dimanche, mai 17, 2026
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Mouvement: Martial Bissog rejoint Bapooh Lipot

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Martial Bissog est désormais militant de l’Union des populations du Cameroun (UPC). L’ancien journaliste n’est même pas un simple militant ordinaire. Par une décision de Robert Bapooh Lipot signée ce 12 mai 2026, l’homme est nommé « conseiller spécial du secrétaire général, chargé des Relations internationales et de la formation».

Le nouvel élu aura dans son cahier de charge la mission d’élaborer des stratégies en vue de façonner des offres de formation politique et de conquérir de nouveaux électeurs tant sur la scène nationale qu’internationale.

Initialement connu comme journaliste, Martial Louis Bissog a depuis quelques années emprunté le chemin politique. Après avoir annoncé son intention de briguer la magistrature suprême, on l’avait vu lancer en 2017 aux côtés de Jean Daniel Ngos, le G18, une coalition de partis politiques dits de l’opposition, en vue de  »mutualiser » les forces pour prendre le pouvoir en 2018. « Les partis de l’opposition pour renverser le système actuel, doivent ensemble regarder dans la même direction et faire confiance à un leader plus fort, capable conduire le G-18 à Etoudi. C’est possible », soutenait-il. Convaincu qu’il était que, « avec l’esprit et les idées, on peut déplacer les montagnes, l’histoire du Cameroun doit être réécrite par ses dignes fils ».

L’ épreuve était passée, sans une coalition de l’opposition. Paul Biya a encore gagné, avec le concours non pas du G18, mais du G20 dont Bapooh Lipot et Jean de Dieu Momo étaient membres. Avec en face comme candidat le plus coriace Maurice Kamto. Sept ans après, Paul Biya a encore gagné, avec en face cette fois-ci Issa Tchiroma, un candidat porté par une coalition difficilement identifiable, mais davantage soutenu par un conglomérat de leaders politiques et d’opinion. Bapooh Lipot et un certain nombre de leaders politiques se revendiquant autrefois du G20 faisaient partie des soutiens de Paul Biya.

Désormais, c’est dans les rangs de l’UPC reconnue par l’administration territoriale que Martial Bissog fera ses classes. L’après Biya se prépare plus que jamais. Mais en attendant, ce sont les législatives et les municipales qui s’annoncent. Bapooh Lipot compte sur ce nouvel allié pour préparer ces futures échéances.

Le temps ne joue certainement pas en faveur de l’homme sur qui Bapooh Lipot compte pour former ses militants et élaborer des stratégies innovantes pour mieux façonner ses réseaux d’influence à l’international et conquérir de nouveaux militants et sympathisants hors des frontières nationales. Mais le maçon sera jugé au pied sur mur.

Pouma: sacrifié par grand-mère pour 500 fcfa

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Un enfant de 10 ans, scolarisé au Groupe Scolaire Bilingue (GSD) de Pouma, dans la region du littoral Cameroun,a succombé à ses blessures après avoir été torturé par sa grand-mère et son oncle. Le mobile de ce crime, commis au cœur d’une cellule familiale censée être protectrice, est une somme dérisoire de 500 francs CFA. Ce drame, qui n’est pas un fait isolé, met en lumière des largesses des mécanismes de protection de l’enfance au Cameroun.

Le calvaire du jeune garçon n’a pas été soudain. Selon des témoignages concordants, l’enfant subissait des sévices réguliers. Des sources internes à l’établissement catholique GSD rapportent que le psychologue de l’école avait formellement alerté la mère, installée à Douala, sur l’extrême danger que courait son fils.

Le jour du drame, le seuil de l’horreur a été franchi. Dos lacéré, plaies béantes, cris étouffés sous les coups . Le voisinage décrit une scène de torture qui a duré plusieurs heures. Malgré les signaux d’alerte envoyés par ses camarades et le corps enseignant, l’intervention nécessaire n’est jamais venue.

L’inertie coupable

Ce drame pose une question brutale : où était les autorités de la localité après un signalement et des alertes? Le Ministère des Affaires Sociales (MINAS) et le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) disposent pourtant de délégations d’arrondissement dont la mission est la veille et l’assistance aux personnes vulnérables.

Sur le terrain, le constat est celui d’une vacuité opérationnelle. Entre le manque de travailleurs sociaux de proximité et l’absence de structures d’accueil d’urgence, les alertes de maltraitance s’échouent souvent sur le mur de l’indifférence bureaucratique. Les projets dits « de protection » se multiplient au sommet, mais leurs effets ne descendent que rarement jusqu’aux enfants dans les metropoles, au pire dans des zones rurales comme Pouma.

Un arsenal juridique sans bras armé

Le Cameroun n’est pourtant pas dépourvu de lois. Signataire de la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE) et de la Charte Africaine des Droits et du Bien-être de l’Enfant, le pays dispose également d’un Code Pénal révisé durcissant les peines contre les violences faites aux mineurs.

Cependant, dans la pratique, la culture de l’omerta familiale et la lenteur des procédures judiciaires garantissent une impunité quasi totale aux bourreaux domestiques. Tant que les « Affaires Sociales » resteront une administration perçue comme « décorative » par les populations, la loi ne sera qu’une coquille vide. Bienqu’on a vu le cas « petit Matice » corrigé.

Un futur assassiné

Le cas de Pouma est le symptôme d’une société en décomposition où la vie humaine semble avoir perdu sa valeur marchande la plus basique. Plus qu’un simple fait divers, c’est un cri d’alarme . Le peuple camerounais ne peut plus se contenter d’une indignation numérique.

L’urgence est aujourd’hui à la reddition de comptes. Les autorités doivent clarifier l’utilisation des fonds alloués à la protection de l’enfance et garantir que justice soit faite de manière exemplaire.

 Le Minpostel et One Nation unissent leurs forces contre les discours tribalistes

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« Nous prenons un train en marche qui a été lancé depuis plusieurs années par le ministère des Postes et Télécommunications pour promouvoir un usage responsable des réseaux sociaux », a déclaré François Bambou, président de One Nation, lors de la signature de la convention de partenariat avec le Ministère des Postes et Télécommunications du Cameroun. À travers cet accord conclu à la veille de la 54e édition de la Fête nationale du 20 mai 2026, célébrée sous le thème « L’unité nationale, pilier de notre défense et socle du développement du Cameroun », l’association spécialisée dans la lutte contre le tribalisme et les discours haineux rejoint officiellement la coalition nationale pilotée par le Minpostel pour promouvoir un usage citoyen et responsable des plateformes numériques.

Mais One Nation ne vient pas seulement appuyer une campagne institutionnelle. L’organisation apporte un dispositif déjà structuré, pensé pour intervenir directement dans l’écosystème numérique où prospèrent les contenus stigmatisants et les tensions communautaires. « Nous avons des formations, nous avons des campagnes en ligne également. Nous préparons des capsules digitales qui sont faciles à distribuer sur Internet », a précisé François Bambou. Capsules vidéo courtes, contenus viraux, sensibilisation numérique, ateliers de formation et campagnes ciblées sur Facebook, TikTok, WhatsApp ou encore les plateformes communautaires constituent désormais l’ossature opérationnelle de cette stratégie.

L’enjeu est de combattre les discours haineux sur leur principal terrain de diffusion : les réseaux sociaux eux-mêmes. « Notre principal canal d’expression, c’est effectivement les réseaux sociaux également », a insisté le président de One Nation. Dans un contexte marqué par la montée des contenus tribalistes, des campagnes de stigmatisation et des affrontements verbaux en ligne, notamment sur Facebook qui revendique plusieurs millions d’utilisateurs au Cameroun, les autorités publiques et les acteurs associatifs cherchent désormais à déplacer la bataille de la cohésion nationale vers le cyberespace.

Une mission précise dans la coalition

Au sein de la coalition nationale, One Nation occupe un créneau bien défini. L’association ne couvre pas l’ensemble du champ de la cybersécurité. Elle concentre son action sur un segment précis, celui des discours de division. « Notre particularité, c’est que nous luttons contre le tribalisme, les discours stigmatisants, les discours discriminants. C’est essentiellement cela qui est notre apport dans cette lutte du Minpostel en faveur de l’usage responsable des réseaux sociaux », a souligné François Bambou.

Cette spécialisation répond à un constat que le ministre des Postes et Télécommunications a lui-même posé avec gravité lors de la cérémonie. Sans citer nommément le membre du gouvernement, son discours a dressé un tableau préoccupant de la situation dans l’espace numérique camerounais. Selon lui, certains messages, vidéos et commentaires ne visent plus simplement à exprimer une opinion. Ils cherchent à humilier, à exclure, à opposer ou à dresser les citoyens les uns contre les autres. Et lorsque ces discours prennent une coloration communautaire, ethnique, linguistique ou régionale, le danger change de nature. Le tribalisme en ligne devient alors, selon ses termes, « un facteur de fragmentation sociale » qui transforme les appartenances identitaires en instrument de confrontation et de division.

Former, prévenir, mobiliser

Au-delà des capsules digitales, One Nation déploie un programme de formation qui cible plusieurs publics en même temps. Jeunes, élèves, étudiants, professionnels des médias, leaders communautaires et organisations de la société civile font tous partie des cibles identifiées dans la convention signée avec le Minpostel. Les actions comprennent des séminaires, des ateliers, des campagnes de plaidoyer auprès des pouvoirs publics, des leaders religieux et des activités éducatives en milieu scolaire et universitaire. L’association conduit ces initiatives depuis plusieurs années, bien avant la formalisation de ce partenariat institutionnel.

La convention signée le 12 mai 2026 donne à ces actions un cadre officiel et un appui de l’État. Le Minpostel s’engage à intégrer One Nation dans la coalition nationale, à lui apporter un soutien institutionnel dans ses opérations de sensibilisation et à l’accompagner dans ses actions de plaidoyer contre les discours haineux. En contrepartie, One Nation met à la disposition du ministère son chronogramme annuel d’activités pour assurer la coordination de l’ensemble du dispositif.

Une conviction partagée au sommet

Pour justifier l’urgence de cette mobilisation, le ministre des Postes et Télécommunications a convoqué une parole ancienne mais toujours d’actualité. Celle du président de la République Paul Biya, prononcée à Douala le 24 février 1983. « L’unité nationale, notre unité nationale, si chèrement acquise, si jalousement préservée, doit rester la première de nos préoccupations. Car cette unité est le préalable constant à toute œuvre de construction du Cameroun. Cette unité, qui est celle d’une jeune nation, demeure exposée à des forces centrifuges ou menacée par des manœuvres de division qui ont pour nom tribalisme, népotisme, discrimination de toutes sortes, l’exploitation ou la propagation de fausses nouvelles, la démoralisation, la dramatisation, la provocation et l’intoxication. »

Quarante ans plus tard, ces mots résonnent différemment. Les plateformes numériques n’existaient pas en 1983, mais les dérives qu’elles amplifient aujourd’hui portent les mêmes noms. C’est précisément ce continuum que la coalition nationale, avec One Nation désormais en son sein, entend rompre. L’approche revendiquée est avant tout préventive et pédagogique. Il ne s’agit pas de dénoncer les dérives après coup, mais d’agir en amont, d’éduquer et de responsabiliser les internautes camerounais avant que le mal ne soit fait.

Nécrologie : Fin du film pour Basseck ba Kobhio

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Le monde du cinéma africain est en deuil. Bassek ba Kobhio est mort ce 12 mai 2026 à Yaoundé, des suites de maladie. L’annonce de cette nouvelle porte l’estampille des Ecrans noirs dont il était le délégué général. Le cinéaste et réalisateur était âgé de 69 ans.

Né en 1957 à Nindjé, Bassek ba Kobhio a fait son temps. Mais en quittant la scène définitivement à 69 ans, l’homme laisse derrière lui une œuvre immense, mais inachevée. Sociologue, philosophe et écrivain à la base, l’homme prolonge ses pensées par l’image réelle. Sango Malo est le plus connu de ses productions. Un classique qui a été regardé par des centaines de millions de spectateurs de par le monde. L’homme signe également Le Silence de la forêt, Le Grand Blanc de Lambaréné, Gouverneurs de la Rosée, qui connaissent également un retentissement international. Dans ses productions portées par les éditions Terre africaine, Basseck ba Kobhio valorise l’Afrique, la raconte avec dignité, en essayant d’en donner une image respectable dans sa spécificité.

Le cinéma camerounais et africain a de la relève.

Et c’est ce combat qu’il mène à travers les Ecrans noirs, un festival qu’il fonda en 1997. Un festival dédié exclusivement au cinéma africain, un lieu de rencontres, de débat entre amoureux, et de diffusion du 7ème art africain. Ce projet que l’homme a longtemps porté dans le dénuement, dans un environnement où la voix de l’Afrique peinait à se faire entendre. Et du coup, les financements extérieurs étaient sous-tendus par un esprit d’influence. L’homme a résisté. Jusqu’à ce que l’Etat camerounais fasse des Ecrans noirs une œuvre d’utilité publique. Mais l’évolution n’a pas toujours eu le rythme que le fondateur de ce festival agonisant ces dernières années. Si la génération des acteurs de ces années 80 tend à disparaître, le père des Ecrans noirs aura su penser l’avenir. A cette jeune garde formée de reprendre le flambeau pour poursuivre l’œuvre, afin que les Ecrans nours ne séteignent pas définitivement.

MINEPAT : le Grand-Nord comme laboratoire de l’import-substitution

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La ville de Kousseri a marqué, ce vendredi 8 mai 2026, le point final d’une itinérance ministérielle marathon entamée cinq jours plus tôt sous un soleil de plomb. Conduit par Alamine Ousmane Mey, Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), ce déploiement interministériel de haut niveau dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord n’était pas une simple visite de routine. Il s’agissait d’une opération de concrétisation de la politique d’import-substitution, fer de lance de la Stratégie Nationale de Développement (SND30), visant à transformer durablement le visage économique du Septentrion.

LA MÉCANISATION : LE BRAS ARMÉ DE L’IMPORT-SUBSTITUTION

Le fil d’Ariane de cette tournée a sans conteste été le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH). De Lagdo à Yagoua, puis à Kousseri, le ministre a présidé des cérémonies de rétrocession d’équipements massives. Le constat est sans appel : l’État passe des paroles aux actes. Des dizaines de tracteurs, des centaines de tricycles et de motocyclettes, ainsi que des tonnes d’intrants agricoles ont été remis directement aux coopératives et aux producteurs locaux. L’objectif est double : réduire la pénibilité du travail de la terre et augmenter les rendements pour combler le déficit de production nationale. À Lagdo, le Ministre a rappelé que cet engagement gouvernemental est « irréversible » dans la quête du bonheur des populations.

L’EAU, MAÎTRE D’ŒUVRE DU DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL

Au-delà des machines, la mission a mis en lumière l’avancée spectaculaire des grands chantiers hydro-agricoles. Le projet Viva-Bénoué dans le Nord et Viva-Logone dans l’Extrême-Nord constituent les poumons de cette nouvelle dynamique. Le mercredi 6 mai, les visites de terrain à Yagoua ont permis d’apprécier la réhabilitation des périmètres irrigués.

Ce sont des milliers d’hectares qui sont désormais protégés des caprices du fleuve Logone grâce à des digues renforcées, permettant ainsi une double campagne rizicole annuelle. Le jeudi 7 mai, le cap a été mis sur Zina, où les stations de pompage et les nouveaux canaux d’irrigation du Plan d’Urgence Triennal (PLANUT) témoignent d’une ingénierie au service du monde rural.

RÉSILIENCE ET MODERNITÉ À LA FRONTIÈRE DU LAC TCHAD

La clôture de la mission à Kousseri a revêtu une dimension particulière, mêlant soutien aux populations vulnérables et innovation scientifique. Sous l’égide du Projet de Relance et de Développement de la Région du Lac Tchad (PROLAC) et du PDRI-CL, le MINEPAT a procédé à l’inauguration d’un complexe de poissonnerie moderne. Cette infrastructure est appelée à structurer une filière halieutique autrefois informelle, garantissant une meilleure conservation des produits et des revenus plus stables pour les pêcheurs de la zone.

L’innovation n’a pas été en reste avec la rétrocession du Laboratoire de Climatologie et de Météorologie à l’Université de Maroua. Pour Alamine Ousmane Mey, le développement ne peut se faire sans une maîtrise des données climatiques, essentielle pour une agriculture résiliente face aux défis environnementaux du bassin du Lac Tchad.

UN PARTENARIAT INTERNATIONAL CONSOLIDÉ

Tout au long de ce périple de 500 kilomètres, la présence constante des représentants de la Banque mondiale a envoyé un signal fort. La synergie entre le gouvernement camerounais et les partenaires au développement est au beau fixe. Ce soutien technique et financier est le gage de la pérennité des projets engagés.

Au terme de ce voyage, le bilan est éloquent : des milliards de FCFA d’investissements touchant directement le quotidien des paysans. Le Septentrion, longtemps perçu comme une zone de fragilité, s’affirme désormais comme le grenier du Cameroun de demain. Comme l’a souligné le ministre dans son allocution finale, la mobilisation doit rester collective.

Le succès de l’import-substitution ne dépend plus seulement de l’achat des machines, mais de l’appropriation de ces outils par les populations pour transformer chaque hectare en une source de richesse nationale. Le rendez-vous est pris pour les prochaines récoltes, qui s’annoncent d’ores et déjà historiques.

SOCADEL : 100 jours pour tout changer

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C ‘est sous les lambris d’une salle de conférence de Douala, en présence des administrateurs, des directeurs généraux des sociétés du secteur et du personnel de l’ex-ENEO, que s’est jouée, jeudi 8 mai 2026, une scène inédite dans l’histoire énergétique du Cameroun. Monsieur Oumarou Hamandjoda, nouveau Directeur Général, et Monsieur Ekobena Jean Basile, Directeur Général Adjoint de la toute nouvelle Société Camerounaise d’Électricité (SOCADEL), ont officiellement pris les rênes de la structure de distribution, en présence d’Antoine Ntsimi, Président du Conseil d’Administration. Leurs prédécesseurs de l’ex-ENEO, conduits par Amine Hommane Ludiye, leur cédaient symboliquement les clés d’une entreprise en état de tension avancée.

DE LA PRIVATISATION À LA RENATIONALISATION

Pour comprendre la portée de ce moment, il faut revenir en arrière. Depuis la privatisation du secteur de l’électricité au tournant des années 2000, la distribution de l’énergie électrique au Cameroun était assurée par AES Sonel, puis par ENEO — Energy of Cameroon — dont le capital était majoritairement détenu par le fonds d’investissement britannique Actis. Pendant plus d’une décennie, cette configuration a suscité des débats récurrents sur la qualité du service, les tarifs, et la capacité de l’opérateur à répondre aux attentes d’une clientèle croissante dans un pays en développement rapide.

Surtout dans un contexte où des fraudes massives sur les lignes électriques et d’énormes impayés, privaient l’entreprise de ressources pour investir, tout en aggravant son endettement aujourd’hui chiffré à quelques 800 milliards de FCFA. Dans ce contexte de criee, et alors qu’Actis manifestait son intention de partir, le tournant est venu avec une décision du président Paul Biya du rachat par l’État camerounais des actions autrefois détenues par Actis au sein d’ENEO.

La société a été transformée en structure à capitaux publics et a changé de dénomination pour devenir la Société Camerounaise d’Électricité — SOCADEL. C’est le décret du 4 mai 2026 qui a formellement acté cette transformation. Le 5 mai, les nouveaux dirigeants étaient installés dans leurs fonctions à Yaoundé. Le 8 mai, la passation de service sur le terrain, à Douala, marquait leur prise de service effective à la tête de l’entreprise. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, qui conduisait la cérémonie, n’a pas usé de circonlocutions pour décrire l’état du patient.

Dans son discours, il a brossé un tableau sans concession : « Le secteur de l’électricité fait face à un déséquilibre financier structurel, à des tensions de trésorerie persistantes, à une dégradation de la qualité du service et à une perte progressive de confiance des usagers. » Un constat brutal, qui dit à lui seul l’ampleur du travail qui attend les nouveaux dirigeants. Les chiffres et mécanismes évoqués permettent de mesurer concrètement les dégâts. L’accumulation des arriérés de paiement fragilise l’ensemble de la chaîne de valeur : producteurs, transporteurs, distributeurs. Elle réduit la capacité d’investissement, compromet la maintenance des infrastructures existantes et envoie, selon le ministre, un signal négatif aux investisseurs potentiels.

Autrement dit, le secteur souffre d’un cercle vicieux : moins de recettes collectées signifie moins d’entretien, moins d’entretien signifie un service dégradé, et un service dégradé alimente les résistances à payer les factures. À ce tableau financier s’ajoutent des défis techniques bien réels : réseaux vieillissants, transformateurs surchargés, compteurs obsolètes, fraude endémique sur les branchements, délais d’intervention jugés inacceptables par les abonnés. Le ministre a notamment pointé la nécessité de réduire les délais d’intervention pour le remplacement d’un transformateur en panne, qui ne devra plus excéder 72 heures en zone urbaine comme rurale dès la signalement de la panne.

100 JOURS POUR PROUVER

Face à ce diagnostic, le gouvernement a arrêté une feuille de route de restructuration. Les cent premiers jours de la SOCADEL constitueront une phase d’épreuve. Les axes prioritaires sont clairement définis : augmenter les revenus, réduire les charges, améliorer l’efficience. Pour y parvenir, plusieurs leviers ont été identifiés. Le premier est le recouvrement des factures. La position du gouvernement, rappelée avec fermeté par le ministre, est sans ambiguïté : tout le monde doit payer sa facture.

Cela implique un saut qualitatif dans les modalités de recouvrement, une traçabilité en temps réel des flux financiers collectés et une application stricte de la clé de répartition interne des ressources validée par l’État actionnaire. Le deuxième levier est la lutte contre la fraude. Un vaste programme de pose de compteurs intelligents dans les postes MT/BT est envisagé pour mieux gérer les flux et détecter les détournements. Des opérations coup de poing seront intensifiées dans tous les quartiers, de jour comme de nuit. Gaston Eloundou Essomba a même annoncé la mise en place d’une brigade nationale de lutte contre la fraude, dont la vocation sera de traquer les fraudeurs sur l’ensemble du territoire.

En outre, la migration des compteurs post-payés vers des compteurs prépayés sera accélérée, permettant à la SOCADEL de disposer de liquidités en avance et de réduire les impayés structurels. Le troisième axe porte sur la qualité du service : remplacement des supports bois par des supports béton, modernisation du réseau via le smart grid, élagage systématique des couloirs des réseaux, remplacement des transformateurs surchargés et amélioration du service client. S’y ajoute une ambition d’extension de l’accès à l’électricité, par le développement des extensions de réseaux, des mini-grids et de solutions d’énergie décentralisées.

 UN MESSAGE AUX AGENTS : INTÉGRITÉ OU SANCTIONS

 Le discours du ministre a également comporté un volet adressé directement aux quelque plusieurs milliers d’agents de la SOCADEL. Après avoir salué leurs compétences et leur expertise, Gaston Eloundou Essomba a tenu à rappeler les règles du jeu de la nouvelle ère. « On ne peut pas être au service de l’État et travailler contre les intérêts de l’État. Ceux qui, par appât du gain, aident les fraudeurs ou ferment les yeux sur des raccordements illicites trahissent non seulement leur contrat, mais aussi la mission de service public dont ils ont la charge. » Le ton était ferme. La menace, précise : tout agent dont la complicité dans des actes de fraude sera établie fera l’objet de sanctions disciplinaires exemplaires, pouvant aller jusqu’aux poursuites pénales devant les juridictions compétentes. Un message qui tranche avec la culture du laisser-faire qui prévalait, selon plusieurs observateurs, dans certains segments de l’ex-ENEO.

 Dans le même temps, le ministre a voulu rassurer le personnel sur le maintien de leurs acquis sociaux, notamment les salaires et les avantages acquis. Sur la question des 5 % d’actions détenues par le personnel à travers leur groupement d’intérêt commun (GIC), il a précisé qu’une Commission Mixte réunissant le MINEE, le MINFI, le MINTSS, la SOCADEL et le GIC du personnel sera mise en place d’ici juin 2026 pour discuter des modalités de traitement de ces parts — soit leur transfert dans le capital de la nouvelle structure, soit leur rachat par l’État.

En attendant, l’État s’est engagé à porter lui-même ces 5 % au capital de la SOCADEL durant la période transitoire. La cérémonie a aussi été l’occasion de rendre hommage à l’équipe dirigeante sortante d’ENEO. Le ministre a tenu à saluer particulièrement Amine Hommane, dont il a qualifié le passage de « mémorable » pour le secteur, le remerciant au nom du gouvernement pour ses bons et loyaux services rendus à la Nation camerounaise.

DES ATTENTES TRÈS FORTES

En clôturant son allocution, le ministre a livré ce qui ressemble à un programme autant qu’à une promesse : « Les populations, les opérateurs du secteur, les partenaires financiers nous regardent. Tous, attendent de savoir ce qui va se passer au lendemain de cette renationalisation. » Une manière de signifier que le monde entier — ou du moins ses créanciers et bailleurs — a les yeux rivés sur ce chantier. La SOCADEL hérite d’un secteur à reconstruire, d’une clientèle fatiguée de coupures intempestives et d’un personnel en attente de signaux clairs.

 Les cent premiers jours seront le premier verdict. Si les indicateurs se redressent, la renationalisation aura apporté la preuve que l’État peut faire mieux que le privé dans la gestion d’un service public stratégique. Dans le cas contraire, les questions sur la gouvernance et la viabilité financière du modèle reprendront de plus belle — et avec elles, le débat sur la capacité du Cameroun à garantir à ses citoyens une électricité fiable et accessible.

Ndollè City présente sa stratégie de développement à ses partenaires

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Le tourisme mondial se porte bien, et les promoteurs de Ndollè City entendent que le Cameroun en prenne sa part. Devant les partenaires réunis à Yaoundé, Junior Ngosso Abraham, Président Exécutif de World Dream Investment, a d’emblée posé le cadre chiffré. « En 2024, le tourisme et le voyage ont représenté 10 % du produit intérieur brut mondial, soit 11 000 milliards de dollars américains.

Dans ce secteur en progression de 7,5 % par rapport à 2019, avant la pandémie du Covid-19. Cette industrie soutient aujourd’hui plus de 348 millions d’emplois à travers le monde, soit 13,6 millions d’emplois de plus qu’en 2019 », a-t-il rapporté. Et d’ajouter une formule qui a visiblement marqué l’assistance : « 1 dollar sur 10 dépensés dans le monde en 2024 l’a été dans l’industrie touristique. Le tourisme n’est plus uniquement un loisir. Il est devenu une dépense essentielle pour les ménages. »

D’ici 2034, ce secteur devrait représenter 11,4 % du PIB mondial. C’est sur cette trajectoire que le projet Ndollè City prétend positionner le Cameroun.

Un projet adossé à la SND30

La Journée des partenaires, présidée par Mfouapon Alassa, Conseiller technique numéro 1 au ministère du Tourisme et des Loisirs, a réuni investisseurs internationaux, chefs d’entreprises, bailleurs de fonds et médias. La rencontre a permis aux promoteurs de rappeler l’ancrage institutionnel du projet. Ndollè City figure dans la SND30, et le Premier ministre a donné sa caution formelle à cette vision.

L’objectif assigné au ministère du Tourisme est d’atteindre 3,5 millions de touristes par an, avant de porter la destination Cameroun à 8 millions de visiteurs internationaux d’ici 2028. Les promoteurs s’appuient pour cela sur des accords noués depuis plus d’une décennie avec l’Organisation mondiale du tourisme et plusieurs tour-opérateurs, dont un accord de principe pour promouvoir 5 millions de touristes par an vers le Cameroun.

Quatre arguments pour justifier le pari

Pourquoi Ndollè City est-elle devenue stratégique ? Junior Ngosso Abraham a structuré sa réponse en quatre points. L’alignement macroéconomique, d’abord. « En misant sur le programme d’investissement World Dream, sur le projet Ndollè City et sur les projets intégrés, son excellence Monsieur Paul Biya et le chef du gouvernement ont anticipé cette vague de croissance. Ils ont ainsi positionné le Cameroun sur les rails d’un avenir prospère », a-t-il soutenu.

Le potentiel d’emplois, ensuite. Les infrastructures prévues à Sikoum Dibamba devraient générer 2 350 000 emplois directs et indirects. « C’est un héritage que nous laisserons à nos enfants et aux enfants de nos enfants », a affirmé Junior Abraham. L’accélération de la SND30, troisième argument, s’inspire du modèle indien, qui a entrepris de doubler la part du tourisme dans son PIB de 5,22 % à 10 % en dix ans. Enfin, l’impact financier. Le modèle économique du projet repose sur un droit de tirage privilégié estimé à 10,7 milliards de dollars par an, soit 6 500 milliards FCFA.

Un hub sectoriel, pas seulement touristique

Ndollè City se présente comme bien plus qu’une destination de vacances. Transports, agro-industrie, énergie, banque, assurance, télécommunications, formation et services numériques font partie des secteurs ciblés.

PME camerounaises, entreprises sous-régionales et multinationales sont toutes appelées à y trouver des contrats via des mécanismes de partenariat public-privé. « Ndollè City donne au Cameroun un actif intergénérationnel qui va générer des devises, des emplois et des compétences bien au-delà de 2035 », a conclu Junior Ngosso Abraham, avant de lancer à l’assistance : « L’histoire économique du Cameroun continue de s’écrire aujourd’hui et elle s’écrit avec moi. »

AFROKRÉMA FASHION LAB : une Afrique qui tresse son futur au présent

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Au carrefour de la tradition séculaire et de l’innovation moderne, le « Afrokréma Fashion Lab » redéfinit les codes de l’image de mode au Cameroun. Plus qu’un simple laboratoire esthétique, cette initiative transforme l’héritage capillaire en un levier d’auto-emploi pour une jeunesse créative en quête d’autonomie. Entre transmission culturelle et ambition panafricaine, récit d’une révolution qui s’apprête désormais à conquérir l’Afrique.

Loin d’être une simple affaire de coquetterie ou de mode éphémère, Afrokréma considère le cheveu crépu comme un véritable parchemin. Au Cameroun, chaque tresse, chaque volume, chaque ornement raconte une appartenance, un statut, une victoire. Le Lab ne se contente pas de former des techniciens ; il forge des gardiens de l’image. Ici, le patrimoine n’est pas un musée poussiéreux, c’est une matière vivante, une source d’innovation inépuisable.

« Il ne s’agit pas seulement de sublimer la beauté ; il s’agit de réclamer notre identité visuelle. Nous utilisons nos racines construire l’Afrique de demain. » au sens propre comme au figuré pour

L’Élan de l’Auto-emploi

L’originalité d’Afrokréma réside dans son approche globale. En brisant la fragmentation des métiers de l’image (coiffure, maquillage, stylisme, direction artistique), le projet offre aux jeunes créateurs une vision transversale. C’est un véritable incubateur de talents où l’on apprend à se prendre en charge.

Dans un contexte économique où l’innovation est une nécessité, Afrokréma insuffle un élan d’auto-emploi. Le Lab transforme la passion artistique en une expertise compétitive,permettant à une jeunesse audacieuse de ne plus attendre des opportunités, mais de les créer. C’est l’Afrique qui entreprend, qui s’assume et qui exporte son génie créatif.

Horizon Tchad

L’ambition d’Afrokréma ne connaît pas de frontières. Cette initiative salutaire s’apprête à traverser le Logone pour s’étendre au Tchad. L’objectif est clair créer des ponts culturels et entrepreneuriaux entre les jeunesses du bassin du lac Tchad, unissant les patrimoines pour une Afrique de l’innovation.

Une Jeunesse qui Sculpte son Destin

Le regard tourné vers l’avenir, Afrokréma Fashion Lab prouve que la tradition est le meilleur engrais de la modernité. En apprenant aux jeunes à maîtriser leur propre récit visuel, le Lab assure que l’héritage culturel camerounais et africain continuera de briller à travers les écrans, les magazines et les podiums du monde entier.

Ce n’est plus seulement de la mode. C’est une affirmation de soi. C’est la démonstration éclatante qu’une jeunesse formée, consciente de ses racines et outillée techniquement, est le moteur le plus puissant d’une Afrique souveraine et rayonnante.

L’Excellence Académique au Service de l’Émancipation Créative Africaine

L’Afrokréma Fashion Lab s’impose aujourd’hui comme le maillon essentiel entre l’héritage ancestral et les exigences du marché global, en se positionnant comme un partenaire stratégique des instituts de formation et des universités du Cameroun et d’Afrique. En intégrant les métiers de l’image (coiffure patrimoniale, direction artistique, stylisme) dans un cadre pédagogique rigoureux, le Lab transforme des savoir-faire souvent informels en une expertise académique et technique de haut niveau.

Pour l’étudiant camerounais ou tchadien, cette structure ne propose pas seulement un apprentissage technique, mais une véritable immersion dans l’économie de la culture où l’innovation devient un levier d’auto-emploi. En collaborant avec le milieu universitaire, Afrokréma crédibilise les industries créatives, prouvant à une jeunesse ambitieuse que la maîtrise de notre identité visuelle est un actif stratégique capable de générer de la richesse et de la souveraineté économique. C’est cette alliance entre rigueur académique et génie créatif qui fait du Lab le moteur d’une Afrique qui ne se contente plus de consommer la mode, mais qui l’enseigne, la structure et l’exporte.



Armée : le général Philippe Mpay est mort

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Le général Phillipe Mpay n’est plus. Agé de 87 ans, le Commandant des écoles et centres d’instructions interarmées (Comeciia) s’est éteint aux premières heures de ce 9 mai 2026, des suites de maladie, apprend-on. C’est donc un des hommes clés du système sécuritaire de l’Etat. Mais le nom de cet oficier supérieur de l’armée rime dabvanatge avec une réputation pour le moins triste, du fait de son passage à la tête du Commandement opérationnel (CO).

Le Commandement opérationnel avait été mis sur pied le 20 février 2000 par le président de la République, en vue de lutter contre le grand banditisme dans la région du Littoral en général, et la ville de Douala en particulier. Il avait la particularité de regrouper en son sein à la fois des gendarmes et des militaires. Alors que sa création suscitait de grands espoirs dans une ville en proie à une insécurité rampante, cette unité spéciale de sécurité a vite viré à des exécutions extrajudiciaires. Et moins d’un an après, ses exactions atteignent une côte alarmante.

Les 9 de Bépanda

En effet, en janvier 2001, le Commandement opérationnel dont les actions étaient déjà décriées tant par les organisations de défense des droits de l’homme telles qu’Amnesty international, que par l’opposition camerounaise, est secoué par la « disparition » de neuf jeunes gens au quartier Bepanda. Accusés de vol d’une bouteille de gaz par une voisine, ces jeunes de ce quartier populaire seront interpellés, pour ne plus jamais réapparaître. Des sources concordantes à l’époque des faits disent que ces neuf ont été exécutés pour nombre de personnes tombés dans les filets de cet organe. Les mêmes sources attribuaient à la dame à l’origine de leur arrestation, des relations avec un haut placé dans la gendarmerie.

Anicet Ekane

C’était le début de la fin du Commandement opérationnel. Face à la montée en puissance des critiques. Parmi les contestataires les plus virulents, Anicet Ekane. Alors que Me Jean de Dieu Momo assurait la défense de ces derniers devant les tribunaux de Douala, le président du Manidem organisera chaque mois de janvier une cérémonie en mémoire des martyrs du Commandement opérationnel, s’attaquant particulièrement au commandant du CO. L’homme aura très souvent maille à partir avec les forces de l’ordre dans son engagement en vue du rétablissement de la vérité sur ces neuf jeunes gens. Les enquêtes n’en livreront aucun secret officiel. Mais le CO finira par mourir sans avoir rempli sa mission, emporté par l’« affaire des 9 de Bépanda ».

Le hasard veut que l’ancien patron du tristement célèbre Commandement opérationnel décède le jour même de l’inhumation d’Anicet Ekane. Les deux se sont livrés à un combat de rude épreuve à distance, des années durant.

Obsèques d’Anicet Ekane : La désacralisation de l’image du martyr en marche

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Anicet George Ekane sera inhumé ce 09 mai 2026 dans son village Bomono, dans le département du Moungo. Lundi 4 mai dernier, Muna Ekane, le fils du défunt à qui la justice a confié l’organisation des obsèques, a entretenu la presse sur le sujet. Réitérant le lieu des obsèques. Dès mercredi soir, les condoléances sont reçues à la Salle des fêtes d’Akwa à Douala. Le lendemain, était prévu un hommage politique. Ce vendredi, une soirée culturelle est prévue à Bomono Gare. Demain samedi, est prévue la mise en bière à l’hôpital Laquintinie, suive d’une procession dans les rues de Douala. La boucle sera bouclée par l’inhumation à Bomono Gare.

Appel à la cohésion

A l’occasion de son échange avec la presse, le Dr Muna Ekane a exhorté les uns et les autres à dépasser les divergences pour honorer dignement la mémoire du disparu. Un message qui résonne comme une invitation à la cohésion, dans un contexte politique souvent marqué par les divisions. Un appel qui n’a pas trouvé d’écho favorable auprès de nombre de personnes physiques et morales initialement concernées par ce dernier hommage au président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem). Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), parti de Maurice Kamto, qui avait sollicité les services du Manidem pour s’engager dans la présidentielle 2025 (pour être recalé par Elecam et le Conseil constitutionnel, au motif que Dieudonné Yebga, ancien président du parti, s’était lui aussi déposé sa candidature pour le compte du même parti, Ndlr) avait d’ores et déjà annoncé qu’il ne participera pas à ces obsèques organisées par Muna Ekane. De son côté, Simone Marianne Ekane, la sœur cadette d’Anicet Ekane, a indiqué qu’une partie de la fratrie, ainsi que la dernière veuve de l’homme, ne seront pas de la partie. Le Manidem a lui aussi pris ses distances.

Dernières volontés

Autant qu’un bon nombre de personnes qui voient d’un mauvais œil le refus par Muna Ekane de respecter la dernière volonté de son père : celle d’être inhumé près d’Ernest Ouandié au cimetière protestant de Bafoussam dans la région de l’Ouest. Et que ses obsèques soient dirigées par le Manidem, notamment le trio « Dongmo, Jean Baptiste Ketchateng et la trésorière ».

Depuis, le débat enfle sur cette attitude des contestataires au choix de l’organisateur en chef des obsèques. Mais le chien aboie, la caravane passe. Arrêté le 24 octobre 2025 à Douala dans le cadre de la crise post-électorale, Anicet Georges Ekane et Djeukam Tchameni, ont été placés en détention dans des cellules du secrétariat d’Etat à la défense (la gendarmerie nationale) à Yaoundé. Privé de son assistant respiratoire, le président du Manidem décèdera le 1er décembre 2025 dans des circonstances troubles. Le corps d’abord confisqué par la justice, a finalement été remis à la famille qui l’a conservé à la morgue de l’hôpital Laquintinie de Douala. Puis s‘est déclenché la polémique sur le respect des dernières volontés de l’homme. L’Etat dont l’on avait déjà vu l’ombre d’un des acteurs clé à l’aéroport international de Douala à l’arrivée de la dépouille, notamment le ministre Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du Rdpc, parti au pouvoir, a forcé une place dans l’affaire.

15 janvier 1971

Finalement la justice saisie au sujet de l’organisation des obsèques de celui qui aura été moulé dans l’esprit upéciste, depuis le 15 janvier 1971 lorsqu’élève, il a vécu en direct l’assassinat d’Ernest Ouandié à Bafoussam. L’homme en qui cet esprit combattant et libérateur a muri au gré des évolutions de l’histoire politique du Cameroun, en est devenu un des fervents chantres. Au risque de sa propre liberté. Lui qui, après avoir entretenu la flamme de l’Union des populations du Cameroun (Upc) dans la clandestinité avec beaucoup d’autres militants et partisans, est passé par la case prison. Et a finalement opté pour le Manidem dont les partisans considèrent comme la version authentique d’une Upc morcelée par des guerres intestines.

L’un des actes forts posés par Anicet Ekane au soir de sa vie, aura été d’investir Maurice Kamto dans une élection présidentielle où le président du Mrc était malmené par le pouvoir de Yaoundé. Une investiture « gratuite » selon des sources concordantes, au moment où nombre de partis détenteurs d’élus, monnayaient à coûts de dizains, voire des centaines de millions, ce « yango », pour accorder le privilège aux intéressés, d’être candidats. Et l’homme qui considérait cette élection comme l’ultime chance de renverser le régime quarantenaire de Yaoundé, au nom de l’Union pour le changement (Upc) qui avait porté avec succès la candidature de Ni John Fru Ndi en 1992, jettera son dévolu sur Issa Tchiroma une fois le dossier de Maurice Kamto rejeté. Avec la suite que l’on sait.

C’est dans cet esprit upéciste qu’Anicet Ekane n’a pas voulu restreindre ses obsèques à sa seule famille nucléaire ou biologique, mais que ses restes soient un héritage national. Mais cette dernière volonté s’est butée à une opposition interne dans sa propre famille à qui il avait concédé « un rôle secondaire » lors de ces obsèques. Nombre de ses camarades politiques et admirateurs refusent que les rôles changent, et surtout que l’homme ne soit pas inhumé près de son inspirateur politique. Muna Ekane tient le bon bout dans cette posture de défiance à la mémoire de son père.

Mémoire bafouée

Jean Baptiste Ketchateng, lui, n’a pas attendu ce moment avant de jeter l’éponge, mieux, de quitter le parti. L’homme a pris la tangente une fois que la justice a accordé à Muna Ekane la direction de cet événement, en écartant la veuve ; et que « l’heureux élu » avait opté pour un enterrement à Bomono plutôt qu’à Bafoussam. Muna Ekane n’aura à ses côtés que les partisans d’Issa Tchiroma. L’opposant en exil a appelé à une mobilisation à l’occasion de ces obsèques. Le même fils qui le 2 décembre dernier, faisait allégeance à la mémoire de son père : « après consultation de l’épouse de notre père, de ses ex compagnes, de ses compagnons de lutte et membres de sa famille politiques, nous sommes arrivés aux conclusions suivantes, sur les volontés de notre père concernant ses obsèques : notre père a souhaité qu’elles se fassent sous la direction du Manidem ; il a régulièrement émis le souhait d’être enterré à Bafoussam, près de Ernest Ouandié (Sic)», écrivait-il dans un courrier adressé au vice-président du Manidem, pour le compte de la fratrie dont il est l’aîné. Pour autant, « nous souhaitons que ces obsèques s’organisent en bonne intelligence avec la famille biologique». L’homme proposait alors la date du 15 janvier pour ce dernier hommage ; date qui coïncide avec l’assassinat de l’ancien président de l’UPC tombé sous les balles du régime de Yaoundé dans la ville de Bafoussam, sous les yeux d’Anicet Ekane. Ce qui provoquera un choc intérieur au jeune élève, et fera germer la graine de la lutte politique pour la libération totale de son pays.

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