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Chine-Afrique : le yuan gagne du terrain dans les échanges, des avantages pour le Cameroun

Pour les importateurs camerounais, l’enjeu est de réduire, à terme, les conversions de devises, les frais bancaires et les délais de paiement. Mais ces avantages dépendront des modalités de mise en œuvre : le dollar ne disparaît pas des échanges.

L’on s’achemine donc vers des paiements commerciaux sans passer systématiquement par le dollar. Le 10 octobre 2026, Ecobank a signé à Pékin un protocole d’accord avec CIPS, le système chinois de paiements interbancaires transfrontaliers, avec pour objectif de faciliter les règlements en yuans entre la Chine et les entreprises des 34 marchés africains couverts par son réseau.

Cette initiative, explique-t-on, prolonge l’autorisation accordée en juin dernier à Standard Bank et ICBC de compenser des transactions en yuans dans 19 pays africains.

Pour les importateurs camerounais, l’enjeu est de réduire, à terme, les conversions de devises, les frais bancaires et les délais de paiement. Mais ces avantages dépendront des modalités de mise en œuvre : le dollar ne disparaît pas des échanges.

Pour les entreprises camerounaises, l’adoption du yuan chinois (RMB) dans les transactions commerciales avec la Chine présente des avantages stratégiques majeurs, notamment dans un contexte où les banques panafricaines comme Ecobank et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) accélèrent l’intégration de la monnaie chinoise pour contourner le dollar américain.

Parmi les principaux bénéfices pour les opérateurs économiques du Cameroun figure, par exemple, l’élimination des frais de double conversion. Traditionnellement, un importateur camerounais doit convertir ses francs CFA (XAF) en dollars (USD), puis ces dollars sont convertis en yuans (CNY) par le fournisseur chinois.

Passer donc directement du FCFA au yuan supprime une étape de change, réduisant drastiquement les commissions bancaires et préservant les marges bénéficiaires des PME.

RÉDUCTION DES DÉLAIS DE PAIEMENT

L’on évoque également la réduction des délais de paiement. Les circuits financiers basés sur le dollar impliquent souvent des banques correspondantes américaines, ce qui allonge les processus de vérification. L’utilisation de plateformes comme le CIPS (Cross-Border Interbank Payment System), le système de paiement transfrontalier chinois, apprend-on, fluidifie les transferts directs et accélère la réception des marchandises.

L’on évoque également l’atténuation du risque de change. Le dollar, précise-t-on, est soumis à une forte volatilité qui peut renchérir subitement le coût des importations entre le moment de la commande et celui du règlement. Facturer directement en yuans permet de figer les prix avec les partenaires chinois et de se prémunir contre les fluctuations imprévisibles du billet vert.

FACILITATION DE L’ACCÈS AUX DEVISES

Comme autre avantage, l’adoption du yuan chinois dans les transactions commerciales avec la Chine peut induire un meilleur pouvoir de négociation avec les fournisseurs chinois. De nombreuses usines en Chine, indique-t-on, préfèrent être payées dans leur monnaie nationale pour simplifier leur propre comptabilité et éviter les taxes liées aux devises étrangères.

Les acheteurs camerounais qui proposent un règlement direct en yuans peuvent donc obtenir des remises commerciales, des tarifs plus compétitifs ou de meilleures conditions de crédit auprès de leurs fournisseurs.

Il y a également la facilitation de l’accès aux devises. La zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) fait parfois face à des tensions sur les réserves en dollars, ce qui rationne ou retarde l’accès des entreprises aux devises pour l’importation.

Alors que la BEAC intègre progressivement le yuan dans ses réserves de change, les entreprises camerounaises disposeront de canaux officiels plus liquides pour régler leurs flux avec la Chine, premier fournisseur du Cameroun.

En 2025, la Chine, faut-il le rappeler, s’est affirmée comme le premier fournisseur et le deuxième client du Cameroun, consolidant des échanges commerciaux globaux inscrits dans la continuité des records historiques établis récemment, qui dépassaient déjà les 1 600 milliards de FCFA.

19 PAYS AFRICAINS CONCERNÉS

Passée presque inaperçue en juin dernier, l’ouverture par la Chine d’une chambre de compensation en Afrique du Sud, précise-t-on, a marqué une étape importante dans la yuanisation de l’Afrique. Ce dispositif permet de régler directement en yuans les transactions entre la Chine et 19 pays africains, sans passer par le dollar.

Un gain de temps et d’argent pour les entreprises et les États qui commercent avec la Chine : convertir une monnaie en dollars, puis les dollars en yuans, et inversement, représente un important manque à gagner.

Pour XN Iraki, économiste et enseignant à l’université de Nairobi, il était urgent de s’en affranchir grâce à la Renminbi Clearing Bank of Africa. Cette chambre de compensation est opérée par la banque sud-africaine Standard Bank et la banque chinoise ICBC.

« Avec ce mécanisme de compensation, les pertes sont réduites et les transactions commerciales deviennent plus fluides, souligne l’économiste. Il était temps de mettre en place un tel système pour faciliter les échanges entre la Chine et l’Afrique. C’est plus facile de payer les exportations, les importations, et l’ensemble du système bancaire devient également plus simple. Les opérations de compensation prennent moins de temps et, surtout, vous êtes moins exposé aux fluctuations et aux coûts de change », explique-t-il.

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UNE YUANISATION QUI PROFITE À LA CHINE

Le mouvement dépasse les seuls paiements commerciaux. Le Kenya, par exemple, a récemment converti en yuans trois prêts initialement libellés en dollars, contractés auprès de la banque publique chinoise Exim Bank pour financer la ligne ferroviaire reliant Mombasa à Nairobi.

Selon XN Iraki, la Chine reste la grande gagnante de ce dispositif. « Si l’on regarde les échanges commerciaux entre la Chine et les pays africains, la Chine est toujours excédentaire. Elle exporte davantage vers l’Afrique qu’elle n’importe depuis l’Afrique, regrette-t-il. Donc, à long terme, oui, c’est avantageux pour la Chine. Mais j’espère qu’avec le temps, l’Afrique pourra davantage en bénéficier en augmentant ses exportations vers la Chine, notamment grâce à la réduction des droits de douane. »

Également, le Ghana a récemment mis en place son propre mécanisme pour accéder au système chinois de paiements transfrontaliers en yuans. Cette infrastructure bancaire doit permettre aux importateurs ghanéens et aux autres clients éligibles de régler certaines transactions directement en monnaie chinoise.

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Par Par Blaise NNANG
Défis Actuels du 20/10/2026

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