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DR TAÏGA : « Les poulets et les œufs produits au Cameroun sont bons à consommer »

Face aux inquiétudes suscitées par une étude évoquant présence de métaux lourds dans des poulets et des œufs produits au Cameroun, le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales appelle à la prudence dans l’interprétation des résultats. Il annonce des analyses complémentaires et rassure les consommateurs sur la qualité de la production avicole nationale.

Monsieur le ministre, une étude menée par des chercheurs de plusieurs universités, dont les résultats font la une de la presse depuis quelques jours, révèle la présence de métaux lourds et d’autres substances potentiellement dangereuses dans les poulets et les œufs produits au Cameroun. Que vous inspirent ces résultats ?

Je sais qu’une étude a été menée. Toutefois, il faut relativiser ses conclusions et être prudent dans l’interprétation des termes utilisés. Les métaux lourds sont des éléments traces métalliques présents dans notre environnement, notamment dans le sol, l’air et différents produits. Leur présence peut être accentuée par les activités humaines.

Dans le cadre de la sécurité sanitaire des aliments, différentes agences réalisent régulièrement des études et s’appuient sur des normes. À l’échelle internationale, le Codex Alimentarius constitue une référence en matière de sécurité sanitaire des aliments et fixe notamment des limites maximales pour certains contaminants.

Une étude peut donc être menée pour déterminer les concentrations de ces éléments dans les produits que nous consommons. Prenons l’exemple du fer : il est naturellement présent dans le corps humain et peut être quantifié dans le sang. Lorsqu’il est en quantité insuffisante, un médecin peut prescrire des produits destinés à corriger cette carence.

Certains métaux sont effectivement toxiques et dangereux. Toutefois, la question essentielle est celle des concentrations mesurées et des seuils réglementaires applicables.

Ce que nous pouvons reprocher à cette étude, c’est notamment la faiblesse de son échantillonnage. Elle aurait porté sur 48 poulets et six alvéoles d’œufs. Nous sommes donc étonnés que des résultats obtenus sur un échantillon aussi limité puissent être généralisés à l’ensemble de la production nationale. Cela mérite d’être questionné.

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Vos services compétents ont-ils commandé une contre-analyse afin de vérifier les conclusions de cette étude ?

Nous allons, en tout état de cause, procéder à des analyses appropriées. Il faut mener une étude rigoureuse, prendre le temps nécessaire et identifier précisément les concentrations présentes dans les produits concernés.

La présence de certains éléments dans les organismes vivants ou dans les aliments ne signifie pas nécessairement que tous les produits doivent être exclus de la consommation.

Tous les pays du monde réalisent des analyses de ce type. Nous travaillons avec l’Agence des normes et de la qualité (ANOR) ainsi qu’avec d’autres laboratoires pour assurer le suivi de la qualité sanitaire des produits.

Moins de 50 poulets et moins de 200 œufs auraient fait l’objet de cette étude. Ces résultats ont amené l’Interprofession avicole du Cameroun à dénoncer une tentative de déstabilisation de la filière, à l’approche des fêtes de fin d’année. Monsieur le ministre, peut-on minimiser les conclusions de cette étude ou faut-il s’inquiéter de la qualité des poulets et des œufs produits au Cameroun ?

Une étude reste une étude. Nous allons faire des vérifications. Mais, quand on voit l’échantillon, je pense qu’on peut minimiser cette étude-là, moi, je crois. Je crois parce qu’il y a des contre-vérités dans l’étude. Je ne vais pas aller au-delà.

Vous savez que le poids d’un poulet, c’est 30 grammes. Le poids varie entre 30 et 40 grammes, un poulet. Dans son étude sur 48 poulets, ça ne peut pas dépasser, toute son étude, 1,5 kg de foie. Et, dans la même étude, il dit qu’il a prélevé 1 kg par unité d’élevage. Ça équivaut à 400 poulets par unité d’élevage.

C’est pour ça que cette étude, je crois qu’elle peut être mise en cause. C’est pour ça que l’Interprofession a usé de son droit de réponse. Elle a saisi tous les journaux pour faire connaître sa position en tant qu’interprofession, une position que nous soutenons entièrement.

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Et nous rassurons les Camerounais : le poulet produit au Cameroun est de très bonne facture et les œufs sont bons à consommer.

Monsieur le ministre, suffit-il d’affirmer que les poulets et les œufs produits localement sont de bonne qualité alors que vous annoncez vous-même la réalisation de nouvelles analyses ?

Le fait de constater un cas de non-conformité ne signifie pas que l’ensemble des produits doit être rejeté. Ce n’est pas possible. Nous allons continuer à travailler avec tous les acteurs et nos partenaires pour améliorer les conditions de production et renforcer les pratiques qui garantissent la qualité de notre élevage.

Quels mécanismes de contrôle votre département ministériel a-t-il mis en place pour veiller à la qualité des matières premières utilisées dans l’alimentation de la volaille, qui constitue un produit de grande consommation ?

Le Cameroun dispose du Laboratoire national vétérinaire (Lanavet), qui réalise des analyses. Nous travaillons également avec l’ANOR pour la validation et l’adoption de normes applicables dans notre pays. Nous nous référons notamment au Codex Alimentarius.

Le Premier ministre a d’ailleurs insisté sur cette question en mettant en place un comité consacré au Codex Alimentarius.

Je reviens d’une rencontre à Rome consacrée aux normes internationales applicables dans le cadre de l’approche « Une seule santé » (One Health). Cette approche repose sur l’interdépendance entre la santé animale, la santé environnementale, la santé des plantes et la santé humaine.

Il est essentiel de tenir compte des normes internationales tout en adaptant certaines d’entre elles à notre contexte national, notamment lorsque des dispositions doivent être précisées au niveau local. L’ANOR joue un rôle important dans ce processus.

Depuis un an, le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales a engagé des travaux qui ont abouti à la validation de près de 108 normes, avec l’appui d’un projet mis en œuvre avec la Banque africaine de développement.

Nous allons poursuivre cet effort, car l’amélioration des normes est un travail permanent.

Notre laboratoire national est équipé pour réaliser différentes analyses. Le Lanavet a également signé une convention avec Hydrac, un laboratoire installé à Douala, pour certains types d’analyses. Cette collaboration permet de tirer parti de la complémentarité entre les laboratoires.

Le Cameroun dispose aussi de l’Institut Pasteur, qui possède des capacités d’analyse reconnues.

Tous ces dispositifs montrent que notre pays dispose d’un cadre institutionnel, de textes réglementaires, de laboratoires et de personnels formés pour assurer le contrôle sanitaire.

Les Camerounais doivent donc faire confiance à leur système, tout en sachant que nous poursuivons nos efforts pour l’améliorer.

La filière avicole constitue l’une des réussites du Cameroun en matière d’import-substitution. Les résultats de cette étude ont-ils eu un impact sur cette filière ?

À ma connaissance, il n’y a pas eu d’impact. L’Interprofession avicole s’efforce, à travers son droit de réponse, d’apporter des éléments complémentaires et de rétablir ce qu’elle considère comme la réalité.

L’une des réussites les plus remarquables de la politique camerounaise d’import-substitution concerne effectivement la filière avicole. Le Cameroun n’importe plus de volailles comme auparavant. Nous produisons désormais nos poussins sur le territoire national et nous constatons la création de nouvelles fermes et de nouvelles unités de production.

Je dois d’ailleurs inaugurer dans quelques jours une nouvelle unité de découpe de poulets. C’est une belle illustration des progrès accomplis dans le cadre de la politique du chef de l’État.

Les acteurs de la filière en tirent profit, tout comme les consommateurs. Cette dynamique s’inscrit dans la politique du « Consommons ce que nous produisons ».

Nous consommons les poulets produits localement et nous exportons également des poulets et des œufs. Lorsqu’il existe des insuffisances, notamment en matière de biosécurité, nous devons les corriger.

Je rappelle que le Cameroun a connu la grippe aviaire à partir de 2016. Aujourd’hui, cette maladie appartient au passé dans notre pays. Nous poursuivons néanmoins les contrôles, conformément au principe de précaution, notamment aux points d’entrée, afin d’éviter l’introduction de nouveaux risques sanitaires. Plusieurs pays européens sont encore confrontés à la grippe aviaire.

Je voudrais également évoquer la viande porcine. Le Cameroun a réalisé des progrès importants dans cette filière et n’importe plus, selon les éléments dont nous disposons, certaines découpes et certains abats de porc comme auparavant.

La bataille se poursuit désormais pour le poisson. Suivez mon regard.

Pour terminer, monsieur le ministre, alors que les fêtes de fin d’année approchent, pouvez-vous rassurer les Camerounais sur la possibilité de consommer les poulets et les œufs produits localement sans inquiétude ?

Je tiens à les rassurer à double titre. D’abord, en ma qualité de ministre chargé du secteur de l’élevage, je veille à la sécurité sanitaire des aliments. Le Cameroun procède à des inspections des produits destinés à la consommation.

Ensuite, en ma qualité de docteur vétérinaire, je peux rassurer les consommateurs : les poulets produits localement et les œufs issus de notre production nationale peuvent être consommés sans inquiétude.

Le gouvernement poursuivra ses efforts pour améliorer la qualité des produits et renforcer les mesures de biosécurité dans nos élevages.

Par CRTV
Défis Actuels du 21/10/2026

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