. Peut-être dans d’autres systèmes culturels, c’est le cas. Mais pour ce qui nous concerne, ce n’est pas du tout une vérité. Premièrement, nous avons notre définition de la famille. Et ces derniers temps, nous entendons toutes sortes de définitions de famille que nous avons beaucoup de mal à comprendre.

Alors, le danger c’est quoi ? C’est que certaines organisations internationales voudraient maintenant faire passer l’aide internationale en forçant les Africains à accepter des définitions de famille qui nous sont répugnantes. Il faut que les gens comprennent que ce qui sied chez eux n’est pas nécessairement quelque chose qu’on peut accepter chez nous. Et je dirais même, pour beaucoup d’Africains, quelque chose d’inacceptable. C’est pour ça que je parle, moi, non seulement de sécurité militaire, je crois de moins en moins à ça, je crois davantage en la sécurité culturelle. C’est-à-dire la nécessité par toutes les cultures d’accepter les autres comme étant des cultures valables, même si elles ne sont pas les vôtres. Et je pense que beaucoup de pays occidentaux gagneraient à avoir un tout petit peu plus d’humilité, pour comprendre qu’ils ne peuvent pas imposer aux gens des choses que ces gens ne veulent pas du tout adopter, parce qu’elles sont contraires à leur valeur, contraires à leur éducation, contraires à leurs us et coutumes. Si nous n’acceptons pas cela, il est illusoire de parler de paix. Parce que la paix c’est quoi ? C’est l’acceptation de l’autre dans sa diversité.

La paix c’est quand vous dites que vous acceptez l’autre, non pas parce qu’il est comme vous, mais précisément parce qu’il est différent de vous, même dans ses valeurs culturelles. Et nous pensons que les Asiatiques ont leur manière de voir le monde, les Africains ont leur manière de voir le monde, les Européens ont leur manière de voir le monde, les Américains ont leur façon de voir le monde. Très bien, mais il ne s’agit pas de venir imposer une vision au motif fallacieux que cette vision serait universelle. L’intelligence artificielle doit nous aider à mettre un contenu africain, dans des logiciels, dans des applications et dans les algorithmes en particulier. L’intelligence artificielle doit davantage mobiliser des veilles africaines pour que nous voyons où sont les défaillances et que nous mettions notre narratif à nous, notre manière de voir le monde au travers de ces algorithmes-là.

Présidentielle 2025: Paul Biya annonce sa candidature

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Paul Biya s'est finalement décidé

« Merci pour le soutien massif que vous n’avez cessé de m’apporter… Beaucoup reste à faire. Du fait d’un environnement international de plus en plus contraignant, les défis auxquels nous sommes confrontés se font plus aigus. Face à cette situation, je ne saurais me dérober à la mission qui est la mienne». Ça y est ! Paul Biya annonce en ces termes sa candidature à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Dans un court message publié ce soir sur ses plateformes numériques, le président sortant de la République du Cameroun indique que, « assurer la sécurité et le bien-être des fils et filles de notre cher et beau pays est la mission à laquelle je consacre mon temps et mon énergie».

Son message était des plus attendus, tant la guerre de positionnement faisait rage dans les rangs même du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), son parti politique. Et l’une des actes forts est le chassé-croisé entre René Sadi, ministre de la Communication et Jacques Fame Ndongo, secrétaire national à la communication du parti, sur les antennes de RFI, au sujet de la candidature de Paul Biya. Le premier ayant été contrarié le lendemain même de sa sortie dans laquelle il indiquait que la candidature ou non de Paul Biya c’est du 50-50. L’autre a convoqué l’article 27, alinéa 3 des Statuts du Rdpc, pour indiquer que la candidature de Biya ne souffre qu’aucune ambiguïté.

Et du coup, Paul Biya lui-même n’a pas attendu plus longtemps pour se définir lui-même. Lui qui attend généralement les derniers délais pour déposer sa candidature, et même parfois pour l’annoncer. A peine a-t-il convoqué le corps électoral qu’il s’est lancé dans la course. Dans un contexte marqué par des défections au sein de la majorité présidentielle. Avec notamment Bello Bouba et Issa Tchiroma, respectivement présidents de l’Undp et du Fsnc, alliés depuis une trentaine d’années, de Paul Biya. Pour se lancer dans la course pour la présidentielle.

Présidentielle : Le corps électoral pour le 12 octobre 2025

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Le compte-à-rebours est lancé. L’élection présidentielle aura lieu le 12 octobre 2025. Ainsi en a décidé le président de la République dans un décret rendu public ce 11 juillet 2025. Paul Biya a attendu pratiquement le délai prévu par le Code électoral pour le faire. D’autant plus qu’il avait jusqu’au 12 juillet 2025, pour convoquer le corps électoral.

C’est un tournant décisif dans le processus électoral qui est ainsi déclenché. Les échauffements dans les différents partis politiques et états-majors des candidats non embarqués dans des partis politiques, sont terminés. Le décret présidentiel est arrivé au moment où Élections Cameroon (Elecam) était engagé dans un déploiement particulier à 24h du délai de convocation du corps électoral. Avec des équipes disséminées jusque dans l’enceinte des hôpitaux comme à l’hôpital général de Yaoundé. Le match électoral s’engage avec la préparation des dépôts de candidatures. Elecam va désormais engager la mise en place logistique, le toilettage du fichier électoral, la conception et l’impression des bulletins de vote, et la préparation de son déploiement sur le terrain.

Le fichier électoral au 31 décembre 2024, affiche près de neuf millions d’électeurs. La taille exacte du corps électoral sera connue après toilettage.

L ‘élection présidentielle au Cameroun est fixée au 12 octobre

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Paul Biya votant

C’est désormais officiel. Les Camerounais seront appelés aux urnes le dimanche 12 octobre 2025 pour élire leur prochain président de la République. Le décret convoquant le corps électoral a été signé ce vendredi par le président Paul Biya, ouvrant la voie à un processus électoral encadré par Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge de l’organisation du scrutin.

Selon le code électoral, les candidats à la présidence ont jusqu’au 21 juillet pour déposer leur dossier. La liste définitive des candidatures retenues sera publiée le 11 août, laissant ensuite place à deux semaines de silence avant le lancement officiel de la campagne électorale, prévu le 27 septembre. Celle-ci s’achèvera la veille du vote, le 11 octobre à minuit. Ce décret marque également la fin des inscriptions sur les listes électorales. La liste provisoire publiée par Elecam recense 7,8 millions d’électeurs inscrits, répartis sur l’ensemble du territoire. Les bureaux de vote ouvriront de 8h à 18h, conformément aux dispositions du Code électoral en vigueur.

Cette convocation électorale intervient dans un contexte politique scruté de près, tant au niveau national qu’international. L’élection présidentielle de 2018, dernière en date, avait vu Paul Biya l’emporter avec 71,28 % des voix, face à Maurice Kamto (14,23 %) et Cabral Libii (6,28 %), dans une campagne tendue et marquée par des contestations. Alors que le débat public s’intensifie autour de la transparence du processus, de la composition d’Elecam et des conditions d’accès à l’éligibilité, les regards sont désormais tournés vers les prochaines déclarations de candidatures. Plusieurs figures politiques sont attendues au tournant, tandis que des mouvements citoyens appellent à une plus grande mobilisation électorale.

Si Paul Biya, âgé de 92 ans en 2025, n’a pas encore annoncé s’il briguerait un nouveau mandat, la convocation du corps électoral ravive les spéculations sur l’éventualité d’un passage de témoin ou d’une nouvelle candidature du président en place depuis 1982. Dans tous les cas, la présidentielle d’octobre s’annonce comme un moment charnière pour le Cameroun, entre continuité politique, incertitudes institutionnelles et attentes sociales fortes.

Stéphane Tiki, directeur du développement et porte-parole du Groupement du patronat francophone: « nous voulons créer la première banque de la diaspora en France »

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Stephane Tiki

 Le 20 mars 2025 lors de la deuxième journée de The Okwelians Summit vous avez procédé à la signature de deux accords est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?

Nous avons signé deux accords stratégiques qui marquent une étape décisive dans notre engagement pour une coopération économique dynamique et équilibrée. Le premier partenariat a été conclu avec la Chambre de Commerce Européenne du Cameroun, présidée par Yanis Arnopoulos. Vous connaissez sans doute le travail remarquable qu’il réalise avec le groupe Arno, et aujourd’hui, il met ce même talent au service de la Chambre de Commerce Européenne. Cet accord revêt une importance capitale, car il illustre la volonté du groupement du patronat francophone, dont j’ai l’honneur d’être le porte-parole et directeur, d’établir un pont solide entre l’Europe et l’Afrique.

Notre organisation rassemble 20 millions de PME réparties dans 80 pays francophones, dont 40 pays du continent africain. Nous voulons aller au-delà des schémas traditionnels et bâtir une relation économique équilibrée et mutuellement bénéfique. Ceux qui investissent en Afrique doivent prospérer, mais les entrepreneurs africains doivent également tirer profit de ces échanges. Ce partenariat avec Yanis Arnopoulos vise précisément à favoriser l’implantation d’entreprises européennes au Cameroun, un pays riche en opportunités, tout en donnant aux entreprises camerounaises la possibilité d’apporter leur savoir-faire et leur valeur ajoutée en Europe. Trop souvent, on imagine que c’est l’Europe qui apporte quelque chose à l’Afrique, mais l’inverse est tout aussi vrai, et nous sommes là pour le démontrer.

Le deuxième partenariat signé lors du sommet revêt une importance stratégique similaire. Il s’agit d’un accord avec la Chambre de commerce du Canada en Afrique, une initiative essentielle dans un monde en pleine mutation. Le Canada occupe une place clé dans la francophonie, et ce partenariat ouvre la voie à des échanges commerciaux accrus entre les entreprises canadiennes et le marché africain, en particulier le Cameroun. Nos entrepreneurs camerounais auront également l’opportunité de s’implanter au Canada, consolidant ainsi un axe économique fort entre l’Europe, l’Afrique et le Canada, dans le cadre d’une francophonie économique ambitieuse.

Notre rôle est de construire ces ponts pour créer des routes solides, car nous savons que c’est par l’économie que se développe une nation, et plus particulièrement par le biais des PME. Contrairement aux grands groupes qui consomment la richesse, les PME la créent. Elles forment la main-d’œuvre locale, structurent l’écosystème économique et ouvrent de nouvelles perspectives aux jeunes.

En 2050, l’Afrique comptera une population active comparable à celle de la Chine, à une différence majeure : 70 % de cette population aura moins de 35 ans. Il est donc crucial de leur offrir des opportunités concrètes à travers le statut d’auto-entrepreneur, les PME, les TPE et les startups. L’objectif est de les aider à sortir du secteur informel pour intégrer un cadre structuré et prospère, avec un meilleur pouvoir d’achat, plus de valeur ajoutée et un développement humain renforcé.

Des pays comme le Cameroun et l’ensemble de l’Afrique centrale affichent de forts taux de croissance, mais l’enjeu est de traduire cette croissance en amélioration des conditions de vie. C’est précisément notre mission, et c’est pourquoi je suis heureux d’être ici avec vous aujourd’hui.

Nous travaillons avec des acteurs engagés, comme un incubateur de startups que j’ai récemment découvert : Innovation. Ces structures jouent un rôle clé en formant les jeunes talents africains et en leur offrant l’accompagnement nécessaire pour transformer leurs compétences en succès entrepreneurial. Grâce à des initiatives comme celle-ci, nous donnons aux entrepreneurs de demain les outils et les conseils dont ils ont besoin pour bâtir des entreprises solides et innovantes.

 Quels sont les secteurs visés ?

Les secteurs que nous ciblons sont, à mes yeux, des piliers essentiels du développement. Tout d’abord, l’agriculture. Trop souvent perçue comme un choix par défaut, elle est en réalité un secteur stratégique. Loin d’être une solution de repli pour ceux qui échouent ailleurs, l’agriculture est fondamentale : elle nous nourrit, nous hydrate, répond à nos besoins les plus élémentaires. Aujourd’hui, grâce à l’agrotech et l’agribusiness, elle évolue et s’impose comme un moteur de croissance.

Le numérique et la tech occupent également une place centrale. Nous avons vu émerger des structures d’innovation comme l’incubateur start-up Innovation, qui soutient des projets technologiques d’avenir. Le Cameroun dispose même de son premier think-tank dédié au numérique, porté par un jeune entrepreneur talentueux. D’autres innovateurs brillent dans les domaines de la fintech, de la formation et de l’éducation. Récemment, j’ai assisté à un concours de pitchs de start-up où des jeunes présentaient des solutions révolutionnaires dans ces secteurs.

Notre approche repose sur l’intelligence économique : nous analysons les besoins du marché avant d’orienter les jeunes vers des opportunités viables. Le chômage des jeunes est un défi majeur, et il est urgent d’adapter la formation aux secteurs porteurs d’emplois. Nous devons cesser de préparer des générations entières à des métiers qui ne recrutent pas. C’est pourquoi nous insistons sur de nouveaux modèles de réussite : au-delà des figures emblématiques du sport et de la musique comme Kylian Mbappé, Samuel Eto’o ou Charlotte Dipanda, il est temps d’encourager les jeunes à s’inspirer de Danpullo, Dangote et d’autres capitaines d’industrie.

Le rôle des incubateurs et des start-ups ne peut être sous-estimé. Nous avons en Afrique une réserve de talents incroyables et des écosystèmes innovants qui méritent d’être mis en avant. Trop souvent, nous nous focalisons sur ce qui ne fonctionne pas. Or, en tant qu’optimiste engagé, je suis convaincu que nous devons aussi valoriser ce qui fonctionne, montrer l’exemple et inspirer la jeunesse à bâtir sur ces succès.

Au-delà de l’agriculture, de l’éducation, de la formation et du numérique, deux autres secteurs sont essentiels à mes yeux : la culture et le sport.

Autrefois considérés comme de simples passions, ces domaines sont désormais de véritables industries. Nous devons reconnaître leur potentiel économique et les structurer comme des secteurs d’investissement stratégiques. Le sport et la culture rassemblent, inspirent et génèrent des opportunités. J’ai grandi avec des posters de Samuel Eto’o dans ma chambre, et aujourd’hui, j’aimerais que nous puissions former la prochaine génération de talents.

Le rôle du patronat est aussi d’accompagner ces industries, d’encourager les décideurs économiques à investir dans des centres de formation pour que demain, nous ayons de nouveaux Samuel Eto’o, de nouveaux talents de la musique comme Tayc ou Charlotte Dipanda. Ces secteurs ont besoin de financements, mais ils apportent aussi une immense valeur sociale et économique.

Voilà, en somme, les domaines clés sur lesquels nous devons concentrer nos efforts pour bâtir une économie dynamique, inclusive et tournée vers l’avenir.

Justement, vous avez évoqué l’une des grandes faiblesses de l’entrepreneuriat au Cameroun : les difficultés d’accès au financement. Comment comptez-vous y remédier ?

Vous avez raison, l’accès au financement est un défi, et pas seulement ici. C’est une réalité sur tout le continent. Mais permettez-moi de dire deux choses essentielles. D’abord, être entrepreneur, c’est accepter de prendre des risques, de se lancer dans une aventure. C’est même le seul métier où l’on s’engage avec passion en espérant un débouché réussi. Personnellement, je crois fermement que l’entrepreneuriat fonctionne mieux lorsqu’il repose sur une dynamique collective.

Adam Smith, qui m’a beaucoup inspiré, disait : « Spécialisez-vous dans ce que vous faites de mieux et entourez-vous de personnes compétentes dans les domaines où vous l’êtes moins. » Un autre homme qui m’a marqué, c’est Nelson Mandela, avec cette phrase : « Je ne perds jamais. Soit j’apprends, soit je gagne. »

Alors, aux jeunes qui nous écoutent, je veux dire : tentez l’aventure ! Chaque difficulté est une opportunité d’apprentissage. Regardez un bébé : il ne naît pas en sachant marcher. Il pose un pied, puis un autre, tombe, se relève, pleure parfois… mais finit par courir. L’entrepreneuriat, c’est pareil. On tombe, on se relève, et on apprend à avancer. Bien sûr, il y a des obstacles, que ce soit la constitution d’une équipe, la gestion d’un projet ou le financement. Comment y répondons-nous ? J’ai deux casquettes, et je vais vous en parler.

D’abord, en tant que chef d’entreprise, je peux vous dire que nous finançons des projets. À travers l’Afrique, nous évaluons la rentabilité, la viabilité et la fiabilité des initiatives, et nous mettons en place des solutions adaptées pour leur financement.

Ensuite, voici une exclusivité pour vous : nous travaillons sur la création de la première banque de la diaspora en France. Ce projet, porté par des membres de la diaspora, vise à répondre aux besoins spécifiques des entrepreneurs africains. Attention, ce n’est pas une initiative sectaire, mais une façon de proposer des solutions adaptées à ceux qui connaissent nos réalités, nos parcours, et nos défis. Jean-Jacques Rousseau disait : « L’homme est un animal social. » Nous avançons mieux avec ceux qui nous comprennent. Enfin, nous collaborons avec des institutions comme l’Agence Française de Développement (AFD) et la Banque Publique d’Investissement (BPI), qui disposent de fonds pour soutenir l’entrepreneuriat.

Alors oui, ces solutions ne résoudront pas tous les problèmes d’un coup. Mais si elles permettent à trois, quatre ou cinq entrepreneurs d’accéder à un financement, ces derniers pourront à leur tour aider d’autres entrepreneurs, et ainsi de suite. Le changement se construit pas à pas.

Ces initiatives concernent-elles uniquement le Cameroun, ou avez-vous des projets plus larges pour l’Afrique dans les prochaines années ?

Le Cameroun, c’est mon pays. J’y suis profondément attaché. D’ailleurs, je l’ai dit hier (20 mars 2025) au journal télévisé de la CRTV : c’est ici que je suis né. Et hier, j’ai vécu un moment fort en retournant à mon ancienne école primaire. J’y ai retrouvé mon maître de CM1, un moment chargé d’émotion, qui m’a permis de transmettre et d’encourager la nouvelle génération.

Un autre modèle qui m’inspire est Kobe Bryant et sa mamba mentality : l’idée que la transmission et l’héritage sont essentiels. Cela dit, je n’ai pas de projet spécifique au Cameroun car, pour être honnête, je n’y réside pas. Mais pour l’Afrique, oui, j’agis concrètement. Tous les quinze jours, je visite un pays du continent pour apporter de la valeur ajoutée, notamment en accompagnant des PME. Certaines ont déjà pris pied au Cameroun, dans la santé, le médical ou le numérique.

Dès qu’une entreprise étrangère cherche un pays stratégique pour s’implanter en Afrique, je suis le premier à promouvoir le Cameroun. Pourquoi ? Parce que ce pays est une terre d’opportunités, un véritable condensé du continent, où le talent est omniprésent. Il suffit de connecter ce savoir-faire avec le faire-savoir, de relier l’offre et la demande pour propulser le Cameroun à la hauteur qu’il mérite. C’est cela, mon engagement. J’accompagne également les entrepreneurs qui souhaitent investir ici et j’échange avec de nombreuses figures camerounaises qui ont réussi. J’ai d’ailleurs fondé un club d’excellence, Powerhouse, où nous honorons ceux qui brillent. En décembre, nous avons accueilli Francis Ngannou à Paris pour célébrer son parcours. Dès qu’un Camerounais ou un membre de la diaspora réalise une prouesse, je veux que nous soyons fiers, que nous le soutenions.

Trop souvent, nous sombrons dans ce que j’appelle le panier de crabes, où la réussite d’un autre est perçue comme une menace. Il est temps de briser ce schéma et d’adopter un nouveau paradigme, celui de l’addition : toi + moi = une valeur ajoutée. Ensemble, nous sommes plus forts. Mon action ne s’arrête pas au Cameroun. J’ai déjà accompagné des PME au Congo-Brazzaville et en RDC. En mai prochain, j’organise en Côte d’Ivoire un forum avec le Groupement du Patronat Francophone, où 700 à 800 PME seront réunies. J’ai invité Les Okwelians, sous l’impulsion de Jonathan Nyemb, pour créer des synergies entre les écosystèmes économiques camerounais et ivoirien.

Et ce n’est pas tout. J’encourage la collaboration avec des entreprises venues du Canada, de Roumanie, d’Israël… L’idée est de bâtir un réseau solide, un marché interconnecté qui transcende les barrières.Je vais peut-être paraître prétentieux (rires), mais je me compare parfois à Galilée. Il a affirmé que la Terre tournait autour du Soleil et a été persécuté pour avoir eu raison trop tôt. Aujourd’hui, je prends le risque de vous dire que la Zlecaf (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) sera la clé de la transformation économique de l’Afrique.

Quand nous aurons levé les frontières, simplifié les taxes et favorisé la libre circulation des biens et des personnes, tout changera. Imaginez un Camerounais pouvant se rendre à Kinshasa sans visa, un entrepreneur ivoirien exportant librement vers l’Afrique de l’Est… Ce jour-là, nous exploiterons enfin la puissance de notre marché de 54 pays. Regardez l’Union européenne : en 1957, elle s’est unie autour du charbon et de l’acier. Aujourd’hui, c’est un géant économique. Pourquoi ne pourrions-nous pas, nous aussi, bâtir un marché commun africain fondé sur la confiance et la coopération ?

On entend souvent que l’Afrique est « le continent de demain ». Moi, je veux qu’elle soit le continent d’aujourd’hui. L’intérêt mondial pour l’Afrique est évident : Sommet Europe-Afrique, Sommet Chine-Afrique, Sommet Russie-Afrique… Tous veulent bâtir des ponts avec notre continent.

Mais ce que je rêve de voir, c’est un changement de dynamique. Ce n’est plus à nous d’aller quémander en Europe ou en Amérique. C’est à eux de venir ici, parce que la valeur ajoutée est en Afrique.

Cela implique aussi une nouvelle attitude de la diaspora. Nous ne sommes pas attendus comme des sauveurs. Sur le terrain, des entrepreneurs se battent déjà, construisent et réussissent. Ce que nous devons faire, c’est additionner nos forces. Apporter notre 0,1 % de valeur ajoutée, nos compétences acquises à l’étranger, et les fusionner avec le savoir-faire local. C’est ainsi que nous avancerons.

L’Afrique doit s’imposer comme un acteur économique central, où les sommets se tiendront sur notre sol, à nos conditions. C’est en travaillant ensemble, en brisant les barrières et en valorisant nos atouts que nous bâtirons le futur que nous méritons.

Le maître-mot qui a guidé l’organisation de ce sommet, c’est le concret : sortir des événements où l’on parle sans agir, éviter les recommandations qui restent lettre morte. Y a-t-il déjà un engagement concret d’entreprises, que ce soit ici ou ailleurs, pour investir ?

Je vais essayer de vous répondre et, déjà, nous sommes d’accord sur un point essentiel : je suis quelqu’un de très concret. Vous l’avez vu avec toutes les propositions que j’ai formulées, notamment sur les besoins de financement, où j’ai apporté des solutions précises et détaillées. Alors, pour être honnête : pour l’instant, non. Mais permettez-moi un peu d’humour : la signature a eu lieu hier à 14 heures. Nous sommes aujourd’hui à 14 heures… en 24 heures, le monde n’a pas changé !

Ce que je peux vous affirmer, c’est que le Groupement du Patronat Francophone représente 20 millions de PME. Notre rôle, à travers ces partenariats, est de promouvoir le Cameroun et d’y attirer des entreprises. Et pour être encore plus transparent, je vais vous dire les choses telles qu’elles sont : j’emmène déjà, tous les deux mois, entre 10 et 15 entreprises dans différents pays. Je n’ai pas attendu de signer un MOU pour agir ! C’est mon quotidien. Il y a deux semaines, j’étais en Tanzanie ; trois semaines auparavant, en Côte d’Ivoire. La semaine prochaine, je pars au Congo, puis dans 15 jours au Gabon, toujours accompagné d’entreprises.

Ce MOU, cependant, va renforcer notre action collective. Comme je le dis souvent : on est plus forts ensemble. Par exemple, notre partenaire, président de la Chambre de commerce européenne au Cameroun, est rentré à Douala. Dans quelques jours, il pourra nous fournir un document détaillant les entreprises membres de sa chambre intéressées par des opportunités ici ou souhaitant s’internationaliser.

Nous allons croiser ces informations avec celles des entreprises du Groupement du Patronat Francophone désireuses de s’implanter au Cameroun. C’est ainsi que nous avancerons. Même logique avec notre partenaire canadien, qui représente la Chambre de commerce du Canada en Afrique : il identifiera les entreprises canadiennes prêtes à investir, et nous, en tant que facilitateur économique, nous les accompagnerons dans leur installation, que ce soit au Congo, au Maroc, en Tunisie ou en Côte d’Ivoire.

C’est du concret, du concret, et encore du concret !

La Banque de la diaspora C’est encore un projet, comme vous l’avez dit. Mais concrètement, cette dernière, lorsqu’elle sera mise sur pied, apportera des financements à qui en priorité ? Aux Africains installés à l’étranger ? Ou bien les investisseurs camerounais en Afrique seront-ils également concernés ? Et quelles seront les conditions ?

J’aime beaucoup votre question, et je vais vous répondre avec la même franchise que depuis le début de notre entretien. La Banque de la diaspora, dans un premier temps, s’adressera avant tout aux diasporas. Pourquoi ? Parce que je n’aurais jamais la prétention de créer une banque dans un pays où je ne vis pas. Il faut être lucide.

J’ai pensé à cette banque pour une raison simple : j’ai constaté que beaucoup de membres de la diaspora souhaitent obtenir des prêts pour investir dans leur pays d’origine. Mais soyons honnêtes : lorsqu’un Camerounais de l’étranger veut monter un projet à Édéa, le banquier européen ou américain à qui il s’adresse connaît-il réellement la ville ? Pour beaucoup, le Cameroun, c’est le pays de Roger Milla. Mais Édéa ? Est-ce une ville ? Un village ? Une zone rurale ? Il n’en a souvent aucune idée.

Et c’est normal ! De la même manière, un Français qui voudrait investir au Cameroun pourrait dire qu’il vient de Limoges. Mais un banquier Camerounais se poserait la question : Limoges, c’est où ? Chacun connaît mieux le terrain sur lequel il a grandi. Ce n’est pas un jugement, juste un constat.

Ainsi, quelqu’un qui veut investir à Édéa sera bien plus rassuré s’il s’entoure de personnes connaissant le terrain. C’est là que cette banque intervient : elle facilitera l’accès au financement, à condition bien sûr que le projet soit rentable et fiable. L’objectif est toujours le même : contribuer au développement économique du continent.

Si un membre de la diaspora a un projet solide mais manque de soutien financier, cette banque pourrait lui donner sa chance. Et si son projet réussit, il créera des emplois, développera les compétences locales, améliorera le pouvoir d’achat et la valeur ajoutée. Mon idée vient de là : comment rendre les choses plus simples pour ceux qui veulent participer au développement de leur pays, même modestement ? Parce que même 0,01, c’est toujours plus que 0.

Et vous me poussez à une réflexion encore plus large. En discutant avec vous, une autre idée germe : pourquoi ne pas créer un pont dans l’autre sens ? Aujourd’hui, on parle des diasporas qui veulent investir en Afrique. Mais peut-être que cette banque pourrait aussi accompagner les entrepreneurs africains souhaitant s’implanter en Europe. Après tout, ces entrepreneurs sont les diasporas de demain !

Je pense que ce serait un modèle économique idéal : une banque qui accompagne la diaspora dans son pays d’origine, et qui, en parallèle, aide les entrepreneurs du continent à tenter leur chance à l’international. Ce n’est pas encore un projet complètement défini, mais c’est une réflexion que je veux approfondir. Et je vous en fais la promesse : dès mon retour à Paris, je vais en parler avec mes associés pour étudier cette possibilité. L’idée d’un fonds actif des deux côtés me semble être une véritable opportunité.

Cameroun: Une usine d’engrais chimiques de 500 milliards FCFA annoncée pour 2030

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image générée avec l'aide de l'intelligence artificielle

Inscrit dans le Document de programmation budgétaire et économique à moyen terme 2026-2028, le projet de construction d’une unité de production d’engrais chimiques refait surface dans les ambitions industrielles de l’État camerounais. Selon ce document stratégique, cette usine, estimée à 500 milliards FCFA, sera développée sous forme de partenariat public-privé (PPP). Sa mise en service est programmée pour 2030, après un lancement officiel prévu en 2028. Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) est désigné comme maître d’ouvrage du projet.

Ce projet semble en tout point similaire (du moins en ce qui concerne le coût, ndlr) à celui évoqué en 2024 par le ministre par intérim de l’Industrie, Fuh Calistus Gentry. À l’époque, il annonçait devant les députés un investissement équivalent porté par la société Vision Global et son partenaire américain, destiné à produire 230 000 tonnes d’ammoniac et 400 000 tonnes d’urée par an. Deux unités devaient être implantées respectivement à Limbé (Sud-Ouest) et à Yaoundé. Bien que les études de faisabilité soient alors « en cours », aucun détail sur le lancement et même la durée des travaux n’avait été fourni.

Réduction des importations

Avec ce projet industriel, l’État ambitionne de réduire durablement la dépendance du Cameroun aux importations d’engrais, qui constituent un facteur aggravant du déficit de la balance commerciale. D’après l’Institut national de la statistique (INS), entre 2021 et 2023, le pays a importé pour 173,9 milliards FCFA d’engrais, avec une pointe à 70,9 milliards en 2023 pour 228 326 tonnes, soit une hausse de 76,2 % par rapport à l’année précédente.

Le poids de ces importations a été renforcé par les tensions géopolitiques, notamment la guerre entre la Russie et l’Ukraine. En 2022, la Russie représentait à elle seule 43 % des volumes d’engrais importés par le Cameroun, contre 11 % pour la Chine.

L’histoire récente du secteur est marquée par des annonces sans lendemain. Le cas emblématique est celui de la société allemande Ferrostaal, qui portait depuis 2013 un projet d’usine d’engrais à Limbé. Un préaccord d’approvisionnement en gaz avait même été signé avec la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et la société EurOil. Mais le désaccord persistant sur les prix du gaz, jugés trop élevés, a bloqué tout développement. Estimé à 1 250 milliards FCFA, le projet visait pourtant une production annuelle de 600 000 tonnes d’ammoniac et 700 000 tonnes d’urée.

Un autre projet, également soutenu par le Minmidt, prévoit la construction d’une usine à Douala avec un approvisionnement garanti par Gaz du Cameroun, filiale locale du Britannique Victoria Oil & Gas. L’étude de faisabilité devait être financée par l’État dès 2024, mais aucune information n’a filtré depuis sur l’état d’avancement.

Dans cet environnement d’incertitudes, une usine est pourtant bien sortie de terre. Le 7 mai 2025, le ministre de l’Agriculture Gabriel Mbaïrobé a mis en service une unité de production d’engrais à Bonaberi (Douala). Développée par Hydrochem Cameroun, filiale du groupe privé Noutchogouin Jean Samuel (NJS), cette usine affiche une capacité initiale de 120 000 tonnes, extensible à 150 000 tonnes par an. Elle importe la matière première et procède localement à la formulation des engrais selon les besoins du marché.

Le ministre s’est félicité de cette initiative privée, qui s’inscrit dans la nouvelle stratégie agricole du pays visant à adapter les intrants aux spécificités des sols. Surtout, elle devrait permettre de réduire de moitié les importations d’engrais, aujourd’hui estimées à 300 000 tonnes par an.

CONIA 2025 : le Cameroun veut porter à 1,2% la contribution de l’IA au PIB

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Au-delà d’une simple vitrine technologique, la seconde édition des CONIA 2025 s’est imposée comme un espace de co-construction de la stratégie nationale d’intelligence artificielle. Panels de débats, expositions, hackathons et démonstrations de jeunes développeurs ont rythmé les travaux, avec pour objectif de bâtir une IA éthique, souveraine, performante et adaptée aux réalités locales. Selon Minette Libom Li Likeng, ministre camerounaise des Postes et Télécommunications, le pays entend devenir le hub africain de référence en IA d’ici 2040. Pour y parvenir, un cadre légal structurant est en cours d’élaboration, adossé à une stratégie nationale qui mise autant sur la performance technologique que sur la souveraineté numérique.

 Les ambitions du gouvernement sont notamment de former 60 000 talents dans les métiers de l’intelligence artificielle, avec une cible inclusive de 40 % de femmes, et créer 12 000 emplois dans les secteurs liés à l’IA et à l’économie numérique. À terme, cette dynamique pourrait porter à 1,2 % du PIB national, selon les estimations du Minpostel. La stratégie nationale de l’IA présenté par le Minpostel, repose sur sept piliers majeurs. Il s’agit de la gouvernance éthique et souveraine de l’IA, la gestion des données et le développement des infrastructures, une IA multilingue et inclusive, une infrastructure technologique souveraine, la formation et la recherche, des cas d’usage innovants dans les secteurs prioritaires, ainsi que la coopération internationale pour un meilleur positionnement régional. « En 2025, les investissements mondiaux dans l’IA dépasseront les 250 milliards de dollars. Et d’ici 2032, ce marché pourrait franchir les 1700 milliards. Ce mouvement impose à chaque pays de se positionner stratégiquement, au risque de subir les choix technologiques venus d’ailleurs », a averti la ministre.

FORMER, ÉQUIPER ET RETENIR LES TALENTS CAMEROUNAIS

Les assises de la deuxième édition du CONIA ont débouché sur une série de recommandations structurantes qui balisent les priorités du Cameroun dans les domaines de l’infrastructure numérique, des talents, de la compétitivité, de l’éthique, du financement, de la gouvernance et de l’IA générative. Dans le domaine des talents et de la recherche, il est proposé la mise en place d’un Programme national IA pour former 60 000 jeunes à l’horizon 2040, de renforcer l’alphabétisation numérique en zone rurale, d’introduire l’IA dans les curricula de formation dès le secondaire et d’encourager les postes de gestionnaires de données dans les organisations. Le texte recommande également de soutenir l’entrepreneuriat local, d’encadrer l’usage éthique de l’IA, de promouvoir les métiers émergents du secteur (data scientist, ingénieur prompt, etc.), et de favoriser la création d’incubateurs universitaires pour rapprocher la recherche de l’innovation technologique.

Concernant la compétitivité à l’ère de l’IA, la coopération internationale est présentée comme un levier essentiel. Parmi les propositions : établir des partenariats gagnant-gagnant pour le développement des infrastructures, créer un fonds pour les jeux de données locaux, et favoriser la participation de la diaspora au développement de projets IA. Des recommandations appellent également à la mutualisation des formations, à l’accès partagé à des outils open source, à la mobilisation de fonds multilatéraux, et à la représentation active du Cameroun dans les enceintes internationales de régulation de l’IA.

Les travaux ont aussi insisté sur la nécessité d’intégrer l’IA générative dans la stratégie nationale, avec des formations dédiées pour enseignants, journalistes, traducteurs ou agronomes, la création de contenus en langues locales, et le soutien à des projets pilotes dans les secteurs clés comme la santé, l’éducation ou les transports. En matière de confiance, sécurité et régulation, il a été recommandé d’adopter un cadre législatif spécifique, de renforcer la protection des données locales, de créer un organe national dédié à l’IA, et d’intégrer des clauses de cybersécurité dans les projets numériques publics. L’élaboration de lignes directrices éthiques, notamment pour encadrer les dérives de l’IA générative (désinformation, plagiat, atteinte à la vie privée), a également été proposée.

UN ENJEU DE FINANCEMENT STRUCTURANT

 Le financement de la vision africaine de l’IA figure également au cœur des priorités. Il est suggéré de chiffrer précisément la stratégie nationale, de créer un fonds dédié à l’innovation en IA, de développer des mécanismes de financement mixtes (partenariat public-privé, crowdfunding, financements extérieurs), et d’allouer davantage de ressources aux administrations publiques concernées. Sans infrastructure robuste, pas d’intelligence artificielle. Les participants ont plaidé pour l’extension du haut débit sur tout le territoire, le déploiement de réseaux communautaires dans les zones rurales, la création d’un cloud souverain national, la généralisation des plateformes open data, et l’élaboration d’un intranet gouvernemental appuyé sur des datacenters nationaux. Un accent particulier a aussi été mis sur la diversification énergétique, avec un appel fort au développement des énergies renouvelables pour alimenter l’économie numérique.

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