L’Auditorium des Services du Premier Ministre à Yaoundé a servi de cadre, ce mardi, à un arbitrage crucial pour l’avenir du littoral camerounais. Sous la présidence de Joseph Dion Ngute, le Conseil National du Tourisme (CNT) s’est réuni en session extraordinaire avec un seul point à l’ordre du jour : donner le feu vert institutionnel au projet Mondolli-Limbe. Cette cité, présentée comme une ville intelligente et écotouristique, n’est pas seulement un projet immobilier de plus. Elle se veut le premier marqueur concret du « Septennat de la Grandeur et de l’Espérance » entamé par le Chef de l’État pour la période 2025-2032.
Le véritable tournant de ce dossier réside dans l’identité de son promoteur, la société Enrich Hotels & Resorts Mondolli Ltd. Issue de la diaspora camerounaise, cette structure répond directement à l’appel lancé par Paul Biya en février 2022, qui invitait les jeunes compatriotes de l’étranger à s’impliquer dans l’émergence du pays.
Pour le gouvernement, valider ce partenariat est un signal fort envoyé aux Camerounais de l’extérieur afin de transformer les transferts de fonds traditionnels en investissements structurants. Le Premier Ministre a d’ailleurs rappelé que cette session est spécifiquement « dédiée à la validation d’un projet d’envergure porté par la diaspora ».
L’enjeu est de taille car le Cameroun court toujours après l’objectif de la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30). Ce document de référence vise l’accueil de « 3 millions 500 mille touristes non-résidents ou externes ».
Avec Mondolli, les autorités espèrent créer un choc d’attractivité capable de transformer le secteur. Selon Joseph Dion Ngute, « ce type d’initiative contribue à positionner le Cameroun comme une destination touristique compétitive en Afrique Centrale et dans le Golfe de Guinée ». Le projet prévoit un écosystème complet incluant des infrastructures hôtelières, des espaces résidentiels, du tourisme maritime et des solutions numériques modernes.
Le choix de Mondolli, dans l’arrondissement de Limbe 3, souligne une volonté de revitaliser une zone au potentiel balnéaire immense mais sous-exploité. Cependant, l’État sait que la signature d’une convention ne suffit pas à faire sortir une ville de terre. Conscient des lenteurs administratives qui plombent souvent les grands chantiers, le Chef du Gouvernement a mis en place, par arrêté le 27 janvier 2026, un Comité de suivi dédié.
Il a fermement invité les ministres compétents à accorder une « attention particulière à ce projet », notamment sur les questions d’infrastructures routières, de conformité environnementale et de facilitation des investissements. L’un des risques majeurs de ce type de cité technologique est la création d’une enclave de luxe déconnectée de la réalité locale. Sur ce point, la primature s’est voulue rassurante en insistant sur la dimension inclusive de l’investissement.
Pour les populations du Fako, les retombées devront être palpables à travers « l’emploi décent pour les jeunes camerounais, la sous-traitance locale et la participation des petites et moyennes entreprises ». L’idée maîtresse est que Mondolli serve de moteur à « l’intégration dans les chaines de valeur locales » et à la formation aux métiers du tourisme. Si la session extraordinaire du 7 avril a acté l’offre de partenariat, le plus dur commence désormais avec la phase opérationnelle.
Le Conseil a donné mandat au Comité Stratégique Interministériel pour « assurer la réalisation intégrale dudit projet ». Parallèlement, le Secrétaire Permanent du CNT a été chargé d’un suivi régulier dont il devra rendre compte périodiquement aux membres du Conseil. Ce projet est un test de crédibilité pour l’État camerounais dans sa capacité à accompagner des initiatives qui « associent expertise internationale et participation locale ».
En validant la Smart City Mondolli, le gouvernement ne signe pas seulement un projet touristique mais valide un modèle de développement où la diaspora devient le bras armé de l’émergence.
Le Premier Ministre a conclu les travaux sur une « note d’espoir » en ouvrant officiellement la voie à ce chantier. Le succès se mesurera désormais au nombre de grues sur le terrain et à la capacité du gouvernement à « soutenir davantage l’initiative d’appel à projets lancée pour la participation des jeunes de la diaspora ».
C’est un ennemi qu’on ne voit pas et qui ne fait pas de bruit, mais il cause beaucoup de souffrance mentale. À Bertoua, dans le quartier ENIA, juste derrière l’Hôtel Teresa, le sommeil est devenu rare, presque un souvenir. Depuis un an, les habitants se battent sans succès contre les punaises de lit. Ici, on ne dort plus vraiment ; on reste éveillé, on subit, et l’infestation gagne du terrain, maison après maison, tandis que les autorités restent sans pouvoir.
« La nuit, dès qu’on éteint la lumière, elles sortent. Elles piquent, sucent le sang. On passe la nuit à se gratter, à pleurer. Je suis épuisée, mes enfants ont peur de leur propre lit. On est traumatisés. » C’est la même histoire dans les maisons d’ENIA dans la cité capitale de la région de l’Est Cameroun, Bertoua. Ces insectes vampires ne se contentent pas de piquer. Ils s’installent dans nos esprits. Le jour, les démangeaisons rappellent ce cauchemar de la nuit. Et le pire, c’est que ça se propage vite. Une chaise prêtée à un voisin, une visite chez un ami, et le parasite s’installe ailleurs.
Il faut indiquer que, le problème avait été signalé par l’intermédiaire du journaliste Joël Godje Mana, et la cellule de communication du Ministère de la Santé Publique avait réagi il y a environ un an. Une équipe de la délégation régionale de l’Est s’était ainsi rendue pour le traitement d’une maison. Le résultat ? Un échec malgré l’effort et la promptitude . Quelques jours après, les punaises sont revenues, encore plus fortes. « Ils sont venus, ils ont pulvérisé, ils ont répondu vite à notre signalement, mais ça n’a pas suffi ! Même ceux qui ont déménagé pour fuir les ont retrouvées dans leur nouvelle maison. C’est une malédiction. Ce n’est pas un petit problème, c’est une urgence de santé publique ! », raconte un locataire de la première maison traitée l’an dernier.
Le repas de cet insecte « vampire »
D’un point de vue scientifique, la punaise de lit se nourrit uniquement de sang humain. Elle peut survivre plusieurs mois sans se nourrir, en se cachant dans les plus petites fissures. Au-delà des marques sur la peau, les conséquences peuvent être graves. On constate de l’anémie chez les bébés, des insomnies continues, et des troubles psychologiques liés au stress post-traumatique.
Si rien n’est fait, toute la ville de Bertoua pourrait être envahie. Parce que la punaise ne fait pas de différence entre riches et pauvres. Rappelons nous du cas de Yaoundé il y a un an ou encore de la France.
Qui peut vraiment dormir quand son enfant crie de douleur ? Protéger nos habitants, surtout nos enfants, est-ce devenu une option ? Les habitants d’ENIA s’adressent directement au Ministre de la Santé.
« Ne laissez pas la situation dégénérer. Ce n’est plus question de désinfecter une chambre, mais d’arrêter une épidémie qui détruit la dignité des gens. »
À ENIA, Bertoua, le temps est compté. Chaque minute de silence des autorités est une minute où ces insectes continuent de faire du mal.
Les élèves du cycle secondaire ne reprendront pas le chemin de l’école le 20 avril comme initialement prévu. Dans un communiqué signé ce 9 avril 2026, Pauline Nalova Lyonga, ministre des Enseignements secondaires (Minesec), annonce le report de la rentrée scolaire du 3ème trimestre de l’année scolaire en cours, au 27 avril 2026, soit une semaine supplémentaire de congés pour les élèves. Le temps de la tenue des finales nationales des jeunes Fénassco, Ligue A (Fédération nationale du Sport scolaire). La 19ème édition des finales nationales de ces jeux scolaires se dérouleront du 19 au 26 avril 2026 à Bafoussam et Bangangte, dans la région de l’Ouest.
Mais les Jeux Fénassco n’étaient pas déjà programmés à cette période, mais du 15 au 18 avril 2026. Le communiqué du Minesec annonce préalablement le report desdites finales, en raison de la visite du pape Léon XIV, qui coïncide avec cette période. Yaoundé n’a pas voulu laisser coïncider la visite du pape avec les finales nationales des jeux Fénassco. Imposant ainsi un réajustement du calendrier de l’année scolaire.
Le chef du département ministériel déprogramme la reprise des classes, en vue d’assurer l’équité entre tous les élèves. Question de permettre aux sportifs engagés dans ces jeux, de les tenir sans perdre des cours. En revanche, le calendrier de l’année scolaire est perturbé et ce sont des retards qui seront enregistrés dans le déroulement des cursus. La Minesec instruit les délégués régionaux de son département ministériel de « prendre toutes les dispositions nécessaires en vue d’organiser des cours de rattrapage dans tous les établissements du secondaire et de garantir le respect du calendrier scolaire ».
Ainsi, les élèves du cycle primaire reprendront seuls le chemin des classes le 20 avril prochain. Ici, les finales nationales (Fénassco B) qui se tiennent généralement peu avant ceux de la Ligue A, à défaut de se tenir au même moment, ont été reportées au mois de juin, soit du 18 au 27 juin 2026, à Garoua. Après les examens de fin d’année dans ce cycle.
Annoncée dans la périphérie de Douala, cette unité devrait produire des boissons en canettes pour une capacité annuelle de 2 millions d’hectolitres.
Selon les informations communiquées par Investir au Cameroun,l’Union camerounaise de brasseries (UCB) du groupe Kadji s’apprête à lancer ce mois d’avril 2026 une nouvelle usine dans le pays. Sa construction a démarré en 2023 sur le site de la Kadji Sports Academy (KSA), apprend-on, dans la périphérie de Douala afin de mettre sur le marché local ses premières bières et boissons hygiéniques conditionnées en canettes. Un investissement estimé à près de 100 milliards de FCFA. « Les essais de l’usine sont en cours de finalisation. Les produits seront en principe disponibles sur le marché dans la seconde moitié du mois d’avril », confie une source au média camerounais.
Cette unité industrielle aura une capacité de production de 2 millions d’hectolitres par an, soit un volume aussi important que celui de l’actuelle usine de l’entreprise située dans la zone industrielle de Douala-Bassa. A travers cet investissement colossal pour l’unité baptisée « usine Moungo », le groupe fondé par le défunt milliardaire Joseph Kadji Defosso, entend ainsi s’imposer au-delà du marché camerounais.
Le 25 mars 2026, le groupe s’est officiellement lancé sur le marché nigérian, le plus important marché d’Afrique de l’Ouest avec une population de plus de 220 millions d’habitants. A travers sa filiale Ultimum Limited Aba, le fleuron industriel camerounais a en effet procédé dans l’État d’Abia au Nigeria, à l’inauguration de sa première unité brassicole hors du pays. Un investissement estimé à 20 milliards de FCFA. Selon Investir au Cameroun, « le brasseur camerounais prévoit l’ouverture d’un centre de distribution en Côte d’Ivoire, pays choisi pour servir de hub régional. Ce centre devrait être approvisionné à la fois depuis Aba, au Nigeria, et depuis Douala, au Cameroun, où la mise en service de « l’usine Moungo » va considérablement renforcer les capacités industrielles du groupe. Autrement dit, Kadji cherche à articuler base de production et plateforme de distribution pour structurer une présence plus offensive en Afrique de l’Ouest ».
Cette nouvelle orientation stratégique vers l’Afrique de l’Ouest s’inscrirait dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), un marché commun de plus de 1,3 milliard de consommateurs.
La statistique ne doit plus seulement être perçue comme une simple compilation de données. Mais comme une véritable boussole au service de la gouvernance », a déclaré Jean Tchoffo, Secrétaire général du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) lors de la première de la première session extraordinaire du Conseil national de l’information statistique, le mardi 7 avril à Yaoundé.
La rencontre qu’a présidé le secrétaire général du Minepat, s’inscrit dans un agenda de consolidation du Système national d’information statistique. L’objectif immédiat consiste à doter le dispositif d’outils opérationnels et d’un cadre de gouvernance plus cohérent.
Au centre des échanges ce mardi 7 avril à l’Hôtel Mont Fébé, le Plan de travail budgétaire annuel 2027. Ce document structure la production statistique nationale. Il hiérarchise les priorités, identifie les contraintes de financement observées en 2026 et répartit les ressources par domaine. Les volumes financiers donnent la mesure de l’effort.
Le programme 2026 mobilise 31,5 milliards de FCFA, contre 31 milliards projetés pour 2027. La participation institutionnelle reste partielle avec 64 % des administrations impliquées dans l’élaboration du plan. Dans le détail, les grandes opérations programmées traduisent l’ambition d’un système plus robuste. Le recensement général de la population et de l’habitat couplé à celui de l’agriculture et de l’élevage figure en première ligne, avec une phase de dénombrement prévue entre avril et mai 2026.
S’y ajoutent l’enquête auprès des ménages, les dispositifs sur l’emploi et le secteur informel, ainsi que la mise en place d’un système d’information éducatif. Le SNIS entre dans une phase d’industrialisation de la production statistique. La liste des opérations prévues en 2026 est longue et techniquement exigeante.
Il y a la sixième Enquête camerounaise auprès des ménages, la MICS 7, le quatrième recensement général de la population et de l’habitat, le recensement général de l’élevage et de l’agriculture, l’enquête sur l’emploi et le secteur informel, ainsi que la mise en place d’un système d’information pour la gestion de l’éducation.
À cela s’ajoute un chantier particulièrement lourd. Le dénombrement principal du quatrième RGPH, couplé au RGAE, est fixé du 24 avril au 29 mai 2026. Une opération de cette ampleur mobilise du personnel, de la logistique, des outils de collecte, du traitement, de la supervision et du contrôle qualité. Le coût n’est pas seulement financier. Il est aussi organisationnel et temporel.
DÉPENDANCE FINANCIÈRE ET ARBITRAGES
Le financement du système statistique reste largement tributaire de ressources extérieures. Sur 31,5 milliards de FCFA mobilisés en 2026, 18,28 milliards proviennent de partenaires techniques et financiers, contre 12,87 milliards issus du budget national.
Cette configuration impose des arbitrages permanents. « Il s’agit de doter les structures des ressources nécessaires pour anticiper les besoins statistiques des utilisateurs », insiste Jean Tchoffo. Derrière l’enjeu budgétaire, se joue la capacité de l’État à produire des données fiables dans des délais compatibles avec la décision publique.
VERS UNE NORMALISATION INTERNATIONALE
L’autre axe structurant concerne la migration vers la norme spéciale de diffusion des données. Le basculement depuis le système général amélioré constitue un saut qualitatif. Pour l’administration, l’enjeu dépasse la technique. Il s’agit d’un signal adressé aux investisseurs et aux partenaires.
La conformité à cette norme atteste de la fiabilité, de la régularité et de l’accessibilité des indicateurs macroéconomiques. L’intégration dans ce cercle restreint renforce la crédibilité du pays sur les marchés financiers et améliore la lisibilité de son environnement économique. La structuration du système passe aussi par des ajustements réglementaires.
Selon Vicky Laure Nana Nyassa, ingénieure statisticienne, deux textes sont en préparation. L’un porte sur l’attribution du visa statistique, l’autre sur l’organisation du secrétariat permanent du Conseil. La stratégie nationale de développement de la statistique constitue le socle programmatique. Elle encadre la production des données officielles et assure le suivi de la stratégie nationale de développement 2020-2030.
Sa mise à jour s’effectue par cycles triennaux glissants, adossés aux plans budgétaires annuels. La session se tient dans un contexte économique contraint, marqué par des chocs exogènes répétés. Pour les autorités, la montée en puissance du système statistique devient un impératif.
Les partenaires internationaux restent mobilisés. La Banque mondiale accompagne le processus à travers un programme régional d’harmonisation statistique. Ce dispositif soutient notamment la réalisation des grandes enquêtes structurantes.
Au-delà des instruments techniques, l’enjeu demeure politique. Il s’agit d’installer un système capable de soutenir le pilotage de la SND30, d’éclairer les politiques publiques et de renforcer la confiance dans les données officielles.
Dans cette séquence, le CNIS s’affirme comme l’organe de régulation et de coordination. La session extraordinaire marque ainsi l’ouverture d’un cycle de réforme où la statistique devient un levier central de gouvernance économique.
Sur les rivages de Limbe au sudouest du pays, les pirogues s’alignent à l’aube de ce mois de février 2026, prêtes à affronter une mer devenue de plus en plus incertaine, dangereuse et… chiche. Linos, pêcheur depuis trois décennies, décrit une situation alarmante : «Là où avant je remplissais ma pirogue avec un seul filet, aujourd’hui je dois en poser dix ou douze pour une petite quantité. La mer ne nourrit plus comme avant». Quelques jours auparavant, l’on entendait le même cri de détresse trois cents kilomètres plus loin, à Mbiako dans la Sanaga maritime, de la gorge serrée de Patrick Ngoyi, pêcheur artisanal : «J’ai subi en une année cinq destructions de filets par des bateaux industriels, essentiellement étrangers. Ils viennent jusque dans nos zones. Quand on porte plainte, on nous demande des preuves qu’on n’a pas les moyens d’obtenir».
À Kribi comme à Douala-Édéa, le constat est le même : la ressource halieutique s’amenuise, tandis que les tensions entre pêche artisanale et industrielle s’intensifient. En toile de fond, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) continue de fragiliser un secteur vital pour l’économie camerounaise. Peter, jeune pêcheur, envisage de changer d’activité et de quitter la cité balnéaire de Kribi dont les eaux sont pourtant très riches : « Les bateaux industriels ratissent tout, de jour comme de nuit. Même les petits poissons. À cause de ça, les poissons s’éloignent et deviennent rares. Et pour tout aggraver, ils viennent encore vers les côtes détruire nos filets ».
Les conséquences sont multiples : raréfaction des ressources, hausse des prix du poisson, appauvrissement des communautés côtières, chômage, pression accrue sur la sécurité alimentaire, pertes de ressources financières par l’État… Ces témoignages illustrent une réalité partagée : la pêche industrielle, souvent pratiquée par des navires étrangers ou sous pavillon camerounais, empiète sur les zones artisanales et utilise des techniques destructrices (notamment les produits chimiques, les chaluts, et surtout les filets à petites mailles qui ramassent tout, y compris les juvéniles qui doivent pourtant assurer la régénération des espèces).
En janvier 2026 l’Ong Global Fishing Watch (GFW) a clairement identifié, photos satellite à l’appui, des bateaux chinois opérant dans des aires marines protégées (zones interdites de pêche) à Edéa et Douala.
« CARTON ROUGE »
Depuis 2021, le Cameroun est dans le viseur de l’Union européenne, son principal marché d’exportation de produits halieutiques. Le « carton jaune » adressé cette année-là (premières mesures restrictives), n’a pas suscité les réformes escomptées. Alors, la sanction extrême, le « carton rouge » a été brandi au pays en janvier 2023 : interdiction totale d’exporter les produits de pêche du Cameroun vers l’UE. « Ce fut certes un électrochoc, mais aussi un catalyseur qui a réveillé les autorités et mobilisé les partenaires du pays », reconnait une source autorisée au ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia).
Ces sanctions ont en effet mis en lumière les insuffisances du pays en matière de contrôle des navires, de traçabilité des captures, de mesures d’hygiène et de conservation, et d’application des normes internationales. Les réformes structurelles ont connu une accélération vertigineuse. Ainsi en est-il de la loi obsolète de 1994 qui embrassait plusieurs secteurs (forêts, pêches, faune), remplacée par la loi du 23 décembre 2023 sur la pêche et l’aquaculture. Ce texte de 105 articles modernise le cadre juridique et renforce les sanctions (judiciaires et pécuniaires) contre les pratiques illégales.
Célérité peu commune au pays, les trois décrets d’application relevant du Premier ministre ont été signés le 18 mars 2026. La batterie d’arrêtés ministériels et interministériels est déjà élaborée, assure-t-on au Minepia. Une avancée encourageante dont se félicite l’Ong AMCO (African Marine Conservation Organization), qui accompagne les pouvoirs publics dans ce processus : «AMCO réaffirme son engagement à poursuivre ses efforts, en collaboration avec les partenaires, pour promouvoir une pêche durable, transparente et responsable au Cameroun», assure son président, Aristide Takoukam Kamla.
NAVIRES « FANTÔMES » CAMEROUNAIS
Dans la foulée des réformes, le Cameroun a adhéré en avril 2025 à la Charte mondiale pour la transparence dans la pêche. Il est en cours d’internalisation d’autres instruments internationaux (tels les accords de l’OMC sur les subventions à la pêche, l’accord sur la pêche en haute mer, ou celui de la FAO sur la responsabilité des pays des ports d’accès des bateaux).
Pour l’instant, l’image du pays demeure écornée par l’importance de ses embarcations impliquées à travers le monde dans des activités illicites de pêche et autres trafics dangereux (notamment des navires russes qui contournent les sanctions internationales). Des cas récents ont défrayé la chronique en 2025. L’ensemble du Pavillon Cameroun, y compris les flottes de pêche, est géré par le ministère des Transports, dont un haut responsable explique l’ampleur du phénomène des bateaux fantômes par «la faiblesse du contrôle, la falsification des signatures des quatre Circonscriptions Maritimes (Douala, Kribi, Limbe-Tiko, Garoua) qui ne sont pas encore interconnectées ».
Le 06 février 2026, le Premier ministre a ordonné la suspension de l’immatriculation des navires sous pavillon Cameroun autorisés à naviguer hors des eaux camerounaises. Depuis 2024, le Minepia publie la liste des licences de pêche octroyées au Cameroun, avec les noms des navires et de leurs armateurs (il y en avait 33 en 2025).
Pêche illégale au Cameroun : détresse persistant
Les parties prenantes multiplient les efforts pour juguler le fléau de la pêche INN au Cameroun. La plateforme de trois ministères (pêches, transports, défense) a été transformée en un Comité Interministériel, logé à la Primature, avec des compétences étendues (immatriculations, lutte contre la pêche INN, sécurité maritime, fiscalité, santé et sécurité sociale des gens de mer, etc.). Pourtant, cela ne semble pas suffire…
Au ministère de la Défense, l’on souligne que depuis une décennie, la Marine a multiplié ses patrouilles par dix, avec «une surveillance accrue des zones interdites et un arraisonnement régulier de navires illégaux ». Au Minepia, l’on souhaite un renforcement du dispositif de contrôle, notamment le suivi par les satellites – d’autant plus que les pirates améliorent sans cesse les leurs, y compris les systèmes de brouillage.
Au port de Douala-Bonaberi, la surveillance est boostée avec plus de 700 caméras et des patrouilles mixtes. Mais les activités INN échappent souvent à ce dispositif. Abdoul Akim, le commandant du port, explique : «Les bateaux impliqués dans la pêche illégale opèrent loin des ports officiels. Ils ne passent pas par nos circuits».
Un responsable des Douanes confie sous anonymat : «Nous n’avons ni patrouilleurs dernier cri ni équipements adaptés. Les navires utilisent des systèmes de brouillage et font des transbordements en mer sans contrôle». Pêcheurs à la peine Sur le terrain, les acteurs continuent d’exprimer leur détresse, avec l’impression que les opérateurs illégaux ont le bras plus que long. « On nous dit que les textes sont là ; mais nous voyons tous les jours les bateaux chinois ou nigérians qui viennent pêcher devant nous avec des engins puissants. Et les autorités voient aussi », résume avec dépit Peter de Kribi.
Linos de Limbe exprime un désastre poignant et chiffré : « Ces bateaux viennent aussi couper nos filets en mer. Quand ils passent, ils détruisent notre matériel, qui coûte cher. Un moteur de 15 chevaux coûte près de 2 800 000 FCFA, sans compter le carburant, la glace et les appâts. Quand mon filet est coupé, je perds tout. Nous, petits pêcheurs, restons près de la côte avec des pirogues limitées, pendant qu’eux exploitent sans limite. Nous demandons un contrôle plus strict en mer, car cette pêche illégale nous étouffe et détruit notre avenir ».
Les armateurs nationaux ne semblent pas mieux lotis. Louis-Martin Imoulanok, président de la Plateforme Crevettes du Cameroun (Placrecam), révèle que dans les faits, la majorité des licences de pêche « appartiennent à des Camerounais qui, faute de moyens et de capacités techniques, les louent à des étrangers ».
Résultat amer : la gestion du bateau échappe au propriétaire ; les prises et les prix sont gérés par des étrangers « sans souci de patriotisme », qui maitrisent tout en mer et sur le marché.
Il propose carrément que l’État se porte garant et caution bancaire pour l’achat des bateaux par les armateurs nationaux, et qu’il réserve aux Camerounais « l’exclusivité de l’importation et de la vente des matériels de pêche, pour en faciliter les contrôles de conformité et de coûts ».
Opérateur du secteur de la crevette (premier produit de mer d’exportation du Cameroun), M. Imoulanok est une victime directe du fameux « carton rouge ». Lui aussi espère que l’arbitre UE le remettra en poche, au regard des efforts conjugués pour éradiquer la pêche INN au Cameroun.
Chiffres clés du secteur halieutique au Cameroun
• Longueur du littoral : environ 400 km
• Nombre de pêcheurs : plus de 212 000 personnes
• Production annuelle : environ 300 000 tonnes (FAO)
• Pertes liées à la pêche INN : plus de 100 milliards FCFA par an
• Part de la pêche artisanale : majoritaire dans l’emploi et la production
• Nombre d’engins sous pavillon camerounais : environ 300
Les acteurs du secteur et leurs rôles
MINEPIA : élaboration des politiques, régulation, contrôle des activités de pêche.
MINDEF (Marine nationale) : surveillance maritime et sécurité en mer.
Ministère des Transports : immatriculation des navires et gestion du pavillon.
Douanes : contrôle des flux commerciaux et lutte contre la fraude.
Ports autonomes (Douala et Kribi) : gestion des infrastructures portuaires.
FAO et partenaires internationaux : appui technique et normatif.
AMCO et ONG : plaidoyer, sensibilisation, appui à la gouvernance.
Armateurs : exploitation industrielle des ressources. Pêcheurs artisanaux : production locale et sécurité alimentaire.
Dossier réalisé par André NAOUSSI, Leocadia BONGBEN, Boris NGOUNOU, du réseau MEFAR (Media for Fish and Animal Resources). Avec le soutien de l’Ong AMCO (African marine Conservation Organization)
Cette filiale locale du groupe Castel, première entreprise cotée à bourse sous régionale, sera en vitrine lors de laquatrième édition des Cemac’s Capital Markets Awards.
L’un des temps forts de la quatrième édition des Cemac’s Capital Markets Awardss era la commémoration du vingtième anniversaire de l’introduction en bourse de la Société des Eaux Minérales du Cameroun (SEMC). Il sera question de célébrer son titre de pionnier sur le marché financier sous régional. Cette entreprise qui commercialise les marques d’eau minérale Tangui et Vitale est en effet la première à avoir fait le pas à la bourse en 2006.
A l’époque, il s’agissait encore de la Douala Stock Exchange (Dsx). L’entrée de la SEMC était historique pour l’animation de cette place boursière depuis sa création en 2001 et son inauguration en 2003. Car, ce marché faisait encore face à la réticence des opérateurs économiques camerounais. La SEMC cédait ainsi près de 20% de son capital, soit près de 500 millions de Fcfa sur le marché financier à l’occasion de cette première cotation dont la cérémonie était présidée par le ministre de l’Economie et des Finances d’alors, Polycarpe Abah Abah. 9200 actions ont ainsi été mises en vente sur la place publique pour environ 16 000 demandes de titres.
Les Cemac’s Capital Markets Awards veulent revenir sur ce moment historique pour rappeler la genèse de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (Bvmac) et analyser la profondeur du marché secondaire actuel. C’est ainsi que les responsables de la Bvmac et du journal spécialisé‘’La Lettre de la Bourse’’, organisateurs de l’évènement ont justifié ce choix face à la presse ce 6 avril à Douala.
Dans son parcours sur le marché financier, la SEMC a passé huit années sans distribution de dividendes mais reste l’une des entreprises qui animent la côte. En 2023, cette structure a réalisé sa plus belle performance en huit ans avec un bénéfice record. La SEMC a en effet annoncé avoir terminé 2023 avec un bénéfice d’un milliard de francs CFA, une croissance de près de 100 % par rapport à 2022.
La stratégie du gouvernement pour redresser la filière coton
À Garoua, le diagnostic posé par la Sodecoton met en évidence une rupture progressive des équilibres agricoles. Depuis 2023, la production cotonnière s’inscrit dans une dynamique de recul, sous l’effet de contraintes qui s’accumulent sur les exploitations. Le directeur de la production agricole, Nadama, identifie deux facteurs déterminants. « Le dérèglement climatique entraîne des inondations dans les bassins de production, notamment entre août et septembre, avec des pluies de plus en plus fortes », explique-t-il.
À cette contrainte s’ajoute une pression parasitaire persistante. « Les jassides du coton s’attaquent directement aux plants et compromettent les rendements ». Les effets sont visibles dans les données de production.
En deux campagnes, les superficies reculent de 234 000 hectares à 197 000 hectares. Une partie de ces pertes est définitive. En 2024, 11 000 hectares disparaissent entièrement tandis que 17 000 hectares restent partiellement dégradés par les attaques de ravageurs. La dégradation ne se limite pas à l’espace cultivé. Elle affecte également l’intensité productive. Le rendement moyen chute de 1 600 kilogrammes par hectare à 1 300 kg. Même les parcelles maintenues en activité produisent moins, ce qui réduit la capacité globale de la filière à générer du volume.
Pour la Sodecoton, le risque lié aux jassides reste central. « Ce ravageur avait déjà presque anéanti la filière coton en Afrique de l’Ouest », rappelle Nadama. Le coût des traitements constitue une contrainte supplémentaire, en particulier pour les producteurs les plus exposés financièrement. La combinaison de ces facteurs produit un effet direct sur la valeur créée. La baisse des superficies et des rendements entraîne une contraction du volume de production.
La perte est estimée à plus de 10 milliards de FCFA par an. La destruction de valeur intervient dès l’amont, au niveau des exploitations. Ce choc productif se diffuse ensuite dans le système de financement agricole. Les producteurs, confrontés à des récoltes insuffisantes, peinent à honorer leurs engagements. Les arriérés de remboursement atteignent 2 milliards de FCFA. « De nombreux producteurs n’arrivent plus à honorer leurs engagements », indique la société cotonnière. Certains abandonnent la culture.
À cette fragilité interne s’ajoute une pression externe. La baisse prolongée des cours de la fibre sur le marché international accentue les déséquilibres. Dans le nord du pays, l’équation économique devient plus contraignante pour l’ensemble des acteurs de la chaîne. Le directeur général de la Sodecoton, Mohamadou Bayero Bounou, en précise les implications. « Depuis quinze mois, le prix de vente de la fibre est trop faible, autour de 890 F CFA le kilo, inférieur à notre prix de revient ». La conséquence est immédiate pour les industriels. « Tous les égreneurs africains travaillent à perte ».
Dans ce contexte, le coton se distingue des autres matières premières agricoles. Les spécialistes relèvent que son cours reste inférieur à son niveau d’avant la pandémie de Covid-19, malgré la reprise globale observée sur d’autres marchés. L’ensemble de ces facteurs pèse sur les perspectives de la filière.
L’objectif de 440 000 tonnes dès 2026, puis 600 000 tonnes à l’horizon 2029-2030, suppose une stabilisation rapide des conditions de production. Or, les données actuelles traduisent un affaiblissement du capital productif. La trajectoire devient conditionnelle. Sans sécurisation des surfaces cultivées et sans redressement des rendements, la fonction de production reste dégradée. Dans le septentrion, où le coton structure l’économie rurale, la capacité à produire et à créer de la valeur se trouve directement mise sous tension.
Depuis que le Parlement réuni en Congrès a voté la révision constitutionnelle le 4 avril 2026, il est la figure la plus attendue et la plus convoitée du pays. Ce futur Vice-Président de la République du Cameroun sera, selon toute probabilité, le prochain chef de l’État. Pour comprendre qui sera cet homme, il faut d’abord comprendre ce que veut Paul Biya. Le Sphinx d’Étoudi, 93 ans, au pouvoir depuis le 6 novembre 1982, a deux problèmes à résoudre simultanément : trouver une doublure capable de le suppléer dans l’exercice quotidien du pouvoir — son grand âge qui freine désormais sa disponibilité —, et s’assurer que la succession, quand elle interviendra, aille dans le bon sens. C’est-à-dire vers un proche. Un homme de confiance. Quelqu’un qui protège son héritage, et son camp politique.
ENTRE ÉQUILIBRES ET FIDÉLITÉS
Le premier critère qui s’impose est celui de la loyauté absolue. Paul Biya ne nommera pas quelqu’un qui pourrait lui faire de l’ombre, ni quelqu’un dont il ne contrôle pas entièrement les ressorts. Quatre décennies de règne nous ont enseigné de lui une vérité cardinale : les ambitieux qui se montrent trop tôt sont les premiers à être neutralisés, et souvent avec une dure sévérité. Le texte soumis au Congrès contient d’ailleurs des formulations décisives : le président « peut » nommer un vice-président. Aucune obligation, aucun calendrier. L’option de ne nommer personne dans l’immédiat reste entièrement ouverte. C’est une manœuvre classique de l’homme Lion d’Étoudi : créer le mécanisme sans l’activer, pour voir qui se révèle et qui trahit. Paul Biya qui ne tolère aucune pression, se donne toute l’attitude pour désigner qui il veut, quand il voudra. Ensuite, le président de la République a le pouvoir de mettre fin aux fonctions du Vice-Président.
Le deuxième critère est celui de l’expérience. Le Vice-Président devra avoir une longue pratique des affaires de l’État, une connaissance intime des mécanismes du pouvoir, des réseaux solides dans l’administration et au sein du RDPC, le parti présidentiel. Il ne saurait être un novice. On cherchera donc cet homme parmi les grands commis de l’État ayant exercé à très haut niveau — au sein de la haute administration, à la tête d’un grand ministère régalien. Des états de service reconnus, une discrétion éprouvée, une efficacité démontrée dans ses fonctions précédentes.
Le troisième critère, plus délicat, est celui de l’équilibre régional. Depuis les années 1980, Paul Biya applique une doctrine d’équilibre régional dans les nominations stratégiques. Une tradition soigneusement entretenue, avec ses règles non écrites, qui se sont encore appliquées récemment lors de la désignation des présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat. Mais tout porte à croire que cette fois, le président est prêt à rompre cette tradition en cherchant son dauphin dans sa propre région d’origine.
Analyste avisé de la scène politique Camerounaise, le journaliste Guibaï Gatama a livré sa lecture de cette séquence. Selon lui, la révision constitutionnelle créant un poste de vice-président, permet à Paul Biya de neutraliser simultanément plusieurs rivaux potentiels dans la course à sa succession. Il court-circuite son propre parti, le RDPC, qui perdait son rôle traditionnel de faiseur de roi. Il met hors-jeu le Grand-Nord, dont il avait pourtant flatté les ambitions en plaçant l’un de ses représentants à la tête du Sénat. Et pour Guibaï Gatama, il est peu probable qu’il se tourne vers les régions anglophones qui détiennent la Primature depuis plusieurs décennies ou vers l’Ouest, dont un des fils vient d’être promu au perchoir de l’assemblée nationale.
En clair, la manœuvre dessine par élimination la géographie du successeur : ce ne sera ni un nordiste, ni un anglophone, ni un ressortissant de l’Ouest. Ce qui, dans la logique des équilibres régionaux camerounais, rétrécit considérablement le champ — et pointe, en filigrane, vers le grand Sud, fief originel du président ou vers le littoral.
LA GUERRE DES CLANS : DES CAMPS SANS VISAGES
Dans les couloirs d’Étoudi, la bataille pour ce poste est déjà féroce, même si elle se joue dans les murmures. Plusieurs camps s’affrontent avec une intensité croissante dans les antichambres du palais présidentiel. Chacun pousse son pion, noue ses alliances, courtise ses soutiens. On y trouve le clan des grands serviteurs de l’État, ces hauts fonctionnaires qui ont passé leur carrière dans l’ombre du président et qui revendiquent, par leur proximité et leur connaissance des dossiers, une légitimité naturelle à la succession.
On y trouve aussi le clan des barons du parti, ces figures politiques qui ont fait la campagne de Paul Biya, organisé ses victoires électorales, et qui estiment que le pouvoir doit récompenser la fidélité militante. Et dans les marges, discret mais jamais absent, le clan familial — ceux qui gravitent autour du cercle le plus intime du président, et dont l’influence, et L’appétence pour le pouvoir quoique non avoués, sont réelle. La réforme intervient dans un contexte de fin de règne où chaque ajustement de la Constitution est scruté comme l’ultime étape du plan de succession du président. Les uns misent sur un profil de technocrate discret, bâtisseur dans l’ombre du président Paul Biya. Les autres plaident pour une figure plus politique, capable de tenir le RDPC dans le rang et de mobiliser les sections du parti. D’autres encore n’excluent pas une surprise — un profil inattendu, venu de nulle part, que seul le Sphinx connaît.
PORTRAIT ROBOT
Le futur Vice-Président se dessine donc, à la lumière de cette logique biyaïste. Ce sera très probablement un homme. D’âge mûr — entre 55 et 70 ans —, assez jeune pour insuffler et incarner un certain dynamisme, assez âgé pour ne pas donner le sentiment d’une rupture générationnelle brutale.
Issu du sérail présidentiel, ayant occupé des fonctions de première importance, il connaît les rouages de l’État de l’intérieur. Il a côtoyé Paul Biya de près, longtemps. Il sait se taire. Il sait attendre. Ce choix, le Sphinx d’Étoudi le gardera encore dans le secret de son palais. Histoire de voir, et une dernière fois de peser et soupeser son choix, qu’il connaît certainement déjà.
Cavaye Yeguié Djibril retourne à Mada, son village natal, ce 9 avril 2026. Un retour que ses partisans veulent particulier. Les soutiens et admirateurs de l’ancien président de l’Assemblée nationale (PAN) entendent donner à ce événement une dimension grandiose, du moins à la taille de l’homme. De l’aéroport international de Maroua-Salak jusqu’au village Mada, il est prévu une caravane motorisée. Des affiches à son effigie sont déjà apposées par endroits, des réunions de mobilisation s’enchaînent, des relais communautaires activés pour transmettre le message. En réaction ou en rectification de l’humiliation subie par le lamido de Mada à Yaoundé, à travers cette déchéance inattendue.
En effet, après la perte du poste de PAN en début de session parlementaire, Cavaye Yeguie Djibril semblait avoir perdu de la côte. Celui qui était jusqu’à début mars dernier la 3ème personnalité du pays, est désormais un simple député parmi les 179 autres. Une perte survenue dans un contexte inattendu. Des sources dignes de foi disent que Cavaye n’a su qu’au matin de l’élection du bureau de l’Assemblée nationale, que le sommet du parti, n’allait pas le reconduire à la tête de l’institution. Trente-quatre années durant, l’homme a trôné à la tête de cette institution, jadis 2ème du pays, avant d’être rétrogradée en 3ème position depuis 2013. Et, de la même manière qu’il est arrivé, par le canal d’un « pli fermé » venant du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), évinçant Fonka Chan Lawrence, de la même manière, un pli fermé servi aux députés par le sommet du parti, a remplacé son nom par celui de Théodore Datouo, ancien 5ème vice-président du bureau de l’institution.
Hibernation
Depuis près de trois semaines, le tout puissant Cavaye Yeguie Djibril a disparu de la scène publique. Entre temps, l’homme se battait pour sauvegarder ce qu’il peut lui rester comme avantages après la chute. Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux a laissé voir un homme s’agrippant sur les véhicules de son parking en tant que PAN. Puis l’on apprendra que l’homme n’entend pas libérer la maison de fonction à son remplaçant. Lequel a déjà engagé le nettoyage de l’entourage, se défaisant de la cour de son prédécesseur qui avait fait de l’assemblée nationale, et particulièrement de son cabinet, une affaire familiale.
C’est dans ce contexte que l’homme retourne dans son village. Pour s’occuper de son lamidat qu’il dirige à distance depuis de longues années ( ?). Les partisans de celui qui demeure le patron du Rdpc dans l’Extrême-Nord, veulent ainsi ressusciter celui dont le dernier fait politique majeur est d’avoir fait prêter serment au président Paul Biya réélu, le 6 novembre 2025. Moment phare de la vie de la nation, qui a vu le président de la République entrer pour la première fois dans le nouveau siège de l’Assemblée nationale baptisé en son nom par celui qu’il vient de faire évincer du perchoir de cette institution.
Toute la région mobilisée
Cela survient au moment où le parlement réuni en congrès vient de modifier la constitution pour réintroduire le poste de vice-président. Une nouvelle seconde personnalité de la République qui sera nommée par le président de la République. Et même si le locataire du palais d’Etoudi n’a pas encore promulgué cette loi, rien n’indique que Cavaye Yeguie Djibril ne puisse pas toujours rebondir. Il est certes prévu que cette nouvelle 2ème personnalité de la République soit anglophone, au cas où le président est francophone (et vice-versa), mais le gouvernement a introduit des subtilités, qui peuvent justifier un choix ou un autre. Déjà, le texte prévoit que le président de la République « peut » nommer un vice-président. En clair, il peut ou peut ne pas. Toujours est-il que Paul Biya oublie rarement ses amis et accompagnateurs. L’homme a déjà engagé la réorganisation des occupants des postes institutionnels. Cavaye Yeguie Djibril sait que tout n’est pas encore totalement perdu pour lui. Et c’est peut-être le sens que ses partisans veulent donner à l’accueil triomphal qui se prépare pour lui demain. Les organisateurs de l’événement veulent aller au-delà du village Mada et de l’arrondissement de Tokombéré, pour toucher l’ensemble de la région de de l’Extrême-Nord.